Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, à BFMTV le 23 avril 2020, sur le déconfinement prévu le 11 mai, les contrôles effectués pendant le confinement et le contrôle aux frontières.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le 11 mai prochain, dans un peu moins de 3 semaines, premier jour de déconfinement, quand est-ce que le Premier ministre présentera le plan de déconfinement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Dans les 2 semaines qui viennent, aujourd'hui c'est un travail puissant qui est mené autour du Premier ministre par l'ensemble des membres du gouvernement, mais aussi par celles et ceux que nous consultons, qui nous accompagnent et qui vont nous permettre d'élaborer un plan global de sortie du confinement. Mais ça de ne pas dire que le 12 mai chacun fait ce qui lui plaît parce qu'on sait que nous ne sommes pas sortis du risque, il nous faut aujourd'hui mener un combat, un combat pour préparer l'étape du déconfinement et un combat pour préparer et poursuivre la lutte contre le virus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc dans 2 semaines autour du week-end du 1er mai, dans les premiers jours de mai.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui c'est l'objectif que nous avons et je voudrais vous dire aussi qu'il ne s'agira pas à ce moment-là de dire exactement tout ce qui devrait être fait partout, parce que le combat que nous menons, il s'adapte, il s'adapte à la maladie, au virus et ils s'adaptent aussi à la réalité des territoires, il s'adapte aux combats que mènent nos professionnels de santé. Et donc ce sont les grandes lignes, les objectifs, les méthodes que le Premier ministre présentera et il nous appartiendra et en particulier au ministère de l'Intérieur, mais aussi dans les autres ministères de le mettre en oeuvre avec les Français pour les Français pour les protéger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien et d'entrer dans le détail. Je vais revenir sur le déconfinement mais je voudrais parler de confinement, est-ce qu'aujourd'hui les Français anticipent ce déconfinement et donc respectent moins le confinement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, je crois que chacun peut constater que, assurer et assumer le confinement est extrêmement difficile, c'est difficile pour les Français, c'est difficile pour les jeunes, c'est difficile pour ceux qui sont coupés des liens familiaux et donc je voudrais vraiment saluer l'exemplarité du comportement des Français. et il y a vraiment un modèle français auquel nous nous attendions pas forcément, on connaît le caractère un peu réfractaire que les Français peuvent avoir , eh bien non ils ont joué le jeu et ils ont joué le jeu partout que ce soit dans la ruralité, que ce soit en ville, que ce soit dans les quartiers les plus difficiles de France ou dans les quartiers bourgeois et en même temps on sait que c'est difficile et donc il peut apparaître du relâchement à tel ou tel endroit, à tel ou tel moment en fonction de la météo et donc notre rôle au ministère de l'Intérieur, c'est de rappeler le risque et pour protéger les Français nous maintenons un haut niveau de contrôle, 15,5 millions de contrôles ont été faits depuis le début du confinement sur l'ensemble du territoire national et 915 000 procès-verbaux, le chiffre est d'hier soir, ont été dressées non pas pour faire du chiffre mais pour protéger les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien Christophe CASTANER, est-il vrai que dans certaines banlieues populaires, des dizaines de milliers de personnes commencent à avoir du mal à se nourrir, émeutes de la faim possible disent certains maires de ces banlieues populaires, le préfet de Seine-Saint-Denis, d'Ile-de-France, ces préfets vous ont-ils alertés ?

CHRISTOPHE CASTANER
ils nous ont alerté parce qu'il y a des tensions dans ces quartiers, nous le savons, Julien DENORMANDIE en particulier, est particulièrement engagé sur ce combat contre la pauvreté parce que le confinement, il est plus dur à vivre en fonction du niveau social qui est le vôtre, il est plus facile quand vous le vivez dans une maison particulière avec un jardin dans les Alpes de Haute Provence, c'est le cas de ma famille, par rapport à ceux qui n'ont pas forcément de travail n'ont pas forcément accès à l'aide alimentaire. Et donc julien DENORMANDIE a présenté un plan d'action avec des aides, a présenté des moyens d'un combat contre la pauvreté et dans les heures qui viennent, il fera une conférence de presse pour renforcer encore nos moyens d'accompagnement, parce que nous savons que le confinement est aussi un signe de fragilité plus fort encore pour les plus fragiles d'entre nous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. La faim, impossibilité de payer son loyer, plus de travail, pour beaucoup, les mesures d'urgence sont attendues. Il y aura des mesures d'urgence pour ces populations fragiles ?

CHRISTOPHE CASTANER
alors d'abord il y a des mesures d'urgence qui ont été mises en oeuvre et qui ont été annoncées, je vous rappelle sur les minima sociaux toutes les aides qui ont été reconduites sans pour autant faire le dossier, des aides exceptionnelles qui seront versés le 15 mai, mais il a fallu le temps de les mettre en place et donc effectivement un petit décalage, des secours alimentaires qui sont mis en place mais aussi par les collectivités locales mais par l'Etat, des moyens d'accueil assez exceptionnels pour celles et ceux qui étaient dans la rue . Nous sommes au combat aussi contre la pauvreté parce que nous savons qu'elle est peut-être la première victime. Votre question, elle est bien posée parce que je vais prendre un seul exemple, le travail au noir qui est évidemment quelque chose que nous condamnons, quand nous mettons en oeuvre le chômage partiel pour près d'un salarié sur 2 aujourd'hui dans notre pays, nous savons que du coup nous excluons ceux qui travaillent au noir et c'est normal de ne pas les prendre en compte ils ne sont pas censés exister, ils ne cotisent pas, etc. Et pourtant derrière il y a des femmes des hommes qui connaissent cette urgence du quotidien que vous évoquez et donc on y répond. On y répond aussi par des dons et on y répond par de l'aide alimentaire, par des chaque équivalent alimentaires qui sont distribués pour les plus fragiles et nous sommes particulièrement attentifs à cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien Christophe CASTANER, il y a des violences actuellement dans plusieurs banlieues, dans le nord de la France, les hauts-de-France mais aussi en région parisienne et ailleurs, pourquoi, est-ce que c'est dû au confinement ou est-ce que c'est dû à l'arrêt de certains trafics et notamment trafic de stupéfiants ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a sûrement plusieurs raisons, mais la première, c'est d'abord de regarder ce qui se passe, ce sont des tensions qui ne sont pas d'un niveau de gravité exceptionnelle mais qui se multiplient et encore cette nuit, la nuit d'avant j'ai identifié près de 15 faits important avec des guets-apens organisés contre nos forces de sécurité et évidemment je veux les condamner. Et nous le faisons 12 interpellations dans la nuit de mardi à mercredi et je ferai une fois que je vous aurais quitté un point avec mes services ici pour faire un bilan de la nuit. Et donc quelles sont les causes, les causes, elles sont nombreuses mais il a notamment les effets du confinement, la dureté du confinement pour ces jeunes gens parce que la plupart sont jeunes, ce sont des petits groupes qui pensent que ce serait ludique que d'attaquer les forces de brûler des poubelles. Eh bien non ça n'est pas ludique, c'est dangereux. C'est dangereux pour eux-mêmes pour commencer cela, mais je pense aussi à cette galère dans laquelle ils sont, à cette pauvreté que vous venez d'évoquer et qu'ils vivent auprès de leurs proches et qui peut provoquer une colère, mais la bonne réponse à la colère, ça n'est pas de casser, ça n'est pas de brûler la voiture de son voisin qui lui aussi vit dans cette colère-là. Donc un, nous mettons des forces de sécurisation et nous intervenons systématiquement à chaque fois que c'est le cas et nous interpellons et nous continuerons à interpeller. Mais deux, nous devons aussi accompagner ces jeunes, j'ai mobilisé les moyens de prévention et nous le faisons avec les élus, là encore les élus locaux qui jouent un rôle formidable, mais qui dans le cadre du confinement sont privés de la présence d'un médiateur dans les quartiers. Depuis quelques jours nous renforçons ces moyens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il y a un risque d'embrasement, oui ou non parce que j'ai entendu Eric CIOTTI par exemple vous dire, envoyez l'armée dans ces quartiers populaires ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense qu'envoyer l'armée, ce serait justement courir le risque de l'embrasement. L'Armée, son métier, sa formation, son professionnalisme n'est pas celui de gérer l'ordre public. Nous n'avons pas de problèmes capacitaires nos policiers, nos gendarmes avec les escadrons sont présents dans les quartiers et donc aujourd'hui nous ne sommes pas face à des scènes d'émeutes qu'Eric CIOTTI a dû connaître quand il était dans la majorité au pouvoir en 2005, nous ne sommes pas dans ce schéma-là, nous sommes dans des tensions sporadiques qui existent que je ne veux pas nier, qui ne sont pas acceptables où on utilise des mortiers d'artifice pour viser les forces de sécurité et donc notre responsabilité est d'y mettre un terme. Il faut remettre les choses à leur place, alors je sens bien que certains voudraient en faire un fait politique, voudrait alimenter cela et de toute façon soit nous sommes présents dans les quartiers et on nous dit, vous êtes trop présent selon où on se place sur le bord de l'échiquier, vous provoquez, soit certains considèrent que nous ne sommes pas assez présents. La réalité c'est que nous sommes présents, nous faisons des contrôles y compris du confinement. Je vais vous prendre 2 exemples. En Seine-Saint-Denis, ce sont 220000 contrôles que nous avons réalisés depuis le début du confinement, c'est un peu plus du double de la moyenne nationale ou un autre exemple à Marseille chaque soir, c'est 300 procès-verbaux pour infractions au confinement qui sont dressées, les 2 tiers, ce sont dans les quartiers, donc nous sommes présents et quelquefois ça provoque des tensions. Mais si on me dit, il ne faut plus être présent, il faut laisser faire et laisser-aller et laisser faire n'importe quoi, ça n'est pas ma conviction. Ma conviction est que l'ordre républicain doit être présent partout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien Christophe CASTANER, parlons de déconfinement, donc progressifs, c'est ce que disait le Premier ministre dimanche dernier, progressifs je retiens évidemment ce mot, est-ce que certaines régions moins touchées par l'épidémie seront déconfinées en priorité comme cela se fait dans certains pays ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, je dirais progressivité et prudence parce qu'en réalité les décisions que nous prenons, nous les prenons avec une vision, une vision sanitaire, médicale qui est donnée par des scientifiques qui peut bouger d'une semaine à l'autre. Alors certaines régions aujourd'hui effectivement vont mieux que d'autres par rapport au nombre de personnes qui rentrent dans les hôpitaux et qu'ils sont atteints par le Covid, donc il faut prendre en compte cette réalité-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle sera prise en compte, Christophe CASTANER, cette réalité ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais bien sûr nous devons, mais au fond Jean-Jacques BOURDIN, c'est ce que nous faisons déjà quand aujourd'hui nous mettons en place le confinement, c'est pour éviter notamment la saturation des hôpitaux et des services de réanimation et nous avons fait quelque chose d'exceptionnel dont notre service médical peut être fier, c'est organiser les transferts massifs de patients d'une réanimation d'un coeur de cluster dans le grand Est à Paris vers d'autres régions qui étaient moins frappées et c'était tout l'enjeu du plan de confinement que nous avons mis en place. Donc déjà l'approche régionale, elle est prise en compte et nous continuerons à la prendre en compte, mais attention de toute façon le déconfinement, ce ne sera pas la liberté d'aller partout tout le temps et de faire importe, les Français sont un peu d'ailleurs dans ce paradoxe-là, de cette double envie, un : De liberté et je les comprends surtout après 6 semaines de confinement et en même temps de protection. Mais nous répondrons à cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de déconfinement partout en même temps, on est bien d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
Une des propositions sur laquelle travaille le gouvernement, c'est d'adapter les mesures de confinement à la réalité, la réalité d'une école, la réalité d'un quartier, la réalité d'une commune, d'un département, d'une région et donc c'est ainsi que nous devrons inviter les Français à changer leur comportement parce que de toute façon après le confinement nous ne vivrons pas comme nous aurons vécu avant, le virus est là et il n'est pas vaincu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement vous le dites, nous ne vivrons pas comme nous avons vécu, ça veut dire que les déplacements entre régions seront limités compte tenu de ce déconfinement régional pendant un certain temps, on est bien d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, ça n'est pas ce que je vous ai dit et vous l'avez bien compris, je ne vous pas fait cette annonce-là parce qu'il n'y a pas d'annonce pour l'instant, le gouvernement l'a rappelé, ça fait partie des hypothèses de travail sur lesquelles nous sommes, mais vous savez ce matin à votre antenne j'entendais David LISNARD, j'entendais Renaud MUSELIER, le président de la région sud et eux-mêmes disaient, oui alors la région, ça va bien ,ça va un peu mieux mais il y a d'autres régions qui vont encore mieux donc de toute façon il ne faut pas chercher à opposer tel ou tel territoire, ce que je ne veux pas, c'est qu'on interdise, il y a eu des maires qui ont pris cette initiative d'interdire l'accès aux habitants qui ne seraient pas de la commune, de leur commune et qu'est-ce qu'on fait quand les pompiers devront intervenir, on leur dit, attention ne rentrez pas, vous n'êtes pas de la commune , qu'est-ce qu'on fait quand les patients de cette commune auront besoin d'être hospitalisé dans la commune voisine, à Nîmes par exemple, on dit non vous ne pouvez pas parce que vous n'êtes pas de Nîmes, non notre responsabilité est de faire en sorte que la protection des Français soit garantie sur l'ensemble du territoire national. Mais nous devons prendre en compte la réalité de l'évolution du virus sur notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que nous nous déplacerons aussi facilement après le 11 mai qu'avant le 16 mars, franchement ?

CHRISTOPHE CASTANER
De tout façon au-delà même des obligations qui seront décidées ou pas par le gouvernement et présentées par le Premier ministre, nous ne nous déplacerons plus comme nous le faisions avant, notamment parce qu'on sait bien que si on vient d'un territoire où le virus est très actif et qu'on va voir des gens qu'on aime sur un territoire où il n'y a pas le virus, on leur fait prendre un risque, donc de toute façon moi j'en appelle à l'intelligence des Français à changer leurs propres comportements, mais je suis sûr que c'est ce que nous ferons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien est-ce qu'il y aura encore une attestation de déplacement obligatoire à partir du 11 mai ?

CHRISTOPHE CASTANER
Les choses ne sont pas arrêtées au moment présent, c'est toute la difficulté d'avoir accepté votre invitation, mais vous savez comme moi que je ne peux pas vous présenter un plan qui n'est pas arrêté aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne vous parle pas de plan…

CHRISTOPHE CASTANER
Si c'est le plan de déconfinement, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'attestation de déplacement obligatoire, elle a été prise dans le cadre d'un confinement et non pas d'un déconfinement, on est bien d'accord, Christophe CASTANER ? Donc après le 11 mai nous serons en période progressive de déconfinement, donc nous n'aurons plus cette attestation ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, nous verrons comment nous mettrons en oeuvre les décisions qui seront prises pour le déconfinement ça, d'ailleurs c'est la responsabilité du ministère dont j'ai la charge. Vous savez au fond nous sommes un ministère d'action et pas un ministère sur ces sujets de décisions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'avez-vous proposé hier au Premier ministre justement dans ce cadre ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord j'ai fait des propositions au Premier ministre sur les sujets qui nous concernent et pas seulement depuis quelques jours notamment sur la gestion des frontières par exemple de façon infra européenne ou au niveau européen. J'ai fait des propositions aussi sur la mise en oeuvre des différents scénaries qu'il arrêtera, sur la question par exemple de l'organisation des tests de l'isolement, sur l'accompagnement que nous devrons aux personnes que nous aurons testées, isolées et que nous accompagnons. J'ai fait des propositions aussi et je réponds à votre question sur la régionalisation des politiques, j'ai demandé à tous les préfets de région de me faire monter une note que j'ai passé au président de la République et au Premier ministre et à l'équipe de Jean CASTEX pour au fond voire ces femmes et ces hommes qui ont une vraie culture régionale, qui travaillent au quotidien avec les élus, quelle était leur appropriation de la situation. Et on est toujours dans ce paradoxe qui est à la fois la volonté d'une intelligence territoriale au plus près du terrain et en même temps une responsabilité nationale et des règles qui doivent être claires et applicables pour tous. Donc nous nous faisons des propositions notamment sur la gestion frontalière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors la gestion frontalière, alors quelles propositions faites faites-vous sur la gestion frontalière justement, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord au moment où nous sommes, je considère et c'est la volonté du président de la République que nous ne devons pas rouvrir à moyen terme l'espace Schengen au niveau de l'ensemble de l'Europe et nous devrons ensuite construire toutes nos gestions frontalières en fonction de la réalité épidémique du pays voisins. Et donc nous devons garder un niveau de contrôle entre la France, l'Allemagne, la Belgique, l'Italie l'Espagne et nos pays voisins mais nous devons aussi prendre en compte la réalité de celles et ceux qui vivent dans un pays et qui travaillent dans l'autre, c'est significatif ce sont près de 370000 personnes par exemple dans le grand Est qui travaillent dans un pays vivent dans l'autre donc nous devons prendre cela en compte et faciliter aussi ces mouvements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que je pourrais me rendre à l'étranger si je ne suis pas travailleur frontalier dans quelques semaines, après le 11 mai non, avant l'été ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord il y aura des déplacements infra européens, ils seront organisés, les choses ne sont pas arrêtées au moment où je vous parle, il y aura certainement beaucoup plus de difficultés à sortir de l'espace Schengen avant l'été j'en suis convaincu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc avant l'été IL sera bien difficile de quitter l'espace Schengen, l'espace européen et dans les pays et entre pays. C'est-ce qu'avant l'été je pourrais aller en Italie ou en Espagne librement ?

CHRISTOPHE CASTANER
il est trop tôt pour que je réponde à cette question parce que je ne sais pas comment les choses évolueront en Espagne, comment elles évolueront en Italie et comment elles évolueront en France, donc nous prendrons des décisions, nous en discuterons dans le cadre européen et ensuite pays par pays, voire même comme c'est le cas avec l'Allemagne nous discutons aussi avec les landers c'est-à-dire l'équivalent des régions et donc c'est Länder par Lander avec le pays et mon homologue ministre de l'Intérieur. Mais il y aura de toute façon des restrictions, il y aura des contraintes, nous ne vivrons pas d'ici cet été comme nous aurons vécu avant le mois de mars.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, Bruno LE MAIRE souhaite que tous les commerces puissent rouvrir en France le 11 mai à l'exception des restaurants, des bars et des hôtels, évidemment on est bien d'accord les restaurants, les bars, les hôtels, aucune date n'est fixée, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non aucune date n'est fixée, Bruno LE MAIRE a organisé 3 réunions déjà avec les représentants de cette profession, il est important que nous puissions les rouvrir le plus vite possible, comme tous les commerces mais en même temps nous savons aussi que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant l'été ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais si nous sommes en mesure de le faire évidemment, nous le ferons d'abord parce que c'est un secteur économique majeur, mais c'est un secteur de vies humaines, de partage, de sociabilité qui est important, c'est dans nos objectifs mais en réalité il ne s'agit pas de décider quelque chose qui négligerait la réalité épidémique dans laquelle nous sommes. Et donc il ne sert à rien de vouloir donner des échéances comme celles-ci ; nous avancerons nous ferons un point avec tous les acteurs. J'étais, il y a 2 jours avec le président de la République et l'ensemble des représentants des cultes, nous avons parlé du sujet de refaire des offices religieux ou pas et donc on s'est dit ce ne sera pas immédiatement après le confinement, prenons quelques semaines et nous déciderons ensemble avec les scientifiques et les professionnels de santé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le ramadan justement qui débute demain, Ramadan confiné, les rassemblements seront interdire à après le 11 mai, on est d'accord le soir après la nuit tombée ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord le rassemblement et l'interdiction des rassemblements, c'est jusqu'à la fin du confinement donc jusqu'au 11 mai et vous l'avez dit le ramadan débute cette nuit et je sais l'effort que nous demandons aux musulmans de notre pays dans la pratique religieuse. Il n'y aura pas d'office, les mosquées resteront fermées et je sais pouvoir faire confiance les responsables du culte musulman qui depuis le début sont totalement mobilisés pour appliquer et faire appliquer toutes les règles que nous avons édictées au niveau national. Mais je sais aussi la dimension psychologique de ce que nous imposons parce que l'usage, l'habitude, un moment de fraternité veut qu'au moment de la rupture du jeûne le soir on se retrouve en famille avec des amis et qu'on partage la rupture du jeun. Ce soir il va falloir demain soir quand ce sera la première rupture du jeûne il va falloir prier pour ceux qui sont musulmans mais prier en famille dans l'appartement avec celles et ceux avec qui nous partageons le confinement. Et donc nous veillerons aussi à ce qu'il n'y ait pas de rassemblement sauvage, qu'il n'y ait pas de moments qui font prendrait un risque aux musulmans qui au nom de cette habitude et parce qu'il n'y a pas de consigne religieuses, les autorités religieuses sont claires, au nom de cette habitude se rassembleraient et se mettraient en risque pour leur santé. Je veux aussi les protéger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que policiers et gendarmes recevront des primes pour leur engagement et la qualité du travail effectué pendant cette période de confinement ?

CHRISTOPHE CASTANER
L'ensemble des fonctionnaires et d'ailleurs nous le souhaitons aussi des salariés du privé qui ont été engagés, on doit reconnaître leur engagement. Il y a évidemment les professionnels du système de soins dont chacun salue et a pu constater l'engagement total, il y a aussi les policiers les gendarmes, les pompiers, les fonctionnaires des préfectures aussi pour le ministère de la terre qui ont fait un travail formidable. Et a été mis en place une possibilité de prime qui peut aller jusqu'à 1000 euros par mois pour ceux qui ont été les plus engagés, nous sommes en train de voir comment elle se mettra en oeuvre dans le ministère, je réunirai l'ensemble des organisations syndicales du ministère de la semaine prochaine et nous déterminerons cela avec eux. Mais ce que je sais, c'est que de toute façon l'engagement exceptionnel des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, des forces de sécurité intérieure ne s'est pas fait en fonction de la perspective d'une prime et qu'il se maintiendra non pas du fait d'une prime mais parce qu'ils ont le sens du service public.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que l'application, je voudrais parler traçage, est-ce que l'application sur Smartphone permettant de savoir si j'ai été en contact ou pas avec une personne contaminée sera prête le 11 mai ?

CHRISTOPHE CASTANER
Écoute elle sera prêt mais il faudra voir d'abord si politiquement elle est prête, si politiquement nous décidons de la mettre en oeuvre et si nous considérons qu'elle a un vrai effet sanitaire dans cette logique de tests.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez la mettre en oeuvre ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi je ne veux rien m'interdire par principe, mais je veux aussi préserver les libertés individuelles, donc il y aura un débat à l'Assemblée, au Sénat. Il y aura même un vote sur ce sujet-là, il y aura l'affirmation du caractère non obligatoire de cette application et puis il faudra faire la démonstration auprès des Français que cet outil les protège. Vous savez, je suis convaincu que si les Français notent et sont persuadés qu'on est sur un système collectif, cohérent et qui leur donne la perspective de sortir du combat contre le Covid et de retrouver plus de liberté, ils joueront le jeu de façon volontaire sans pour autant que ce soit obligatoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le second tour des municipales aura lieu après l'été ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, on a là aussi un rendez-vous prévu sur la base d'un diagnostic sanitaire le 23 mai, nous viendrons devant le Parlement, on mettra tout sur la table et nous déciderons avec les représentants des groupes politiques mais aussi des partis politiques, nous déciderons si l'élection peut le second tour peut se tenir en juin pour à peu près 5000 communes. Je rappelle que 30 000 communes ont déjà élu les équipes municipales qui se mettront en place dans les semaines, je le souhaite, qui viennent et à ce moment-là nous déciderons encore avec la recherche du consensus et la volonté d'aller tous ensemble dans l'unité à cette élection, même s'il y aura un temps de vote qui peut nous séparer, mais c'est une décision que nous prendrons ensemble et le Premier ministre est très attaché à ce que le débat ait lieu avec les groupes politiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question sur le sport professionnel, est-ce qu'il serait raisonnable de mobiliser des milliers de CRS en période de déconfinement pour assurer la sécurité autour des stades avant pendant et après les matchs ?

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai l'impression que la façon dont vous posez la question va me conduire à vous dire que non ce ne serait pas raisonnable de mobiliser des milliers de CRS pour cela. Mais là encore il y a eu une défaillance de mobilisation des supporters sur un match à Paris juste avant le confinement qui était à huis clos, mais je suis convaincu que si l'ensemble des acteurs du sport prenait cette décision sur la base de la discussion sanitaire évidemment que nous devons prendre, les supporters joueront le jeu. Moi je ne crois pas que les supporters et vous les connaissez Jean-Jacques BOURDIN mieux que moi encore, je ne crois pas qu'ils soient imbéciles et qu'ils veulent se mettre en risque. Moi je suis vraiment partisan de faire confiance aux gens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien Christophe CASTANER merci d'avoir joué le jeu, alors j'ai une dernière question sur les masques, est-ce que s'il y a déconfinement régionales dans certaines régions, on sera obligé de porter des masques et dans d'autres non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça n'est pas le schéma sur lequel nous travaillons aujourd'hui et je mets une part de doute dans la réponse que je vous fais parce que rien n'est arrêté ? Mais ce qui est sûr c'est que le masque n'est pas la réponse unique dans le combat que nous devons mener contre le virus. Donc il faut garder les gestes barrières, il faut garder la distanciation sociale mais je n'aime pas le mot plutôt physique que nous devons avoir dans notre comportement et puis il nous faudra aussi apporter des réponses massives en matière de tests, d'isolement et d'accompagnement de ceux qui sont frappés par le Covid pour éviter la propagation du virus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Masques obligatoires dans tous les transports en commun, dans tous les cas ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est une hypothèse sérieuse sur laquelle nous travaillons parce qu'il y a des moments de promiscuité sur lequel le risque augmente et le masque est un outil de la protection.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Christophe CASTANER d'être venu nous voir ce matin.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 avril 2020