Interview de Mme Ségolène Royal, ministre déléguée à l'enseignement scolaire, dans "Le Parisien" le 12 novembre 1999, sur son renvoi devant la Cour de justice de la République pour "diffamation" envers deux professeurs de l'école vétérinaire Thiers à Marseille en octobre 1997.

Texte intégral

Christophe Dubois : Un renvoi de cette affaire devant la Cour de justice de la République vous paraît-il opportun ?

Ségolène Royal : Non, je souhaite être jugée devant un tribunal ordinaire, qui me paraît plus adapté, notamment pour que les droits de la défense soient respectés. La procédure devant la CJR n’est pas contradictoire, donc je n’aurai pas ces gens en face de moi. C’est trop facile. Je n’ai jamais cité ces deux professeurs.

Christophe Dubois : N’y a-t-il pas une disproportion entre le délit reproché et la procédure engagée ?

Ségolène Royal : Quoi qu’il en soit, le mal est fait. En ce qui me concerne, j’assume cette épreuve sereinement. S’il faut en finir par une procédure devant la Cour de justice de la République, cela n’enlèvera rien au bien-fondé de la lutte contre le bizutage. Il est compliqué de juger la justice, mais je maintiens qu’un tribunal ordinaire serait plus normal dans cette affaire.

Christophe Dubois : Comment expliquez-vous le dépôt de cette plainte ?

Ségolène Royal : J’ai toujours su que lever la loi du silence n’était pas facile. Quand j’ai combattu la pédophilie, j’ai également rencontré des problèmes. J’ai eu d’autres menaces de plaintes…
Mais je tiens bon. L’essentiel est que j’ai protégé des étudiants qui se roulaient nus dans des déchets ou que l’on obligeait à simuler des actes sexuels. Tout a été prouvé, photo à l’appui. Je suis fière de ce combat.

Christophe Dubois : Quelle suite a eu le dossier du lycée Thiers sur le plan administratif ?

Ségolène Royal : L’enquête de l’inspection a démontré qu’il y avait bien eu complicité des adultes, qui n’ont pas protégé les élèves. Cela s’est traduit pour la première fois par une sanction lourde, à savoir un blâme, à l’encontre du chef d’établissement, qui était chargé de prononcer des sanctions à l’égard des enseignants.
De manière générale, depuis le vote de la loi sur le bizutage (NDLR : votée le 17 juin 1998, elle prévoit 6 mois de prison ferme et 50 000 F d’amende pour les auteurs de bizutage et ceux qui les couvrent), une quarantaine de poursuites judiciaires ont été engagées par le parquet. Je suis fière de ce combat.