Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, à France 2 le 26 novembre 2019, sur la prise en compte de la réalité des difficultés sociales et le phénomène du Black Friday.

Texte intégral

CAROLINE ROUX
Bonjour.

LAURENT BIGNOLAS
Vous recevez Brune POIRSON, ce matin.

CAROLINE ROUX
Oui, Brune POIRSON, elle est secrétaire d'Etat à la Transition énergétique. Alors, je ne sais pas si vous le savez, mais le président lui a demandé de se lancer dans la bataille des municipales à Avignon. En attendant, elle, elle mène une autre bataille, contre la surconsommation du Black Friday.

CAROLINE ROUX
Bonjour Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Une fois n'est pas coutume, on va commencer ce matin par un sondage et par un chiffre, à la Une de Libé : 64% des Français estiment qu'Emmanuel MACRON ne comprend pas la réalité des difficultés sociales. Qu'est-ce que vous inspire ce chiffre ?

BRUNE POIRSON
Je pense qu'il y a une part de colère qu'on renvoie souvent aux représentants, et en particulier aux responsables politiques. Parfois, quand on est dans la difficulté on a du mal, et on a besoin de trouver un responsable, un coupable, parfois et souvent ça tombe sur les responsables politiques. Maintenant…

CAROLINE ROUX
Il n'y a pas de déconnexion ? C'est ça ce que dit ce chiffre.

BRUNE POIRSON
Non, il n'y en a pas, non. Le président de la République est plus que jamais mobilisé, je crois qu'il l'a montré, il a passé du temps à Amiens, il s'est adressé aux maires en détail, il a échangé, continue d'échanger avec l'ensemble de la population, au cours du Grand débat. Je ne crois pas que le président de la République se cache ou encore soit déconnecté. Absolument pas.

CAROLINE ROUX
8 Français sur 10, toujours dans ce sondage, estiment que nous traversons une crise sociale. Dans ce contexte-là, on est un an après les Gilets jaunes, la priorité ça peut rester la réforme, on l'a vu dans le journal de 07h30, le gouvernement continue et le Premier ministre continuent de recevoir les partenaires sociaux. On est à quelques jours d'un mouvement social dont on parle désormais en disant : c'est le mur du 5 décembre. L'urgence ce n'est pas de faire retomber la pression ?

BRUNE POIRSON
Mais comment est-ce qu'on la fait retomber la pression ? On le fait en luttant dès le début sur les causes, contre les causes mêmes de ce qui provoque ce mal-être social. Et c'est en particulier parfois des inégalités dans ce pays, qui vont, non seulement croissantes, mais en tout cas par exemple quand on parle des régimes de retraite, il y en a un certain qui sont plus favorisés que d'autres. Il ne s'agit pas de…

CAROLINE ROUX
C'est une réforme contre les régimes spéciaux.

BRUNE POIRSON
Il ne s'agit pas de se lancer dans une chasse aux sorcières, il s'agit simplement de faire en sorte que nous soyons et que nous ayons un régime de retraite qui est adapté au XXIème siècle, c'est-à-dire qui s'adapte au parcours de chacun, et qui lutte contre les inégalités, et certaines injustices du système de retraite actuel, oui c'est une réalité.

CAROLINE ROUX
Alors, le meilleur moyen de défendre ces idées, de défendre le bilan du président de la République et du gouvernant, eh bien c'est d'aller faire campagne, c'est ce que dit, et c'est ce qu'a dit visiblement le président de la République lors d'un Conseil des ministres, aller se frotter au suffrage universel. Il vous aurait donc demandé d'aller être candidate à Avignon. Qu'est-ce que vous lui avez répondu ?

BRUNE POIRSON
Alors, le président de la République ne m'a rien demandé, et ce n'est pas son genre de demander, d'avoir la maladroitesse de demander par articles de Presse interposés, à ses ministres, d'aller et de rentrer en campagne. Ensuite, je veux préciser une chose, je n'ai aucune, mais alors aucune leçon de courage politique à recevoir, par le biais d'articles de Presse. Vous savez, moi, Caroline ROUX…

CAROLINE ROUX
Ce n'est pas au président de la République que vous vous adressez, là…

BRUNE POIRSON
... j'étais à l'étranger, j'ai tout quitté pour venir faire campagne pour Emmanuel MACRON en 2017, dans la circonscription, et à l'époque c'était encore elle, de Marion MARECHAL-LE PEN. Tout le monde me donnait perdante, j'ai été élue, donc je n'ai pas peur de mener campagne. Je n'ai pas peur de mener campagne.

CAROLINE ROUX
Alors, vous hésitez ?

BRUNE POIRSON
En revanche, j'ai peur d'une chose, c'est d'être incohérente avec moi-même. Et dès que j'ai été élue dans la 3ème circonscription du Vaucluse, on m'a très rapidement demandé si ça m'intéressait d'aller me présenter aux municipales à Avignon. Et j'ai toujours dit non. Non c'est non, et ce n'est pas aujourd'hui que ça va changer. En revanche, ce que je ferai…

CAROLINE ROUX
Même si le président vous le demande ?

BRUNE POIRSON
En revanche, ce que je ferai – le président ne m'a rien demandé – en revanche, ce que je ferai, c'est que j'irai bien évidemment, porter les couleurs de la République en Marche et faire campagne aux côtés du candidat qui aura été investir par la Commission nationale d'investiture.

CAROLINE ROUX
Je ne comprends pas pourquoi non c'est non.

BRUNE POIRSON
Avec toute la bienveillance, avec toute la bienveillance qui caractérisait le mouvement En Marche et qui surtout nous a permis d'être élus, en grande partie.

CAROLINE ROUX
Vous avez sentiment qu'on vous met une forme de pression par articles de Presse interposés ? C'est ça que je comprends.

BRUNE POIRSON
Disons que je n'ai aucune leçon à recevoir.

CAROLINE ROUX
Pourquoi alors…

BRUNE POIRSON
Et je ne compte pas m'en…

CAROLINE ROUX
Juste parce que vous voulez poursuivre en termes de cohérence, vous avez expliqué que c'est une question de cohérence, pour que les gens qui nous écoutent ce matin comprennent bien. Quand on est ministre, on veut aller au bout de ce qu'on a entrepris ? C'est ça la cohérence ?

BRUNE POIRSON
Alors, la cohérence c'est d'abord, la première chose, c'est de ne pas avoir peur de mener campagne. Et je crois, et j'ai démontré que je n'ai pas eu peur de mener campagne. La deuxième cohérence, c'est que quand on dit quelque chose aux habitants du Vaucluse, on ne prétend pas ensuite, le lendemain, l'inverse. Et depuis 2 ans et demi on me demande à intervalles réguliers si j'ai l'intention d'aller présenter à Avignon, et je réponds toujours la même chose invariablement : non.

CAROLINE ROUX
Eh bien cette fois c'est clair. Peut-être qu'on ne vous reposera plus la question.

BRUNE POIRSON
En revanche, je ne serai ravie d'aller faire campagne à Avignon, pour que la République En Marche gagne.

CAROLINE ROUX
Bon. Le Black Friday, plus de 600 marques et associations se mobilisent pour dénoncer ce phénomène de surconsommation, des rabais donc en masse, ça a déjà commencé. C'est compliqué quand même de dire à ceux qui veulent juste acheter moins cher pour Noël que ce n'est pas bien.

BRUNE POIRSON
Effectivement, ça, ça fait partie d'un travail de changement de pratiques, j'ai envie de dire, culturelles. Moi, l'an dernier, dans une vidéo qui avait d'ailleurs été beaucoup vue, j'avais dénoncé une double arnaque, pour la planète et pour le pouvoir d'achat. J'avais aussi à l'époque été interpellée, on m'avait dit : mais quel est le lien entre la consommation, les émissions de CO2 ? Donc ça montre qu'il faut toujours continuer à sensibiliser. Oui, consommer n'est pas un geste anodin. Je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire, je dis que je pense qu'il faut le faire différemment.

CAROLINE ROUX
Comment est-ce qu'on fait différemment alors ?

BRUNE POIRSON
Parce qu'il y a un vrai lien entre la consommation et la surexploitation des ressources naturelles et les émissions de CO2.

CAROLINE ROUX
Là, c'est l'idée d'acheter moins cher pour Noël.

BRUNE POIRSON
Et cette idée, cette idée elle est de changer un peu nos modes de production et de consommation. Vous pouvez acheter moins cher en n'achetant pas nécessairement neuf. Acheter neuf, c'est bien, acheter d'occasion, louer, échanger, toutes ces pratiques-là, elles doivent continuer à émerger, elles sont meilleures pour le porte-monnaie des Français, elles sont meilleures aussi pour la planète. C'est pour cette raison-là que j'ai lancé, non seulement tout un travail autour du projet de loi anti gaspillage qui est en train d'être débattu en ce moment à l'Assemblée, mais aussi à travers une campagne de sensibilisation "Longue vie aux objets", je vous invite d'ailleurs, j'invite vos téléspectateurs à aller sur le site internet longuevieauxobjets.gouv.fr, qui permet, quand vous mettez et vous indiquez les où est-ce que vous habitez, qui vous donne tous les lieux, autour de là où vous habitez, où vous pouvez consommer différemment, moins cher et meilleur pour la Planète.

CAROLINE ROUX
Vous êtes pour la décroissance ? Parce qu'à Bercy ces chiffres-là, ils sont très contents, juste une étude KANTAR explique que le poids économique du mois de novembre du Black Friday a doublé en 5 ans, passant à 3,9 à 6,9. Pour la consommation, pour l'économie, c'est plutôt pas mal le Black Friday, donc qu'est-ce qu'on vous dit à Bercy quand vous faites cette vidéo ?

BRUNE POIRSON
Il s'agit d'aligner les objectifs de long terme et de court terme. Bien sûr, à court terme on a peut-être des chiffres qui sont satisfaisants, enfin si après on n'a plus de ressources naturelles pour produire tout ça, on ne pourra que le déplorer, et donc il s'agit au contraire d'allier les deux. Et moi je sais que Bruno LE MAIRE soutient d'ailleurs ce combat en faveur de l'écologie.

CAROLINE ROUX
On va revenir sur une autre phrase du président de la République, ça concerne la consigne et ça concerne les maires. Il a dit, lorsqu'il les a vus au Congrès des maires de France : rien ne sera fait sans l'accord des maires. On parlait d'une consigne plastique, sujet que vous aviez – pour les bouteilles en plastique – que vous aviez défendu, ça veut dire que c'est plié, ça veut dire qu'on oublie ?

BRUNE POIRSON
C'est l'inverse, ça veut dire que le Congrès des maires est passé, on sort des postures politiciennes et on peut avancer. Vous savez…

CAROLINE ROUX
On peut avancer vers quoi ? Parce que l'Association des maires de France a dit : "Il n'y aura pas de consigne sur les emballages en plastique".

BRUNE POIRSON
On peut avancer vers le résultat de la concertation d'hier, c'est qu'on s'est mis d'accord pour avancer vers la mise en oeuvre d'un système de consigne, d'abord par le biais d'expérimentations, ensuite en fonction des performances, sur la mise en place d'un système généralisé à l'ensemble de la France.

CAROLINE ROUX
Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que ça va se faire, ça veut dire que ça va se faire vite ?

BRUNE POIRSON
Très concrètement, ça veut dire que ça va se faire. Ça va se faire en plusieurs étapes, on s'est mis d'accord hier, on a concerté et on a continué, c'était la dernière phase de la concertation, qui je le rappelle a commencé depuis avril 2018, qui au moment du Congrès des maires et de tous ces événements était un peu bloquée, parce que parfois ça demande des changements culturels, mais aussi des changements politique parfois, et donc on était…

CAROLINE ROUX
Vous voudriez que ça aille plus vite, sincèrement, Brune POIRSON ?

BRUNE POIRSON
Vous savez, il y a une urgence environnementale, Tara Océans l'a montré encore ce week-end. Il y a du plastique et de la pollution plastique partout. Donc plus on va vite, mieux c'est. Maintenant je prends acte de la décision des élus locaux de décaler la mise en oeuvre de la consigne à 2023. Néanmoins, nous allons commencer…

CAROLINE ROUX
C'est à eux de rendre des comptes, c'est ça que vous voulez dire ?

BRUNE POIRSON
... les expérimentations.

CAROLINE ROUX
C'est ça, aux prochaines municipales, vous le rappellerez.

BRUNE POIRSON
Par exemple.

CAROLINE ROUX
On en parlera, sans doute, du plastique.

BRUNE POIRSON
En tout cas on travaillera ensemble vers des objectifs de performance qui soient les plus ambitieux possibles.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 novembre 2019