Point de presse de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sur les relations franco-britanniques, l'éventualité d'un embargo pétrolier contre la Libye et les négociations du GATT, Paris le 2 avril 1993.

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Circonstance : Petit déjeuner de travail avec M. Douglas Hurd, ministre britannique des affaires étrangères à Paris le 2 avril 1993

Texte intégral

J'ai été très heureux ce matin d'accueillir M. Douglas Hurd. Je suis très heureux que nous ayons ainsi pu marquer l'intérêt que le nouveau gouvernement porte au resserrement des liens entre la Grande-Bretagne et la France. Ce petit déjeuner a permis de faire un large tour d'horizon et de constater une très forte convergence notamment pour tout ce qui concerne le rôle que la France et la Grande-Bretagne ont à jouer dans la sécurité. Vous savez tout ce qui se passe en ex-Yougoslavie où nous avons agi depuis l'origine en étroite liaison et l'entente franco-britannique sur ce sujet nous parait déterminante pour la recherche d'une solution et la progression des chances de paix.

J'ai eu l'occasion de dire également à M. Hurd quelle était la préoccupation du gouvernement français en matière de commerce international. Le nouveau gouvernement souhaite se donner le temps de remettre à plat ce dossier et nous souhaitons que nos partenaires fassent preuve en la matière de compréhension. Nous arrivons ; nous avons à réétudier ces questions à fond et à essayer de faire comprendre les contraintes qui se posent plus particulièrement en France dans ce domaine.

Q. : La France et la Grande-Bretagne sont-elles d'accord pour un embargo pétrolier contre la Libye ?

Le ministre : Comme l'a dit M. Hurd, nous avons évoqué ces questions. La France est tout à fait solidaire de ses partenaires pour faire en sorte que les demandes légitimes des justices américaine, britannique et française soient honorées. Il me semblait que le renforcement de sanctions n'était pas pour l'instant à l'ordre du jour.

Q. : Avez-vous renouvelé la volonté de la France d'opposer son veto à un accord du GATT ? 

Le ministre : Comme je l'ai dit tout à l'heure, nous nous sommes entretenus de ce problème qui, pour le nouveau gouvernement français, est majeur. J'ai fait remarquer que deux des conditions posées par la France, y compris par le précédent gouvernement, n'étaient pas pour l'instant remplies. Je les rappelle d'un mot : tout d'abord nous avons demandé à la Commission de vérifier la compatibilité de l'accord de Washington avec la réforme de la politique agricole commune mise en œuvre l'an dernier et nous n'avons pas eu sur ce sujet de réponse. Deuxième condition, nous avons toujours dit depuis le départ, depuis 1985, depuis l'engagement de ce nouveau "round" de négociations commerciales que le volet agricole n'avait de sens que s'il était pris dans un ensemble global, qu'il devait être équilibré. Or, la négociation n'a pas suffisamment avancé sur les autres secteurs pour que l'on puisse constater cet équilibre. Et donc nous avons renouvelé notre volonté de remettre ce dossier à plat. Le nouveau gouvernement souhaite se donner du temps. J'ai fait observer qu'il s'agissait pour la France d'un problème de caractère économique, social – je dirais presque culturel – de première ampleur, et que nous souhaitions qu'une solidarité effective puisse se manifester dans ce domaine tout en manifestant bien sur quant à nous notre attachement au libre-échange et notre volonté d'éviter tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un affrontement commercial avec les Américains.

Q. : À propos des problèmes de pêche ?

Le ministre : Sur ce point, j'ai effectivement indiqué à M. Hurd que le gouvernement français était tout à fait déterminé à respecter les engagements qu'il a pris, notamment l'accord de 1992. Je voudrais simplement rappeler que les problèmes de la pêche dépassent largement la question que nous avons évoquée ce matin des relations bilatérales entre la France et la Grande-Bretagne et ce dossier sera apprécié par le gouvernement dans toute sa globalité.