Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 17 mars 2020, sur les débuts du confinement de la population face au coronavirus et l'application des mesures barrière.

Texte intégral

MARC FAUVELLE  
Bonjour Sibeth NDIAYE. 

SIBETH NDIAYE 
 Bonjour. 

MARC FAUVELLE  
Porte-parole du Gouvernement au téléphone, comme l'ensemble de nos invités depuis que cette crise du coronavirus existe. Qu'est-ce qui change à midi dans toute la France ?  

SIBETH NDIAYE  
En fait ce qui change, c'est que nous demandons à l'ensemble de nos compatriotes de rester chez eux. La formule est simple, elle peut paraître simpliste mais c'est notre objectif aujourd'hui que de faire en sorte que le moins de contacts entre les individus possible aient lieu.

 MARC FAUVELLE  
Ça s'appelle un confinement, même s'il y a des exceptions, et on va en parler avec vous. Pourquoi Emmanuel MACRON n'a pas prononcé le mot hier soir lors de son intervention ? Il a eu peur de faire paniquer certains Français ?  

SIBETH NDIAYE  
Non. Je crois que là, on a des arguties sémantiques qui n'ont pas beaucoup d'intérêt. Quand on écoute les différentes mesures qui ont été énoncées par le président de la République, l'objectif reste clair. Il faut que les gens restent chez eux pour éviter d'avoir des contacts et transmettre le coronavirus.  

MARC FAUVELLE  

Alors seuls certains déplacements restent autorisés. Les courses évidemment pour se ravitailler. Le travail pour ceux qui ne peuvent pas le faire à domicile. L'assistance évidemment à une personne fragile. Combien de fois on pourra sortir de chez soi chaque jour ? 

 SIBETH NDIAYE  
C'est à chacun de mesurer les choses et d'être raisonnable. En dehors de votre cellule familiale, on souhaite réduire vos contacts sociaux à environ cinq personnes par jour. Parce qu'aujourd'hui, en temps normal vous avez une cinquantaine de contacts sociaux en dehors de votre cellule familiale, et c'est ce que nous cherchons à réduire. Et donc nous faisons appel à la fois au bon sens mais au civisme de tous les Français. Quand vous sortez, vous essayez de regrouper vos activités de manière à faire vos courses chez le boucher, le fromager, au supermarché en une seule fois pour ne pas vous égailler inutilement dans les rues. 

MARC FAUVELLE  
Un contact, c'est quelqu'un à qui on parle ? Quelqu'un qu'on croise simplement ? Parce que cinq personnes, dans la queue du supermarché on les a déjà. 

SIBETH NDIAYE  
Exactement. Et c'est pour ça qu'une fois que vous avez été au supermarché en respectant les distances de sécurité, c'est-à-dire un mètre dans une queue, et je crois qu'il est vraiment très important d'avoir ces distances et ces mesures sanitaires en tête en fait, vous pouvez rentrer chez vous et passer à une autre activité à la maison. 

MARC FAUVELLE  
Emmanuel MACRON a dit aussi hier soir qu'on pourra continuer à sortir pour avoir une activité physique à condition de le faire tout seul. Est-ce que ça ne va pas un tout petit peu compliquer le travail des policiers et des gendarmes ? 

SIBETH NDIAYE  
Eh bien écoutez, (coupure de son) d'auto-déclaration puisse interpeller et qu'on ait du mal à le comprendre. D'abord le fait de savoir qu'il faut une démarche spécifique, disposer d'un papier sur soi pour justifier sa sortie, c'est une manière de faire prendre conscience aux gens que l'acte de sortie aujourd'hui est un acte qui n'est pas anodin. Ça, c'est la première chose. Ensuite la deuxième chose, on peut parfaitement avoir une activité physique, emmener – alors quand on dit sortir seul, il faut comprendre y compris avec sa cellule familiale – donc vous pouvez emmener les enfants se dégourdir les jambes autour de la maison.  

MARC FAUVELLE  
Mais on ne va pas au parc avec d'autres enfants par exemple, au parc pour enfants. 

SIBETH NDIAYE 
Exactement. C'est ce que nous voulons éviter. C'était ce qui était relativement choquant le week-end dernier quand on voyait des familles en rejoindre d'autres à cause du beau temps sur quasiment la totalité de notre pays, et donc c'est ce que nous devons absolument éviter. On peut sortir, on peut faire respirer l'air du dehors aux enfants mais on ne les fait pas se rencontrer avec les enfants des voisins, les enfants de l'école parce que c'est justement ce type de contact qu'on essaye d'éviter.  

MARC FAUVELLE 
Il y aura des PV dès aujourd'hui, Sibeth NDIAYE ?  

SIBETH NDIAYE  
Alors non. Aujourd'hui les choses vont se mettre en place progressivement. On comprend qu'il puisse y avoir besoin d'une très courte période d'adaptation. On a déjà donné un délai jusqu'à midi aujourd'hui pour que les gens puissent s'organiser, mais très rapidement ces amendes seront mises en place. Elles seront d'abord d'un montant de 38 euros et nous ferons en sorte qu'elles montent rapidement à 155 euros.   

MARC FAUVELLE 
Alors elles monteront en cas de récidive ou elles monteront pour tout le monde dans les jours qui viennent ? 

SIBETH NDIAYE 
Elles monteront pour tout le monde dans les jours qui viennent. L'idée est qu'il puisse y avoir vraiment un effet dissuasif à travers les amendes qui seront mises mais, vous savez, les forces de l'ordre - j'entendais David LE BARS discuter à votre antenne tout à l'heure… 

MARC FAUVELLE 
Le patron du syndicat des commissaires de police, oui. 

SIBETH NDIAYE 
Exactement. Elles ont aussi vocation à faire de la pédagogie. Leur présence a un effet dissuasif. Le fait de savoir qu'il y a des contrôles, c'est un peu comme quand on sait qu'il y a des contrôles routiers : on lève le pied de la pédale d'accélération et donc c'est un peu le même état d'esprit aujourd'hui. Elles assurent une présence, elles font de la pédagogie, elles sanctionnent aussi si c'est nécessaire mais ça n'est pas l'objectif que nous recherchons comme a dit le ministre de l'Intérieur hier. 

 MARC FAUVELLE 
Alors si vous avez bien écouté Franceinfo, Sibeth NDIAYE, avec David LE BARS, vous l'avez aussi entendu dire « on n'a pas assez de masques aujourd'hui pour contrôler. » 

SIBETH NDIAYE 
Notre objectif aujourd'hui, c'est que les personnels prioritaires que sont les soignants disposent de masques dans la quantité suffisante, donc c'est en priorité vers eux que nous faisons en sorte de mettre à disposition des masques. Nous verrons dans un second temps pour ce qui est des forces de l'ordre. Je comprends complètement leur inquiétude. Il faut évidemment l'entendre et nous ferons le maximum pour que ceux qui doivent l'être soient équipés, mais la priorité aujourd'hui c'est « protégeons nos soignants » parce que c'est eux qui font en sorte que des vies soient sauvées aujourd'hui.   

MARC FAUVELLE 
Le gouvernement, Sibeth NDIAYE, a publié ce week-end une première liste des commerces qui sont autorisés à rester ouverts. Est-ce que cette liste va évoluer ?  

SIBETH NDIAYE 
Non. Aujourd'hui cette liste est définitive. Nous nous sommes basés sur l'expérience de nos voisins en Allemagne… Pardon, en Italie notamment et en Espagne. L'objectif est d'avoir quelque chose qui ne bouge pas parce que nous savons aussi que le fait d'avoir des directives qui évoluent dans le temps, c'est compliqué à comprendre pour les Français. La liste publiée hier est définitive.   

MARC FAUVELLE 
Est-ce que les chantiers ont le droit de continuer à travailler ? Pour tout vous dire, moi j'en ai vu hier.   

SIBETH NDIAYE 
Alors dès alors qu'on a des distances de sécurité et que les mesures sanitaires qui ont été édictées par les autorités sont respectées, oui c'est possible mais il faut vraiment que l'employeur soit en capacité d'offrir un point pour se laver les mains, du gel hydroalcoolique et puisse permettre de respecter dans l'activité professionnelle les distances de sécurité.   

MARC FAUVELLE 
Toutes ces règles, il va falloir les adopter en urgence à l'Assemblée nationale alors qu'une vingtaine de députés sont touchés, on l'a appris hier soir, par le coronavirus. Est-ce que ça pose un problème et comment vont se réunir les députés ? Est-ce qu'on peut envisager un vote à distance ?  

SIBETH NDIAYE 
Alors le président de l'Assemblée nationale a vocation à réunir rapidement évidemment par téléphone les présidents des différents groupes, de manière à examiner dans quelles conditions le vote va pouvoir se dérouler. On peut imaginer des tas de dispositifs : le fait de réduire le nombre de personnes qui sont présentes dans l'hémicycle tout en faisant en sorte qu'il y ait une représentativité proportionnelle de l'ensemble des forces politiques qui existent à l'Assemblée nationale. Ça n'est pas à l'exécutif de le déterminer mais bien à l'Assemblée nationale et au Sénat. 

MARC FAUVELLE 
Il n'y a pas de télétravail possible pour les parlementaires ?  

SIBETH NDIAYE  
Je ne suis pas du tout une spécialiste de la réglementation des parlementaires. 

MARC FAUVELLE 
Moi non plus. C'est pour ça que je vous pose la question. 

SIBETH NDIAYE 
Et de toute façon, ça n'est pas à l'exécutif de déterminer les conditions de rassemblement des assemblées. C'est bien aux assemblées elles-mêmes qui sont souveraines en la matière.  

MARC FAUVELLE 
Merci beaucoup Sibeth NDIAYE. J'espère qu'on a répondu à quelques-unes des questions que se posent sans doute les Français. Sachez que Franceinfo vous ouvre son antenne aujourd'hui. « La vie confinée, mode d'emploi », vos témoignages, vos solutions, vos questions aussi peut-être et puis vos conseils aux autres Français. Antenne ouverte à partir de 9 heures et jusqu'à 9 heures 30.   


source : Service d'information du Gouvernement, le 18 mars 2020