Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à France-Info le 12 avril 2019, sur la suppression de la redevance télévisuelle et la politique de l'audiovisuel.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Le fondateur de WikiLeaks, Julian ASSANGE, a donc été arrêté hier à Londres. Les Etats-Unis réclament ce matin son extradition. Est-ce qu'il est le bienvenu chez nous en France ?

FRANCK RIESTER
En tout cas la question des lanceurs d'alerte est une question majeure dans nos démocraties. C'est un marqueur des démocraties, protection des lanceurs d'alerte. Après il y a une procédure judiciaire en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne fait partie de l'Union européenne encore pendant quelques semaines. C'est une grande démocratie, je leur fais confiance pour gérer de la meilleure façon possible le cas Assange.

MARC FAUVELLE
Son avocat réclame l'asile en France. Quelle est la réponse du gouvernement ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, la réponse du gouvernement c'est de faire confiance aux Britanniques sur la façon dont ils vont, avec leur justice, traiter la question de Julian ASSANGE. Il y a une dimension lanceur d'alerte mais il y a aussi une dimension judiciaire et c'est à la Grande-Bretagne, qui est une grande démocratie, de prendre la meilleure décision possible.

RENAUD DELY
Julian ASSANGE, à vos yeux, c'est un lanceur d'alerte qui a été utile ces dernières années quant à la révélation d'un certain nombre de faits et donc au bon fonctionnement des démocraties ?

FRANCK RIESTER
Je pense, oui. Je pense, oui, qu'il a été utile. Après, il faut voir jusqu'où il l'a été et c'est toujours la difficulté chez les lanceurs d'alerte. La dimension d'utilité est essentielle, je vous le disais tout à l'heure. On a besoin de lanceurs d'alerte dans les grandes démocraties.

RENAUD DELY
Donc on a besoin de Julian ASSANGE.

FRANCK RIESTER
Julian ASSANGE a été utile. Maintenant, jusqu'où il l'a été ? Comment il a géré sa relation avec la justice britannique ? Parce qu'on voit qu'il y a une question aussi de procédures, de liberté conditionnelle qui n'aurait pas été respectée comme ç'aurait dû être. Je fais confiance à la justice britannique qui est une justice dans un grand pays démocratique pour gérer de la meilleure façon possible judiciairement le cas Julian ASSANGE. Mais ce qui est certain, c'est que dans l'avenir, dans le présent et dans l'avenir, nous devons, nous les grandes démocraties, notamment européennes, s'assurer de la protection des lanceurs d'alerte.

MARC FAUVELLE
Franck RIESTER, Franceinfo révèle ce matin que le gouvernement a modifié les chiffres du grand débat. Le nombre de contributions notamment a été surévalué. Des centaines de milliers de contributions faites sur les cahiers de doléances ont été écartées du résultat final présenté en début de semaine par Edouard PHILIPPE. Est-ce que c'est de l'amateurisme ou une volonté de tricher et de tromper les Français qui ont participé ?

FRANCK RIESTER
Non. Depuis le départ, tout est transparent. Il y a des garants, tout est soumis d'une façon totalement transparente sur les sites Internet, notamment par exemple de la Bibliothèque nationale de France. Donc vraiment, on ne peut pas être plus transparent et la preuve : s'il y a un débat, une polémique sur les chiffres, ça veut dire que tout ça est sur la table.

MARC FAUVELLE
Mais parce que c'est une enquête de Franceinfo. Les chiffres donnés en début de semaine par le gouvernement ne sont pas ceux que nous révélons ce matin.

FRANCK RIESTER
Vous avez fait une enquête parce que vous aviez les chiffres, donc ça veut dire que tout ça est transparent, tout ça est sur la table. Alors après, moi je ne sais pas précisément comment les calculs ont été faits. Ce qui est certain, c'est que le gouvernement justement a pris des garants pour s'assurer que tout ça n'était pas contestable. Donc je pense que ça ne l'est pas. Après il faut regarder en détail ce qu'il en est sur cette polémique. Moi je vous dis que la volonté du président République, du gouvernement, c'est d'être transparent. Tous les résultats, toutes les contributions sont accessibles sur le site de la Bibliothèque nationale de France. Les garants sont là pour s'assurer de la véracité de tous ces chiffres. Donc il n'y a, à mon avis, aucune polémique à avoir.

RENAUD DELY
Si Franceinfo a fait une enquête, c'est aussi justement pour s'assurer de la véracité de ces chiffres. Mais il y a un autre chiffre, Franck RIESTER, c'est un sondage Odoxa Dentsu Consulting pour Franceinfo ce matin qui révèle que 69 % des Français ont été déçus, ne sont pas satisfaits de la restitution de ce grand débat par Edouard PHILIPPE lundi.

FRANCK RIESTER
C'est du factuel. La restitution, c'est une synthèse de ce qui a été…

RENAUD DELY
Est-ce qu'il n'y a pas un vrai risque de déception aujourd'hui ?

FRANCK RIESTER
Attendez, il y a deux choses. Il y a la restitution. Ça, la restitution, c'est la synthèse de ce qui a été dit dans le grand débat. Alors il y avait quatre questions qui ont structuré le grand débat. Ça ne pouvait pas être sur tous les sujets dans tous les sens, donc il y a eu une structuration. Evidemment, la conséquence directe, c'est ce qui ressort du grand débat et c'est assez structuré aussi autour de ces quatre grandes questions. Je vois par exemple la culture. La culture a été très peu présente dans le grand débat, c'est parce que notamment ce n'était pas une question qui avait été portée dans ce grand débat puisqu'on voulait plutôt des questions transversales.

RENAUD DELY
Vous le regrettez qu'on n'ait pas parlé de culture dans ce grand débat ?

FRANCK RIESTER
Je regrette que peut être des Français ne se soient pas saisis spontanément de cette question-là, mais beaucoup d'acteurs de la culture ont pris des positions, il y a eu des débats. Surtout ce qui compte, c'est qu'à la sortie du grand débat, la culture soit très présente. Parce que la culture, c'est ce qui nous rassemble. C'est ce qui nous permet, même si on peut avoir des différences politiques, des différences de perception, de se retrouver autour d'émotions partagées et autour de valeurs communes. Donc la culture est essentielle.

MARC FAUVELLE
Franck RIESTER, vous ne craignez pas d'être sacrifié s'il faut chercher de l'argent pour faire des économies d'impôts notamment ?

FRANCK RIESTER
Non, non, je ne crois pas du tout. Le président de la République est très attaché à la culture et il a une grande ambition pour notre pays en matière de culture. Je reviens à la question vous avez posée. Il y a la question de la restitution où là c'est du factuel, et donc ça peut être orienté par rapport aux cadres du débat mais c'est du factuel. Et puis après, il y aura ce que le président de la République, lui en tant que président de la République, va dire aux Français et les décisions qu'il va prendre à la sortie du grand débat. Et ça, c'est différent évidemment.

RENAUD DELY
Et qu'est-ce qu'il doit dire justement pour éviter cette déception ? Ce risque de déception ? Qu'est-ce qu'il doit dire le président de la République ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, qu'il y ait un risque de déception, évidemment puisqu'à chaque fois qu'il y a une annonce, à chaque fois qu'il y a des décisions qui sont prises, il peut y avoir de la déception. Mais aussi il peut y avoir de la satisfaction, il peut aussi, pardon, et moi je le crois et j'ai confiance, aussi une perception par les Français que le président de la République a pris toute la mesure de la crise et de l'attente des Français en matière de sens donné à l'action et en matière d'ambition pour notre pays. Et je ne doute pas qu'il saura trouver les mots pour ce faire.

MARC FAUVELLE
On va évoquer longuement dans quelques instants, Franck RIESTER, les dossiers qui vous concernent directement, notamment la future loi audiovisuelle, mais d'abord un mot sur ce qu'on a appris hier. L'épouse de Gilles LE GENDRE, le chef de file des députés En Marche à l'Assemblée nationale, va être nommée dans les jours qui viennent à la tête de la communication de LA FRANÇAISE DES JEUX, le même groupe qui est en voie d'être privatisé par le gouvernement. Est-ce qu'il y a pour vous un conflit d'intérêts ?

FRANCK RIESTER
Non, je ne crois pas. Vous savez, moi je suis très attaché à l'égalité femmes-hommes. Il faut que les femmes…

MARC FAUVELLE
On l'est tous autour de cette table. Ma question ne demande pas si elle doit quitter ses fonctions mais si l'un des deux doit se mettre en retrait.

FRANCK RIESTER
Oui, mais là franchement, il n'y a pas de lien direct entre Gilles LE GENDRE qui n'est pas directement décideur de la privatisation de LA FRANÇAISE DES JEUX et la directrice de la communication…

MARC FAUVELLE
Gilles LE GENDRE est le chef de la majorité à l'Assemblée nationale.

FRANCK RIESTER
Oui, mais d'accord, mais il n'est pas membre du gouvernement et il n'est pas et sa conjointe, je ne sais pas…

MARC FAUVELLE
Son épouse ou sa compagne. Je ne sais pas d'ailleurs.

FRANCK RIESTER
Sa compagne serait apparemment directrice de la communication de cette entreprise, ce qui n'est pas la présidence…

MARC FAUVELLE
Chargée d'expliquer notamment que la privatisation donc est une bonne chose pour l'entreprise.

FRANCK RIESTER
Oui, elle est chargée… Ce n'est pas elle qui prend la décision. LA FRANÇAISE DES JEUX ne prend pas la décision de la privatisation, c'est le gouvernement qui la prend. Donc la directrice de la communication fait la communication de LA FRANÇAISE DES JEUX, pas la communication du gouvernement.

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas l'ombre d'un conflit d'intérêts pour vous ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, moi je pense vraiment qu'on a besoin de garantir aussi aux femmes et aux hommes, ça dépend, de responsables politiques, les conjoints ou conjointes d'hommes politiques de pouvoir avoir aussi une vie professionnelle.

MARC FAUVELLE
On pourrait imaginer que ce soit lui qui se mette en retrait.

RENAUD DELY
Il pourrait se retirer.

FRANCK RIESTER
Oui. Mais les conjoints ou conjointes de directrice de la communication de LA FRANÇAISE DES JEUX ont le droit de faire de la politique aussi. (…)

RENAUD DELY
Vous présenterez prochainement, Franck RIESTER, une grande loi de réforme de l'audiovisuel. L'un de vos collègues du gouvernement, Gérald DARMANIN, le ministre de l'Action et des Comptes publics, a déjà une suggestion à vous faire. Il plaide pour la suppression de la redevance audiovisuelle.

GERALD DARMANIN, MINISTRE DE L'ACTION ET DES COMPTES PUBLICS
La question se pose de cette redevance télé, surtout qu'on ne saura plus comment l'adresser puisqu'on supprime la taxe d'habitation. Elle est adressée avec la taxe d'habitation. C'est l'impôt que payent le plus les gens, la redevance télévisée, notamment les personnes âgées et tout le monde sait aujourd'hui qu'on regarde la télévision, singulièrement la télévision publique, par d'autres moyens que simplement un écran de télévision.

RENAUD DELY
Est-ce qu'il faut supprimer la redevance, Franck RIESTER ?

FRANCK RIESTER
Alors Gérald DARMANIN pose un certain nombre de sujets qui sont des sujets majeurs. La redevance ne sera plus effectivement collectée via la taxe d'habitation parce que la taxe d'habitation va être supprimée. Il parle aussi d'une modification des usages. C'est vrai qu'on regarde de plus en plus la télévision sur un autre support que le poste de télévision, notamment sur les smartphones ou les tablettes. Et donc, il faut réfléchir techniquement à comment on finance l'audiovisuel public. Ce qui est certain, c'est que ce financement doit être à la hauteur de l'ambition. Moi j'ai une grande ambition et le gouvernement a une grande ambition en matière d'audiovisuel public. Deuxièmement que ce soit prévisible, c'est-à-dire qu'on puisse inscrire le travail et l'action de l'audiovisuel public dans le temps avec un financement assuré sur le temps long. Et troisièmement qu'il soit pérenne, c'est-à-dire que ça ne dure pas pendant un an ou deux ans mais que ça soit dans le temps long. Et dernièrement, que ça assure l'indépendance de l'audiovisuel public. Est-ce que c'est une fiscalité directe affectée, ce qui se fait dans la plupart des pays européens et qui est la meilleure façon de garantir cette indépendance et garantir un financement pérenne ? Je le pense. Est-ce que c'est la seule solution ? Ce n'est absolument pas…

RENAUD DELY
Donc on ne supprime pas la redevance. Vous dites : « Je le pense. » Vous pensez que la meilleure solution d'abord, la première, c'est la fiscalité directe.

FRANCK RIESTER
Je pense que ce qui compte, c'est qu'on ait un financement à la hauteur de l'ambition. Ce qui se passe dans un grand nombre de pays européens, c'est que c'est un financement affecté. Ce n'est pas la seule solution puisqu'il a pu y avoir une budgétisation. Budgétisation, ça veut dire que c'est une subvention versée par le budget de l'Etat qui peut avoir un certain nombre de garanties, comme par exemple la garantie dans le temps de dire : « Pendant cinq ans, pendant dix ans, il y a une garantie de subventions précises pour l'audiovisuel public. » Ce qui compte, c'est que les financements soient à la hauteur des ambitions, qu'ils soient pérennes et qu'ils permettent l'indépendance de l'audiovisuel public. Que chaque année, on ne se retrouve pas avec une épée de Damoclès dans l'audiovisuel public de voir ces financements réduits par une décision gouvernementale. C'est ça le sujet. Et donc je souhaite qu'avec mon collègue du gouvernement Gérald DARMANIN…

MARC FAUVELLE
Qui vous avait prévenu avant de dire ça ?

FRANCK RIESTER
Mon collègue du gouvernement Gérald DARMANIN…

MARC FAUVELLE
Qui vous avait prévenu ?

FRANCK RIESTER
Peu importe s'il m'avait prévenu. Vous savez, on discute en permanence.

MARC FAUVELLE
Vous discutez avant les interviews, non ?

FRANCK RIESTER
Non. On discute en permanence mais on ne discute pas à chaque fois qu'on prend la parole, parce que sinon on ne s'en sortirait pas. Ce qui est certain, c'est qu'on va travailler ensemble et que c'est le Premier ministre et le président de la République qui prendront leur décision.

MARC FAUVELLE
Est-ce que l'audiovisuel public coûte trop cher aujourd'hui aux contribuables ?

FRANCK RIESTER
Non, je ne le crois pas. Je crois que nous avons besoin, comme partout, de faire des économies. D'ailleurs il y a un plan d'économies qui est en cours tant chez FRANCE TELEVISIONS que chez RADIO FRANCE avec une perspective financière pluriannuelle légèrement en baisse parce que chacun doit faire des économies. Mais l'audiovisuel public est un coût mais aussi un investissement. C'est un investissement pour l'avenir, c'est un investissement en matière d'éducation, c'est un investissement en matière d'information. Regardez les débats qu'on a sur la désinformation. On a besoin d'avoir une information fiable, produite par des journalistes indépendants et c'est une des missions premières de l'audiovisuel public. Le financement de la création : on a besoin de financement dans la création française et européenne. Donc l'audiovisuel public est un des grands investisseurs dans la création audiovisuelle. Nous avons besoin d'un audiovisuel public fort. La radio, la radio publique avec ce bouquet d'antennes que vous avez à RADIO FRANCE avec une couleur, une différence de traitement de l'information, une différence d'approche entre France Culture, France Inter, Franceinfo. On a besoin de cette diversité dans la radio.

MARC FAUVELLE
Il n'est pas question de fermer une chaîne, Franck RIESTER, ou d'en privatiser une autre ?

FRANCK RIESTER
Il est question de maintenir… Privatisation, non.

RENAUD DELY
Vous excluez toute forme de privatisation.

FRANCK RIESTER
On a pris la décision, le gouvernement a pris la décision de fermer deux antennes de FRANCE TELEVISIONS, France Ô et France 4, sans pour autant bien évidemment supprimer les contenus jeunesse et les contenus d'audiovisuel issus de l'Outre-mer ou de l'Outre-mer ou autour des sujets d'Outre-mer à la télévision publique, loin s'en faut. Et je dirais même bien au contraire puisqu'on a une vraie ambition de davantage de visibilité de l'Outre-mer sur les antennes de FRANCE TELEVISIONS. D'ailleurs vous êtes, vous, bien placés pour le savoir à Franceinfo puisque maintenant Franceinfo, la chaîne Franceinfo, est diffusée sur la TNT dans l'Outre-mer, ce qui n'était pas le cas précédemment. Et donc, je suis ravi de cette nouveauté au service de l'information dans l'Outre-mer. Et donc, ce n'est pas parce qu'il va y avoir deux antennes, deux chaînes de fermées sur FRANCE TELEVISIONS que ça remet en cause l'ambition qu'il y a en matière d'audiovisuel public, tant en matière de télévision, de radio que d'Internet.

RENAUD DELY
Et cette ambition donc, Franck RIESTER, elle exclut clairement toute privatisation de chaîne d'ici la fin du quinquennat.

FRANCK RIESTER
Oui. Elle exclut toute privatisation de chaîne d'ici la fin du quinquennat. Ce n'est pas du tout l'état d'esprit dans lequel nous sommes. Nous sommes volontaires sur l'audiovisuel public. Nous avons une ambition pour l'audiovisuel public. Il y aura un financement qui sera pérenne et qui garantira l'indépendance de l'audiovisuel public, comme d'ailleurs la gouvernance sur laquelle je travaille. La loi audiovisuelle que je présenterai à l'été aura trois parties. Une partie sur la régulation de ce secteur ; une partie sur le financement de la création et une partie sur l'organisation de l'audiovisuel public.

MARC FAUVELLE
Est-ce que dans le financement de l'audiovisuel public, Franck RIESTER, il pourrait y avoir le retour de la publicité sur les chaînes de télé publiques après 20 heures ?

FRANCK RIESTER
Non, parce que je considère et nous considérons qu'il y a déjà un équilibre qui a été trouvé entre publicité dans la journée et absence de publicité le soir qui est un équilibre qui, pour l'instant, permet d'avoir des ressources financières complémentaires à la redevance, qui s'appelle d'ailleurs la contribution à l'audiovisuel public, utile pour FRANCE TELEVISIONS. Comme d'ailleurs il y a de la publicité aussi sur les chaînes de RADIO FRANCE, les antennes de RADIO FRANCE, qui permet d'aller chercher des financements complémentaires. Je dis juste que ma sensibilité est plutôt à dire qu'il faut un financement à l'audiovisuel public, un financement public, et à l'audiovisuel privé, un financement privé. Mais je ne veux pas rentrer dans ce débat-là, surtout qu'il faut pour l'instant préserver l'équilibre économique trouvé avec cette publicité dans la journée à FRANCE TELEVISIONS.

RENAUD DELY
Est-ce que de nouveaux secteurs pourraient avoir accès à la publicité, par exemple la grande distribution ?

FRANCK RIESTER
Alors ça fait partie des réflexions, des débats qu'on aura et des décisions que nous aurons à prendre. Pour l'instant, nous sommes dans une phase d'écoute. On regarde toutes les parties prenantes, à la fois les annonceurs, les chaînes de télévision, celles et ceux qui bénéficient de l'absence de la grande distribution dans la publicité sur les chaînes de télévision. La presse quotidienne régionale et la radio, et on voit bien à quel point c'est important dans leur financement. Et donc, il faut trouver l'équilibre entre les intérêts des uns et des autres. Ce qui est certain, c'est que sur Internet il n'y a pas de règles de limite de publicité pour la grande distribution, ou de jours interdit pour la publicité, pour tel ou tel type de publicité. Donc on a besoin, je crois vraiment, à la fois de remettre des contraintes aux acteurs du numérique qui arrivent en concurrence vis-à-vis des acteurs traditionnels de la télévision ou de la radio, et en même temps alléger un certain nombre de contraintes pour ces acteurs historiques justement. Tout en gardant un système qui permette le financement du cinéma et de la création audiovisuelle et qui permette le financement de la télévision et de la radio.

RENAUD DELY
Dans le cadre de votre réforme, vous évoquiez aussi la création de cette grande holding pour gouverner l'audiovisuel public. Quels en seront les contours ? Pourquoi créer une holding…

FRANCK RIESTER
Alors aucune des décisions n'est prise, tout est sur la table. Là aussi je suis dans une phase de consultation. La présentation devrait être à l'été, au mois de juillet, en conseil des ministres. Ce qui compte, c'est de trouver la meilleure organisation pour relever le défi numérique et s'adapter aux usages.

MARC FAUVELLE
Mais ce ne sera pas forcément celle-là si on vous entend bien.

FRANCK RIESTER
Ce n'est pas tranché. Nous travaillons notamment à cette possibilité -là d'une holding, société holding regroupant RADIO FRANCE, FRANCE TELEVISIONS, l'INA, FRANCE MEDIAS MONDE. Ça fait partie…

RENAUD DELY
ARTE aussi.

FRANCK RIESTER
ARTE est propriété actuellement de RADIO FRANCE, de FRANCE TELEVISIONS, de l'Etat et un certain nombre d'autres acteurs. Ça le restera. On verra comment les actionnariats des uns et des autres est mouvant. Ce qui est certain, c'est qu'ARTE devra aussi faire partie de la réflexion globale qu'on a en matière d'audiovisuel public en France et en Europe. Parce que c'est de l'argent public et ça doit être réfléchi d'une façon collaborative. Et cette holding permettrait éventuellement de pouvoir mieux coordonner les actions de la télé, de la radio et de l'Internet. Mais ce n'est pas la seule solution, la décision n'est pas pris. Ça peut aussi fonctionner avec des collaborations plus étroites comme a été réussie Franceinfo, puisque la télévision et la radio est une réussite. Je pense qu'on pourrait encore aller beaucoup plus loin s'il y avait davantage de coopération et de collaboration, mais beaucoup de choses ont déjà été faites. (…)

MARC FAUVELLE
Franck RIESTER, est-ce que le ministre de la Culture fait partie des 5 millions d'abonnés français à NETFLIX ?

FRANCK RIESTER
Je regarde comment fonctionne NETFLIX effectivement, parce que c'est important de voir la façon dont travaillent ces nouveaux acteurs qui viennent concurrencer directement les acteurs traditionnels français, notamment bien sûr CANAL PLUS mais pas seulement. Et on a besoin de comprendre comment ils travaillent.

MARC FAUVELLE
Donc vous êtes abonné ? Vous ne pouvez pas nous dire que vous utilisez les codes de quelqu'un d'autre, ça ferait un peu désordre.

FRANCK RIESTER
Mon conjoint est abonné si vous voulez tout savoir.

MARC FAUVELLE
D'accord. Ma question n'était pas aussi précise que ça. Est-ce que c'est un danger aujourd'hui pour la création en France ?

FRANCK RIESTER
Oui. Si nous n'arrivons pas, et on va le faire, à leur imposer des contraintes en matière d'investissements dans les contenus français et européens. C'est tout l'enjeu de la loi audiovisuelle de transposition de la directive SMA, qui est une directive européenne, et qui permet maintenant aux Etats de pouvoir mettre dans leur législation des dispositifs qui obligeront les plateformes comme NETFLIX d'investir dans les contenus français et européens et de les exposer. Alors ce n'est pas simple parce que c'est un algorithme évidemment complexe, mais il faut qu'on trouve les voies et moyens pour s'assurer que non seulement ils investissent, mais ensuite ils exposent ces contenus français et européens. Ils ont déjà d'ailleurs commencé à investir. Effectivement NETFLIX investit déjà dans les contenus français et européens. Tant mieux. On veut s'assurer dans l'avenir qu'ils investissent au bon niveau, c'est-à-dire 30 %.

MARC FAUVELLE
La patronne de FRANCE TELEVISIONS, Delphine ERNOTTE, a poussé un coup de gueule il y a quelques jours puisque la plateforme qu'elle avait prévu de lancer avec TF1, M6 et donc FRANCE TELEVISIONS n'a toujours pas vu le jour. Elle était partie à la Commission européenne ; elle est maintenant, je crois, sur la table de l'Autorité de la concurrence. Entre-temps, il y a eu un million d'abonnés supplémentaires à NETFLIX. Est-ce qu'on n'est pas en train de se tirer tout seul une balle dans le pied ?

FRANCK RIESTER
Delphine ERNOTTE a raison.

MARC FAUVELLE
SALTO elle s'appelle, pardon, cette plateforme. J'ai oublié de donner le nom.

FRANCK RIESTER
Oui. C'est SALTO effectivement. Elle a raison. On voit bien d'ailleurs qu'en Europe, il y a besoin de faire bouger l'Europe, de la réformer, de la refonder pour qu'elle soit plus efficace. Pour qu'elle soit moins naïve en matière commerciale et en matière industrielle. Qu'on puisse bâtir des géants, nous aussi Européens, pour concurrencer les géants, notamment numériques, américains et chinois. Et donc, il est très important que cette plateforme existe, SALTO, et qu'ensuite on puisse travailler en partenariat avec l'Europe pour avoir une vraie grande plateforme européenne…

MARC FAUVELLE
Savez-vous quand elle sera lancée ?

FRANCK RIESTER
Le NETFLIX européen, moi j'y crois.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'en attendant le NETFLIX français, vous avez une date de lancement ?

FRANCK RIESTER
Alors non, je n'ai pas de date de lancement. On va regarder ça effectivement avec les acteurs concernés, avec l'Autorité de la concurrence. Mais c'est un une très bonne chose que des acteurs qui sont concurrents parfois sur l'audience en France se soient rassemblés pour proposer un dispositif qui permette de mettre à disposition des publics les contenus de FRANCE TELEVISIONS, de TF1 et de M6.

RENAUD DELY
Vous avez évoqué tout à l'heure, Franck RIESTER, la question de la déontologie des journalistes notamment face au déferlement de fake news. Il y a un rapport qui vous a été remis. Est-ce qu'il y a la tentation au gouvernement de créer un conseil de déontologie de la presse ? A quoi ça ressemblerait ? Est-ce qu'il y a une volonté de contrôle des journalistes ?

FRANCK RIESTER
Vous savez, je pense que c'est un défi pour toute notre démocratie. C'est de retisser des liens de confiance entre les citoyens et les responsables politiques et aussi entre les citoyens et les journalistes.

RENAUD DELY
Et entre les citoyens et les journalistes, c'est au gouvernement de s'en occuper ?

FRANCK RIESTER
Non. C'est aux journalistes de prendre leurs responsabilités, oui, je pense. Et donc, c'est fait dans un certain nombre de pays, un certain nombre de grandes démocraties. C'est des conseils de presse, des conseils de déontologie. C'est-à-dire que ce n'est pas une administration, ce n'est pas le politique qui va avoir un regard sur ce qu'est l'éditorial de journalistes ou de rédactions, mais ce sont les professionnels eux-mêmes qui peuvent donner un avis. Qui peuvent dire : « Attention ! Là les règles classiques du journalisme n'ont pas été respectées. »

MARC FAUVELLE
Un avis ou un pouvoir de sanction également ?

FRANCK RIESTER
Un avis.

MARC FAUVELLE
Uniquement.

FRANCK RIESTER
Et c'est important. Pourquoi c'est important ? Parce qu'on a besoin de dire aux Français que les journalistes ne sont pas exempts de tout compte à rendre. Personne n'est exempt de comptes à rendre même pas les journalistes. Et je crois que ce signal-là qui a été envoyé dans d'autres…

RENAUD DELY
Ils en rendent déjà à leurs employeurs, à leurs lecteurs, à leurs auditeurs, à leurs téléspectateurs.

FRANCK RIESTER
Oui, mais ce n'est pas en tout cas la perception qu'ont les Français. Et donc je crois, mais ça ne sera sûrement pas au gouvernement de prendre la décision de ce conseil de presse, le gouvernement éventuellement, si ce conseil de presse ou de déontologie se mettait en place, d'adapter le reste des dispositifs publics, par exemple les comités d'éthique, par exemple les pouvoirs du CSA, pour tenir compte de cette réalité-là. Je crois qu'on a toujours intérêt de démontrer aux Français que nous, qui avons d'une certaine façon une forme de pouvoir, il y a un contre-pouvoir ou en tout cas des comptes à rendre.

RENAUD DELY
Franck RIESTER, vous avez jusqu'à ce soir minuit si vous voulez jouer à un jeu qui est organisé en collaboration par le musée du Louvre et la plateforme AIRBNB, pour gagner une nuit au musée du Louvre. Ça ne plaît pas beaucoup à la mairie de Paris qu'AIRBNB soit partie prenante de cette initiative. Est-ce que, vous, ça vous satisfait ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, c'est très bien d'aller chercher toutes les initiatives permettant de faire venir les gens au musée. Le Louvre est très créatif, très innovant en la matière. Tant mieux.

RENAUD DELY
Donc bienvenue à AIRBNB.

FRANCK RIESTER
Bienvenue au Louvre.

MARC FAUVELLE
Merci à vous. Franck RIESTER, ministre de la Culture, était ce matin l'invité de Franceinfo radio et télé réunis comme chaque matin.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 avril 2019