Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture, à BFMTV le 29 novembre 2019, sur la réforme des retraites et le futur projet de loi de l'audiovisuel.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franck RIESTER est donc notre invité ce matin, ministre de la Culture. Bonjour.

FRANCK RIESTER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous parler de la réforme des retraites, parce que dans votre secteur aussi on est concerné. Parmi les 42 régimes spéciaux particuliers, il y a ceux de l'Opéra de Paris et de la Comédie française. Alors, je vais prendre un exemple qui est pris, je ne sais plus, qui a été pris dans quel organe de Presse, l'exemple d'un danseur de l'Opéra, qui part à la retraite à 41, 42 ans, parce qu'on ne peut pas danser jusqu'à 65 ans ou 70 ans, lorsqu'on est à l'Opéra, il touche 1 067 €. Départ à la retraite, 1 067 €. Alors, comment faire avec 1 067 € ? Eh bien il faut travailler parallèlement et cumuler un autre emploi. Est-ce que son régime spécial, est-ce que le régime spécial des acteurs de l'Opéra de Paris, des membres de l'Opéra de Paris, va être supprimé ?

FRANCK RIESTER
Oui, puisqu'il n'y a plus qu'un seul régime de retraite, le régime universel, le même pour tous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il sera donc supprimé.

FRANCK RIESTER
Oui, bien sûr, dans le cadre de la réforme, tous les régimes spéciaux, tous les régimes particuliers seront supprimés, pour faire le régime universel. Est-ce que pour autant on ne prendra pas en compte les réalités d'un certain nombre de métiers, bien sûr que non, et on sait bien qu'il y a une réalité qui est que quand un danseur, mais même parfois un musicien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, un musicien, j'ai donné l'exemple du danseur, mais... oui.

FRANCK RIESTER
... ont à un moment donné, parfois des difficultés à pouvoir continuer leur métier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'avec un système à points, à 42 ans, ce n'est pas avec 1 067 €, remarquez, il n'y aura pas de retraite à moins de 1 000 €, c'est ce que vous avez garanti.

FRANCK RIESTER
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons, mais…

FRANCK RIESTER
Ecoutez, oui, c'est un principe, un principe important, et d'ailleurs qui sera une des grandes avancées sociales de cette réforme. Mais ça veut dire qu'il faudra trouver les voies et moyens pour prendre en compte cette, d'une certaine façon, incapacité à pouvoir continuer son métier dans le même contexte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui.

FRANCK RIESTER
Et pouvoir permettre de continuer à pouvoir bénéficier d'une forme d'indemnités qui lui permettra, certes, de pouvoir continuer à avoir une forme de ressources, tout en pouvant continuer à travailler à se reconvertir dans un autre métier. Dans d'autres opéras qu'est-ce qu'il se passe ? Par exemple je prends un opéra comme Lyon. Ce sont des agents de la ville, donc ils sont salariés de la ville, donc s'ils ne peuvent plus danser, ils restent salariés de la ville. Eh bien l'Opéra de Paris, effectivement la façon je dirais de ne plus avoir, les danseurs qui ne peuvent plus continuer à danser après 41, 42 ans, dans les effectifs actifs de l'opéra, c'était de les mettre en retraite. Eh bien là il faut peut-être qu'on réfléchisse à des dispositifs qui ne seraient pas une pension de retraite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Opéra pourrait-être municipal ? Non, l'Opéra, pas municipal…

FRANCK RIESTER
Non, pas municipal, mais qui ne serait pas une pension de retraite mais qui serait une indemnité pour tenir compte de cette incapacité à continuer d'exercer ce…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une indemnité spécifique.

FRANCK RIESTER
Mais il faut regarder, en tout cas il faut prendre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même chose pour la comédie française.

FRANCK RIESTER
En tout cas il ne faut pas fermer les yeux sur la réalité de ce que sont ces métiers, et notamment leur pénibilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je pense à eux, c'est pour ça.

FRANCK RIESTER
On pense aux danseurs mais il y a aussi les questions des techniciens, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais bien sûr, bien sûr. Parlons du projet de loi de réforme de l'audiovisuel, que vous présenterez jeudi prochain.

FRANCK RIESTER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jeudi, le 5.

FRANCK RIESTER
Eh bien oui, c'est le jour du Conseil des ministres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peu d'écho, peu d'écho.

FRANCK RIESTER
Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peu d'écho avec ce qui va se passer jeudi.

FRANCK RIESTER
Il devait être lundi, vous comprenez bien qu'on l'a décalé et c'est jeudi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, évidemment.

FRANCK RIESTER
Vous savez, ce qui compte, ce n'est pas l'écho médiatique, que le ministre soit sur toutes les antennes pourrait dire « c'est ma loi, c'est ma loi », ce qui compte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes là pour la présenter, d'ailleurs.

FRANCK RIESTER
Ce qui compte c'est la réforme. Ce qui compte c'est préparer la télé du XXIème siècle, la radio du XXIème siècle, permettre que nos compatriotes puissent d'avoir une offre diversifiée et de qualité, tant des chaînes privées que des chaînes publiques dans l'avenir. C'est ça l'enjeu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, entrons dans ce projet de loi, vous venez nous le présenter ce matin, je vous en remercie.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La redevance audiovisuelle va baisser de 1 € en 2020, on est bien d'accord, elle va passer à 138 € en 2020. Et les années suivantes ?

FRANCK RIESTER
Ce qui est formidable, Jean-Jacques BOURDIN, c'est que vous me dit : vous venez présenter votre projet de loi audiovisuel, je vous dis que c'est un projet qui permet d'inscrire la télé, la radio, dans le XXIème siècle et vous commencez sur quoi, vous commencez sur la redevance !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ?

FRANCK RIESTER
On n'est pas au coeur du projet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, elle n'est pas au coeur, le financement…

FRANCK RIESTER
Non, c'est un des moyens du projet, mais ce n'est pas le cœur du projet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le financement n'est pas au cœur du projet ?

FRANCK RIESTER
C'est un des moyens. Je vais vous répondre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ne vous inquiétez pas, je vais entrer dans le projet.

FRANCK RIESTER
On va rentrer dans le projet, parce que c'est ça qui est important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ne vous inquiétez pas, mais je vous parle... Vous savez pourquoi je vous parle de la redevance audiovisuelle ?

FRANCK RIESTER
Allez-y.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?

FRANCK RIESTER
Parce que c'est un des éléments…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que ça concerne tous les Français.

FRANCK RIESTER
Oui, eh bien bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui.

FRANCK RIESTER
Les contenus aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non mais on est d'accord, mais 1 € de moins donc en 2020. Et les années suivantes ?

FRANCK RIESTER
Pourquoi ? C'est parce qu'on a demandé, entre 2018 et 2022, un effort à l'audiovisuel public, tout le monde doit faire des efforts dans le cadre du rétablissement des comptes publics.

JEAN-JACQUES BOURDIN
70 millions d'euros.

FRANCK RIESTER
190 millions d'euros dans l'audiovisuel public, de 2018 à 2022, en moins, sur les 5 ans. Et c'est la première fois qu'il y a un plan financier prévu et tenu sur 5 ans dans l'audiovisuel public. Auparavant, chaque année l'audiovisuel public devait attendre l'année suivante pour savoir à quelle sauce il allait être mangé. Là les choses sont claires, il y a un effort, et un effort soutenable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, je m'arrête sur cet effort. Est-ce qu'on fait mieux, avec moins d'argent ?

FRANCK RIESTER
Et donc cet effort qu'on demande ça représente une petite baisse des ressources de l'audiovisuel public, et étant donné le rendement de la CAPE (phon) ou de la redevance prévue en 2020, il se trouve que le rendement, c'est-à-dire que les ressources générées par cette redevance seraient supérieures à ce qui est prévu en matière de financement vers l'audiovisuel public. Et donc on s'est dit : soit on le garde dans le budget de l'Etat, soit on le rend aux Français, eh bien on l'a rendu aux Français. C'est 1 € de moins. Ce qui ne veut pas dire que demain, en fonction des besoins de l'audiovisuel public, on ne sera pas amené à l'augmenter, comme ça a été le cas les dernières années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, les années suivantes, que se passera-t-il, en 21, 22 ?

FRANCK RIESTER
Alors, en 21, 22, la trajectoire financière est stable, est prévue, il y aura encore des efforts demandés pour l'audiovisuel public, et on verra en fonction de la redevance, la prévision de ressources de la redevance, de rendement de la redevance, si on doit ajuster à la baisse ou pas la redevance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elle va disparaître en 2022 ?

FRANCK RIESTER
Alors, elle est aujourd'hui, vous savez qu'elle est collectée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisqu'elle est rattachée à la taxe d'habitation.

FRANCK RIESTER
Les Français la paient en payant leur taxe d'habitation, donc à partir du moment où on supprime la taxe d'habitation, à partir de 2022, 2023, pour tous les Français, à ce moment-là il faudra voir de quelle manière on fait payer la redevance par les Français. Est-ce qu'il faut la raccrocher à un autre impôt ? Est-ce qu'il faut modifier le mode de calcul et le mode de collecte, tout ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle ne va pas disparaître.

FRANCK RIESTER
Elle ne va pas disparaître, parce que le président de la République et le Premier ministre ont très clairement dit qu'il fallait maintenir un financement spécifique pour le financement de l'audiovisuel public. Pourquoi ? Parce que ça permet de garantir un financement pérenne et de garantir l'indépendance par rapport au pouvoir politique. Et ça c'est un point très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Entrons dans le détail. Davantage de cinéma à la télévision, suppression des jours interdits, aujourd'hui les chaînes, les chaînes ont l'interdiction de diffuser des films le mercredi, le vendredi et le samedi.

FRANCK RIESTER
Et le dimanche dans la journée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le dimanche dans la journée, terminé.

FRANCK RIESTER
Fini. On peut voir du cinéma tous les jours sur les chaînes gratuites de télévision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pas plus de 244 films par an.

FRANCK RIESTER
Oui, enfin, mais ça c'est une grosse évolution, et ça va permettre pour nos compatriotes, de pouvoir gratuitement regarder à la télévision du film à peu près tous les soirs, même tous les soirs, puisqu'il n'y aura plus d'interdiction.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça c'est pour contrecarrer Netflix…

FRANCK RIESTER
Oui, c'est parce qu'il y a une offre aujourd'hui sur les plateformes de streaming, effectivement, donc il n'y a pas de raison que l'on soit obligé de payer pour avoir du cinéma tel ou tel soir de la semaine. Là on donne la possibilité à tous les Français, via la TNT gratuite, de pouvoir regarder du cinéma tous les jours à la télévision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous aimez, là, sur Netflix en ce moment ?

FRANCK RIESTER
Oh ben j'ai quelques séries…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous regardez ?

FRANCK RIESTER
Ça m'arrive de regarder.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous regardez ?

FRANCK RIESTER
En ce moment je suis plus sur « 10 pour cent », je suis plus sur une série. Il y a « Philharmonia » aussi que je regarde, qui est très bien, je vous la conseille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord.

FRANCK RIESTER
Mais ce n'est pas sur Netflix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès le 1er janvier, troisième coupure publicitaire possible. On est bien d'accord, dans le film, dans les fictions de plus de 90 minutes. C'est ça ?

FRANCK RIESTER
Non non non, 2 heures. 120 minutes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
120 minutes, d'accord.

FRANCK RIESTER
Pourquoi ? Parce qu'on veut aussi qu'il y ait davantage de films et davantage de films longs. Or, aujourd'hui les chaînes ne sont pas incitées à programmer les films longs, parce qu'ils n'ont pas la possibilité de faire trois coupures, et si vous ne faites pas trois coupures le soir, au moment du prime time, à ce moment-là vous avez une perte de rentabilité financière. Et donc on dit : mettez du cinéma. Et même si c'est long, on vous donne la possibilité de faire une troisième coupure. Et c'est tout l'esprit de la loi, c'est de donner plus de services à nos compatriotes, nous assurer qu'ils aient plus accès au cinéma, mais accès aussi à des contenus diversifiés, de qualité. C'est pour ça qu'on obligera avec cette loi, les plateformes, comme Netflix…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'allais vous en parler.

FRANCK RIESTER
... qui aujourd'hui n'ont pas d'obligation dans le financement de la création française, de demain financer la création française…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A financer. A quelle hauteur ?

FRANCK RIESTER
... et l'exposer aussi sur sa plateforme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et l'exposer. Alors, à quelle hauteur ?

FRANCK RIESTER
Alors, à quelle hauteur, à une hauteur qui n'est pas encore définie, qui va être définie par la convention que va signer, que vont signer ces plateformes avec le CSA, tout comme les chaînes de télévision vont signer une convention.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que demandez-vous ? Que souhaitez-vous ?

FRANCK RIESTER
En tout cas ça sera largement au-dessus de 20 % d'obligation d'investir dans des contenus français et européens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus de 20 %, largement au-dessus de 20 %, ça fait 25 %, quoi.

FRANCK RIESTER
Je vais vous dire pourquoi. Il y a un minimum qui sera dans la loi, 16 % pour tous, éditeur de télévision classique ou plateforme. Sauf qu'une télévision qui fait de la fiction, du cinéma, mais qui fait aussi de l'information, du sport, du divertissement, n'aura évidemment pas les mêmes obligations d'investissement qu'une plateforme qui ne fera que de la fiction ou du cinéma. Vous le comprenez bien Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les plateformes devront investir beaucoup plus de 20 %, on est bien d'accord, pour financer la création française.

FRANCK RIESTER
Exactement, parce que nous devons faire en sorte que les plateformes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souhaiteriez quoi, 25, 30 % ?

FRANCK RIESTER
Que les acteurs de l'Internet, Jean-Jacques BOURDIN, qui sont aujourd'hui des acteurs qui apportent un service, important, on parlait tout à l'heure de Netflix

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais bien sûr, bien sûr.

FRANCK RIESTER
Eh bien ils contribuent, ces acteurs-là, comme le font les télévisions, au financement de la création française et européenne, parce que cette question de la diversité des offres à la télévision et au cinéma est un élément fondamental. Il en va de l'avenir de notre culture, de notre regard sur le monde, de notre exception culturelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, si les plateformes refusent, que se passe-t-il, elles seront sanctionnées ?

FRANCK RIESTER
La future Autorité de régulation de l'audiovisuel, l'ARCOM…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La fameuse ARCOM.

FRANCK RIESTER
Vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui a remplacé l'HADOPI.

FRANCK RIESTER
Le CSA et l'HADOPI, c'est la fusion du CSA et de l'HADOPI, l'ARCOM aura des moyens, comme elle a des moyens pour les chaînes de télévision, de sanctionner ces plateformes, à travers des sanctions qui sont des sanctions administratives, des pénalités, pouvoir payer des amendes, et éventuellement la justice. Si le CSA, si l'ARCOM, n'arrive pas, avec des amendes, à faire stopper les comportements de ces plateformes, à ce moment-là il pourrait y avoir un recours judiciaire. Mais je vais vous dire, je sens que les plateformes, en tout cas c'est ce qu'elles nous disent, sont légalistes, et elles ont envie simplement d'appliquer la loi qu'il y a en France. Et en plus elles ont bien compris leur intérêt, elles ont intérêt à avoir une offre diversifiée, à avoir, certes, les grandes fictions, ou les grands films américains, ou anglo-saxons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais elles ont peu de contraintes quand même, non ?

FRANCK RIESTER
Ou anglo-saxons, mais aussi d'avoir des contenus français ou européens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles ont peu de contraintes quand même, non ?

FRANCK RIESTER
Eh bien maintenant elles en auront…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles en auront.

FRANCK RIESTER
Mais c'est au coeur du projet de loi Jean-Jacques BOURDIN. Et, on est totalement déterminé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce que les chaînes de télévision – je regardais ce que disait, je ne sais plus si c'est le patron de M6 qui disait – pourquoi est-ce que les chaînes de télévision française ne peuvent pas produire dans les mêmes conditions que les plateformes ?

FRANCK RIESTER
Eh bien c'est pour ça que maintenant, après la loi, les éditeurs de télévision et les plateformes seront sur le même pied d'égalité en ce qui concerne la fiscalité qui, vous le savez, est sur le chiffre d'affaires de ces télévisions ou de ces plateformes, et qui finance le CNC, pour financer des films, sera la même fiscalité, à 5,15 % du chiffre d'affaires, alors qu'aujourd'hui ils ont une fiscalité différente. Les plateformes, aujourd'hui, n'ont pas l'obligation d'investir une partie de leur chiffre d'affaires dans des contenus français, européens, demain elles auront ces obligations, c'est les fameux plus de 20 dont on parlait tout à l'heure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus de 20 %, oui.

FRANCK RIESTER
Et ils auront l'obligation d'exposer ces contenus-là à l'écran, sur la plateforme, et donc ça c'est 30 %, 30 % minimum de contenus français et européens exposés sur les plateformes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
30 % minimum.

FRANCK RIESTER
Vous vous rendez compte la révolution que ça représente, Jean-Jacques BOURDIN, et que donc on va mettre sur le même pied d'égalité, d'équité, les éditeurs de télévision et les plateformes, et les acteurs de l'Internet. Vous savez, c'est un enjeu majeur de souveraineté culturelle, un enjeu majeur économique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Majeur, on est bien d'accord.

FRANCK RIESTER
Et c'est un combat que nous menons actuellement, vous le savez, avec les éditeurs de télévision, pour contraindre GOOGLE à payer les éditeurs de télévision pour les contenus de presse qu'ils publient sur leur plateforme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va y arriver ?

FRANCK RIESTER
Eh bien on va y arriver. On a fait, avec le volontarisme du président de la République, voter une directive européenne, c'est-à-dire une loi européenne, on l'a transposée en France, premier pays européen à le transposer, j'étais à Bruxelles mercredi dernier, où tous les ministres de la Culture qui se sont exprimés, sauf les Polonais, ont dit très clairement qu'ils soutenaient la démarche de la France, pour contraindre GOOGLE à payer. Et les éditeurs de presse, tous les journaux, sont mobilisés, avec nous, pour faire payer GOOGLE, pour que la valeur soit partagée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franck RIESTER, quatrième jour de grève à Radio France, les salariés protestent, pourquoi ? Parce qu'il y a des suppressions de postes, parce qu'il y a des économies qui sont demandées, des économies importantes qui sont demandées. Est-ce qu'on peut faire mieux avec moins d'argent ? Moi je me pose la question, et d'ailleurs beaucoup posent la question, vous posent la question.

FRANCK RIESTER
Bien sûr Jean-Jacques BOURDIN, mais, vous savez, je vous ai dit tout à l'heure, on est dans une phase de rétablissement des comptes publics, chacun doit faire un effort, l'effort qu'on demande à Radio France est un effort soutenable, c'est 20 millions d'euros sur 5 ans, et il se trouve que Sibyle VEIL, et ses équipes, ont proposé un plan de transformation qui permet, certes effectivement de faire un certain nombre d'efforts pour tenir compte de cet effort qui est demandé par l'Etat, et en même temps d'investir, comme elle le fait, comme ils le font à Radio France, dans les métiers de demain, les métiers notamment du numérique, dans les outils de demain, puisqu'il y a des investissements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a trop de monde à Radio France ?

FRANCK RIESTER
Des investissements qui ont été faits, qui doivent être faits en matière technologique, pour faire en sorte de continuer à avoir, en France, une radio publique de référence, c'est ça l'objectif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De référence, de qualité, mais il y a trop de monde à Radio France ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, il y a en tout cas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne travaille pas assez à Radio France ?

FRANCK RIESTER
Non mais, si on travaille. Vous savez, on peut être fier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je vous pose la question puisque vous supprimez des postes, c'est donc qu'il y a trop de monde et qu'on ne travaille pas assez !

FRANCK RIESTER
Jean-Jacques BOURDIN, est-ce qu'on peut avoir, dans ce pays, une réflexion qui est de se dire, ce n'est pas parce que, à un moment donné on fait une transformation, il y a une transformation des métiers, vous le comprenez bien, la révolution numérique transforme les métiers de l'audiovisuel, donc il y a un certain nombre de métiers, effectivement, ou de postes qui sont dans des métiers qui sont moins nécessaires à l'instant T et qui doivent être remplacés en partie par des nouveaux métiers, donc il faut des plans de formation pour accompagner les équipes vers ces nouvelles compétences, il faut recruter des compétences spécifiques sur ce nouveau métier, et c'est ce plan de transformation, chez Radio France, qui est en cours. Mais je dois dire qu'il y a déjà eu des efforts qui ont été faits chez Radio France, et moi je reconnais les efforts qu'ont fait les personnels de Radio France, est-ce que pour autant ça a été pénalisant pour la qualité des programmes ? Non. Est-ce que ça a été pénalisant pour les audiences ? Non. Et donc, c'est l'état d'esprit dans lequel est la direction de Radio France, c'est aider à la transformation de Radio France, tout en acceptant l'effort financier, qui est soutenable, et de préparer la radio publique de demain, qui va s'intégrer dans un groupe public, France Médias…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'allais vous en parler.

FRANCK RIESTER
Puisqu'avec cette loi on va créer un groupe public, qui sera un groupe composé de France Télévisions, de Radio France, de France Médias Monde et de l'Ina. Pourquoi on fait ça ? On fait ça parce qu'il y a une révolution des usages. Nos compatriotes ils regardent de plus en plus la radio, ils écoutent de plus en plus la télévision, et tout est de plus en plus en tout…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait plaisir d'entendre ça.

FRANCK RIESTER
Et RMC et BFM TV en est un bel exemple. Alors donc, est-ce qu'on laisse l'audiovisuel public loin de cette capacité à se transformer, ou est-ce qu'on l'aide au contraire à se transformer et devenir la radio, enfin l'audiovisuel public de référence en Europe ? c'est ma conviction, c'est mon ambition, et c'est celle du président de la République, en réaffirmant les missions de service public, Jean-Jacques BOURDIN, l'éducation, l'information, la culture, le rayonnement de la France dans le monde, les contenus proximité, la cohésion sociale, battons-nous pour ça, on en a plus besoin que jamais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des chaînes vont disparaître ?

FRANCK RIESTER
Alors oui, on va là aussi transformer l'offre, de France Télévisions par exemple, puisque France 4 et France Ô vont disparaître des écrans à la fin de l'année, 2020…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et remplacées par qui ?

FRANCK RIESTER
Deuxième semestre 2020.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et remplacées par qui ?

FRANCK RIESTER
Remplacées par des contenus de jeunesse, parce que c'était France 4, et d'Outre-mer, dans d'autres chaînes de France Télévisions, et sur l'offre numérique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les canaux ?

FRANCK RIESTER
J'y viens, je vois que vous voulez dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, vous voyez bien.

FRANCK RIESTER
Pourquoi France Télévisions lance sa grande plateforme OKOO, qui est une plateforme jeunesse ? Parce qu'elle a compris, France Télévisions, que de plus en plus de jeunes regardaient la télévision, non pas sur le poste de télévision, mais sur Internet, et donc il faut avoir une offre numérique puissante, c'est ce qui est parti, et c'est ce qu'il va falloir amplifier avec le groupe public France Médias. En ce qui concerne les canaux qui vont être libérés – et j'ajoute que, en ce qui concerne l'Outre-mer, nous avons signé, avec ma collègue Annick GIRARDIN qui est ministre des Outre-mer, avec France Télévisions, un pacte de visibilité pour que les Outre-mer continuent non seulement d'être présents, mais être encore plus présents demain sur les chaînes de France Télévisions et sur les offres Internet. Concernant les canaux qui vont être supprimés, ça ce n'est pas de la décision du gouvernement, c'est la décision du régulateur, et c'est pour ça qu'on va donner les moyens au régulateur de pouvoir éventuellement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle est votre préférence ?

FRANCK RIESTER
Modifier la numérotation des chaînes pour réorganiser…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez modifier la numérotation des chaînes ?

FRANCK RIESTER
Sûrement pas l'Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas l'Etat, mais quel conseil allez-vous donner au régulateur ?

FRANCK RIESTER
L'Etat n'a pas à donner des conseils au régulateur, l'Etat a donné les moyens au régulateur de pouvoir faire les choses proprement, c'est-à-dire de pouvoir réorganiser la numérotation pour tenir compte de l'évolution du paysage des chaînes de la TNT.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la numérotation sera réorganisée ?

FRANCK RIESTER
En tout cas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, vous comprenez bien qu'à partir du moment où il y a des chaînes qui vont disparaître, il faut donner la possibilité, pas l'obligation, la possibilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura réorganisation.

FRANCK RIESTER
Il pourra y avoir une réorganisation de la numérotation de chaînes. Par exemple pourquoi, Jean-Jacques Bourdin ? Par exemple pour permettre que les chaînes locales, parce que moi je crois beaucoup à l'offre locale publique, et privée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous aussi, dans le groupe.

FRANCK RIESTER
Oui, je sais, c'est pour ça que je le dis, et donc l'offre publique, ou l'offre privée, qu'elle soit plus accessible pour nos compatriotes, pour que les chaînes locales, via la numérotation, soient plus accessibles, c'est un enjeu de proximité. Les Français attendent aussi, de leur offre audiovisuelle, publique ou privée, d'être plus proche de leurs préoccupations, et c'est ce qu'on va donner comme moyens à l'ARCOM, au régulateur, de pouvoir faciliter cet accès facile aux chaînes locales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question sur la reconstruction de Notre-Dame. 922 millions d'euros de promesses de dons, c'est bien cela ?

FRANCK RIESTER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien reçu aujourd'hui ?

FRANCK RIESTER
C'est une soixantaine de millions… non, pardon, c'est une centaine de millions, 60 qui ont été…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur 922 millions, oui.

FRANCK RIESTER
Je vais vous dire, c'est logique. Pourquoi ? Parce que les promesses de dons ne sont réalisées que quand il y a les travaux qui sont réalisés, or là nous ne sommes qu'encore qu'à la phase de sauvegarde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La reconstruction va commencer quand, vous pensez ?

FRANCK RIESTER
A partir de fin 2020, début 2021.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fin 2020…

FRANCK RIESTER
Pas avant. Pourquoi pas avant ? Parce que d'abord il faut finir la sauvegarde de Notre-Dame, or nous avons encore à enlever l'échafaudage, qui s'est soudé sur lui-même avec l'incendie, et ça va prendre plusieurs mois, on a commencé les opérations, mais ça va prendre plusieurs mois. Là on est en train d'enlever les gravois, comme on dit techniquement, qui sont au-dessus, c'est-à-dire les déchets sont au-dessus de la voûte, ça va prendre du temps. On est en train de finir les arcs-boutants, les cintres sur les arcs-boutants, c'est-à-dire des structures en bois qui viennent soutenir les arcs-boutants de la cathédrale, ça prend du temps, et comme vous savez qu'il y a des contraintes liées au plomb, ça prend un peu plus de temps, mais ce qui compte c'est la sécurité de celles et ceux qui travaillent sur le site, avant même la vitesse de restauration de Notre-Dame. Et donc on finit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fin 2020, début 2021.

FRANCK RIESTER
On finit la sauvegarde au printemps 2020, et en parallèle on travaille à ce que va être le parti pris architectural pour la restauration de Notre-Dame, et en fonction de ça, une fois que les décisions seront prises, après concertation et association des Français à la décision, on lancera la restauration de Notre-Dame de Paris, à la fin de l'année 2020, ou peut-être 2021.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la flèche resterait à l'identique ?

FRANCK RIESTER
C'est un des choix qui devra être conduit, c'est-à-dire, est-ce qu'on restaure dit « à l'identique », ou…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous préféreriez à l'identique vous ?

FRANCK RIESTER
Ou est-ce qu'on a un geste architectural contemporain ? Vous comprenez bien que je donnerai mon avis le moment venu, Jean-Jacques BOURDIN, mais mon rôle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République veut un geste contemporain.

FRANCK RIESTER
Mon rôle en tant que ministre de la Culture, qui a la tutelle sur l'établissement public qui va restaurer Notre-Dame, c'est de veiller à ce que les conditions soient réunies pour que le débat légitime sur la restauration de Notre-Dame soit conduit de la meilleure façon possible et que le choix soit un choix partagé par nos compatriotes, même si le président de la République, et l'Etat, prendra ses responsabilités le moment venu, pour qu'on puisse retrouver Notre-Dame encore plus belle qu'elle ne l'était précédemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franck RIESTER, merci.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 décembre 2019