Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à Europe 1 le 15 juin 2020, sur la réouverture des frontières européennes et les réservations pour la saison touristique estivale.

Texte intégral

Q - Bonsoir, Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonsoir.

Q - Merci beaucoup d'être avec moi sur Europe 1. Alors, ça y est : réouverture des bars et restaurants en Ile-de-France, tout comme celle des frontières intra-européennes. La grande transhumance des vacances d'été peut enfin commencer ?

R - Oui, très clairement. J'incite les Français à réserver leur séjour, "aux réservations, citoyens !", si je puis dire, pour ces vacances bleu-blanc-rouge. Et j'ai souhaité également adresser ce message à nos voisins européens parce que, vous le disiez, les frontières rouvrent à nouveau, depuis aujourd'hui. Et j'ai été en Belgique, à Wervicq, où coule la Lys, justement, entre la France et la Belgique, pour passer ce message de bienvenue à nos voisins, pour qui la France est la première destination. Eh bien, je veux leur dire : "soyez les bienvenus, welkom !" Les professionnels français se sont préparés avec soin, avec rigueur, avec ces protocoles sanitaires. Je peux vous dire qu'ils ont des fourmis dans les jambes, eux dont le plaisir est de faire plaisir aux autres.

Q - Oui, alors justement. Vous êtes depuis la Belgique, là, avec nous sur Europe 1. Mais la question, c'est celle-là : comment allez-vous vendre la destination France pour cet été, outre, bien évidemment, la sécurisation au niveau sanitaire. Avec des prix bas ? Cela peut être une garantie ?

R - Alors, la garantie financière qu'on apporte, elle est d'une nature un peu différente : les professionnels se sont engagés à mettre beaucoup de flexibilité dans les conditions d'annulation. Or, on le sait, beaucoup de clients, de voyageurs, ont besoin de cette assurance parce qu'ils craignent une possible deuxième vague, ils craignent éventuellement des problèmes liés au Covid-19. Et donc, je remercie les professionnels de l'hôtellerie et de la restauration, l'UMIH, le GNI, mais également les entreprises du voyage, qui se sont engagés à ce que les conditions d'annulation soient souples. Et cela fait partie des éléments qui vont permettre, je crois, aux étrangers de réserver, en tous les cas, ça frémit.

Q - Sauf que, Jean-Baptiste Lemoyne, elle a déjà un petit peu commencée, cette notion de réservation, puisqu'on l'a vu, cela commence à reprendre depuis qu'on a ouvert au-delà des cent kilomètres. Mais quand même très faiblement puisque des trains sont déjà annulés faute de réservations. Ça va être compliqué, ça va être compliqué de dire que c'est juste la flexibilité qui peut attirer ?

R - Alors, cela va être une reprise progressive. C'est pourquoi, d'ailleurs, on souhaite accompagner les professionnels, d'un point de vue financier, jusqu'à la fin de l'année 2020, parce que l'on est conscient que les jauges ne seront peut-être pas ce qu'elles ont été par le passé.

Q - Cela veut dire au-delà des 18 milliards d'euros qui ont déjà été mis sur la table pour ce secteur ?

R - Cela veut dire, ces 18 milliards d'euros, cela comprend notamment la poursuite de l'activité partielle, la poursuite du fonds de solidarité, jusqu'à décembre 2020. Très clairement. Et puis, ce que je veux dire, c'est que, pour faire le point avec les professionnels chaque mardi dans le cadre du comité filière tourisme, ils me font part, par exemple, dans l'hôtellerie de plein air, d'un rattrapage très important dans les réservations...

Q - De quel ordre ?

R - Il y avait beaucoup de retard, il y a un mois...

Q - De quel ordre ?

R - Là, aujourd'hui, ils en sont quasiment revenus par rapport à ce qu'ils faisaient l'année dernière au même moment. Donc le rattrapage est là. Les Gîtes de France ont multiplié par dix, chaque jour, leurs réservations. Et l'hôtellerie est en train de rouvrir de façon progressive. Certaines chaînes ont déjà rouvert 80% de leurs hôtels. Les taux d'occupation ne tournent aujourd'hui qu'autour de 25 à 30% et c'est pourquoi, je le dis aux Français à travers votre antenne : cet été, je pense qu'il doit être un été bleu-blanc-rouge. D'une part, parce qu'en faisant le tour de France, je vais vous dire, vous faites le tour du monde. Quand vous voyez justement la diversité des paysages, etc... il y a tout ici, et il y en a pour tous les goûts.

Q - Mais quand même, vous savez très bien, Jean-Baptiste Lemoyne, qu'on compte beaucoup en France sur les touristes mondiaux, européens. Alors justement, parce qu'on est normalement sur cette période en pic de fréquentation de visiteurs attendus en juillet-août. Quelles sont les perspectives chiffrées, en termes de retours, d'abord des touristes européens, puisque que c'est eux, pour l'instant, qu'on accueille ? Et puis, dans un deuxième temps, à partir de juillet, des touristes venus du monde entier ? Les perspectives ?

R - Alors, très compliqué de donner des chiffres agrégés. Mais c'est pourquoi je prends mon bâton de pèlerin, qu'aujourd'hui, je suis en Belgique, que je m'adresse à tous vos homologues, médias des Pays-Bas, de Grande-Bretagne, d'Allemagne, etc... pour dire, pour lancer ce message de bienvenue en France à toutes ces clientèles européennes. Parce que les clientèles européennes, cela représente en fait trois quarts des clientèles internationales en France. Et donc, il y a la capacité, je dirais, à faire redémarrer ce moteur maintenant que, entre Européens, nous avons pris cette décision, dès aujourd'hui, pour les trois quarts des Etats, de lever les contrôles, de faire en sorte qu'il n'y ait plus de frein à la mobilité.

Et à partir du 1er juillet, il y aura également la capacité pour des ressortissants d'Etats qui ne sont pas européens à revenir en Europe. On est en train de travailler sur la liste de ces pays, parce que c'est conditionné à la maîtrise de l'épidémie, donc tout le monde ne pourra peut-être pas revenir dans les mêmes conditions. Mais petit à petit, vous voyez, on repart. Il y a eu, dans un premier temps, le moteur domestique, maintenant le moteur européen qui prend la relève, et on compte bien sur le moteur international, mais plutôt au deuxième semestre.

Q - Alors, j'entends bien, le moteur international. C'est important d'y aller, parce qu'on voit bien qu'il y a des signes d'ouverture et il y aura une réouverture concrète. Ce alors que la Chine a annoncé un rebond des nouveaux cas de Covid-19, ce qui fait craindre une seconde vague de l'épidémie. On pense la maladie sous contrôle, mais si la situation en Chine s'aggrave, qu'est-ce qu'on fait, Jean-Baptiste Lemoyne ?

R - C'est bien pour cela que là, on s'est donné quinze jours entre Européens pour travailler sur cette liste de pays. Quels sont les pays pour lesquels on accepte les ressortissants ? Quels sont les pays où l'épidémie est jugulée ? Les pays où il faudra peut-être demander un certain nombre de précautions auparavant aux voyageurs. Donc, le travail est en cours, et on va le faire, naturellement, en étant très scrupuleux sur les conditions sanitaires.

Q - Mais est-ce qu'on peut imaginer... Est-ce que vous écartez totalement de refermer de nouveau les frontières, dans l'ordre ou dans le désordre d'ailleurs, si évidemment la menace était plus importante encore ?

R - Ecoutez, à chaque jour suffit sa peine. Pour l'instant, on est dans la phase de déconfinement, l'épidémie est jugulée en France, elle l'est également très largement en Europe. Maintenant, il faut continuer à être très rigoureux, très rigoureux sur le respect des gestes barrières, de la distanciation, le respect des protocoles sanitaires. C'est ça qui permettra, effectivement, de gagner le combat sur le long terme et d'éviter une rechute. Donc, naturellement, on va être toujours très vigilant tout au long de cet été.

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, le secteur touristique a été trois mois à l'arrêt, si on fait les comptes. Au fond, quel est à ce jour le manque à gagner pour la filière ?

R - Trois mois à l'arrêt, c'est entre 30 et 40 milliards d'euros de pertes de recettes. C'est considérable. C'est un secteur économique, vous le savez, qui représente presque 8% de notre richesse nationale. Et puis, en fait, cela représente plus que cela, parce qu'on le voit à travers l'impact, en amont, des restaurants qui ne sont pas ouverts, c'est un impact sur les producteurs, sur les pêcheurs qui ont moins de débouchés. Et puis également en aval, parce qu'il y a beaucoup de services associés. Je pense aux autocaristes, je pense aux guides -conférenciers, je pense à énormément d'activités également du secteur de l'événementiel qui sont très liées au tourisme. Et ces activités-là, certaines sont encore fermées. Je veux leur dire qu'on travaille, on continue à travailler pour trouver des assouplissements et des moyens de rouvrir.

Q - Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne, d'avoir répondu ce soir à mes questions sur Europe 1.


source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 juin 2020