Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, à LCi le 21 août 2019, sur la convention citoyenne pour le climat, la gestion des ressources en eau et l'usage de pesticides.

Intervenant(s) :

  • Emmanuelle Wargon - Secrétaire d'État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire

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Texte intégral

JULIE HAMMETT
Notre invitée ce matin c'est Emmanuelle WARGON, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la Transition écologique, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. On va parler évidemment de ce Conseil des ministres de rentrée avec plusieurs dossiers chauds sur la table, les retraites, la PMA, le tout dans un contexte social tendu, la grève aux urgences qui se poursuit, les policiers à bout, les agriculteurs en colère. On entend beaucoup parler d'un changement de méthode en cette rentrée, en quoi cette rentrée va-t-elle être différente des rentrées précédentes, est-ce que vous, en tant que ministre, vous avez reçu des consignes, par exemple ?

EMMANUELLE WARGON
On a vécu quand même un moment très fort, très important l'année dernière avec d'abord le mouvement des gilets jaunes et ensuite le Grand débat, qui a été un moment de rencontres et de discussions avec les Français, et le président de la République, et le Premier ministre, en ont vraiment tiré la volonté d'être le plus possible en proximité, en concertation, en écoute, de s'adresser à tous les Français. Bien sûr ceux les plus urbains, mais aussi les Français qui vivent dans la ruralité, et donc d'avoir une méthode qui est peut-être plus calme, plus à l'écoute, dans l'humilité, dans l'échange, je crois que c'est vraiment ça qui nous inspirera pour les réformes que vous citez, qui sont des réformes très importantes, la PMA, la réforme des retraites, pour lesquelles nous avons besoin d'être dans ce dialogue, dans cette concertation.

MARIE-EVE MALOUINES
On vous a vu apparaître, vous vous êtes révélée un petit peu lors du Grand débat national, vous l'avez beaucoup pris en charge, qu'est-ce qu'il en reste aujourd'hui en dehors de cette méthode de dire on va prendre plus le temps de la concertation, qu'est-ce qui reste de toutes ces conclusions ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord, les grands thèmes qui ont été portés dans le Grand débat, l'écologie notamment, et on a vu que l'écologie ce n'était pas rejeté par les Français, même avec cette crise, mais aussi la justice, la démocratie. Ces thèmes ont fait l'objet d'annonces, présentées par le président de la République fin avril/début mai, et ont fait l'objet de premières mesures. En matière d'écologie par exemple, on va mettre en place la Convention citoyenne, qui est importante, parce que ça va être un nouveau moment de démocratie, sous une forme différente, on tire au sort 150 personnes, le tirage au sort est en cours, ces personnes seront réunies probablement début octobre, pour nous aider à inventer la manière d'aller plus loin sur nos sujets de transition écologique, en répondant à des questions compliquées, est-ce qu'on veut financer plus, plus de taxation, on a bien vu que la question était vraiment difficile et on y a renoncé, est-ce qu'il faut plus d'incitations, et comment, avec quels financements, est-ce qu'il faut plus de contraintes, qu'est-ce que nous sommes collectivement prêts à accepter ? Donc, ce sont à la fois des sujets et une méthode. Une méthode qui s'applique à tout le gouvernement, les ministres qui étaient en première ligne, ou moi, et aussi des sujets qu'on traite un peu différemment.

JULIE HAMMETT
Ce Grand débat il n'a pas réussi à calmer les colères en tout cas.

EMMANUELLE WARGON
La colère elle est profonde, et je crois qu'elle est liée à quelque chose que le président de la République avait perçu dès la campagne, et qu'il avait dit très fortement dès la campagne, qui est le modèle de société dans lequel nous sommes aujourd'hui, qui est fondé sur un pacte qui vient de l'après-guerre, un pacte économique, un pacte démocratique, un pacte social, il faut le réinventer, parce que les contraintes écologiques sont là et parce qu'on souhaite sortir de la consommation de masse, parce que l'économie de marché a besoin d'être réformée, parce que la démocratie ne peut plus être la même à l'heure des réseaux sociaux, avec un monde qui vit dans l'instantané, le toujours plus vite, la volonté de participer, et finalement cette réinvention elle n'est pas si facile à faire, aucune grande démocratie n'a complètement trouvé cette réinvention, et c'est aussi ce qui s'est exprimé dans cette colère, c'est aussi une colère des gens qui disent le mode de vie que vous nous avez proposé, le modèle de société, finalement il n'est plus adapté, pour nous, pour nos enfants, on n'est pas sûrs que nos enfants vivront mieux que nous.

MARIE-EVE MALOUINES
Mais on a l'impression pour la rentrée, là, cette colère elle est prête à exploser dans encore plus de secteurs, donc la méthode il va falloir vraiment tenir les choses, parce que là on voit les services d'urgences, on voit les pompiers, les policiers, les retraites, l'Assurance chômage, donc il y a plein de dossiers explosifs encore.

FABRICE LUNDY
Il va moins s'exposer le président de la République ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, les choses se sont quand même calmées après la grande période de crise qu'on a connue jusqu'à Noël dernier et puis les différents actes des gilets jaunes, on a moins de manifestations, néanmoins je pense qu'on est tous conscient du fait que, il reste une part d'insatisfaction, de colère, qui s'exprime sectoriellement sur certains sujets, et que c'est l'ambition de ce gouvernement et cette responsabilité que d'arriver à apporter des réponses de fond. Il y a des sujets sur lesquels on a réussi à apporter des réponses de fond, vous avez vu la baisse du chômage, on est à 8,5 % de chômage, cette baisse est continue depuis maintenant plus de 2 ans, donc elle n'est pas juste le résultat d'une bonne surprise, elle est liée à une transformation du marché du travail. Le travail que mène le ministère des Finances, Bruno LE MAIRE et Agnès PANNIER-RUNACHER, sur la réindustrialisation, commence à porter des fruits, donc on est en train de travailler à toutes ces réponses de fond. Moi il y a un sujet qui me paraît très important, qui est l'aménagement du territoire, l'urbanisme, la prise en compte de la nature, des campagnes, comment est-ce qu'on arrive à trouver le bon équilibre territorial. On sait qu'on a besoin de moins de voitures, en tout cas qu'il faudra qu'on réduise notre usage de la voiture individuelle, en tout cas si elle utilise de l'essence ou du diesel, mais la voiture c'est tout notre mode de vie, donc on ne peut pas juste dire « utilisez moins votre voiture », il faut qu'on arrive à penser les villes de demain, les périphéries de demain, les territoires de demain, donc on a des très gros sujets qui sont encore devant nous, mais c'est normal parce que, ce gouvernement s'attache vraiment à essayer de traiter cette transformation.

MARIE-EVE MALOUINES
Votre état d'esprit c'est vous êtes inquiète, ou un peu angoissée, ou pas du tout, vous êtes sereine parce que vous avez les bonnes solutions ? Je dis « vous » collectif au sein du gouvernement.

EMMANUELLE WARGON
Je pense que l'état d'esprit c'est d'être déterminé, déterminé à trouver les solutions, à les apporter, vigilant et à l'écoute.

JULIE HAMMETT
On parlait à l'instant de ce Grand débat, vous confirmez ce matin qu'il y aura une grande concertation nationale au sujet des retraites ?

EMMANUELLE WARGON
Le président de la République et le Premier ministre souhaitent que le dossier des retraites, tel qu'il a été présenté par le Haut commissaire, puisse faire vraiment l'objet d'une discussion, d'un débat, d'une concertation approfondie avec les Français…

FABRICE LUNDY
Sous quelle forme ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, je ne crois pas que la forme soit déterminée, le Grand débat était une forme possible de concertation, qu'on a inventée il y a quelques mois, on peut en inventer d'autres, mais en tout cas l'idée de dire il faut aller à la rencontre des Français, pour que la réforme des retraites elle soit expliquée, dans ses ambitions, dans ses motivations, dans ses modalités, et qu'elle soit enrichie du contact avec les Français, qu'elle soit le plus possible co-construite dans un dialogue démocratique, ça c'est une volonté très forte. C'est une réforme très structurante, c'est une réforme très importante, on va changer fondamentalement les modalités de calcul, on va passer à un régime universel, il faut prendre le temps…

JULIE HAMMETT
Déjà des manifestations prévues le 21 et 24 septembre prochain, est-ce que vous comprenez quand même l'inquiétude, la colère, de certains Français par rapport à cette réforme ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je comprends très bien l'inquiétude et les questions autour de cette réforme, qui est une réforme majeure, mais c'est une réforme sur laquelle le gouvernement prend le temps, le temps de la construction technique et de la première concertation menée par le Haut commissaire aux retraites, Jean-Paul DELEVOYE, le temps, maintenant, de la discussion politique, avant le projet de loi. Donc, ce que je tiens à dire c'est, on n'ira pas trop vite. Cette réforme, qui est portée par Agnès BUZYN, qui est portée par tout le gouvernement, elle prendra le temps nécessaire à cette construction…

JULIE HAMMETT
Il pourra y avoir des modifications ?

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr, on est encore au moment des grandes lignes, de l'esquisse générale, c'est une réforme qui se déploiera progressivement. Et puis, de toute façon, on ne touchera pas les retraités actuels ou les personnes qui sont proches de prendre leur retraite, j'en profite pour le dire.

JULIE HAMMETT
Autre dossier, les agriculteurs en colère également, confrontés à des problèmes de sécheresse. Le gouvernement a décidé d'exonérer les agriculteurs de taxe foncière sur les propriétés non-bâties, de demander à l'Union européenne le versement anticipé d'une partie des aides aux agriculteurs, mais tout ça ce sont des mesures d'urgence, est-ce qu'il n'aurait pas fallu agir en amont et pourquoi on ne l'a pas fait ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, on travaille de façon durable sur la question de l'eau. La question de l'eau c'est l'une des questions les plus importantes en matière de transition écologique. En France on a la chance d'avoir plutôt des ressources en eau satisfaisantes, c'est moins vrai dans d'autres parties du monde, mais néanmoins, à l'échelle de la planète, on sait que les ressources en eau vont être de plus en plus basses, et cette année, on est en période de sécheresse…

FABRICE LUNDY
Et altérées, on l'a vu avec ce rapport de la Banque mondiale hier, très très alarmant.

EMMANUELLE WARGON
Il y a le rapport de la Banque mondiale, il y avait le rapport du GIEC il y a peu de temps, qui est sorti début août, et puis en France on a 85 départements qui ont des restrictions d'eau, 85 sur 101, qui ont des restrictions d'eau, aujourd'hui, en plein mois d'août, parce que les nappes phréatiques ne se sont pas complètement reconstituées, que le niveau des rivières est bas. Donc, il y a deux choses. Il y a les mesures d'urgence, l'urgence c'est ces fameuses restrictions, la priorité c'est l'eau potable, ça va mieux en le disant, et après ce sont les différents usages, agricoles, etc. Mais, au-delà de la gestion de la crise, il faut qu'on travaille en amont sur la ressource en eau.

JULIE HAMMETT
Est-ce qu'il faut des barrages, des retenues d'eau ? Je voudrais qu'on écoute le vice-président de la FNSEA et vous faire réagir juste après, il était sur LCI il y a quelques jours.

ETIENNE GANGNERON - ELEVEUR, VICE-PRESIDENT DE LA FNSEA
Le dérèglement climatique c'est quelque chose auquel on est confronté depuis plusieurs années, donc l'adaptation elle est permanente. Moi je suis en agriculture biologique depuis 22 ans, et je peux vous dire que ce n'est pas facile au quotidien, il faut s'adapter en permanence, il faut revoir tous ses assolements, et puis surtout l'utilisation de l'eau. Les écologistes nous empêchent de retenir l'eau, de faire des réserves…

JULIE HAMMETT
Des barrages.

ETIENNE GANGNERON
Pour anticiper – mais pas des barrages, parce que barrages ça fait important, mais simplement des petites retenues pour pouvoir assumer l'autonomie fourragère.

JULIE HAMMETT
Vous lui répondez quoi ? Les écologistes nous empêchent d'être écolos finalement.

EMMANUELLE WARGON
Alors je lui réponds : le ministère de l'Ecologie, avec le ministère de l'Agriculture, a accepté qu'on fasse des retenues d'eau mais pas n'importe comment. Donc je dis très simplement : nous sommes d'accord, il y a une seule position du gouvernement qui est oui aux retenues d'eau pour l'agriculture, mais pas à tout prix. Pas en disant en hiver, l'eau qui tombe du ciel, c'est une eau qui ne sert à rien donc c'est très bien, on fait des retenues maximales et puis tout ira bien. Ça n'est pas vrai. L'eau qui tombe du ciel en hiver, elle recharge les nappes, elle recharge les rivières, elle permet la préservation des poissons, de la biodiversité dans les cours d'eau, dans les zones humides. Elle est très importante pour la nature. Donc on ne peut faire des retenues d'eau que si on a réfléchi à l'échelle d'un territoire. Ce n'est même pas un département, c'est plus petit. C'est un bassin agricole, c'est un bassin de vie. Que si on a réfléchi à quelle est la stratégie durable d'utilisation de l'eau sur ce territoire. Il y a des endroits où il faut changer les pratiques agricoles. L'agriculture telle qu'elle se pratique, elle ne pourra continuer parce que la ressource en eau durablement va manquer. Il n'y aura plus assez d'eau.

JULIE HAMMETT
Donc il faut changer de production, déplacer les cultures ?

EMMANUELLE WARGON
En fait, il faut réfléchir aux besoins. On s'est donné un objectif collectif avec les agriculteurs, avec les associations de préservation de l'environnement, réduire notre consommation d'eau, c'est-à-dire notre prélèvement d'eau dans la nature de 10 % d'ici à 2025, de 15 % en quinze ans. Donc pour ça, on peut faire des retenues d'eau à chaque fois qu'on est allé au bout, qu'on s'est posé ces questions-là et qu'on se dit : OK, notre objectif c'est de prélever un peu moins pour tout le monde et dans cet objectif, on peut faire des retenues parce que c'est plus intelligent de stocker une partie de l'eau en hiver qui permettra d'alimenter les cultures en été. Donc c'est oui, on n'est pas contre. Il faut accompagner l'agriculture dans cette transition. L'agriculture a une énorme transition écologique à passer. Changement de méthode agricole, meilleure protection et préservation des sols, meilleure utilisation de la ressource en eau, limitation de l'usage des pesticides et c'est difficile. Moi je comprends très bien que les agriculteurs trouvent qu'on leur demande beaucoup et on leur demande vite, donc on veut les accompagner. Donc les écologistes ne sont pas contre et le Ministère accompagne mais pas n'importe comment.

FABRICE LUNDY
En milieu rural, demain un maire d'une petite commune de l'Ille-et-Vilaine à Langouet va comparaître devant la justice à votre demande. A la demande de l'Etat, pas vous intuitu personae bien sûr. Lui comme d'autres maires veulent interdire à moins de 150 mètres des habitations l'usage de pesticides, le glyphosate en l'occurrence. Pourquoi l'Etat saisit-il la justice ?

EMMANUELLE WARGON
L'Etat saisit la justice parce que nous avons en concertation un texte national. L'Etat saisit la justice pour deux choses. D'abord, ce n'est pas la compétence du maire. Donc je comprends la question politique mais, après, on est dans un Etat de droit. Il y a des sujets qui sont de compétence nationale, qui sont de compétence Etat et il y a des sujets qui sont de compétence municipale.

FABRICE LUNDY
Sur le fond, est-ce que ce maire a raison ou pas d'interdire le glyphosate à moins de 150 mètres ?

EMMANUELLE WARGON
J'y viens, j'y viens parce que je me doute bien que cette réponse, ce morceau de réponse, ne va pas vous satisfaire.

FABRICE LUNDY
Ce n'est pas la forme qui m'intéresse, bien sûr.

EMMANUELLE WARGON
Mais l'Etat saisit la justice d'abord parce que ce n'est pas la compétence du maire. Après, il y a une discussion France entière que nous sommes en train de mener avec le ministre de l'Agriculture et puis Elisabeth BORNE et moi-même, pour savoir quelle est la bonne distance de protection des riverains, des exploitations agricoles et d'ailleurs des cours d'eau aussi. Parce qu'on cherche à la fois à protéger les riverains bien sûr et puis c'est le même sujet dont on parlait : il faut aussi protéger les cours d'eau pour que l'eau elle-même ne soit pas chargée de pesticides.

FABRICE LUNDY
150 mètres, c'est trop peu ?

EMMANUELLE WARGON
150 mètres, c'est beaucoup. L'arrêté précédent disait entre 5 et 10 mètres. Nous sommes en train de revoir quelle est la bonne distance. Il y a d'ailleurs peut-être des endroits dans lesquels on peut moduler, ça n'a pas forcément besoin d'être une norme France entière, peut-être que les préfets peuvent adapter. Mais 150 mètres, c'est beaucoup et ça a été fait sans aucune concertation. Il faut savoir que ce maire n'en a jamais discuté avec les agriculteurs de son village qui ont découvert cet arrêté au moment où il a été promulgué.

FABRICE LUNDY
Ce n'est pas un bon signe que vous donnez peut-être.

EMMANUELLE WARGON
Je pense que sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres, ça ne peut fonctionner qu'en concertation. Ça nous ramène un peu à la discussion précédente. C'est-à-dire que quand un maire prend une décision qui finalement est une décision un peu médiatique, c'est-à-dire une distance qui est trop importante par rapport à la distance qui est la norme nationale, sans discussion avec ces agriculteurs qui, je vous le disais, ont découvert - j'en discutais avec la préfète de région il n'y a pas très longtemps - qui ont découvert cette décision au moment où l'arrêté a été publié, c'est un coup de gueule d'une certaine manière. C'est bien parce que ça met en évidence ce sujet, et il faut que la norme nationale sur la protection des riverains sorte - et elle va sortir relativement vite maintenant, dans les prochaines semaines - mais le faire au détriment de la discussion locale, ça ne sert à rien.

MARIE-EVE MALOUINES
Mais est-ce que justement vous ne refaites pas la même chose que pour les 80 kilomètres/heure où vous allez prendre une décision du national qui va s'imposer au local qui va se sentir impuissant pour dire : oui, mais chez moi c'est différent ?

FABRICE LUNDY
Il va peut-être falloir l'adapter bien sûr.

EMMANUELLE WARGON
Pas forcément justement. Ce que je vous disais, c'est qu'il existait un texte qui disait entre 5 et 10 mètres et qui a été annulé par le Conseil d'Etat. On va en reprendre un et il est possible qu'on donne la main aux préfets, puisque ça reste l'Etat…

MARIE-EVE MALOUINES
Aux départements.

EMMANUELLE WARGON
Donc aux départements pour discuter soit à l'échelle du département, soit même à une échelle plus petite de quelle est la bonne adaptation de cette distance. Ça dépend des cultures, ça dépend des villages, ça dépend effectivement de plein de choses. Mais on ne peut pas préempter cette discussion nationale avec une décision locale qui, encore une fois, se fait sans aucun respect de la discussion locale.

JULIE HAMMETT
On parlait effectivement des agriculteurs. Je voulais revenir sur cette séquence : le ministre de l'Agriculture, Didier GUILLAUME, qui s'est retrouvé un peu dans la tourmente parce qu'il avait assisté à une corrida avec Jacqueline GOURAULT. Je rappelle que Didier GUILLAUME, en plus d'être ministre de l'Agriculture, il est ministre du bien-être animal. C'était une erreur de sa part selon vous ? Est-ce qu'il est fragilisé aujourd'hui Didier GUILLAUME ?

EMMANUELLE WARGON
Didier GUILLAUME, il a reconnu qu'il avait peut-être pu choquer et il regrettait d'avoir pu choquer.

JULIE HAMMETT
Mais il dit : oui, mais bon, c'est une tradition. C'est une tradition séculaire. Il dit aussi ça.

EMMANUELLE WARGON
Moi, je me suis exprimée là-dessus. C'est vrai que personnellement, je n'ai pas l'intention d'assister à une corrida. Je ne l'ai jamais fait et je n'ai pas l'intention de le faire. Ce n'est pas ma sensibilité. C'est vraiment quelque chose auquel je ne prendrai aucun plaisir. Je pense que ce n'est pas le sens de l'Histoire du tout que d'assister à ce type de spectacle.

FABRICE LUNDY
Voire du dégoût ou pas ?

EMMANUELLE WARGON
En tout cas, c'est vraiment quelque chose qui me met très mal à l'aise. Simplement, il faut reconnaître… Les choses sont rarement noires ou blanches. Alors c'est difficile parce qu'on est dans une société de l'anathème, de la dénonciation et chacun a des positions tranchées. Mais c'est aussi une tradition locale, c'est légal en France, ç'a été confirmé par le Conseil constitutionnel, ça fait partie d'une tradition très forte du Sud-ouest. Est-ce que cette tradition perdurera pour toujours ? Je n'en sais rien. Finalement, c'est un peu la même question que les animaux de cirque. C'est-à-dire que des choses qui étaient jugées normales, classiques, ludiques il y a 10, 15 ou 20 ans, aujourd'hui on peut s'interroger pour savoir si c'est toujours normal d'accepter de laisser des animaux…

JULIE HAMMETT
Est-ce qu'il faut les interdire ?

MARIE-EVE MALOUINES
Est-ce qu'il faut rouvrir le débat sur l'interdiction des corridas ?

EMMANUELLE WARGON
Je ne pense pas qu'il faille rouvrir le débat sur l'interdiction des corridas. Les corridas, c'est cantonné à quelques endroits en France, en Espagne aussi d'ailleurs. Là, ça reste une tradition, ça existe. Ça se fera tout seul…

(brouhaha)

EMMANUELLE WARGON
Est-ce que tout doit être traité nationalement ? Je ne crois pas que ce soit une question nationale, c'est une question locale et c'est une question de sensibilité et de vision personnelle. Moi, ça n'est pas la mienne. Mais après, Didier GUILLAUME travaille aussi sur le sujet du bien-être animal des animaux d'élevage. Il a été le premier à interdire les transports pendant toutes les périodes de sécheresse des animaux. Il travaille sur la surveillance des abattoirs, donc au-delà de ce sujet qui bien sûr est un sujet symbolique emblématique, il y a d'autres sujets dans le bien-être animal.

JULIE HAMMETT
Il y a un autre sujet qui a suscité un petit peu la polémique. Elisabeth BORNE et vous-même avez reçu les chasseurs hier au ministère. C'est compatible, la défense de l'écologie et la défense des chasseurs ?

EMMANUELLE WARGON
La chasse, c'est une activité qui, dans certains cas, concourt vraiment à la protection de la nature, à la régulation de la nature On parlait des agriculteurs et l'un des sujets majeurs, ce sont les sangliers et les dégâts de sangliers. Des agriculteurs se plaignent à juste titre de la multiplication de sangliers de plus en plus en France. C'était relativement limité il y a quelques années, maintenant on a énormément des centaines de milliers voire des millions de sangliers qui vont dans les champs, écrasent les cultures et les chasseurs sont là aussi pour réguler ces populations-là. Donc je pense qu'il y a tout à fait une compatibilité entre la chasse et la préservation de la nature. Après, c'est toujours pareil, pas dans n'importe quelles conditions, pas dans n'importe quel cadre. J'ai porté un texte « biodiversité et chasse » à l'Assemblée nationale et au Sénat qui a été voté, qui d'ailleurs crée un grand opérateur au profit de la biodiversité : l'Office français de la biodiversité qui fait à la fois la police de la chasse et la promotion des actions de biodiversité. On a travaillé sur la sécurité, on a travaillé sur la formation des chasseurs, donc c'est une activité qui doit être encadrée mais qui est respectable.

JULIE HAMMETT
Dernier thème que je voulais aborder. Est-ce qu'il faut s'attendre à un remaniement dans les prochaines semaines ? On parlait d'un éventuel ajustement à la Toussaint. Certains ministres, on le sait, pourraient être candidats aux municipales. D'ailleurs est-ce que vous, vous allez vous présenter sur la liste de Saint-Mandé dans le Val-de-Marne ?

EMMANUELLE WARGON
Alors moi, j'ai manifesté un intérêt pour les élections municipales et a priori là où j'habite à Saint-Mandé. Je n'ai pas encore pris ma décision pour figurer ou pas sur la liste. Mais en tout cas, je pense que c'est important d'être au contact des Français localement. C'est toujours un peu la même discussion. La politique, c'est national, c'est général mais en fait c'est aussi beaucoup dans le particulier.

JULIE HAMMETT
Et dans ce cas, il faut démissionner du gouvernement ?

EMMANUELLE WARGON
A partir du moment où c'est juste une participation à une liste, je crois que la question ne se pose pas comme ça mais je ne suis pas la bonne personne à qui demander s'il va y avoir un remaniement. Mais en tout cas, moi je travaille vraiment en ce moment à la fois sur les sujets eau et nature dont on parlait et puis sur la rénovation du bâtiment. Parce que je suis mandatée avec Julien DENORMANDIE pour qu'on passe vraiment une étape, bien sûr sous contrôle d'Elisabeth BORNE et de Jacqueline GOURAULT, sur la rénovation thermique des bâtiments. C'est l'un des secteurs qui émettent le plus de gaz à effet de serre. C'est le secteur sur lequel on peut faire des économies d'énergie, on peut améliorer la lutte contre le réchauffement climatique et on peut faire des économies tout court. Il y a beaucoup de choses à améliorer parce que c'est un secteur compliqué, les aides sont compliquées, elles sont morcelées, les acteurs sont morcelés, on a des problèmes de confiance. Donc il y a une énorme conduite de projets à mettre en place et je le fais en continuant beaucoup à aller sur le terrain. Votre question sur le grand débat, qu'est-ce qu'il en reste ? Moi maintenant, je me déplace plutôt 2, 3 jours. J'étais 3 jours en Franche-Comté avant les vacances. Là, je serai 3 jours en Occitanie la semaine prochaine dans différents départements pour aller voir les problèmes locaux, les questions d'eau, les questions d'énergies renouvelables, quelles sont les questions que ça pose vraiment concrètement et comment on les règle.

JULIE HAMMETT
Merci beaucoup Emmanuelle WARGON d'avoir accepté notre invitation ce matin sur LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 août 2019