Texte intégral
Le socialisme a d'abord été un cri de révolte devant les injustices et les inégalités d'une société en voie d'industrialisation. Avec la mine et la sidérurgie, le Nord a plus qu'ailleurs encore été marqué par ce combat auquel il s'est identifié. Produire davantage de richesses pour pouvoir améliorer les salaires et rendre plus supportable la vie quotidienne, telle était la nécessité de l'heure. Nous sommes les dépositaires de cette mémoire et les héritiers de ces combats.
Reconnaissons-le : il n'y avait alors guère de place pour la préservation de l'environnement. Les risques paraissaient minimes et les enjeux étaient légitimement ailleurs. Aujourd'hui, le socialisme a traversé le siècle et doit s'adapter pour traverser le prochain.
À Lille, notre alliance a entraîné des changements positifs de part et d'autre, ainsi que la multiplication des réalisations.
Rapprochement. – Ma conviction quant à la nécessité d'opérer un rapprochement entre socialistes et écologistes est déjà ancienne. Elle repose sur des bases idéologiques, programmatiques et stratégiques.
Idéologiques, car nous ne devons pas nous contenter d'affirmer notre adhésion à la social-démocratie, de théoriser la noblesse du compromis, de revendiquer notre capacité à faire vivre des coalitions. Tout cela est sans doute nécessaire. Mais rien de tout cela n'est suffisant !
Programmatiques, car de l'objectif de réduction du temps de travail à celui de l'aide accrue au développement des pays du Tiers Monde, de la volonté d'approfondir la démocratie à celle de contenir les excès du marché, de la poursuite de la décentralisation au moratoire sur les essais nucléaires, nous nous retrouvons suffisamment avec les écologistes pour que des discussions s'engagent. Stratégiques enfin, car avec le recul historique du Parti communiste et notre impossibilité à occuper tout l'espace laissé vacant, nous devons trouver des alliés sauf à se résoudre à laisser la droite occuper le pouvoir.
Si ce rapprochement m'est apparu souhaitable et possible, c'est aussi qu'il reposait sur une expérience locale et internationale.
Local. – À la mairie de Lille, nous avons dès 1977 conclu un accord de désistement et, en 1989, les Verts sont entrés dans la majorité municipale après que nos listes aient fusionné entre les deux tours. Dans la région Nord-Pas-de-Calais, j'ai soutenu l'accord avec les Verts et, pour la première fois, une écologiste a été élue à la tête de l'une des plus grandes régions françaises.
International. – Aux congrès du SPD – auxquels j'assiste depuis longtemps –, un esprit non averti pourrait aller jusqu'à s'interroger sur le point de savoir s'il se trouve dans une organisation socialiste ou écologiste... avant de finalement conclure : les deux à la fois !
Au sommet de la Terre, à Rio, personne ne s'est étonné du rôle joué par Gro Harlem Brundtland, Premier ministre social-démocrate de Norvège, dont le rapport sur le développement durable est la nouvelle bible de tous ceux qui craignent les effets pervers du marché sur l'environnement (1). Au sein même de l'Internationale socialiste, nous avons décidé, à Athènes, les 9 et 10 février dernier, d'accorder une place plus importante encore à notre réflexion sur l'environnement en créant un Comité, présidé par le leader du parti travailliste. John Smith, et chargé à la fois des questions économiques et environnementales – pour obliger la prise en compte simultanée de ces deux préoccupations (2).
Conséquences. – Ainsi, des accords locaux existent, une prise de conscience internationale se manifeste. Quelles conclusions en tirer ?
Sur le plan régional, les difficultés trouvent d'abord leur origine dans un mode de scrutin qui n'a pas permis l'émergence d'une majorité (3).
Sur le plan municipal, après bientôt quatre ans de gestion commune, je considère notre alliance efficace, agréable et instructive. Elle a entraîné des changements positifs de part et d'autre, et la multiplication des réalisations :
1. L'expérimentation, déjà ancienne maintenant, d'une décentralisation dans les dix quartiers de la ville avec la création dans chacun d'entre eux d'un Conseil de quartiers élu par le Conseil municipal et bénéficiant de crédits décentralisés.
2. La réalisation, après les élections municipales de 1977, d'une « Maison de la nature et de l'environnement » qui a permis de regrouper les principales associations de défense de l'environnement, de faire émerger des propositions concrètes et d'intégrer à la vie politique de nouveaux responsables.
3. Depuis 1989, le rythme s'intensifie avec la création d'un espace naturel métropolitain, la mise en place d'un observatoire de la nature et de l'environnement, le lancement d'une vaste campagne de tri sélectif des déchets urbains ou l'expérimentation de méthane pour les transports publics.
Oppositions. – S'il existe ainsi de nombreux points de convergence, je n'oublie cependant pas les oppositions qui subsistent. Les écologistes gardent une certaine frilosité devant tout ce qui est développement, croissance, expansion... Ainsi que devant le football professionnel ! S'agissant par exemple de la construction d'un grand centre d'affaires européen Euralille nous avons véritablement assisté à l'affrontement de deux conceptions de la croissance. Pour nous appui indispensable à la reconversion de notre région et à la vocation européenne de la ville ; préservation de l'environnement avec plus de huit hectares d'espaces verts ; création de plusieurs milliers d'emplois tertiaires. Pour les Verts : bétonnage.
À vrai dire, la production et le partage ont été les deux impératifs du socialisme naissant. L'écologie en est aujourd'hui le complément naturel. Les socialistes se limiteraient en ne le voyant pas.
L'écologie ne sera jamais qu'un aspect d'une politique globale qui doit s'ouvrir à des préoccupations sociales et trouver des partenaires. Les écologistes risqueraient de ne durer qu'un temps s'ils oubliaient cette vérité première.
Pour réussir, il faut que les uns et les autres fassent preuve de clarté devant le conflit entre les camps progressiste et conservateur, conflit qui a structuré toute la vie politique en France depuis plus de deux siècles et qui, en évoluant sans doute, continuera encore longtemps à la structurer au cours du siècle qui vient. Que chacun garde son identité et son originalité. Mais que, tous ensemble, nous ayons la clairvoyance de nous rassembler ! Le plus tôt sera le mieux !
(1) Ce rapport a eu pour base un livre publié en 1987 et intitulé « Notre futur commun ».
(2) L'Internationale socialiste crée des comités géographiques (Asie Pacifique, Amérique latine, Europe de l'Est, Moyen-Orient…) ou thématiques (droits de l'homme, paix et coopération, immigration…) chargés de rendre compte au Conseil international.
(3) Le Parti socialiste, les Verts, le Parti communiste et Génération Écologie ne ressemblent pas une majorité absolue.