Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à CNews le 3 mars 2020, sur l'information et la prévention dans les transports publics au stade 2 de l'épidémie de coronavirus.

Texte intégral

GÉRARD LECLERC
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

GERARD LECLERC
Alors, vous avez réuni hier les grandes entreprises de transport pour organiser la mobilisation face au coronavirus, on est au stade 2 de l'alerte, celle où il s'agit de freiner la propagation du virus, or les transports publics, eh bien c'est des lieux où il y a beaucoup de monde, où il y a du confinement, que ce soit le métro, le train, le bus. Alors, qu'est-ce qu'on fait, est-ce qu'il faut envisager éventuellement d'arrêter certains transports ?

ELISABETH BORNE
Peut-être dire d'abord que le président de la République, et tout le gouvernement, sont totalement mobilisés à ce stade 2, où le virus circule dans certaines parties du territoire, pour empêcher, ralentir la propagation de ce virus, et puis empêcher le plus longtemps possible de passer au stade 3 où le virus circulerait plus largement.

GERARD LECLERC
C'est l'épidémie.

ELISABETH BORNE
Donc moi j'ai effectivement, dans mon secteur, réuni les entreprises, les organisations professionnelles, des secteurs qui relèvent de mon ministère, donc c'est l'énergie, les transports, l'eau, les déchets, ce sont des entreprises qui emploient beaucoup de salariés et puis qui ont effectivement un rôle essentiel pour la vie du pays.

GERARD LECLERC
Alors, qu'est-ce qu'on fait dans les transports, parce qu'il y a beaucoup de monde, même des millions de personnes dans le métro, dans les trains, dans les bus ?

ELISABETH BORNE
Eh bien donc, à ce stade, au stade 2, c'est de l'information, et il y a de l'information dans les gares, dans les aéroports, sur les quais du métro, et puis c'est toute la prévention, les gestes qui sont recommandés par le ministère de la Santé, tousser dans son coude, ne pas serrer les mains, se laver régulièrement les mains, donc on en est à un stade…

GERARD LECLERC
On reste pour l'instant à l'information ?

ELISABETH BORNE
On est à un stade d'information, de prévention, et je souhaitais aussi évoquer avec elles leurs plans de continuité d'activité, si on devait passer au stade 3, vous savez qu'elles ont des plans, qui visent justement à assurer que le service est assuré au mieux, évidemment tout en garantissant la sécurité des usagers et des salariés.

GERARD LECLERC
Alors justement, service assuré au mieux, le secrétaire d'État, Jean-Baptiste DJEBBARI, a dit que si on passe au stade de l'épidémie, eh bien il faudra procéder, dit-il, à des restrictions de transport, alors lesquelles, est-ce qu'on va arrêter des trains, des bus, les avions ?

ELISABETH BORNE
Donc, là on est au stade 2…

GERARD LECLERC
Oui, mais si on passe au stade 3 ?

ELISABETH BORNE
Donc il n'y a pas de restriction. Je disais, ces entreprises elles ont des plans de continuité d'activité, dans lesquels il y a différents scénarios, sur lesquels, c'est le ministère de la Santé, les experts, qui choisiront quel est le bon scénario, en fonction du rythme de propagation du virus, et puis de ce qui sera apprécié par les médecins sur, voilà, la sensibilité, les risques liés à ce virus. Donc, l'important c'est qu'ils aient bien tous ces scénarios prêts, et on décidera, le moment venu, les autorités sanitaires diront quel est le bon scénario.

GERARD LECLERC
Donc les scénarios sont prêts, et donc ça pourrait effectivement être des arrêts de transport sur certaines lignes, sur certains modes de transport.

ELISABETH BORNE
Dans certains cas, vous savez, il faut qu'il y ait des salariés, si on a des salariés malades ça peut conduire à limiter le service, mais je vous dis, le point important c'est qu'on est au stade 2, donc c'est de l'information, de la prévention, et puis de se tenir prêt, avec ces plans de continuité d'activité, qui seront mis en œuvre en fonction des recommandations des autorités sanitaires.

GERARD LECLERC
Alors, vous parliez des salariés, justement hier 200 conducteurs de bus de l'Essonne ont arrêté le travail en faisant valoir leur droit de retrait, comme au Louvre, ils ont le droit ?

ELISABETH BORNE
Ce que je pense important c'est qu'on est à un moment où il peut y avoir de l'inquiétude des salariés, je crois qu'il faut l'entendre, et moi j'ai aussi dit aux entreprises et aux branches professionnelles, que j'avais en face de moi, qu'il est très important qu'il y ait bien du dialogue social au sein des entreprises pour informer des recommandations des autorités sanitaires, des précautions qui sont prises dans les entreprises, quand toutes ces précautions sont prises, il n'y a pas lieu d'exercer un droit de retrait, les salariés doivent être rassurés, et c'est vraiment le dialogue…

GERARD LECLERC
… Leur confier des… qu'ils portent des masques, des choses comme ça ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas les recommandations du ministère de la Santé, au stade où nous en sommes, ce n'est pas recommandé par le ministère de la Santé, c'est toujours les mesures qui ont été annoncées effectivement, tousser dans son coude, se laver les mains et porter du gel…

GERARD LECLERC
Donc le droit de retrait n'est pas opportun ?

ELISABETH BORNE
Le droit de retrait, à ce stade, n'est pas fondé, dès lors que les entreprises appliquent bien toutes les précautions qui sont édictées par le ministère de la Santé.

GERARD LECLERC
Donc les directions n'ont pas à leur donner satisfaction là-dessus, sur ce droit de retrait, ils doivent reprendre le travail ?

ELISABETH BORNE
Je pense que les directions ont à dialoguer avec les salariés pour les rassurer sur le fait que toutes les précautions sont prises.

GERARD LECLERC
Les rassurer, mais leur demander de continuer à travailler.

ELISABETH BORNE
Absolument.

GERARD LECLERC
Doit-on, peut-on continuer à prendre l'avion, toutes les compagnies, toutes les destinations ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez qu'il y a des zones à risque, dans lesquelles on décommande, et même il est décommandé de se rendre, ce qu'on voit aussi aujourd'hui c'est que globalement il y a moins de demande des passagers, enfin il y a moins de gens qui souhaitent voyager, donc, globalement, les compagnies aériennes, pour beaucoup, ont réduit leurs plans de vols.

GERARD LECLERC
D'elles-mêmes, mais il n'y a pas de directives du gouvernement pour interdire certains vols ou des choses comme ça ?

ELISABETH BORNE
Les directives, elles sont très claires, c'est vraiment les voyages qui ne sont pas indispensables, il faut les éviter, a fortiori sur les zones à risque.

GERARD LECLERC
Et beaucoup disent qu'il n'y a pas beaucoup de contrôles dans les aéroports, notamment quand on arrive…

ELISABETH BORNE
Ah il y a des…

GERARD LECLERC
On ne prend pas la température, on…

ELISABETH BORNE
Cette mesure de température, non, les autorités sanitaires n'ont pas jugé que c'était utile, puisque vous savez, vous pouvez avoir pris de l'aspirine avant de descendre de l'avion, donc ce n'est pas la bonne mesure, le suivi qui a été mis en place c'est effectivement un accueil par des personnels de santé, par exemple à Roissy-Charles de Gaulle, et puis une traçabilité des passagers.

GERARD LECLERC
Les compagnies aériennes sont en difficulté, elles demandent des assouplissements des règles, notamment les créneaux horaires pour les décollages et les atterrissages, vous allez leur donner satisfaction ?

ELISABETH BORNE
On va effectivement saisir la Commission européenne, vous savez, quand vous n'utilisez pas vos créneaux, vous pouvez les perdre, et donc il faut évidemment qu'on tienne compte des circonstances exceptionnelles dans lesquelles on est.

GERARD LECLERC
Un autre sujet, celui des éoliennes. Alors, il y a des résistances de plus en plus fortes des populations dans un certain nombre d'endroits, vous-même vous avez dit que c'était un énorme sujet, qu'il y avait, par exemple des phénomènes d'encerclement, de saturation visuelle, et puis aussi des problèmes de co-visibilité avec des monuments historiques. Qu'est-ce que vous allez faire ?

ELISABETH BORNE
Alors, d'abord je voudrais que les choses soient claires, parce que certains ont mal compris, ou ont fait semblant de ne pas comprendre ce que je disais. Moi je suis favorable au développement de l'éolien et je suis convaincue que l'éolien est important pour faire notre transition énergétique…

GERARD LECLERC
Et vous maintenez les objectifs qui étaient de passer à 20% de l'électricité produite ?

ELISABETH BORNE
On doit doubler, dans les 10 ans, la production de l'énergie éolienne.

GERARD LECLERC
Donc on maintient l'objectif.

ELISABETH BORNE
Non seulement on maintient l'objectif, mais vous voyez, ce n'est pas juste des intentions, les faits sont là puisqu'on a augmenté de plus de 20% l'énergie produite en 2019. Mais par contre…

GERARD LECLERC
Alors qu'est-ce qu'on fait par rapport à toutes ces oppositions ?

ELISABETH BORNE
Par contre je pense que, si on veut réussir, il faut être à l'écoute des craintes, de certains élus, de certains citoyens. Moi j'ai entendu certains qui voulaient laisser croire que j'étais contre les énergies renouvelables, ou contre l'éolien, c'est vraiment de la caricature, et puis c'est vraiment le symptôme d'une écologie qui refuse de voir la réalité en face et qui ne se préoccupe pas de la mise en œuvre concrète. Donc, pour réussir, ça veut dire effectivement entendre les craintes et travailler avec les élus pour bien définir les zones dans lesquelles on peut continuer à développer de l'éolien, sans porter atteinte au patrimoine naturel…

GERARD LECLERC
C'est-à-dire arrêter un développement anarchique et avoir un meilleur contrôle avec les élus et les populations ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut effectivement remettre de l'ordre, avoir un développement plus ordonné, identifier les zones où on peut développer l'éolien, sans porter atteinte à notre patrimoine naturel et culturel.

GERARD LECLERC
Et éviter le sentiment d'encerclement…

ELISABETH BORNE
Absolument, avoir une réflexion, enfin avoir une action plus organisée sur le développement de l'éolien.

GERARD LECLERC
Les retraites, le 49.3 aujourd'hui, des oppositions qui sont furieuses, qui parlent de coup de force, d'autoritarisme. Est-ce que, d'une part est-ce qu'il n'y a pas un peu de vrai, le 49.3 c'est quand même une procédure particulière, et puis est-ce que ça ne risque pas de relancer la contestation, et notamment dans les transports, puisque vous êtes la ministre des transports ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que, on a pu voir qu'il n'y avait pas de débat, ça fait maintenant un mois qu'on a engagé la discussion sur le texte à l'Assemblée nationale, on est arrivé à l'article 8, il y en a 65, et surtout il n'y a pas de débat de fond, donc il y a deux groupes d'opposition qui ont décidé de faire de l'obstruction systématique, au détriment du débat de fond qu'on doit avoir sur un texte de ce type. Le 49.3 c'est finalement pour permettre que la discussion parlementaire se poursuive…

GERARD LECLERC
D'accord, mais les syndicats ne sont pas contents, ils relancent des manifestations aujourd'hui, ils appellent à des grèves.

ELISABETH BORNE
Moi, ce que je peux dire aux salariés, c'est que l'objectif du gouvernement c'est de poursuivre la concertation avec les partenaires sociaux, vous savez que la concertation se poursuit sur le financement, sur la pénibilité, sur la gouvernance du système…

GERARD LECLERC
Ça n'avance pas beaucoup, mais enfin !

ELISABETH BORNE
Et donc il y a un champ de discussions qui est encore ouvert et qui pourra être intégré, puisque le 49.3 ce n'est pas la fin du débat, au contraire, il y a à nouveau un débat au Sénat, ça reviendra à l'Assemblée, et cette concertation doit se poursuivre pour continuer à enrichir le texte.

GERARD LECLERC
Alors, l'écologie, Emmanuel MACRON a dit qu'il en faisait une priorité de la deuxième partie de son quinquennat, pour l'instant on ne voit pas grand chose venir, et par contre on annonce une poussée des Verts aux municipales, d'ailleurs les deux sont peut-être liés, qu'est-ce que vous en pensez ?

ELISABETH BORNE
Alors, moi, ce que je pense, c'est que ça traduit la prise de conscience de beaucoup de Français sur l'importance de l'écologie, cette prise de conscience c'est évidemment, pour moi, une bonne chose. Je pense que la question qui se pose c'est qui est le mieux à même de répondre à cette attente très forte des Français. Moi, ce que je constate, c'est que les Verts, qui nous donnent souvent des leçons, ils sont souvent, effectivement ils ont des bonnes intentions, mais quand ils sont au pouvoir, la mise en œuvre laisse à désirer. Voyez, quand ils ont été au pouvoir, au début du quinquennat précédent, eh bien on a parlé beaucoup de la fermeture de Fessenheim, ou de Notre-Dame-des-Landes, il ne s'est rien passé. Quand ils sont au pouvoir, je rappelle que par exemple à Paris, l'adjoint en charge des transports c'est un élu Vert, on a vu la fin d'Autolib', on a vu le fiasco du renouvellement de Vélib', et puis ceux qui aspirent au pouvoir, comme Yannick JADOT, eh bien ils refusent de voir les problèmes d'acceptabilité, donc moi je suis dans une écologie qui vise au contraire à apporter des réponses, pas à opposer, et depuis que je suis à la tête du ministère, vous savez, on a arrêté EuropaCity, on a arrêté le premier réacteur de Fessenheim, et on a engagé des transformations profondes, dans tous les domaines, la mobilité, l'énergie, le plastique.

GERARD LECLERC
Il y a la convention citoyenne qui se réunir, qui va donner ses propositions en matière de transition écologique, le 4 avril je crois, il est possible qu'il y ait un référendum qui soit organisé sur certaines de ses propositions ?

ELISABETH BORNE
Alors, moi je voudrais souligner que ces citoyens ils travaillent depuis maintenant des semaines, avec beaucoup d'énergie, beaucoup d'engagement, et je pense qu'il faut le saluer, j'espère qu'on aura des propositions fortes, et le président de la République a effectivement ouvert la voie à un référendum, où on pourrait poser plusieurs questions aux Français. Je pense que ce serait une très bonne chose, parce que ça permettrait justement de mettre dans le débat ces enjeux de l'écologie, qui concernent tous les Français.

GERARD LECLERC
Et référendum, qui pourrait avoir lieu quand ?

ELISABETH BORNE
On verra en fonction effectivement des propositions qui seront faites, mais je pense que, avoir… voyez, ce passage des propositions, par les citoyens, et l'écologie ça concerne tout le monde, donc je pense que c'est important que ces propositions viennent des citoyens, et qu'elles puissent être débattues par tous les Français.

GERARD LECLERC
En un mot, METEO FRANCE a annoncé hier que l'hiver qu'on est en train de vivre, les trois derniers mois, ont été les plus chauds jamais enregistrés, avec parfois plus de 2,7 degrés de plus que la moyenne. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ça montre que le dérèglement climatique il est là, il faut continuer à agir avec plus de force encore pour atténuer ce dérèglement, et puis il faut se préparer aussi aux conséquences, c'est toutes les mesures qui ont été annoncées, pour être plus efficace dans la prévention des inondations, pour accompagner les collectivités quand le littoral recule, et il faut se préparer, effectivement, à gérer les conséquences du dérèglement climatique.

GERARD LECLERC
Merci Elisabeth BORNE, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 mars 2020