Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à Public Sénat le 4 avril 2019, sur le grand débat national et le climat politique.

Texte intégral

CYRIL VIGUIER
Deuxième partie de cette émission « Territoires d'infos », avec la presse quotidienne régionale, les Indés Radios et les télés locales de France, le réseau Vià Télévisions, et avec TV5 Monde, et notre invité ce matin en direct sur ce plateau c'est le benjamin du gouvernement, bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, merci d'être là. Pour vous interroger, à mes côtés, Oriane MANCINI, bonjour.

ORIANE MANCINI
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Spécialiste politique de PUBLIC SENAT, et Christelle BERTRAND du groupe LA DEPECHE, qui représente la presse quotidienne régionale sur ce plateau ce matin. Gabriel ATTAL, on en vient tout de suite à l'actualité. Vincent CRASE, compagnon d'Alexandre BENALLA, dans son livre « Présumé coupable », explique beaucoup des relations entre Alexandre BENALLA et Emmanuel MACRON. On a l'impression qu'on n'en finira jamais avec cette affaire, on s'aperçoit dans ce livre, au fond, qu'Alexandre BENALLA était devenu indispensable à Emmanuel MACRON. Vous n'avez pas l'impression qu'on est dans une affaire de sparadrap là, que le président ne s'en sortira jamais de cette affaire ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, moi j'ai lu, ni l'interview, ni le livre, par ailleurs je ne suis pas critique littéraire, donc…

CYRIL VIGUIER
Mais il y a des détails dans le livre, si vous voulez, qui montrent une très grande proximité du président de la République avec Alexandre BENALLA, avec des exemples, des descriptions de scènes, absolument incroyables.

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, moi je n'ai pas lu le livre, et je ne suis pas critique littéraire par ailleurs. Je comprends que Vincent CRASE sort un livre, qu'il veut vendre son livre, qu'il fait la promotion de son livre, donc je sais que dans ces conditions c'est important de « sortir » des choses qui font parler, donc, voilà, je n'ai pas trop d'autres commentaires à faire. Après, si la question que vous me posez quand vous parlez de sparadrap, c'est est-ce que je préférerais, quand je fais une matinale, ou quand je fais une émission, qu'on me parle d'autres sujets, et notamment des réformes qu'on porte pour le pays, évidemment oui. Evidemment que je préférerais qu'on parle de ce qu'on fait, de mes dossiers, de la question de la vie associative, de la question du service national universel.

CYRIL VIGUIER
Ça va continuer d'empoisonner le message gouvernemental, ce que vous avez à dire, vous les ministres, par exemple ?

GABRIEL ATTAL
En tout cas, nous, ça ne nous empêche pas d'agir, on continue à porter nos réformes, on continue à défendre nos dossiers, et y compris quand on est dans des émissions et qu'on nous interroge, on répond, parce que c'est normal, mais on répond avec les éléments qui nous permettent de répondre. Aujourd'hui les éléments c'est qu'on a une justice qui fait son travail, on a une enquête qui est en cours, et, à part ça, pour moi le reste…

CYRIL VIGUIER
Mais on a l'impression que ça n'arrête pas. Donc, compagnon d'infortune d'Alexandre BENALLA fait un livre, après on peut imaginer qu'Alexandre BENALLA en fera aussi un de son côté, c'est quand même devenu compliqué pour vous.

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, encore une fois, ça ne nous empêche pas d'agir, et quand on vient sur vos plateaux on n'esquive pas des questions, c'est normal, vous nous interrogez, on répond, c'est important qu'on puisse aussi parler de ce qu'on fait.

ORIANE MANCINI
Allez, on va parler des réformes, du grand débat. Deux jours de débats à l'Assemblée nationale, deux jours dans un hémicycle quasiment vide, est-ce que le format était le bon ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, en tout cas c'était important de donner la voix aux parlementaires, moi j'étais hier dans l'hémicycle, à l'Assemblée nationale, pour le débat sur la thématique « démocratie, citoyenneté », c'est important que ce débat-là, par définition, mais les autres aussi, puisse avoir lieu avec les représentants de la Nation, après c'est à eux de savoir s'ils souhaitent se rendre dans l'hémicycle, écouter les débats, y participer, ou pas.

CHRISTELLE BERTRAND
L'opposition accuse la majorité de vouloir faire traîner le débat en longueur, peut-être pour enjamber les européennes, peut-être parce que la porte de sortie n'est pas si simple à trouver. Est-ce que l'opposition a raison, est-ce que le débat ne traîne pas un petit peu trop ?

GABRIEL ATTAL
Dès le départ on a annoncé le calendrier du débat, on a annoncé qu'il y avait d'abord ce temps de dialogue, d'écoute, de débats dans les territoires avec les Français, c'était les réunions d'initiative locale, il y en a eu plus de 10.000, qu'ensuite il y avait des réunions nationales, avec les syndicats, les associations d'élus, les associations tout court – moi je suis en charge d'association, j'étais très attaché à ce monde – les conférences citoyennes, où des Français tirés au sort dans chaque région, et des jeunes tirés au sort dans toute la France, pour une conférence spéciale jeunes, se sont exprimés, et là on est dans le temps parlementaire. Et les oppositions, vous savez, elles cherchent systématiquement à trouver un moyen de critiquer, de s'opposer, c'est d'ailleurs, à mon avis, la première chose à laquelle elles pensent en se levant le matin. Imaginez, si aujourd'hui on disait allez, c'est fini, et puis on arrête le grand débat, qu'est-ce qu'elles diraient aujourd'hui ? Elles diraient mais attendez, vous n'avez pas respecté le temps du Parlement, vous n'avez pas interrogé les parlementaires, vous n'avez pas permis aux parlementaires de s'exprimer. On le fait, et elles nous disent c'est trop long, donc…

CHRISTELLE BERTRAND
Est-ce qu'elles ont tort quand elles disent que le gouvernement tâtonne un peu ? La porte de sortie, pour vous, commence à se dessiner, vous commencez à y voir plus clair sur ce que le gouvernement va proposer, le chef de l'Etat va proposer comme porte de sortie ?

GABRIEL ATTAL
En tout cas, ce qui s'est clarifié avec ce grand débat, c'est des thématiques très fortes qui sont remontées des territoires et des Français directement, et tout ça va être encore plus clair lundi, puisqu'il y a un grand moment de restitution publique, tout ça va se faire encore dans la parfaite transparence, de restitution de ce qu'un certain nombre de personnes, de ce qu'un certain nombre d'organisation, ont perçu, ont ressenti, du grand débat dans les territoires, ça sera l'événement de lundi. Puis le Premier ministre va s'exprimer, il va s'exprimer sur le constat, sur ce que le gouvernement, la majorité, retire de ce grand débat. Et après, maintenant dans quelques jours, le président de la République s'exprimera et donnera sa réponse politique.

ORIANE MANCINI
Mi-avril, là aussi le calendrier… Emmanuel MACRON ?

GABRIEL ATTAL
Oui, mi-avril, comme ça a été annoncé.

ORIANE MANCINI
Sur le fond des mesures, après les 10 milliards d'euros accordés au mois de décembre, est-ce que pour vous il faut donner un nouveau coup de pouce au pouvoir d'achat, est-ce qu'il faut à nouveau sortir le chéquier ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, je vous remercie de rappeler, d'abord, cette première réponse de 10 milliards d'euros, on ne le fait pas toujours, c'est une réponse massive qu'il y a eu en décembre, avec l'augmentation de la prime d'activité, avec la prime Macron versée dans les entreprises, il y a 2 millions de salariés qui ont reçu en moyenne, je crois, 400 euros, avec la défiscalisation des heures supplémentaires, avec l'annulation de la hausse de CSG pour beaucoup de retraités, tout ça c'est une première réponse de pouvoir d'achat qui est massive. Est-ce qu'il en faut une autre dans le cadre de la réponse au grand débat ? C'est le président de la République qui le décidera.

ORIANE MANCINI
Mais pour vous, on voit, elle est nécessaire, les mesures institutionnelles ne suffiront pas, il va falloir donner des mesures de pouvoir d'achat ?

GABRIEL ATTAL
Alors, d'abord je pense que les mesures institutionnelles elles sont importantes, mais ce n'est pas l'alpha et l'oméga de la réponse au grand débat, il y a des enjeux qui sont aussi très structurants, sur la ruralité, sur la présence des services publics dans les territoires, sur l'accès aux services publics. La question du pouvoir d'achat, elle est aussi remontée, évidemment, notamment pour la question des retraités. Donc, pour moi il peut y avoir des réponses sur cette question du pouvoir d'achat, mais ce qui m'importe c'est aussi que les réponses, les dépenses nouvelles, elles soient financées. On assiste aujourd'hui à une irresponsabilité totale des oppositions sur ce sujet. Qu'on entende la France insoumise ou les communistes expliquer qu'il faut dépenser, dépenser, dépenser, sans compter, j'ai envie de dire ce n'est pas très nouveau, qu'on entende Les Républicains, qui est censé être le parti de droite républicaine, qui classiquement sont, a priori, attachés à l'équilibre des comptes publics et à la maîtrise des dépenses, qu'on les entende aujourd'hui tenir le même discours que la France insoumise, c'est-à-dire dire il faut ouvrir grand les vannes, il faut annuler des recettes, sans se poser la question des déficits, je trouve ça hallucinant. Et vous comprendrez que moi ça me frappe, en tant que membre du gouvernement, mais aussi en tant que jeune, parce que quand on prend des décisions comme celle-là aujourd'hui, quand on dit que finalement le déficit, la dette, on s'en fiche, en fait c'est ma génération, c'est les jeunes générations, qui vont devoir assumer ces choix-là plus tard, c'est ma génération qui va devoir « casquer », excusez-moi du terme, et à chaque fois qu'on prend cette décision, c'est comme si on contractait un emprunt sur la tête de tous les jeunes dans le pays, et l'attitude des Républicains sur ce sujet-là, elle est totalement irresponsable.

CHRISTELLE BERTRAND
Alors, vous dites il faut faire aussi rentrer de l'argent, pour pouvoir en dépenser, Bruno LE MAIRE, lui, a annoncé une baisse de la pression fiscale, est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ça va se traduire exactement ?

GABRIEL ATTAL
Alors, par définition, c'est le président de la République qui l'annoncera. Ce que Bruno LE MAIRE dit, mais c'est d'ailleurs ce qu'on est un certain nombre à dire depuis longtemps, ce qui est d'ailleurs la ligne de ce gouvernement, c'est que, ce qu'on souhaite, ce n'est pas augmenter les impôts, c'est au contraire les baisser quand c'est possible, et c'est ce qu'on a fait depuis 2 ans, quand on a diminué la pression sur les salaires en baissant un certain nombre de cotisations salariales, c'est ce qu'on a fait avec des choix fiscaux pour relancer l'attractivité, relancer l'économie, et si on peut le faire, moi je suis évidemment favorable à ce qu'on aille plus loin en sortie du grand débat, en baissant par exemple l'impôt sur le revenu, pour un certain nombre de Français.

CHRISTELLE BERTRAND
Il est possible de baisser les impôts et de faire plus de services publics, de mieux financer la dépendance, tout ça c'est compatible ?

GABRIEL ATTAL
Mais, encore une fois, il faut faire des choix, et c'était le sens de la lettre du président de la République, c'est que, effectivement, si on considère qu'il faut diminuer les rentrées fiscales, c'est-à-dire baisser les impôts, ou si on souhaite augmenter des dépenses, eh bien il faut savoir comment on les finance. Encore une fois, moi, vous avez compris que j'y suis attaché, aussi, en tant que jeune.

ORIANE MANCINI
Juste, Gérald DARMANIN avance l'idée de la suppression de la redevance audiovisuelle, vous êtes d'accord ?

GABRIEL ATTAL
Je pense que c'est un débat qui se pose, j'avais déjà eu l'occasion de le dire quand j'étais député puisque je travaillais sur les questions d'audiovisuel précisément, elle se pose de toute façon puisqu'on va supprimer la taxe d'habitation et qu'aujourd'hui la redevance audiovisuelle elle est « récoltée » en même temps que la taxe d'habitation, donc de toute façon la question elle doit se poser. Et c'est vrai qu'on peut considérer qu'il y a une forme d'injustice puisqu'il n'y a pas de progressivité et que tout le monde paye la même chose, mais ce qu'il faut c'est garantir, à ce moment-là, des recettes pour l'audiovisuel public, donc par exemple faire des choix sur la publicité ou sur d'autres modes de recettes qu'on peut imaginer.

CYRIL VIGUIER
Gabriel ATTAL, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse est notre invité politique ce matin. Grand débat, Emmanuel MACRON boucle sa tournée, il sera en Corse aujourd'hui, on était en duplex et en direct de Corse ce matin, à Ajaccio tout à l'heure, avec le rédacteur en chef Roger ANTECH, qui nous disait que beaucoup moins de maires que prévu vont se rendre à l'invitation du président de la République, et puis Gilles SIMEONI et jean-Guy TALAMONI, les patrons de l'Exécutif et de l'Assemblée Corse, ne verront pas le président de la République. Ce n'était pas une visite mal préparée, de la part du président de la République ?

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas. Vous savez, j'ai envie de dire que la préparation de la visite, mais parce que c'est le travail pour les Corses, il a commencé depuis maintenant assez longtemps, le président de la République s'est déplacé en Corse il y a maintenant 1 an, je crois…

CYRIL VIGUIER
Moins de maires, pas les présidents de l'Exécutif ni de l'Assemblée…

GABRIEL ATTAL
Il s'est déplacé il y a 1 an, en Corse. Jacqueline GOURAULT, membre du gouvernement, « Madame Corse » dans le gouvernement, qui travaille précisément sur ce sujet-là, a travaillé énormément avec les Corses sur ce sujet-là…

CYRIL VIGUIER
Ile morte aujourd'hui, vous avez entendu, île morte aujourd'hui.

GABRIEL ATTAL
Moi j'entends ces décisions et ces prises de position des élus, mais je ne suis pas sûr que ce soit le coeur du sujet. Moi ce qui m'importe…

ORIANE MANCINI
Pourquoi le dialogue ne se fait pas, tout le monde appelle à un dialogue pour l'Histoire, pour reprendre l'expression d'Emmanuel MACRON, pourquoi il ne se fait pas ?

GABRIEL ATTAL
Franchement, c'est une question qu'il faut poser aux responsables politiques que vous évoquez. Le président de la République, il y a un rendez-vous qui avait été monté à l'Elysée avec eux il y a quelques semaines, ils ne s'y sont pas rendus, il leur propose de les rencontrer à Cozzano en marge de ce grand débat, ou à l'Elysée, ils refusent, donc c'est plutôt à eux qu'il faut poser la question, l'important…

ORIANE MANCINI
Il n'a pas voulu aller dans l'hémicycle de la collectivité pour dialoguer avec tous les élus…

GABRIEL ATTAL
Mais, vous savez, le président de la République, moi je l'ai suivi sur un certain nombre d'étapes du grand débat, il s'est déplacé dans toutes les régions, je crois que la Corse est d'ailleurs la dernière région dans laquelle il se rend, il n'allait pas dans les villes centres ou les métropoles, et il rencontrait, il proposait une rencontre aux présidents de région, dans le cadre de son déplacement, et ils se déplaçaient, parce qu'en général, quand on est président de région, on aime son territoire et ça ne nous pose pas trop de problème de se déplacer pour aller rencontrer le président de la République. Mais, encore une fois, il a proposé plusieurs rencontres, ils ne s'y sont pas rendus, et l'important pour moi c'est que ce grand débat il serve à faire émerger des sujets de la vie quotidienne, des Corses, auxquels on peut répondre. Vous savez, la Corse c'est un très beau territoire, mais c'est un territoire qui a aussi ses particularités. On travaille énormément sur le sujet depuis maintenant plus d'1 an, moi, encore une fois, en tant que ministre de la Jeunesse, ce qui m'importe aussi c'est ce qu'on fait pour les jeunes Corses, les jeunes Corses ils ont un taux de chômage qui est bien sûr supérieur à celui des jeunes au niveau national, je crois qu'on est quasiment à 30 %, donc comment est-ce qu'on répond à ça. On a mis 30 millions d'euros pour investir dans les compétences, dans la formation des jeunes, pour permettre aux jeunes Corses de trouver un emploi. Pour moi ça me semble plus important comme débat, que de savoir qui sera là quand le président arrive, ou pas.

CHRISTELLE BERTRAND
Gabriel ATTAL, vous travaillez aux côtés de Jean-Michel BLANQUER, aujourd'hui nouvelle journée de mobilisation des instituteurs et des parents d'élèves, vous disiez qu'elle allait être peut-être plus large que la dernière, est-ce que vous parleriez encore de « grèviculture » ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne dirai pas ça, parce que je comprends qu'il puisse y avoir des inquiétudes. Vous savez, être professeur, être enseignant, c'est un engagement très fort, c'est des conditions de travail qui sont parfois difficiles, ça peut être des tensions, ça peut être parfois même des violences, on en a parlé régulièrement, et moi je comprends que certains puissent s'interroger, puissent se poser des questions, puissent avoir des inquiétudes, et précisément, si je suis là aussi c'est pour y répondre. On a vu circuler, sur le projet de loi Ecole de la confiance, beaucoup de contrevérités, beaucoup de fausses informations, et c'est important d'y répondre.

CHRISTELLE BERTRAND
Comme quoi par exemple ?

GABRIEL ATTAL
Par exemple on a expliqué que, avec les établissements publics des savoirs fondamentaux, qui ont cette idée de rapprocher les collèges et les écoles primaires, ça allait éloigner les écoles primaires des familles, ça allait supprimer les directeurs d'école primaire, alors que c'est totalement faux.

CHRISTELLE BERTRAND
Ça ne va pas supprimer les directeurs d'école primaire ?

GABRIEL ATTAL
Ça ne va pas supprimer les directeurs d'école primaire, qui continueront à travailler pour l'école primaire, qui continueront à être en lien avec les familles…

CHRISTELLE BERTRAND
Donc il y aura deux directeurs, un directeur de collège et un directeur d'école primaire, dans ces grands ensembles ?

GABRIEL ATTAL
Non, mais il peut y avoir un directeur de l'établissement public des savoirs fondamentaux, et…

CHRISTELLE BERTRAND
Il n'y aura qu'un seul directeur pour tout l'établissement ?

GABRIEL ATTAL
Et un premier adjoint, j'ai envie de dire, en charge de l'école primaire. Mais, vous savez, la logique de ça, c'est de s'adapter aux innovations qui existent sur les territoires. Il y a quelques jours j'étais en Indre-et-Loire, il y a une petite commune, là-bas, où il y a une école primaire, depuis quelques années ils ont développé un truc, c'est que vous avez un prof de maths du collège, qui n'est pas très loin, qui vient donner des cours de maths, en plus des cours dans l'école primaire, aux jeunes qui sont en CM2, donc le prof de maths il vient du collège, il donne aux jeunes qui sont en CM2 dans l'école primaire, des cours de maths, pour les préparer à l'arrivée au collège, parce qu'on sait que ça peut être une rupture un peu brutale. Ça, ils le font alors qu'il n'y a pas de cadre institutionnel, qui le permet normalement, mais surtout qui permet de garantir que ça continu si le prof est muté, par exemple, ou autre. Donc, ce qu'on veut faire avec les établissements publics des savoirs fondamentaux, c'est permettre que des initiatives comme celle-là elles puissent se multiplier partout sur le territoire, pour que ce soit plus « fluide » entre l'école primaire et le collège.

CHRISTELLE BERTRAND
Alors, ce qu'on reproche beaucoup à ce projet aussi, c'est de ne pas avoir renforcé la formation continue, qui est une demande des enseignants, des parents d'élèves, qui est un vrai sujet…

GABRIEL ATTAL
Mais la formation des enseignants, c'est un vrai sujet, et d'ailleurs c'est une réforme qu'on a…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais elle n'est pas renforcée là, dans ce projet.

GABRIEL ATTAL
C'est une réforme qu'on a entamée ; parce que ce n'est pas législatif, donc en fait vous ne fixez pas les conditions de la formation des enseignants dans la loi, il y a des choses qui relève du domaine réglementaire, du domaine législatif, donc je crois même qu'il y a une accroche, dans le projet de loi, sur ce sujet de la formation, c'est une réforme qu'on mène en parallèle, il y a eu d'ailleurs des discussions, des travaux, avec les syndicats d'enseignants, et c'est un travail qu'on va mener dans les mois qui viennent. Et c'est un vrai sujet parce que, il y a aussi des enjeux nouveaux auxquels sont confrontés les enseignants, des enjeux de précarité, des enjeux de liens avec les familles, les enjeux de l'égalité femmes/hommes, de laïcité, de radicalisation parfois, et ils ont besoin d'être armés face à tout ça, et donc c'est un enjeu fondamental.

ORIANE MANCINI
On va parler de votre dossier, le service national universel. En juin 13 départements vont l'expérimenter, départements pilotes. Combien de volontaires se sont inscrits à ce jour ?

GABRIEL ATTAL
Alors, ce que je peux vous annoncer c'est qu'on a maintenant, d'ailleurs depuis quelques jours, dépassé le nombre de volontaires nécessaires pour lancer la phase pilote, on est quasiment à 3000 volontaires qui ont été recensés, alors que c'est 2000 jeunes qui seront appelés au service national en juin prochain, ce qui montre qu'il y a un intérêt très fort des jeunes pour ce dispositif, ce qui nous impose d'être à la hauteur…

ORIANE MANCINI
Donc vous allez devoir faire un choix parmi les 3000…

GABRIEL ATTAL
Oui, on va devoir faire des choix….

ORIANE MANCINI
Comment vous allez faire le choix ?

GABRIEL ATTAL
Dans plusieurs départements il va falloir faire des choix, eh bien le choix sera fait pour garantir que les jeunes qui seront appelés au service national représentent la diversité de la jeunesse. Moi, ce qui m'importe, c'est que…

CHRISTELLE BERTRAND
Il y aura des critères.

GABRIEL ATTAL
Ce que je veux c'est qu'on n'ait pas, par exemple, uniquement des jeunes scolarisés, mais qu'on ait aussi des jeunes apprentis, des jeunes décrocheurs, des jeunes en situation de handicap, et que sur les jeunes scolarisés on n'ait pas que des jeunes du même milieu social, ou du même lycée au sein du territoire, mais qu'on ait une diversité sociale.

CHRISTELLE BERTRAND
Vous allez le faire ce service national que vous avez annoncé ?

GABRIEL ATTAL
Oui, je vais le faire, parce que ça me semble normal.

CHRISTELLE BERTRAND
Comment ?

ORIANE MANCINI
De quelle manière ?

GABRIEL ATTAL
Je vais le faire en itinérant, c'est-à-dire qu'il y a 13 centres du service national pilote, pour juin prochain, ça dure 12, 13 jours, donc je vais aller passer une journée, une nuit, dans chacun des centres…

CHRISTELLE BERTRAND
En uniforme ?

GABRIEL ATTAL
En uniforme, parce que c'est important, quand on met en place une réforme qui est nouvelle, c'est une création française, ça n'existe même pas à l'étranger, qui va concerner toute la jeunesse, je suis encore à peu près jeune, donc ça me semble normal d'aller tester sur le terrain ce que je mets en place.

CYRIL VIGUIER
Justement, Gabriel ATTAL, vous êtes encore très jeune, vous êtes benjamin du gouvernement, vous avez été parlementaire, c'est comment d'être benjamin du gouvernement, d'être si jeune au gouvernement, votre petite expérience ministérielle, là, vous retenez quoi ?

GABRIEL ATTAL
Je retiens que mes collègues, que le président de la République, que le Premier ministre, me « traitent » comme n'importe quel autre membre du gouvernement, et ça pour moi c'est important. Vous savez, être jeune ça ne doit pas donner des droits supplémentaires, une légitimité supplémentaire, mais ça ne doit pas en enlever non plus, ou faire qu'on est considéré comme illégitime. Moi je pense qu'il faut toujours faire ses preuves, qu'on soit jeune ou pas, c'est ce que j'essaye de faire en travaillant au gouvernement.

CYRIL VIGUIER
Bon service alors.

GABRIEL ATTAL
Merci, vous pouvez venir avec moi si vous voulez.

CYRIL VIGUIER
Au revoir Gabriel ATTAL, merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 avril 2019