Texte intégral
France Inter
A. Ardisson : Quelle est votre impression sur l'intervention du chef de l'État ?
S. Veil : Le Président est maintenant remis de son intervention, il a bonne mine. Il donne le sentiment de quelqu'un qui ne restera pas inerte.
A. Ardisson : Sur l'affaire du sang contaminé, a-t-il choisi le bon langage pour répondre aux Français ?
S. Veil : L'affaire du sang contaminé a pris une telle ampleur par ses conséquences dramatiques puisque c'est chaque semaine qu'il y a un hémophile qui meurt des suites de ces contaminations et par ce que ça représente comme douleur pour ceux qui ont perdu un être cher mais également par les conséquences politiques. Heureusement qu'il a parlé. Deux observations : c'est un peu inquiétant aussi que ce soit un Président de la République qui doit intervenir pour apaiser le climat, prendre les choses en main. Les ministres de l'époque auraient peut-être pu s'exprimer d'une telle façon que ce qui était demandé, qui semble déjà avoir apporté un certain apaisement dans l'esprit des familles, qui était que les responsables politiques soient jugés. Peut-être que le Président aurait pu intervenir plus tôt puisque les choses vont à lui.
A. Ardisson : Le pardon de la France déjà ?
S. Veil : Oui mais la France s'est beaucoup exprimée par les voix de beaucoup de gens. Il faut montrer que le politique, quelle que soit sa responsabilité pénale, a une responsabilité, que le fait d'être ministre, d'être politique n'exonère pas de responsabilité. Au contraire. On a attendu trop longtemps pour le dire.
A. Ardisson : En attendant, la Constitution s'applique. Il faut donc réunir la Haute Cour.
S. Veil : Oui, c'est parce que les socialistes n'ont pas voulu voter pour désigner leurs représentants. C'est en fait une levée de l'obstacle, dire "vous pouvez y aller". C'est un peu curieux que pendant des mois, cette Haute Cour n'ait pas pu être réunie. Le Président s'est expliqué sur cette question en disant que la Haute Cour n'a jamais été constituée mais le cas ne s'est jamais présenté de façon précise.
A. Ardisson : Êtes-vous favorable à la Haute Cour ou à des tribunaux de droit commun ?
S. Veil : Je pense que le droit commun est mieux mais, pour l'instant, ça n'est pas possible. J'ai entendu le Doyen Vedel dire hier soir que rien n'empêchait que ce soit un tribunal de droit commun si les intéressés avaient saisi. Il fallait encore que le parquet accepte, que le tribunal accepte de se déclarer compétent. C'était tout de même très difficile puisque la Constitution dit que c'est la Haute Cour. Les Français auront toujours le sentiment que si ça va devant une juridiction d'exception, il y a un traitement particulier pour les politiques. Il s'agit d'infractions qui ont été commises dans l'exercice des fonctions et qu'il y a un risque de poursuivre très facilement les ministres. Il faut changer la Constitution. Or, il semble bien que le Président de la République ait lié l'ensemble des réformes constitutionnelles, ce qui amène à mélanger un peu l'affaire du sang et la réforme de la Constitution. Ou on décide de faire rapidement une modification constitutionnelle et d'avoir la garantie qu'elle pourra être faite. Or, il semble qu'un certain nombre des partis n'y soit pas favorable. Si on ne peut pas faire cette modification constitutionnelle, ça veut dire qu'il faut constituer la Haute Cour. Au point où nous en sommes arrivés, c'est l'intérêt des ministres. Quand on exerce des fonctions, il faut se sentir responsable de ce qui se passe dans son ministère et notamment quand des fonctionnaires de ce ministère sont poursuivis eux aussi dans l'exercice de leurs fonctions. L'organisation telle qu'elle est depuis des décennies ne permet pas au ministère de la Santé d'avoir une tutelle. Le ministre de la Santé est responsable de ce qui se passe dans ses services. Mais pour les centres de transfusion sanguine, il était impossible d'avoir une tutelle parce qu'on utilise la loi de 1901 et que ça a été fait pour leur donner la plus grande indépendance.
A. Ardisson : Êtes-vous d'accord pour que ce soit engagé avant les législatives ?
S. Veil : Tous les parlementaires et les partis politiques vont être dans la préparation des élections et ça risque d'entraîner une grande confusion. Est-ce que ça n'est pas aussi une façon de diviser l'opposition comme on l'a fait pour le référendum ? On sait très bien que sur les réformes constitutionnelles envisagées, ni l'opposition ni le PS ne sont d'accord. On risque de nouveau de semer une grande division. Ça n'a pas une urgence telle, ça pourrait attendre quelques mois de plus, même si je suis favorable à des réformes importantes de la Constitution.
10 décembre 1992
France 2
G. Leclerc : Quelles remèdes à la famine ?
S. Veil : Le constat est général quant à l'augmentation de la malnutrition par sous-consommation dans le Tiers-Monde, et par surconsommation dans les pays industrialisés. On pense à la Somalie et à l'ex-Yougoslavie, mais il ne faut pas oublier l'Afghanistan, le Cambodge et l'Arménie. Partout dans le monde, des conflits empêchent de nourrir les populations.
G. Leclerc : On évoque souvent l'idée d'une aide des pays riches au Tiers-Monde, par exemple 0,7 % du PIB ?
S. Veil : Les pays riches s'étaient engagés à ce que leur aide atteigne 0,7 % du PIB, en fait ils n'y sont pas. Il y a quelques pays comme les pays scandinaves qui tiennent ces engagements, mais la plupart ne l'ont pas fait. Ce dont on parle davantage que de l'aide financière, c'est de l'ouverture des frontières. Ces pays auraient des produits à nous vendre et nous fermons nos frontières car ça devient de la concurrence à nos propres produits.
G. Leclerc : Êtes-vous favorable au genre d'intervention en Somalie ?
S. Veil : La situation est dramatique, on ne peut pas laisser mourir les gens de faim. Les représentants de la Somalie – du moins ce qu'il en reste – estiment que cette intervention arrive trop tard. C'est un problème d'intervenir militairement, mais c'est une question d'approche, et il faut savoir comment les militaires s'organisent avec les organisations humanitaires.
G. Leclerc : La Yougoslavie : l'amiral Lanxade assure qu'il faut, soit utiliser la force, soit se retirer ?
S. Veil : Ce droit d'ingérence en Bosnie est déjà pour partie, appliqué. Les résolutions de l'ONU ont envoyé des Casques bleus. Actuellement il y a des hésitations pour savoir jusqu'où il faut aller pour les forces aériennes et la protection des convois, faut-il répliquer ? Il me semble que les résolutions impliquaient un certain droit de ne pas se laisser abattre. Il est inadmissible que ces gens, qui sont là pour protéger, puissent être de véritables otages et ne rien faire.
27 décembre 1992
Le Journal du Dimanche
Simone Veil : "En Bosnie, c'est le passé qui revient"
De retour de Zagreb où elle vient de passer quatre jours en mission, Simone Veil témoigne. Pour l'ancienne présidente du Parlement européen, pas de doute, la France doit intervenir.
Le Journal du Dimanche : Milosevic vient de déclarer que les Serbes ne sont pas des agresseurs, que l'épuration ethnique n'est pas de son fait, etc. Vous qui êtes allée sur le terrain qu'en pensez-vous ?
S. Veil : Milosevic, refusant d'admettre l'indépendance de la Croatie et de la Bosnie, considère que les Serbes sont dans leur droit pour imposer le maintien de la Fédération yougoslave ou plutôt de la Grande-Serbie. C'est en ce sens qu'il prétend que les Serbes ne sont pas des agresseurs. Il est évident que la guerre est menée contre la Bosnie comme elle l'a été en Croatie par les troupes régulières serbes qui combattent auprès des miliciens serbes, eux d'origine bosniaque, qui connaissent parfaitement le terrain et les populations qu'ils attaquent, pour les forcer à quitter leurs villes et leurs villages. Car c'est là l'objectif de la "purification ethnique" : l'expulsion de la population, non serbe par la terreur et les exactions (assassinat, viol, violences, destruction des habitations). Il s'agit essentiellement des Musulmans, mais également des Croates, eux catholiques.
Disposant de moyens militaires considérables, les Serbes occupent déjà les deux tiers de la Bosnie et poursuivent leur progression selon les mêmes méthodes. Cette volonté de reconstituer une Grande-Serbie est d'ailleurs affichée par Milosevic, qui refuse toute négociation en vue de la reconnaissance de la Bosnie et le retrait des troupes des territoires occupés. Le siège de Sarajevo, soumis aux bombardements serbes, l'occupation de territoires où seules subsistent des enclaves tenues par les Musulmans et les Croates dans des conditions dramatiques démentent les propos de Milosevic.
Le Journal du Dimanche : Vous vous êtes prononcée pour une intervention dans l'ex-Yougoslavie, "même si cela conduit à prendre des risques". Pensez-vous que l'opinion française soit prête à les prendre ?
S. Veil : L'intervention dont il s'agit serait, comme le préconisent les Américains, une intervention aérienne qui obligerait les Serbes à respecter les résolutions des Nations-Unies. Bien davantage que d'autres Européens, beaucoup de Français semblent favorables à une intervention militaire. Il est vrai qu'ils ne sont peut-être pas toujours conscients des conséquences qu'elle pourrait avoir, notamment des risques de représailles, pour des milliers de Français, qui sont les plus nombreux sur place, et pourraient être les otages de cette politique : les militaires mis à la disposition de l'ONU, les volontaires des organisations humanitaires et les représentants des organisations internationales.
Les réactions après les quelques victimes provoquées par l'intervention en Somalie peuvent donner à penser que les Français – non impliqués dans une guerre depuis longtemps – ne savent pas combien la guerre est une chose tragique et peut faire de très nombreuses victimes, civiles et militaires. Mais en l'espèce, le drame est déjà là : une dizaine de soldats français ont été tués, d'autres blessés sans même pouvoir répliquer à leurs agresseurs. Ils assistent impuissants à des exactions : les convois humanitaires sont menacés et ne peuvent pas toujours exercer leur mission d'acheminement de vivres et de médicaments. À Sarajevo et dans d'autres régions encerclées, des centaines de milliers de personnes, y compris, des enfants, risquent de mourir de faim et de froid dans les semaines qui viennent. À Zagreb, les diverses autorités que J'ai rencontrées ne croient plus à des négociations politiques pouvant aboutir rapidement. Il y a un grand scepticisme quant aux possibilités de succès des rencontres prévues à Genève, sous l'égide du secrétaire général des Nations unies Boutros Boutros-Ghali, entre les représentants de la Serbie et de la Bosnie.
Le succès de Milosevic aux élections et son alliance avec l'extrême droite ultra-nationaliste ne peuvent que le renforcer dans son jusqu'au-boutisme. Dans le même temps, les Serbes accentuent l'oppression sur la population du Kosovo, en majorité musulmane et d'origine albanaise, qu'ils ont privée des droits liés à l'autonomie qui leur avait été reconnus il y a quelques années. Les tensions augmentent dans la Macédoine de l'ex-Yougoslavie. On peut donc craindre que les pays musulmans, la Turquie et les pays arabes, face à cette répression dont sont victimes d'autres musulmans, ne cherchent à leur venir en aide massivement. Déjà on parle de soldats de ces pays engagés auprès des Bosniaques. Il y a donc un risque considérable de pérennisation du confit.
Le Journal du Dimanche : L'Amérique semble déterminée à intervenir. N'est-ce pas parce que l'Europe s'est révélée incapable d'agir ?
S. Veil : Certes, les États-Unis auraient préféré laisser les Européens s'occuper de la question et parvenir à une solution politique négociée. Ils sont cependant d'ores et déjà représentés à la conférence de négociation par Cyrus Vance. Mais ils ont toujours su que les Européens ne pourraient intervenir militairement sans l'appui de l'Otan et leur soutien logistique. Il y a des semaines que, d'une voix autorisée, j'entends à Bruxelles que les Américains ne resteraient pas inactifs si le Kosovo et la Macédoine étaient menacés de la même politique de "purification ethnique". Ils craignent en effet une extension du conflit à l'ensemble de la région, si les Albanais, voire les Turcs, étaient tentés de se solidariser avec les populations musulmanes, alors que la Grèce se sent également très directement menacée par toute intervention de la Turquie. On ne peut ignorer l'intérêt que les Russes et surtout les Ukrainiens portent aux Serbes, comme eux orthodoxes… C'est une véritable poudrière dans une région en plein chaos depuis la chute des régimes communistes.
Le Journal du Dimanche : Certains parlent à propos de l'épuration ethnique entreprise par la Serbie de crimes de guerre. Pour vous, n'est-ce pas le retour à un passé que l'on croyait à jamais banni ?
S. Veil : Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les conflits régionaux n'ont pas cessé en Afrique, Asie ou Amérique latine, accompagnés le plus souvent de crimes de guerre, voire de crimes contre l'humanité. Même sans guerre ouverte, la barbarie, le goulag, les violations des droits de l'homme, sans atteindre l'horreur de la Seconde Guerre mondiale, ont fait des millions de morts. Le fait nouveau, c'est que de tels événements se passent à deux heures d'avion de chez nous, dans des pays géographiquement enclavés dans le territoire de la Communauté européenne, et dont des populations culturellement très proches de nous sont les victimes. Outre la solidarité que nous ressentons vis-à-vis de ces femmes et de ces hommes, nous sommes conscients, ne serait-ce qu'à cause du passé et des origines de la Première Guerre mondiale, que nous sommes très directement impliqués.
Alors que nous nous réjouissions, il y a trois ans à peine, de la chute du communisme, de la libération de millions d'hommes et de femmes et des progrès de la démocratie, c'est une affreuse tristesse que d'assister impuissants à ce désastre. C'est le passé qui revient, avec ses revendications nationales fondées sur des critères ethniques et religieux, sur des haines ancestrales et la volonté d'hégémonie. Il y a quelques jours, entendant les récits des réfugiés, je pensais à la barbarie du XXe siècle, mais encore davantage à ces guerres qui ont ensanglanté l'Europe durant des siècles : les armées tuaient, violaient, pillaient pour conquérir des territoires et asservir des populations.
C'est une leçon terrible. Au sein de la Communauté européenne, nos pays ont pu se réconcilier pour nous éviter, à nous, ce retour de l'Histoire. Mais nous n'avons pas su le prévenir et l'empêcher pour nos proches voisins. Quel sera le prix à payer de n'avoir pas compris, au printemps 1991, ce qui se préparait en Yougoslavie ?
28 décembre 1992
Europe 1
J.-P. Elkabbach : Quel est votre avis sur la situation des Palestiniens expulsés par Israël ?
S. Veil : La priorité, c'est que la Croix Rouge internationale puisse intervenir. On ne peut pas laisser des centaines de personnes sans manger, dans le froid et sans secours. Il faudrait que les Libanais et les Israéliens discutent pour ouvrir une enclave où les intéressés puissent vivre.
J.-P. Elkabbach : La situation est-elle "intolérable", comme l'a dit R. Dumas ?
S. Veil : Oui. Il est intolérable qu'il y ait des gens expulsés de partout. Que cela soit du fait de leur comportement intolérable, soit ! Mais, il y a un moment où les êtres humains ont droit à un endroit où se poser. Il faut que la Communauté internationale trouve une solution. La priorité reste les secours.
J.-P. Elkabbach : Que pensez-vous de la pratique israélienne du bannissement ?
S. Veil : C'est une vieille pratique. Ce sont des gens qui sont nés sur le sol qui les expulse. C'est inadmissible !
J.-P. Elkabbach : Entre Libanais et Israéliens, accepteriez-vous une mission ?
S. Veil : Ce genre de mission – sauf quand il s'agit d'informations humanitaires – à sens politique doit être assumée par le pouvoir politique. Sinon, elles ne peuvent être que d'exploration. Il n'y a pas de pouvoir d'arbitrage. On ne maîtrise pas les conséquences politiques que cela implique. Pour qu'il y ait une telle mission, aux Nations-Unies d'en prendre la responsabilité.
J.-P. Elkabbach : S'il y a intervention militaire en Bosnie, quelle sera votre réaction ?
S. Veil : On ne peut plus accepter que des résolutions des Nations-Unies soient non-confirmées, qu'elles ne soient pas respectées par les Serbes. Aujourd'hui, on se trouve dans une situation où il y a des Casques bleus envoyés pour protéger des populations et qui ne peuvent plus le faire. Résultat : il y a des centaines de personnes isolées, victimes d'atrocités et qui risquent de mourir de faim et de froid. Il faut obtenir le respect des résolutions de l'ONU.
J.-P. Elkabbach : Dans quel délai une intervention doit-elle intervenir ?
S. Veil : Dans la situation où se trouve actuellement la Bosnie – le froid, les difficultés d'acheminement – on va avoir beaucoup de morts. Par ailleurs, les pressions sur le Kosovo, la Macédoine ne cessent d'être plus fortes. On risque de voir les populations albanaises se révolter. On peut penser très naturellement que les Albanais, qui sont proches ainsi que des Turcs, ne puissent pas tolérer que des populations musulmanes soient victimes d'atrocités. Il faut donc intervenir très vite, avant que la guerre nous ait mis dans une situation telle qu'il soit impossible d'intervenir.
J.-P. Elkabbach : Si vous étiez au gouvernement, vous diriez oui à la guerre ?
S. Veil : Tout dépend de la guerre, il faut faire attention. Il faut faire comprendre aux Serbes qu'il y a une détermination à ne pas faire accepter qu'ils ne respectent pas les résolutions des Nations-Unies, et le fait qu'ils puissent continuer leur politique de purification ethnique.
J.-P. Elkabbach : Sous quelle forme ?
S. Veil : Dumas a bien dit que c'est entre experts militaires qu'il doit être décidé de l'intervention militaire.
J.-P. Elkabbach : Vous souscrivez à ce qu'a dit R. Dumas ?
S. Veil : Sur ce point, oui. À condition que ce soit une vraie détermination et que ce ne soient pas des paroles pour calmer les Français. S'il y a une vraie détermination, il faut la montrer le plus vite possible.
J.-P. Elkabbach : C. Pasqua, qui est contre l'intervention, n'est-il pas plus sage que vous ?
S. Veil : Je ne connais pas ses propos. Je ne les commenterai pas.
J.-P. Elkabbach : Vous aviez durement contesté J. Chirac et L. Fabius, l'été dernier, quand ils avaient réclamé une intervention militaire.
S. Veil : Cet été, je me suis élevée contre des gens qui reprochaient au gouvernement français de ne pas intervenir en parlant d'une guerre en général, alors que nous n'avions ni le soutien des Nations-Unies, ni le soutien américain. C'est dramatique de le penser pour l'Europe, mais nous ne pouvons rien faire si les Américains ne sont pas décidés à intervenir. Je dénonce l'Europe qui est divisée sur ce point, où des Allemands ne peuvent intervenir, où les Anglais traînent encore plus les pieds que les autres, où les Néerlandais ont envie d'intervenir sans avoir beaucoup de forces. En définitive, nous savons très bien que nous sommes liés à la décision américaine. Nous le savions l'été dernier : l'OTAN est nécessairement impliquée. Nous payons aujourd'hui le prix de notre indécision. Ne dénonçons pas les Américains : dénonçons-nous nous-mêmes de ne pas avoir la capacité de faire une intervention militaire d'importance.
J.-P. Elkabbach : Boutros-Ghali et le ministre russe s'opposent à une intervention militaire. Que faut-il faire ?
S. Veil : Il faut convaincre Boutros-Ghali. Il doit encore faire une tentative de négociation. Je souhaiterais beaucoup qu'il réussisse. On ne peut pas aller vers un conflit où une simple intervention militaire sans être inquiets. Ce sont des choses difficiles. Ce n'est pas la fleur au canon que l'on peut aller vers de telles situations. C'est dramatique. C'est un piège pour l'Europe. Mais il faut aussi assumer des situations. On a mis trop longtemps. Il ne faut pas faire l'erreur, faite il y a 18 mois, qui consiste à intervenir dans une région quand il est déjà trop tard.
J.-P. Elkabbach : Serez-vous candidate aux législatives ?
S. Veil : Non, parce que ce que je fais au Parlement européen est beaucoup plus ouvert sur le monde. Depuis des mois, je travaille sur la Bosnie.