Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à CNews le 30 avril 2020, sur la situation des transports publics en période de déconfinement et de reprise de l'activité, le plan Vélo et la convention citoyenne pour le climat.

Texte intégral

GERARD LECLERC 
Bonjour Elisabeth BORNE. 

ELISABETH BORNE 
Bonjour Gérard LECLERC. 

GERARD LECLERC 
Dans le déconfinement et la reprise de l'activité, les transports publics ont une place essentielle, indispensable, concrètement, comment ça va se passer dans les métros, les bus, les trains de banlieue, y aura-t-il des masques pour tout le monde, comment faire appliquer la distanciation sociale, comment éviter la cohue ? 

ELISABETH BORNE
 Alors, effectivement, vous savez que le Premier ministre a présenté notre stratégie de déconfinement mardi, il y a des principes qui sont édictés par le gouvernement, et qui vont maintenant être discutés dans chaque territoire, parce que les situations ne sont pas les mêmes. Concernant les transports, l'enjeu c'est bien sûr de permettre la reprise de l'activité en permettant aux usagers de voyager en toute sécurité, donc ça veut dire travailler pour bien appliquer les gestes barrières. Le premier objectif c'est de remonter au maximum l'offre de transports publics puisque, selon les villes, en France, on est à 10, à 30%, de l'offre habituelle, donc il faut revenir le  plus vite possible vers 100% de l'offre, et puis il va falloir drastiquement réduire la demande aux heures de pointe, ça veut dire continuer à télétravailler pour tous ceux qui le font aujourd'hui, ça veut dire aussi étaler les horaires dans les entreprises, et puis réserver les transports en commun à ceux qui doivent notamment aller travailler, en tout cas aux heures de pointe. 

GERARD LECLERC 
Et là il y aura des masques pour tout le monde, il y aura effectivement l'application de la distanciation sociale, 1 mètre, deux personnes au mètre carré ? 

ELISABETH BORNE 
Donc, le port du masque est obligatoire, il y a beaucoup d'employeurs qui se sont procurés des masques pour leurs salariés qui doivent prendre les transports en commun, les masques ils seront aussi en vente, dans les pharmacies, chez les buralistes, dans la grande distribution, à partir de la semaine prochaine, et puis les premiers jours on pourra aussi demander aux entreprises de transport de fournir des masques à ceux qui n'en n'auraient pas encore. L'objectif c'est vraiment, et même la règle, c'est un port du masque obligatoire dans les transports, quand vous portez votre masque, non seulement vous vous protégez, mais vous protégez aussi les autres. 

GERARD LECLERC 
La CGT s'inquiète de la sécurité sanitaire des agents, elle a déposé, par précaution, des préavis de grève, et elle évoque la possibilité du droit de retrait, ils pourront l'appliquer ce droit de retrait ? 

ELISABETH BORNE 
Ecoutez, toutes les conditions sanitaires, évidemment on s'en préoccupe pour les usagers, on s'en préoccupe aussi pour les agents, tous les agents qui sont en contact avec le public auront bien évidemment eux aussi des masques, donc moi je veux rassurer les salariés de ces entreprises, et leur rendre hommage aussi, parce que depuis le début de la crise ils continuent à être sur le terrain, mais on s'assure bien sûr que ça se fait en toute sécurité, aussi pour eux. 

GERARD LECLERC 
Et donc le droit de retrait ? 

ELISABETH BORNE 
Eh bien, puisque leur sécurité est assurée, le droit de retrait ne s'applique pas.  

GERARD LECLERC
 Alors…pour les salariés, beaucoup vont être tentés de reprendre leur voiture, est-ce que le covoiturage est toujours interdit, est-ce que ça ne va pas provoquer des embouteillages, de la pollution ? 

ELISABETH BORNE 
Alors, évidemment, donc je vous dis, il faut baisser la demande aux heures de pointe, il faut aussi offrir des solutions alternatives à la voiture, le covoiturage en fait partie, il est autorisé avec le conducteur devant et un passager derrière, et puis il y a aussi une autre solution, que moi je veux vraiment booster à l'occasion de ce déconfinement, c'est le vélo, de tout temps, je pense que le vélo est un mode de déplacement… oui ? 

GERARD LECLERC 
Oui, j'allais y venir effectivement, la possibilité de prendre le vélo, déjà plusieurs villes ont annoncé des aménagements, on évoque un plan gouvernemental précis sur ce vélo ? 

ELISABETH BORNE 
Moi je vous confirme, je veux vraiment booster le vélo, avec un plan de 20 millions d'euros, pour permettre aux Français de se mettre, ou de se remettre au vélo, ça veut dire lever tous les obstacles, et on accompagne les collectivités qui font des pistes cyclables temporaires, avec un guide qui a été publié par mon ministère, on va aussi lever toutes les demandes d'autorisation préalable pour que ce soit facile pour les collectivités, et puis on a mis en place ce plan de 20 millions d'euros, qui a été travaillé avec la Fédération des usagers de la bicyclette, l'AFUB, que je veux vraiment saluer pour son action. Ce plan ça sera, par exemple, 50 euros de prise en charge si vous voulez réparer votre vélo, on sait qu'il y a des millions de vélos qui sont dans les caves, dans les garages, eh bien on dit aux Français, voilà, c'est l'occasion de sortir ces vélos de vos caves et de vos garages, et puis si vous allez dans un réseau de réparateurs agréés, et la plateforme sera mise en ligne au début de la semaine prochaine, vous aurez 50 euros pris en charge dans le cadre de ce plan, donc pris en charge par le gouvernement. On va aussi prendre en charge, jusqu'à 60%, la réalisation de places de stationnement vélos temporaires, et puis on pourra aussi accompagner, gratuitement, la formation de ceux qui veulent, enfin qui n'ont pas l'habitude de faire du vélo, et qui veulent se remettre en selle. 

GERARD LECLERC 
Donc un plan gouvernemental de 20 millions. On peut également bien évidemment prendre le train, dans un rayon de 100 kilomètres, mais il faut être précis, ce train, est-ce qu'on peut le prendre partout, est-ce qu'on peut passer de départements verts aux départements rouges, à l'intérieur d'une région rouge peuton se déplacer partout dans un rayon de 100 kilomètres ? 

ELISABETH BORNE 
La règle, pour les transports de plus longues distances, c'est vraiment de les réduire, de les réserver aux déplacements impératifs, notamment des déplacements pour le travail, ou des motifs familiaux impératifs, et donc on va continuer à avoir une offre réduite sur ces trains de longues distances, avec évidemment des réservations obligatoires, et puis des réservations, on ne vendra pas toutes les places, la SNCF continuera à vendre 50% des places, pour, là encore, permettre une distanciation sociale dans les trains. 

GERARD LECLERC 
Oui, mais donc vous confirmez qu'on pourra passer d'un département à l'autre, d'une région à l'autre, même s'il y en a certaines en rouge, d'autres en vert ? 

ELISABETH BORNE 
On pourra se déplacer, donc en-dessous de 100 kilomètres, et au-dessus de 100 kilomètres ça sera pour un motif impératif, et effectivement, on pourra circuler, dans ce cas-là, d'une région à l'autre, par construction, mais à partir du moment où on a une obligation, par exemple pour son travail ou un motif familial impératif. 

GERARD LECLERC 
Alors les vacances, on a compris qu'on ne pourrait pas partir à l'étranger, en France est-ce qu'on va pouvoir aller partout, en train, donc en train, ou en avion, partout en France ?

 ELISABETH BORNE 
Moi je comprends qu'il y a beaucoup d'impatience et que les Français se posent des questions pour leurs vacances, mais, vous savez, le principe de ce plan de déconfinement c'est qu'il est progressif, donc on a une première étape, ; qui va démarrer le 11 mai, jusqu'au 2 juin, on va évaluer ce qui se passe pendant cette période, s'assurer qu'on continue à bien contenir la diffusion du virus, et on pourra faire le point, à l'issue de cette première étape, pour préciser les conditions pour les prochaines vacances. 

GERARD LECLERC 
C'est-à-dire que pour l'instant vous nous dites c'est encore trop tôt pour savoir si on pourra aller sur la Côte-d'Azur, sur la côte Atlantique ? 

ELISABETH BORNE 
Je vous dis qu'on avance progressivement. Vous savez, on est quand même face à une situation inédite, avec un impératif qui est de contenir la propagation du virus, on a cette première étape, du 11 mai au 2 juin, et donc fin mai on pourra faire le point sur la situation et annoncer la façon dont ça va se passer dans les mois suivants. 

GERARD LECLERC 
Alors, la priorité c'est, on l'a compris, c'est de sortir également de la crise économique, beaucoup de gens craignent que cela se fasse aux dépens de l'écologie, aux dépens de la croissance verte, aux dépens de l'urgence climatique, qu'il y ait des pressions aussi bien des États que des entreprises pour justement laisser de côté toutes les préoccupations environnementales et écologiques. 

ELISABETH BORNE 
Ecoutez, je peux vous le dire très clairement, il n'en est pas question. Pendant la crise sanitaire, l'urgence écologique est toujours là, et évidemment ma détermination à agir aussi, et puis opposer écologie et économie, c'est dépassé, se dire l'écologie on verra plus tard c'est dangereux, parce que plus tard on sait qu'il sera trop tard, et puis c'est dépassé parce que, aujourd'hui, on n'est pas en 2008, les technologies de la transition écologique, les technologies bas carbone, elles sont mûres, et donc je suis convaincue que la transition écologique c'est notre meilleure stratégie, à la fois de protection, et de croissance, au sortir de cette crise. 

GERARD LECLERC 
La Convention citoyenne qui réfléchit, qui réfléchissait à une transition écologique, c'est passé au second plan, elle existe toujours, on va travailler sur ses conclusions ? 

ELISABETH BORNE 
Bien sûr. La Convention citoyenne, évidemment ses travaux ne peuvent pas se dérouler comme ils étaient prévus, c'est 150 citoyens, donc aujourd'hui ils ne peuvent pas se réunir, ils ont tenu à avoir un message au gouvernement, au président de la République, sur la nécessité précisément de poursuivre la transition écologique, on a reçu leur contribution, leurs propositions ne sont pas encore finalisées, dès que les conditions seront réunies on permettra qu'ils puissent effectivement conclure leurs travaux et nous faire les propositions qui seront évidemment prises en compte par le gouvernement, comme on s'y était engagé.

 GERARD LECLERC 
On termine avec les compagnies aériennes, qui sont en très grande difficulté, les pavillons français, vous avez annoncé une aide de 7 milliards pour AIR FRANCE, est-ce que ce sera suffisant, et surtout qu'est-ce qui se passe pour les autres compagnies comme CORSAIR ou comme AIR TAHITI NUI, qui elles aussi vont être en difficulté ? 

ELISABETH BORNE 
Vous savez, le gouvernement l'a dit très clairement, dans cette crise on ne veut laisser tomber aucune entreprise, aucun emploi, et donc il y a des dispositifs très puissants qui ont été mis en place, à la fois des prêts garantis par l'État, l'activité partielle, plus de 10 millions de Français en bénéficient, donc on sera attentif à la situation de toutes nos entreprises. Evidemment, je le redis, des aides de l'État, comme celle qui se met en place pour AIR FRANCE, ça se fait avec des contreparties écologiques, notamment l'engagement d'AIR FRANCE de réduire de 50% les émissions de CO2 pour ses vols domestiques d'ici 2024. Donc, on accompagne, et on a des engagements écologiques comme ceux que je viens de rappeler. 

GERARD LECLERC 
Merci Elisabeth BORNE, bonne journée


source : Service d'information du Gouvernement, le 4 mai 2020