Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à BFM TV le 12 septembre 2019, sur la mise en examen du président de l'Assemblée nationale et le projet de révision constitutionnelle.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité, Marc FESNEAU. Bonjour.

MARC FESNEAU
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre en charge des Relations avec le Parlement. C'est la première fois que vous venez me voir, ça tombe bien ce matin. Ancien secrétaire général du groupe MoDem, ça tombe doublement bien. Première question évidemment, Richard FERRAND mis en examen doit-il démissionner ?

MARC FESNEAU
Non, je ne le pense pas. Je vais vous expliquer pourquoi. D'abord par préambule et préalable, je suis membre du gouvernement, il n'y a pas à interférer dans les histoires de justice et dans les procédures de justice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, on avait compris.

MARC FESNEAU
Et donc il n'y aura pas de commentaires à faire là-dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non. Il n'y aura pas de commentaires à faire sur l'affaire.

MARC FESNEAU
La deuxième chose que je veux dire, c'est qu'aux mêmes principes que ceux qui sont celui de séparation des pouvoirs, Richard FERRAND est mis en examen, Richard FERRAND n'est pas condamné. Richard FERRAND n'est pas coupable à ce stade.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Présomption d'innocence.

MARC FESNEAU
La présomption d'innocence. Et si on veut aller au bout du respect de la présomption d'innocence, il ne faut pas tirer des conséquences d'un acte de procédure plus que ce que c'est, c'est-à-dire un acte de procédure. Et je pense qu'à chaque fois qu'on accrédite la thèse que parce qu'on serait mis en examen, on est coupable, on ne rend pas service à la justice. Je le dis au passage : pourquoi il y avait une jurisprudence Balladur à l'époque ? Parce qu'à l'époque quand on était membre du gouvernement, le ministre de la Justice, le Garde des Sceaux, pouvait donner des instructions individuelles aux magistrats. Ça n'est plus le cas aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, je reviendrai sur cette séparation des pouvoirs qui n'est pas totale, loin de là.

MARC FESNEAU
Et donc je pense que Richard FERRAND que je connais bien, avec qui j'ai des liens amicaux d'ailleurs, fait bien son travail de président de l'Assemblée - j'en témoigne comme ministre des Relations avec le Parlement – et ne doit pas quitter son poste de président de l'Assemblée nationale pour répondre simplement à votre question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais pourquoi est-ce que les ministres démissionnent et pourquoi le président de l'Assemblée nationale ne démissionnerait pas ?

MARC FESNEAU
Parce que quand vous êtes ministre, vous n'êtes pas parlementaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
(Propos inaudibles)

MARC FESNEAU
Voilà, exactement. Et par ailleurs, vous n'êtes pas en lien avec la justice. Et le risque qu'il y avait, qui n'existent plus aujourd'hui, preuve en est d'ailleurs : je signale au passage que ceux qui font un procès parfois à ce gouvernement d'instrumentaliser la justice en sont pour leurs frais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir aussi. Je vais y revenir.

MARC FESNEAU
Et donc je pense que c'est ça en démocratie, que les procédures judiciaires leur cours, preuve en est pour tout le monde, et c'est ça aussi en démocratie qu'on respecte des principes qui sont valables. Il n'y a pas de citoyens au-dessus des lois, il n'y a pas de citoyens au-dessous des lois. Donc les choses qui sont valables pour les uns et pour les autres doivent être respectées. La présomption d'innocence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc un ministre démissionne parce qu'il est nommé et un président de l'Assemblée nationale ne démissionne pas parce qu'il est élu, il reste député. Mais Marc FESNEAU, c'est ça la différence.

MARC FESNEAU
Non, pas seulement. Ce n'est pas ce que je vous expliquais. Je vous expliquais qu'il y avait eu cette jurisprudence Balladur parce qu'à l'époque, les capacités donnaient des instructions. Aujourd'hui, il n'y a plus cette capacité de donner des instructions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin ça, c'est contestable. Franchement Marc FESNEAU, c'est contestable.

MARC FESNEAU
Je ne crois pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors il faut aller jusqu'au bout de la réforme constitutionnelle, on en parlera. On est bien d'accord, Marc FESNEAU. Mais tout de même, tout de même, est-ce que l'autorité, l'indépendance de Richard FERRAND sont mis en cause aujourd'hui ?

MARC FESNEAU
L'indépendance de Richard FERRAND serait mise en cause si, parce qu'il y a une procédure judiciaire, ça entraînait une décision comme celle que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc son autorité n'est pas ébréchée.

MARC FESNEAU
L'autorité de Richard FERRAND je la connais, je la pratique tous les jours et je n'ai pas le sentiment que ça soit de nature à ébrécher cette autorité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr. On nous avait annoncé un nouveau monde, Marc FESNEAU. Un nouveau monde de transparence, un nouveau monde d'équité, un nouveau monde…

MARC FESNEAU
Est-ce que vous trouvez qu'on fait défaut à l'équité et à la transparence ? Je ne crois pas. Je le dis très simplement. Il y a de la transparence sur la procédure. Tous les citoyens sont également justiciables devant la justice si je puis dire et donc l'équité et la transparence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est tenable ? Franchement, c'est tenable ?

MARC FESNEAU
Attendez, l'équité et la transparence est au rendez-vous. Moi je pense qu'on rendrait service collectivement, nous tous, si nous respections les procédures, la justice, son indépendance, et un fondement de ce qu'est la justice en France c'est la présomption d'innocence. Et je pense que c'est comme ça qu'on retrouvera aussi - comment dirais-je - quelque chose de sain dans le débat public. Ça aussi, ça fait partie de la moralisation. Quand on est mis en examen, on n'est pas coupable. Quand on est mis en examen, il y a une procédure judiciaire qui est en cours je suis sûr que Richard FERRAND apportera les éléments nécessaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce tenable devant l'opinion publique, franchement ? Ce matin, je demandais aux auditeurs de RMC.

MARC FESNEAU
Oui, j'ai vu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
85 % demandent la démission de Richard FERRAND.

MARC FESNEAU
Oui, mais je pense qu'il faut que… Ce n'est pas toujours facile de tenir des positions mais je pense qu'on ne peut pas substituer la procédure judiciaire au tribunal de place publique ou au tribunal d'opinion. Je trouve que c'est assez malsain. C'est rendre service à personne parce que ce n'est pas rendre service à la démocratie que de jeter en pâture des personnalités, mais même pas seulement des personnalités, de jeter en pâture des gens parce qu'on déciderait que tel ou tel ne doit pas pouvoir rester à son poste. Je pense que ça ne rend pas service à la démocratie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Hier Marielle de SARNEZ et François BAYROU ont été entendus. Là, vous connaissez bien tout cela puisque vous avez dirigé le MoDem. Emplois fictifs du MoDem au Parlement européen, c'est l'enquête.

MARC FESNEAU
Elle suit son cours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, l'enquête suit son cours. Alors France François BAYROU était très content de pouvoir s'expliquer. Est-ce que – moi, je vous repose la question - est-ce que des assistants parlementaires MoDem ont travaillé pour le parti et payés par le Parlement européen ?

MARC FESNEAU
Je ne vais commenter une procédure de justice. Ce que je sais, c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais je vous pose la question.

MARC FESNEAU
Non mais vous me posez la question, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous me dites oui ou non.

MARC FESNEAU
Non mais je vous dis qu'il y a une procédure judiciaire et qu'il ne m'appartient pas dans cette procédure judiciaire d'interférer. Je sais que François BAYROU était heureux hier, pour l'avoir eu d'ailleurs au téléphone ensuite, de pouvoir s'expliquer sur un certain nombre de choses qui avaient été divulguées dans la presse et sur lesquelles il n'avait pas pu répondre. Et je pense que c'est ça qui est le principal : c'est que la procédure suive son cours. Quant aux questions qui sont posées par les magistrats, c'est ceux qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que lui a été obligé de démissionner et Richard FERRAND, lui…

MARC FESNEAU
Mais pour les mêmes motifs qu'à l'époque, pour des raisons gouvernementales que j'ai essayé d'expliquer devant vous tout à l'heure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Le président de la République soutient Richard FERRAND.

MARC FESNEAU
Oui, je crois qu'il a la confiance du président de la République. Moi je peux témoigner des excellentes relations qu'on entretient en relation avec le Parlement puisque c'est un interlocuteur habituel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il a le soutien du président de la République.

MARC FESNEAU
Oui, absolument, et je peux témoigner. Et pas que du président de la République. Je crois qu'à l'Assemblée nationale, les ministres qui travaillent et moi le premier avec lui, voient en lui un président de l'Assemblée nationale qui fait un travail d'équilibre des pouvoirs, qui est parfois d'ailleurs exigeant avec nous parce qu'il est assez exigeant avec nous dans son travail, pour là aussi respecter la séparation des pouvoirs. Pour faire en sorte que le Parlement, l'Assemblée nationale – ce n'est pas toujours… ça ne nous arrange pas toujours - en tout cas prennent place dans ces prérogatives. Et donc ça on peut en témoigner collectivement et les parlementaires de la majorité comme de l'opposition, je crois, le reconnaissent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la France insoumise a perdu tous ses arguments politiques depuis hier ? Enfin, une grande partie ; pas tous mais une grande partie.

MARC FESNEAU
Il faut faire attention à des arguments politiques comme ceux-là parce qu'effectivement, l'essentiel de ses arguments politiques étaient de dire que la justice était instrumentalisée. Manifestement la justice passe pour tout le monde et c'est bien ainsi que la justice passe pour tout le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien.

MARC FESNEAU
Là aussi, il faut éviter d'instrumentaliser. Parce que selon que ça vous est favorable ou pas ou que ça vous arrange ou pas dire : « c'est parce qu'on instrumentalise la justice », je pense qu'on fait là aussi un défaut à la démocratie, à la République. Parce que là aussi, on attaque au fond la justice dans ce qu'elle doit être préservée de son indépendance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il faut couper tous les liens entre les juges du parquet et le pouvoir exécutif, Marc FESNEAU ?

MARC FESNEAU
C'était le projet de la révision constitutionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas tous les liens.

MARC FESNEAU
Oui, c'est l'essentiel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où est-ce qu'elle en est d'ailleurs ?

MARC FESNEAU
Elle est sur la table désormais, si je peux dire, puisqu'elle était…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Elle est sur la table depuis un moment même.

MARC FESNEAU
Oui, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle reste sur la table pour l'instant.

MARC FESNEAU
Oui. C'est un, comment dirais-je, un travail à deux, c'est-à-dire l'Assemblée nationale et le Sénat. On a décidé de présenter le texte en conseil des ministres pour que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

MARC FESNEAU
Il a été présenté il y a quinze jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, exact, il y a quinze jours.

MARC FESNEAU
Il a été présenté en conseil des ministres pour donner le signal que c'était prêt. On ne va pas le mettre à l'ordre du jour. Comme vous le savez, on en aura peut-être l'occasion, on a beaucoup de textes qui sont devant nous déjà. Donc on n'introduira le débat qu'à partir du moment où on aurait une certitude ou une quasi-certitude que le Sénat et l'Assemblée nationale peuvent converger vers un accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait des mois que vous n'avez pas de certitude, il n'y a pas d'accord.

MARC FESNEAU
Mais sur cette affaire-là, vous savez, un débat constitutionnel c'est quinze jours à trois semaines dans chaque chambre avec des matches aller-retour à n'en plus finir si on veut. Il y a des réformes qui doivent être menées en termes d'écologie et en termes de retraite, en termes de dépendance, enfin sur des tas d'autres sujets. On le fera à partir du moment où on aura le sentiment que le Sénat et l'Assemblée nationale peuvent tomber d'accord. Mais il faut le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les magistrats du parquet ne sont pas suffisamment indépendants. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la Cour européenne des droits de l'homme.

MARC FESNEAU
Est-ce que vous avez… Est-ce que vous avez… Pardonnez-moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de garantie d'indépendance suffisante, c'est ce que dit la Cour européenne des droits de l'homme.

MARC FESNEAU
Est-ce que vous avez, étant invité chez vous ce matin, le sentiment que les juges ne sont pas suffisamment indépendants ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi je n'ai aucun sentiment, Marc FESNEAU, et ce n'est pas moi qui dois répondre aux questions.

MARC FESNEAU
Mais je réponds à la question que vous posez de la cour de justice. Je n'ai pas le sentiment ce matin que ce sur quoi vous m'interrogez prouve quelque chose d'autre que l'indépendance de la justice en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les magistrats du parquet sont parfaitement indépendants.

MARC FESNEAU
J'ai le sentiment qu'ils sont parfaitement indépendants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parfaitement indépendants même s'ils sont, après avis du CSM, nommés par le Garde des Sceaux.

MARC FESNEAU
Vous avez raison. On ne peut pas nous en faire grief, c'est l'objet de la révision constitutionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors que dit cette révision ? Rappelez-le.

MARC FESNEAU
Elle disait que les nominations étaient décidées désormais par les magistrats et pas sur décision…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il serait bon de couper tous les liens entre les juges du parquet et le pouvoir exécutif ?

MARC FESNEAU
Mais c'était l'objet de cette révision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez que qu'il faut couper tous les liens vous ?

MARC FESNEAU
Non. Ça n'empêche pas quand même… Attendez, il y a deux choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non ?

MARC FESNEAU
Non. Je pense qu'il faut couper les liens, il ne faut pas interférer. En même temps, on a une politique de justice. Quand on dit par exemple il faut regarder, sur l'affaire des féminicides, il faut qu'il y ait une politique homogène et qu'on soit beaucoup plus vigilant sur les mesures qu'il faut, c'est intéressant qu'on puisse donner des orientations mais ce n'est pas des instructions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je repose la question autrement, Marc FESNEAU. Faut-il garder le lien entre parquet et exécutif ?

MARC FESNEAU
C'est le lien de subordination qui est gênant. Le lien qui fait que votre carrière dépend d'une décision qui n'est pas liée à vos capacités…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De l'exécutif.

MARC FESNEAU
Oui, c'est ce que j'allais dire. Qui n'est pas lié à votre capacité, à votre propre professionnalise, mais lié au ministre. L'objet de la réforme, c'était celui-là. Mais qu'en même temps il y ait une politique de justice en France et qu'on puisse dire : attention, sur tel et tel sujet on voit monter des choses et on donne des orientations, ce n'est pas illogique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Marc FESNEAU, vous parliez de réformes. On parlait de textes de loi, donc la réforme constitutionnelle. Si j'ai bien compris, tiens au passage, quand même aux législatives en en 2022, il y aura de la proportionnelle.

MARC FESNEAU
Oui, c'est l'objectif. D'ailleurs Richard FERRAND avait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, c'est l'objectif mais vous me l'assurez ?

MARC FESNEAU
Je vais vous dire les choses très simplement. Il y a un délai… Il y a une règle non dite, tacite d'ailleurs qui était le fait qu'on ne modifie pas les règles électorales moins d'un an avant le scrutin. Moins d'un an avant le scrutin, c'est 2021. Il faut donc si on veut passer à la proportionnelle se dépêcher.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Se dépêcher. Mais c'est sur la table. Ce n'est que sur la table.

MARC FESNEAU
La volonté c'est de faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant fin 2021, cette réforme sera engagée.

MARC FESNEAU
Si on veut faire la proportionnelle, il n'y a pas d'autres moyens. Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous voulez la faire. Vous confirmez ?

MARC FESNEAU
Oui, on a les trois textes. Si on a mis les trois textes, c'est qu'on veut le faire. La différence avec les deux autres textes, c'est que ce texte-là est une loi simple et qu'elle donc peut passer avec les seules voix de l'Assemblée nationale. Et donc nous aurons le débat parce que je pense…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

MARC FESNEAU
On va regarder ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
2020 ?

MARC FESNEAU
Oui, c'est 2020 ou rien si je peux dire les choses assez simplement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
2020 ou rien.

MARC FESNEAU
Je vous réponds franchement, c'est 2020 ou rien. Donc c'est à ce moment-là que nous poserons les termes de ce débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais qu'au MoDem, vous êtes très attaché à cela.

MARC FESNEAU
Oui, c'est ce que j'allais dire. Pourquoi ? Mais pas que le MoDem. Je pense que dans ce moment où il y a un certain nombre de forces politiques qui pèsent lourd dans l'opinion et qui ne sont pas représentées ou sous-représentées à l'Assemblée nationale, je pense que c'est une erreur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le Rassemblement national par exemple.

MARC FESNEAU
Le Rassemblement national. Pas que mais le Rassemblement national. Les écologistes ne sont pas représentés à l'Assemblée nationale au fond, et ce n'est pas parce que nous sommes, nous, en situation majoritaire et que notre statut a changé qu'il faut avoir changé d'avis. Et donc on a besoin de représenter les différents courants d'opinion et c'est ce débat-là que nous aurons avec les parlementaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme des retraites. Colère des agents de la RATP, forte grève très suivie demain. Pourquoi ? Parce qu'ils protègent leurs acquis. A la RATP en moyenne, on part à la retraite à cinquante-cinq ans, pas plus de cinquante-cinq ans pour un peu plus de soixante-deux ans dans le privé. On peut même partir à cinquante-deux ans et même à cinquante ans si on est actif. Dites-moi Marc FESNEAU, cette réforme des retraites va supprimer ces régimes spéciaux, les quarante-deux régimes spéciaux dont celui de la RATP.

MARC FESNEAU
Oui. Mais c'est la convergence des quarante-deux régimes spéciaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc celui de la RATP va disparaître.

MARC FESNEAU
Simplement ce qu'il faut qu'on regarde, et c'est ce que va dire, j'imagine, le Premier ministre au conseil économique et social ce matin, c'est la méthode avec laquelle on va discuter de chacun des régimes spéciaux et la façon dont on fait faire les convergences. Ce que je regrette un peu, c'est qu'on… Le droit de grève est un droit absolument absolu et personne n'est là pour le remettre en cause, mais je pense que… On est un drôle de pays qui est un pays où avant même d'avoir commencé à poser les termes du débat, on commence à se mettre en grève. C'est-à-dire qu'on invente un peu le concept de grève préventive, au fond, qui dirait que toute réforme est non acceptable. Je pense que ce serait bien de se mettre autour de la table et de regarder régime spécial par régime spécial comme on fait converger les choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais mettez-vous à la place du salarié de la RATP qui se dit… Lorsqu'il entre à la RATP se dit : tiens, à cinquante-cinq ans je pourrais peut-être partir à la retraite et qui se dit maintenant, non, il va falloir que j'attende soixante, soixante-deux ou soixante-quatre ans.

MARC FESNEAU
Mais je peux comprendre toutes les inquiétudes mais je crois qu'il faut qu'on soit un pays où on parle des inquiétudes, où on débat des inquiétudes, où on trouve des voies de convergence et où le premier réflexe ne soit par un réflexe de mise en opposition. Voilà. Je pense en termes de débat démocratique là aussi qu'on y gagnerait, et donc je pense que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cette grève est anti-démocratique si je vous comprends bien.

MARC FESNEAU
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est quoi alors ? Comment la qualifiez-vous ?

MARC FESNEAU
En termes de pratiques démocratiques, je trouve dommage qu'on ne puisse pas… le préalable soit la grève. La grève, elle est plutôt l'aboutissement d'un processus qui a échoué.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais enfin…

MARC FESNEAU
Le processus commence aujourd'hui et donc laissons le processus se faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais le préalable, Marc FESNEAU, il est clair. Vous me l'avez dit tout à l'heure : le régime spécial des agents de la RATP va disparaître.

MARC FESNEAU
Mais on va faire converger les régimes. On sait bien que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va disparaître.

MARC FESNEAU
Quand vous passez de quarante-deux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va disparaître.

MARC FESNEAU
Oui, mais l'ensemble des régimes vont converger donc il n'y aura plus qu'un seul régime, c'est bien l'objectif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord, mais enfin…

MARC FESNEAU
Mais ce n'est pas…Moi, je ne cherche pas des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je me mets à la place d'un agent de la RATP, Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Mais monsieur BOURDIN, j'essaye aussi de me mettre à la place des agents de la RATP et des quarante autres ou quarante-et-un autres régimes et donc je pense qu'il faut se mettre à la place des gens, des situations dans laquelle ils sont rentrés. D'abord c'est une réforme sur plusieurs dizaines d'années, il faut dire les choses comme elles sont. La progressivité est très importante dans ces choses et je pense qu'on peut en dialoguer. On a fait évoluer le régime à la SNCF, on a réussi à trouver des voies et des moyens et je pense que tout le monde est gagnant dans cette évolution du régime. Donc ce n'est pas une question de faire céder les uns ou les autres ou de faire perdre les uns ou les autres, c'est de faire un système qui soit plus juste, et donc il faut qu'on travaille avec eux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il faut bien réformer, non ? C'est ce que vous dites.

MARC FESNEAU
Mais c'est ce que je vous dis, il faut réformer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut réformer. Elle est utile d'ailleurs ?

MARC FESNEAU
Il faut qu'on réforme. Enfin, il faut qu'on arrive dans ce pays à réformer sans que le préalable soit la confrontation, mais il peut y avoir des confrontations. Je n'ai aucun sujet avec ça. Mais débattons, discutons, regardons sur des écueils et à partir de là on avance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Marc FESNEAU, les municipales.

MARC FESNEAU
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas toujours très contents au MoDem.

MARC FESNEAU
Oui, enfin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, oui.

MARC FESNEAU
Oui, mais le moment des municipales, trente-six mille communes, mille communes depuis le début, c'est un moment par nature éruptif. Donc vous ne me voyez pas ni affolé, ni inquiet, ni énervé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ne va pas avec La République en Marche à Bordeaux par exemple. Vous soutenez le maire.

MARC FESNEAU
Nous soutenons Nicolas FLORIAN très clairement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très clairement. Contre le candidat La République en Marche.

MARC FESNEAU
On soutient un candidat. Il y a un autre candidat qui est soutenu par la République en Marche et là aussi, pardon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Marc FESNEAU, allez-y.

MARC FESNEAU
J'essaye de dire les choses simplement. On peut être en désaccord sur des municipales. Il peut arriver que dans une ville, le cas de Bordeaux en est un, on puisse avoir un désaccord. Moi mon exigence, notre exigence collective, c'est de faire en sorte qu'on cherche les points de convergence. Il y a des villes où, pour l'instant, les choses ne sont pas arbitrées. On peut avoir des désaccords de base avec lesquels il faut discuter. Ce n'est pas qu'une exigence avec le MoDem. Moi je pense que notre exigence, c'est d'être fidèle à l'esprit du président de la République en 2017, celui la capacité de tendre la main et d'élargir le spectre. Je ne suis pas dans un repli de : le MoDem est le, est le seul à pouvoir nouer des alliances… autour duquel se noueraient des alliances avec la République en Marche. Il y a des gens chez les Radicaux, il y a des gens à l'UDI, il y a des gens qui se réclament d'une filiation juppéiste. Ceux-là, il faut leur tendre la main.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai une question…

MARC FESNEAU
Et la deuxième chose sur laquelle on peut avoir un débat, c'est que l'ancrage territorial - j'ai été maire d'une petite commune et président petite intercommunalité et heureux maire et responsable de tout ça –l'ancrage ça compte. Et donc, il faut aussi tenir compte de l'ancrage. Quand vous avez un bon maire, qu'au fond il n'est pas opposé à vous, par postulat ne pas introduire un champ partisan. Si c'est un bon maire, alors pourquoi on ne le soutient pas ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors est-ce que vous soutenez le maire de Dijon François REBSAMEN ?

MARC FESNEAU
On prendra… On a une équipe… J'avais moi-même d'ailleurs acté l'accord en 2014 et veillé à cet accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

MARC FESNEAU
Pourquoi nous l'avions fait, je le rappelle, parce que le maire de Dijon avait été …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le socialiste François REBSAMEN.

MARC FESNEAU
L'un des seuls et des rares, et longtemps des rares socialistes à avoir nourri l'idée qu'il fallait un rassemblement qui dépasse la Parti socialiste, en l'occurrence à l'époque avec le MoDem.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon est-ce que vous le soutenez ?

MARC FESNEAU
On a des équipes chez lui, on va regarder avec eux, mais il y aurait une logique à continuer avec lui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Continuer avec lui. A Saint-Etienne aussi ?

MARC FESNEAU
On va à Saint-Etienne, on va discuter, enfin on peut faire tout, mais Saint-Etienne Gaël PERDRIAU.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, Les Républicains.

MARC FESNEAU
On va voir la situation, mais il y a un moment aussi où on peut aussi regarder la position, on regarde ce que dit le maire lui-même de son rapport avec le MoDem et de ce que dit le maire lui-même. De son rapport pas seulement avec le maire mais avec la majorité présidentielle. C'est des affaires locales mais enfin quand vous avez les maires qui localement viennent battre en brèche systématiquement les politiques gouvernementales, ça peut aussi interroger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les pesticides, je sais que vous vouliez en parler.

MARC FESNEAU
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi, parce que consultation publique, donc décret le 1er janvier, on est bien d'accord ?

MARC FESNEAU
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Consultation publique sur quoi, sur les 5 à 10 mètres ?

MARC FESNEAU
Sur le projet de décrets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ? C'est oui, non ?

MARC FESNEAU
Oui, c'est qu'est-ce que les gens pensent et disent sur le projet de décret… Il faut bien qu'on ait une proposition à formuler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et si le public, le grand public propose 50 mètres ?

MARC FESNEAU
Je vais vous dire sur ce sujet-là, au moins il y a quelque chose qui est assez fascinant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

MARC FESNEAU
Nous sommes les uns et les autres, les premiers à dénoncer ceux qi remettent en cause les rapports du GIEC, le Groupement Interministériel… international sur le climat, en disant en fait ce que disent les scientifiques, ce n'est pas vrai, il n'y a pas de réchauffement climatique, c'est les tests qu'opposent un certain nombre de gens comme par exemple monsieur TRUMP…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De moins en moins nombreux.

MARC FESNEAU
Enfin il y a quand même des gens qui disent le réchauffement climatique, ce n'est pas vrai parce que ce que disent les scientifiques, ce n'est pas vrai. On interroge les scientifiques sur l'affaire des pesticides, les scientifiques, c'est des gens qui savent, c'est des médecins, c'est des épidémiologistes, et puis qui vous disent sur les pesticides, la distance raisonnable c'est 5 à 10 mètres, et vous avez des gens comme monsieur JADOT et je le regrette qui à la fois dénonce ceux qui remettent en cause la science quand ça les arrange et quand L'ANSES dit c'est 5 à 10 mètres, on dit, là non ce n'est pas la science qu'il faut suivre, c'est 150…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous croyez que l'ANSES est très indépendante ?

MARC FESNEAU
Il me semble que l'ANSES est indépendante. Là aussi c'est pareil que pour la justice, si on pense que les scientifiques par nature disent des bêtises, vous voyez le fil qu'on peut tirer, parce qu'à ce moment-là, je peux venir aussi crédiblement devant vous, au fond le GIEC, c'est des scientifiques, est-ce qu'ils ont raison, est-ce qu'il y a vraiment du réchauffement climatique ? Et donc je pense qu'il faut qu'on s'appuie dans cette affaire des pesticides sur la science et dernière chose…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais Marc FESNEAU, le débat, où est le débat puisque vous avez déjà des idées 5 à 10 mètres ?

MARC FESNEAU
C'est d'avoir… non mais on interroge, on consulte les gens sur la perception qu'ils ont de la mesure qu'on propose de 5 à 10 mètres. Et donc je pense que c'est important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et si les gens disent non ?

MARC FESNEAU
On verra mais je pense, on est capable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si les gens disent non, on veut 50 mètres, vous faites quoi ?

MARC FESNEAU
Ce que j'essaie de faire devant vous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est bien beau le débat, mais le débat, il est biaisé.

MARC FESNEAU
Il me semble que dans le grand débat, on a écouté un certain nombre de choses qu'ont dit les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le grand débat, c'est une chose mais là ?

MARC FESNEAU
Sur des mesures précises, on essaie de montrer ce qu'a dit la science et on essaie de voir ce que vont dire les citoyens et là je pense que c'est important, je vous dis un deuxième…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si les citoyens ne sont pas d'accord avec votre proposition, vous faites quoi ?

MARC FESNEAU
On en discutera…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous écoutez les citoyens ou…

MARC FESNEAU
Si on est en consultation, c'est qu'on a envie d'écouter les citoyens, mais il faut que tout ça soit étayé sur la science parce que moi, comme citoyen, je peux lancer 80 mètres, je n'ai rien pour étayer ma théorie. Donc il faut qu'on étaye les théories, c'est-à-dire que ce n'est pas une distance de convenance, c'est une distance de sécurité, une distance de sécurité par rapport à des contraintes éventuelles qui pourraient être des contraintes médicales. Et donc il ne suffit pas de dire c'est 80 mètres et donc j'ai raison et donc il faut faire 80 mètres, c'est assez fascinant, je le dis au passage parce que c'est une mesure qui touche aussi l'agriculture biologique puisque serait interdite aussi la bouillie bordelaise pour ceux qui connaissent et deux c'est les mêmes qui disent qu'il faut rallonger les distances de traitement et qui nous disent tous les jours, il faut faire de l'agriculture périurbaine et jusqu'à nouvel ordre ce n'est pas l'agriculture qui a été l'urbanisation, c'est l'urbanisation galopante et démente qu'on a laissé faire pendant des années qui a fait qu'on a construit des habitations parfois au milieu des champs. Et donc il faut penser aussi aux agriculteurs dans cette affaire là parce qu'ils n'ont rien demandé eux, et ils n'ont pas demandé que l'urbanisation vienne s'installer chez eux et y compris par exemple dans les zones maraîchères ou des zones de viticultures, si vous faites des bandes comme ça, en contradiction avec ce que dit la science, en plus vous rendez impossible l'agriculture dans un certain nombre de ces zones-là, parce que si vous n'avez pas de bouillie bordelaise dans la vigne, je vous souhaite, vous le savez comme moi, bien du courage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Marc FESNEAU.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 septembre 2019