Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 20 mars 2020, sur la durée du confinement de la population en raison du coronavirus, les stocks de masques de protection et le chômage partiel.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Sibeth NDIAYE bonjour. 

SIBETH NDIAYE  
Bonjour. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Merci d'être avec nous, vous êtes en direct de votre bureau, trop de Français prennent à la légère les consignes de confinement, c'est le président de la République qui l'a rappelé hier qui l'a précisé ; alors j'ai plusieurs questions puisque l'on parle de confinement. D'abord, est-ce que le gouvernement va décider de prolonger ce confinement ? 

SIBETH NDIAYE  
Alors dès le départ, quand le président de la République est intervenu la semaine dernière il a indiqué que les mesures que nous prenions c'était des mesures qu'il fallait entendre "jusqu'à nouvel ordre" et donc quand il a indiqué que nous serions, que nous rentrions pardon en confinement il a dit "12 jours au moins". Nous savons que cette période de 12 jours est une période minimale pour commencer à freiner la propagation du virus mais nous sommes aussi très conscients et je crois que nous devons le partager avec nos concitoyens que cette période pourra être prolongée le cas échéant. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bien prolongation du confinement probable. 

SIBETH NDIAYE  
Je pense que c'est effectivement assez probable que nous soyons obligés de prolonger le confinement, c'est quelque chose d'assez simple, à l'antenne c'était très bien expliqué au préalable. On a une période d'incubation du virus qui est de 14 jours au maximum et nous savons que c'est à partir de là quand on regarde ce qui s'est passé dans d'autres pays qu'on a commencé à ralentir le nombre de nouveaux cas et donc il faut vraiment cache casser cette chaîne de transmission et c'est la raison pour laquelle, on devra sans doute examiner une prolongation du confinement.

 JEAN-JACQUES BOURDIN
 Alors la prolongation du confinement, la décision sera annoncée, elle est probable, vous venez de nous le dire sur une durée semblable à celle que nous connaissons, 12 jours et elle pourrait être encore prolongée s'il le faut. 

SIBETH NDIAYE  
Alors, je ne peux pas vous le dire. Je ne peux pas encore vous le dire. Ce qui est certain c'est que tant que le virus circulera, nous prendrons les mesures qui s'imposeront pour ralentir sa propagation donc à partir de là, plus chacun individuellement prend conscience de la nécessité de respecter ce confinement et moins nous aurons besoin ou de le durcir ou de le rallonger. Donc c'est au fond un appel que je fais aujourd'hui à la responsabilité individuelle parce que à chaque fois qu'on réduit le nombre d'interactions qu'on a avec d'autres personnes, à chaque fois ce sont des jours de gagnés pour le confinement. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Donc prolongation du confinement probable, décision peut-être dans les heures qui viennent. Le durcissement des règles, est-ce que vous avez prévu de durcir les règles ? 

SIBETH NDIAYE  
Je crois que dans un premier temps c'est important qu'il y ait cette prise de conscience chez nos compatriotes, je reconnais que la situation dans laquelle on est, et tout le monde en conviendra, est totalement inédite donc il faut y compris mentalement un temps d'habituation. Je pense que le déclic s'est fait chez une grande majorité de concitoyens mais on voit aussi qu'il y a encore des comportements qui sont assez irresponsables, les gens qui vont à la plage, les gens qui vont dans les parcs etc., etc. Donc on sent qu'il faut au moins durcir l'application de sanctions puisque on a été dans un premier temps …

 JEAN-JACQUES BOURDIN 
Donc les sanctions vont être durcies, je vous interromps, les sanctions vont être durcies ? 

SIBETH NDIAYE  
Non, je disais, l'application des sanctions parce que dans un premier temps, les amendes s'élevaient à 38 euros, on était plutôt dans de la pédagogie. Là, maintenant les amendes, elles sont d'un montant de 135 euros et on est dans leur application si j'ose dire stricte pour que les gens qui sortent et qui n'ont pas de raison valable de sortir qui n'ont pas leur attestation sur eux qui, exagèrent par rapport aux mesures de restriction de circulation qu'on a imposées puissent être sanctionnées et au fond prennent avec la peur du gendarme, je mets des guillemets à ça, conscience de la nécessité de respecter ces règles de confinement, donc voilà où on en est aujourd'hui. Vraiment je le dis à chacun : plus vous respectez les règles de confinement, moins on y restera longtemps parce que c'est comme ça qu'on casse cette fameuse chaîne de contamination. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
135 euros, on sait que les amendes sont plus importantes par exemple en Espagne ou ailleurs. Est-ce que on pourrait augmenter le montant de l'amende ? 

SIBETH NDIAYE 
 Bah écoutez, je pense que tout doit être mis sur la table, donc il ne faut pas y avoir de tabou vis-à-vis de ça. Néanmoins je pense que 135 euros, c'est déjà un montant qui est dissuasif quand on a juste voulu sortir pour, je ne sais pas, aller flâner au vent avec des copains sur un quai ou sur une plage ; il me semble que c'est déjà cher payé mais après il faut voir l'évolution du comportement des uns et des autres. 

JEAN-JACQUES BOURDIN
 Combien de contrôles et de verbalisations jusque-là. 

SIBETH NDIAYE  
Alors je n'ai pas le chiffre exact, je sais qu'il s'élève à plusieurs milliers d'ores et déjà, je pense que c'est important d'avoir cette présence policière, cette présence de gendarmes dans les rues, dans les centres villes mais aussi sur les routes de France parce que ça permet aussi d'expliquer aux gens de faire de la pédagogie ; vous savez, on ne force pas les gens à rester chez eux sans avoir un minimum de discussions avec eux, d'explication de la raison pour laquelle chaque modification de comportement individuel est importante pour le bien être collectif. Donc on a des forces de l'ordre qui sont très mobilisées, qui travaillent parfois dans des conditions difficiles et qui ont ce travail-là aussi de pédagogie à travers une présence qui est dissuasive. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
J'ai envie de vous poser une question que me posent de très nombreux auditeurs ou auditrices Sibeth NDIAYE, où ira l'argent des amendes ? 

SIBETH NDIAYE  
Alors, comme toutes les amendes, en fait l'argent des amendes va dans le budget de l'Etat. 

JEAN-JACQUES BOURDIN
 Le budget de l'Etat bien. Prolifération de joggers on l'a vu, on ne peut pas faire son jogging à plusieurs, on est bien d'accord ? Les plages sont fermées en France, est-ce que tous les parcs les bois, par exemple je pense à Vincennes, Neuilly ou à d'autres grands bois, à Lyon ou ailleurs est-ce que tout va être fermé ?

 SIBETH NDIAYE  
Écoutez c'est une décision qui revient aux maires avec les préfets. L'important est de regarder le comportement au final au niveau local des gens. Si on a fermé les plages en Bretagne, sur tout l'arc méditerranéen sur la façade atlantique, c'est bien parce qu'on s'est rendu compte qu'il y avait une difficulté à respecter les règles de confinement. Donc il faut regarder et on adapte les mesures qu'on prend aussi au comportement des gens qui eux-mêmes s'adaptent aux mesures qu'on prend et donc ça peut être un cercle vertueux comme ça peut être un cercle de durcissement parce que moins les gens utilisent, enfin répondent aux règles de restriction de sortie et plus malheureusement on est obligé de durcir les règles.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Alors par exemple est-ce que certains marchés pourraient être fermés, Sibeth NDIAYE ?

 SIBETH NDIAYE  
Nous, ce qu'on a demandé par la voix de Christophe CASTANER, le ministre de l'Intérieur, aux maires, c'était de faire en sorte de n'avoir plus que des marchés alimentaires parce que sur les marchés, vous avez aussi ce qu'on appelle du stand forain, de la vente de vêtements de la vente de matériel ménager, enfin de la vente de tas d'autres choses qui sont pas alimentaires. On pense que c'est important que les gens puissent continuer à s'alimenter, si on réduit le nombre de stands parce qu'on enlève les stands non alimentaires, on peut espacer les distances et là, on peut avoir des conditions de distanciation sociale qui sont meilleures. On a d'ailleurs vu sur vos antennes en particulier des images dans des marchés ouverts italiens où ça pouvait bien se passer. Donc c'est une question de discipline collective et j'espère que les maires auront entendu notre appel à réserver les espaces sur les marchés que à de l'alimentaire.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Oui, je vois que le principal syndicat des internes en médecine demande un confinement total et absolu de l'ensemble de la population c'est-à-dire qu'on ne se déplace plus, on ne bouge absolument plus. C'est peut-être une mesure extrême qui sera prise, nous verrons dans les semaines qui viennent mais vous parliez des plages mais dans certains quartiers aussi, je dis les la vérité, dans certains quartiers, la population ne respecte pas les règles de confinement, vous le savez bien Sibeth NDIAYE.  

SIBETH NDIAYE  
Alors évidemment c'est vrai que dans certains quartiers, il n'y a pas de respect aussi fort … 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Dans les banlieues par exemple c'est plus difficile.  

SIBETH NDIAYE 
 Alors justement attention, je ne veux pas qu'on commence à dire que c'est parce que ce sont des banlieues avec des populations de telle ou telle origine que les gens ne respectent pas les règles. 

JEAN-JACQUES BOURDIN
 Non, c'est parce les appartements aussi sont plus petits et qu'il y a plus de monde dans les appartements ?

 SIBETH NDIAYE  
Oui mais je vois bien le relent qui va qui va très, très vite arriver ; j'entends les dérapages de certains. Je vois bien à quoi ça peut vite mener et donc moi, je préfère mettre le holà tout de suite ; il n'y a pas de moindre respect dans certains endroits que dans certains autres en fonction de la catégorie sociale ou de l'origine, j'allais dire, des pays d'origine de nos compatriotes. Donc on voit bien y compris que on peut avoir dans le centre de Paris, c'était le cas le week-end dernier alors qu'on venait de commencer à expliquer qu'il fallait des restrictions de sortie que les gens étaient sur les quais parisiens dans le parc Montsouris effectivement. Et on peut aussi le voir dans des quartiers en banlieue et donc partout, on a la même attitude, on explique pourquoi est-ce qu'il ne faut pas sortir. On sait que c'est difficile : moi j'ai 3 enfants à la maison et je vous prie de me croire que c'est mon mari qui, lui, fait le confinement puisque moi je suis obligée de venir travailler et ce n'est pas facile et pourtant c'est un appartement qui est plutôt confortable. Donc je vois bien la difficulté que ça représente pour les parents, pour les grands frères et soeurs quand on a des adolescents qui ont plutôt envie de sortir de la maison mais c'est pour le bien-être collectif encore une fois et la santé de tous. 

 JEAN-JACQUES BOURDIN 
La pénurie des masques Sibeth NDIAYE entendez-vous la grande colère des enseignants, des policiers, des salariés des grandes surfaces des éboueurs, rien que pour le personnel soignant, il faudrait des masques dans les hôpitaux publics et privés, les médecins libéraux les infirmières, infirmières libérales, les aides à domicile, les ambulanciers, les kinés etc. etc., où sont ces masques ? 

SIBETH NDIAYE  
Alors il faut reprendre depuis le début : nous avions un stock d'état de masques d'un milliard de masques chirurgicaux et de 600 millions de masques FFP2 les fameux masques bec blanc. A partir de 2011, ça a été c'était donc après la grippe H1 N1, il a été considéré que nous n'avions plus besoin de stock de cette nature parce que les moyens de production à l'échelle mondiale était suffisant pour assurer le coup en quelque sorte en cas de pandémie. C'est un choix qui a été fait qui ne m'appartient pas. Donc les masques, les stocks ont progressivement diminué et au début de cette crise en 2019, nous avions un stock de 140 millions de masques chirurgicaux, des masques pour adultes et pour enfants, donc il y en avait une partie qui n'était pas utilisable parce que c'étaient les masques pour enfants et nous n'avions pas de masque en stock FFP2. Dès lors que nous avons constaté cette situation, c'était fin 2019, début 2020, on a commencé à regarder quels moyens de production on pouvait activer. On a été le seul pays à effectuer une réquisition de tous les stocks existants et une réquisition des moyens de production. Donc sur les 4 usines qui en France étaient habilitées à fabriquer des masques chirurgicaux, on les a réquisitionnées et aujourd'hui elles sont capables de produire en 3 X 8 6 millions de masques par semaine ; nous avons aussi commencé à examiner depuis plusieurs jours comment est-ce que certaines industries existantes – textile, papier – pouvait être reconverties pour produire des masques mais attention pour que ces masques nous protègent vraiment, il faut que ce soit des masques qui soient aux normes Afnor des masques chirurgicaux. Donc ce n'est pas si évident que ça de convertir les industriels. Ensuite nous avons effectué des distributions, constatant que nous avions un stock qui n'était pas infini, que la demande mondiale de masques, elle est évidemment énorme compte tenu du fait qu'on est face à une pandémie, que la Chine elle-même qui est l'endroit principal où on construit, où on fabrique des masques, avait sa machinerie industrielle à l'arrêt, on a décidé d'avoir une gestion, moi j'ose le dire, en bon père de famille, c'est-à-dire une gestion parcimonieuse avec, en accord avec les sociétés savantes et les comités scientifiques, une priorisation de ceux qui devaient recevoir les masques d'abord et ça, c'est le cas c'est la raison pour laquelle on réserve ces masques en priorité aux soignants à l'hôpital public, à l'hôpital privé mais aussi en libéral. Je voudrais dire aussi une chose que nous répétons chaque soir par la voix de monsieur SALOMON, du professeur SALOMON, le directeur général de la Santé, c'est que les masques ne sont pas nécessaires pour tout le monde et vous savez quoi ? Moi, je ne sais pas utiliser un masque, je pourrais dire, je suis ministre je me mets un masque mais en fait, je ne sais pas l'utiliser parce que l'utilisation d'un masque, ce sont des gestes techniques précis, sinon on se gratte le nez sous le masque, en fait on a du virus sur les mains ; sinon, on a une utilisation qui n'est pas bonne et ça peut être même contre-productif, donc il faut des mesures barrières. Moi, je comprends les gens qui ont peur pour ça évidemment.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bien mais Sibeth NDIAYE il faudra quand même que vous vous posiez la question pourquoi en arrivant au pouvoir en 2017, vous n'avez pas tout à coup ré-accéléré la production pour que les stocks se remplissent mais ça c'est une autre question on à laquelle vous devrez répondre à un moment donné ou un autre. 

SIBETH NDIAYE  
Oui mais moi, vous avez vous avez raison moi je pense que d'un point de vue démocratique, ce sera important qu'on revienne sur toute cette crise et qu'on regarde à chaque moment évidemment et c'est légitime dans une démocratie … 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Tous les manquements ? 

SIBETH NDIAYE 
 Alors, évidemment, vous le prenez sous les manquements, moi, je crois qu'on a pris vraiment dès le début la mesure de cette crise. Je me souviens quand on a fait la première réunion autour du Premier ministre c'était à la fin du mois de janvier de mémoire, le 26, il y avait un tour images qui avait été fait, c'est-à-dire qu'on avait filmé le début de cette réunion et je me souviens des commentaires un peu sarcastiques sur le thème "est-ce que le gouvernement n'en fait pas trop, la majorité va se prendre une veste aux municipales et donc en fait ils essaient de nous agiter autre chose." Ça moi aussi je m'en souviens parfaitement bien. Donc oui c'est normal, légitime et démocratique qu'on contrôle l'action qui aura été la nôtre. Faisons-le quand on sortira de cette crise. 

 JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bien Sibeth NDIAYE, est-il vrai que la Belgique nous a demandé des masques et que nous aurions accepté par intérêt pour éviter la propagation de l'épidémie, vous auriez accepté d'en fournir à la Belgique ? 

SIBETH NDIAYE  
Ce qui est certain c'est que nous avons décidé au niveau européen d'avoir une coopération ?

 JEAN-JACQUES BOURDIN 
C'est vrai ou c'est faux ? 

SIBETH NDIAYE  
Alors, je ne peux pas vous répondre précisément à cette ….

 JEAN-JACQUES BOURDIN
 C'est vrai ou c'est faux ? 

SIBETH NDIAYE   
Je ne sais pas vous répondre à cette question parce que je n'ai pas la réponse, donc je ne vais pas vous dire quelque chose que je ne sais pas. Je peux vous dire le principe qui nous guide, c'est qu'au niveau européen on a considéré qu'il fallait une coopération sanitaire pour tout ce qui était matériels, équipements, respirateurs, équipements de protection dont les masques. Donc je ne sais pas vous dire précisément pour la Belgique mais je sais que le principe qui nous guide, c'est qu'il faut qu'il y ait de la coopération au niveau européen et je pense à la Belgique en particulier parce que ils n'ont pas d'usine de production de masques.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bien Sibeth NDIAYE, projet de loi urgence sanitaire voté assemblée Sénat. Dites-moi je regardais dans le projet de loi restriction ou interdiction de la circulation des personnes et des véhicules aux heures fixées par décret, c'est une sorte de couvre-feu possible ? 

SIBETH NDIAYE  
Oui effectivement ça correspond à cette idée du couvre-feu ; pour l'instant, ce n'est pas envisagé de le mettre en place mais cet état d'urgence sanitaire, en fait il a un double rôle. Le premier, c'est de fixer dans le droit les mesures qu'on a le droit de prendre en tant que gouvernement quand on fait face à une urgence sanitaire et le deuxième intérêt, c'est qu'il permet au Parlement de contrôler à intervalles réguliers la manière dont le gouvernement entend appliquer ces mesures et les appliquer effectivement. Donc c'est une sécurisation juridique dans un Etat de droit qui me paraissait très importante. 

 JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bien j'ai 2, 3 questions qui me viennent de mes auditeurs je dis "mes" parce que je suis avec eux tous les matins ou auditrices sur RMC et qui sont des questions pratiques Sibeth NDIAYE. Je suis chef d'entreprise, j'ai une petite PME et je ne peux plus travailler, chômage partiel donc pour mes salariés ; comment je dois faire ? Je vais sur une plateforme on est bien d'accord, je m'inscris sur la plateforme et dans les 48 heures, je dois recevoir des codes, on est bien d'accord. Malheureusement, l'administration ne suit pas et j'attends toujours les codes. Que dois-je faire ? 

SIBETH NDIAYE  
Alors, ce qu'on a décidé de faire, c'est qu'il peut, votre chef d'entreprise mettre tout de suite ses salariés au chômage partiel et parce que évidemment je vous cache pas qu'on a beaucoup, beaucoup, beaucoup de demandes de chômage partiel. Donc les administrations au niveau local, elles peuvent être un peu débordées mais on se donne un délai de 30 jours pour que ce soit rétroactif. Donc de toute façon même s'il reçoit ses codes avec retard, il peut d'ores et déjà mettre ses salariés au chômage partiel. Ce chômage partiel, je veux le dire, c'est une manière de protéger et les entreprises et les salariés : les salariés parce que ils reçoivent 84% de leur salaire net, 100% quand ils sont au SMIC ça, c'est bien pour pouvoir maintenir leur pouvoir d'achat et les entreprises parce qu'elles sont remboursées intégralement de ce qu'elles versent à leurs salariés.  

JEAN-JACQUES BOURDIN
 Sibeth NDIAYE est-ce que le gouvernement va légiférer pour autoriser les employeurs d'imposer à leurs salariés de solder leurs congés ?

 SIBETH NDIAYE  
Alors aujourd'hui dans le droit, il existe déjà des dispositions qui sur décision unilatérale de l'employeur permettent avec un délai de où on prévient 4 semaines avant de prendre des congés à certaines dates. Ce qu'on va faire c'est que dans la loi, on va réduire … notre intention dans la loi, c'est de réduire ce délai pour qu'on puisse s'adapter à la situation actuelle. Donc c'est au fond une disposition qui existe déjà dont on réduit les délais de mise en oeuvre mais je pense que ce qui est aussi important c'est que au niveau de chaque entreprise, il y ait du dialogue social parce que c'est que comme ça qu'on arrive à trouver de bonnes solutions pour tout le monde.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Alors je pense aussi aux caissières de supermarché ou aux hôtesses de caisse, je pense à tous ceux qui travaillent, c'est la chaîne alimentaire de notre pays, je pense à toutes celles et ceux qui travaillent qui sont mal protégés, mal protégés qui me le disent tous les jours, Sibeth NDIAYE. Que répondez-vous ? Je sais bien que ce sont les entreprises qui doivent prendre des décisions mais vous pouvez, vous, peser sur les choix des entreprises.  

SIBETH NDIAYE  
Alors d'abord, je voudrais adresser un hommage particulier à tous ces hommes et à toutes ces femmes qui ont parfois avec un peu la boule au ventre se lèvent le matin en se disant : je veux moi, hôte ou hôtesse de caisse, je vais aller distribuer des denrées alimentaires en fait à des dizaines, peut-être des centaines de personnes dans la journée. Et je comprends complètement l'angoisse qui est la leur et les interrogations qui sont les leurs ; ce que nous avons demandé, c'est que quand on va travailler, votre entreprise soit capable de vous donner les garanties sanitaires … 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
C'est-à-dire des masques que les entreprises n'ont pas ? 

SIBETH NDIAYE  
Non, non, non pas du tout ! 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
C'est-à-dire entre autres des masques que les entreprises n'ont pas ! 

SIBETH NDIAYE  
Non, non, non ! Je ne suis pas d'accord avec vous. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bon, bah d'accord ! 

SIBETH NDIAYE  
Ce n'est pas les masques qui sont nécessaires pour les caissières. Ce qui est nécessaire pour les caissières ou les caissiers d'ailleurs, c'est d'avoir des distances entre les clients et les caissiers et lorsque cette distance n'est pas possible, compte tenu de la configuration de la caisse, on a d'autres mesures barrières qui sont efficaces, par exemple des vitres en Plexiglas. Donc ce qu'on a demandé c'est que branche d'activité professionnelle par branche d'activité, on puisse faire dialoguer le patronat et les syndicats pour des guides de bonnes pratiques pour que soient édictées, y compris en lien avec la médecine du travail, les bonnes pratiques qu'il faut mettre en place pour réorganiser la manière dont on travaille par temps de coronavirus. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Alors justement je pense aussi aux éboueurs qui sont confrontés à cette réalité du quotidien Sibeth NDIAYE, j'ai oublié de vous poser la question. Aujourd'hui la France dispose de combien de millions de masques ? 

SIBETH NDIAYE  
Alors nous avions au moment où nous avons fait le dernier déstockage qui était un déstockage de 30 millions de masques en direction des hôpitaux, des professionnels de santé et des EHPAD, etc., on avait 110 millions de masques donc moins 30 millions mais comme on en produit 6 millions par semaine, je ne peux pas vous dire à l'instant T où je vous parle il y en a combien voilà.

 JEAN-JACQUES BOURDIN
 Bon, d'accord Sibeth NDIAYE j'ai une dernière question et là je pense à tous les restaurateurs là aussi ils m'interpellent, ils se plaignent, ils se plaignent de leurs assureurs qui ne jouent pas toujours le jeu, je dis bien "toujours", qui ne veulent pas prendre en charge, par exemple, les pertes d'exploitation que dites-vous aux assureurs ce matin ? 

SIBETH NDIAYE  
Alors le Premier ministre, quand il a réuni par téléphone les syndicats et le patronat, il a été alerté évidemment de cette situation ; donc on est en train de regarder comment est-ce que les choses peuvent être améliorées de ce point de vue-là. Je sais qu'il y a aussi un dialogue actuellement qui est mené en direct avec les assureurs pour que d'eux-mêmes, ils puissent prendre en charge de meilleure manière les pertes d'exploitation. Donc les choses sont en cours d'examen. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Les pertes d'exploitations seront prises en charge, les pertes d'exploitations seront prises en charge ? 

SIBETH NDIAYE 
 Alors théoriquement, les assurances permettent de le faire. Aujourd'hui, ils expliquent en fait que la catastrophe sanitaire, elle n'est pas intégrée aux polices d'assurance ; donc on a ce dialogue avec les assureurs pour essayer de regarder comment est-ce que on peut évidemment … 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Mais il n'y a pas un dialogue, il faut leur imposer Sibeth NDIAYE ! 

SIBETH NDIAYE  
Alors vous savez les contrats ils sont régis par le droit donc on ne peut pas complètement imposer tout et n'importe quoi ; c'est pour ça que je vous dis que d'un côté …

 JEAN-JACQUES BOURDIN 
Ce n'est pas n'importe quoi ? 

SIBETH NDIAYE 
 …avec les assureurs, bien sûr c'est une expression, et que de l'autre côté, le Premier ministre a souhaité, a donné instruction aux services de l'Etat pour examiner comment est-ce qu'on pouvait répondre à cette situation. 

 JEAN-JACQUES BOURDIN 
Merci beaucoup Sibeth NDIAYE porte-parole du gouvernement d'être venue répondre à nos questions ce matin sur RMC et sur BFMTV. 

SIBETH NDIAYE  
Merci beaucoup !   


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 mars 2020