Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, à Public Sénat le 16 juillet 2020, sur les relations entre l'État et les collectivités territoriales.

Intervenant(s) :

  • Jacqueline Gourault - Ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales,

Prononcé le

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invitée politique ce matin, c'est Jacqueline GOURAULT. Bonjour.

JACQUELINE GOURAULT
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, Ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales. On est ensemble pendant vingt minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale représentée par Florent BUISSON, journaliste à La République du Centre. Bonjour Florent.

FLORENT BUISSON
Bonjour.

JACQUELINE GOURAULT
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Votre région du coup, Jacqueline GOURAULT. On va en parler tout à l'heure. On commence bien sûr par ce discours de politique général et Jean CASTEX qui a beaucoup mis en avant son bon sens, le bon sens durant son discours. Est-ce qu'Edouard PHILIPPE manquait de bon sens ?

JACQUELINE GOURAULT
Ouh là là ! Je ne veux pas comparer l'ancien et le nouveau Premier ministre. Chacun a son style et, en tout cas, le discours de Jean CASTEX hier a montré que nous avons un Premier ministre qui est concret, qui veut avancer sur des objectifs non pas innombrables mais sur quelques objectifs, rappelant que nous sommes en période de crise et qu'il nous reste 600 jours avant la fin du mandat du président de la République. Donc c'est quelqu'un de concret et qui veut avancer sur les territoires. Le mot « territoires » a été prononcé à de nombreuses reprises pendant son discours.

ORIANE MANCINI
On va en parler mais Jean CASTEX a remplacé Edouard PHILIPPE pour une question de méthode. En tout cas, c'est ce qu'on a compris de la part d'Emmanuel MACRON. Il y avait un problème avec la méthode ? Est-ce que celle qui a été déclinée hier par Jean CASTEX est la bonne, est meilleure en tout cas ?

JACQUELINE GOURAULT
Jean CASTEX est à la fois, comme vous le savez, un élu local qui a occupé toutes les strates des collectivités territoriales jusqu'à sa nomination. Il était maire, président de communauté de communes et conseiller général. Il connaît bien les collectivités locales. Il a ses origines du Sud-ouest qui s'entendent à son accent du Gers.

FLORENT BUISSON
C'est aussi un haut fonctionnaire reconnu.

JACQUELINE GOURAULT
Et c'est aussi un haut fonctionnaire qui connaît bien la Fonction publique d'Etat.

FLORENT BUISSON
Ce n'est pas quelque chose qu'il met en avant contrairement aux territoires. Est-ce que c'est pour lui compliqué d'être issu de la…

JACQUELINE GOURAULT
Non. Il rappelle tous les postes qu'il a occupés et je crois qu'il dit…

FLORENT BUISSON
C'est compliqué aujourd'hui d'être un Premier ministre issu de la technocratie comme on dit alors qu'on veut justement mettre de l'huile un peu dans les rouages technocratiques ?

JACQUELINE GOURAULT
Est-ce que vous pensez qu'il a l'air d'un technocrate, franchement ?

FLORENT BUISSON
Non, mais son parcours en tout cas…

JACQUELINE GOURAULT
Vous l'avez entendu hier. Ça n'est pas tout à fait l'image qu'il renvoie et c'est très bien, parce que ça montre que, aussi, dans la Haute Fonction publique, il y a des hommes de ce tempérament, de ce caractère. Et je crois que partout où il est passé, en tout cas les hommes politiques avec lesquels il a travaillé, en disent tous du bien. Et je crois, comme il le dit lui-même, que bien connaître la Fonction publique c'est un atout aussi pour lui en tant que responsable politique, parce que ça lui permet d'en voir les avantages et les inconvénients.

FLORENT BUISSON
Alors justement, il a parlé de réarmer les territoires. C'est une phrase forte pour le Premier ministre d'un président à qui l'on a parfois reproché de les délaisser, ces territoires. Alors a-t-il fallu les Gilets jaunes et la crise du Covid pour que l'exécutif comprenne que certains territoires étaient délaissés voire sacrifiés ?

JACQUELINE GOURAULT
Ecoutez, moi je suis ministre pas tout à fait depuis le premier jour mais presque et j'ai toujours été sur ce portefeuille, que ce soit auprès de Gérard COLLOMB à Beauvau ou depuis deux ans au ministère de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, et nous avons toujours beaucoup travaillé avec les territoires et pour les territoires. Alors il y a eu peut-être aussi parce que, vous savez, quand on se parle il faut toujours être deux, il y a eu aussi peut-être des attitudes ou voire des postures politiques vis-à-vis du président de la République qui avait un parcours qui n'est pas le même que beaucoup d'autres. C'est-à-dire qui n'avait pas été un élu local et c'est quelque chose qui lui a été reproché d'emblée. Mais on ne peut pas reprocher à quelqu'un…

FLORENT BUISSON
Est-ce que ces crises l'ont aidé à se rendre compte de l'importance justement des territoires ?

JACQUELINE GOURAULT
La prise de conscience comme la crise des Gilets jaunes. Le président de la République l'avait dit lui-même, mais je vous rappelle aussi le Grand débat qu'il a initié et c'est lui qui est allé au charbon, si je puis dire, et le Grand débat a été quelque chose de très, très important.

ORIANE MANCINI
Vous restez sur le fait que c'étaient des postures. Vous visez Territoires Unis j'imagine, l'association de François BAROIN, Dominique BUSSEREAU et Bruno MUSELIER.

JACQUELINE GOURAULT
Je ne reste pas, parce que moi, j'ai toujours eu des relations cordiales avec les associations d'élus, mais force est de constater que la création de Territoires Unis ce n'était pas la création d'un club d'amitié pour le président de la République. C'était un club, dira le président du Sénat et les autres représentants, pour défendre les collectivités locales. Soit. Mais parfois, il y a eu dans le regard porté sur le gouvernement et sur le président de la République des positions qui tenaient parfois de la posture.

ORIANE MANCINI
Mais quand François BAROIN encore la semaine dernière dit qu'Emmanuel MACRON ne les entend pas, que l'Etat est hyper centralisé, qu'il travaille en silo, est-ce qu'il n'y a pas du vrai ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien c'est la preuve qu'il y a une espèce de fond qui a été adopté et qui a du mal à évoluer malgré toutes les politiques publiques qui sont mises en place. Soyons concrets. Je ne sais pas l'agenda rural, je suppose que François BAROIN est conscient de ce que nous faisons pour la ruralité qui n'a jamais été fait. Deuxièmement, sur le plan financier pour les collectivités territoriales, vous savez que nous avons maintenu les dotations de fonctionnement pour les collectivités territoriales et qu'on n'a jamais mis autant d'argent pour l'investissement sur les collectivités territoriales. Encore récemment, nous avons annoncé un milliard supplémentaire de décile, c'est-à-dire de financement pour des investissements pour les collectivités territoriales. C'est donc des choses qui sont très importantes et nous avons fait…

ORIANE MANCINI
Vous avez entendu André LAIGNEL la semaine dernière, André LAIGNEL qui préside le comité des finances locales, dire que ces moyens sont trop fléchés, qu'il n'y a pas assez d'autonomie pour les collectivités territoriales sur ces moyens. Est-ce que vous allez changer ça ?

JACQUELINE GOURAULT
Non mais il y a les ressources des collectivités territoriales et ce que l'Etat apporte pour aider les projets des collectivités territoriales. D'ailleurs on ne le fait pas que sur le plan financier, on le fait sur le plan aussi de l'ingénierie avec la création de l'Agence nationale de cohésion des territoires. Et nous avons des politiques publiques qui s'appliquent sur l'ensemble du territoire, je vais prendre par exemple Action coeur de ville, pour 222 villes moyennes en France qui est un grand succès. Les maires des 222 villes sont extrêmement positifs sur cette politique et c'est du concret, avec des projets en plus qui partent du bas, de la volonté des élus. On respecte la volonté des élus, on les aide à mettre en place. Et nous allons bientôt avec le Premier ministre lancer Petites villes de demain qui va cibler des villes qui font centralité dans les territoires français et qui sont moins de vingt mille habitants mais parfois même quatre mile ou cinq mille habitants.

FLORENT BUISSON
Est-ce que les élus locaux seront associés à cette démarche ?

JACQUELINE GOURAULT
Mais bien sûr.

FLORENT BUISSON
Parce que c'est souvent ce qu'ils dénoncent, c'est-à-dire des programmes qui sont lancés à l'échelle de l'Etat, avec la tutelle de l'Etat, mais sans le lien avec les élus locaux.

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien je ne sais pas. Invitez par exemple président des petites villes de France, il vous dira tout le travail qui a été fait en partenariat pour construire Petites villes de demain.

FLORENT BUISSON
Donc ce n'est pas l'Etat qui décide et les collectivités qui exécutent.

JACQUELINE GOURAULT
Non. Et aussi l'Association des maires ruraux de France ; d'ailleurs Petites villes de demain est dans l'agenda rural. Et l'idée, c'est qu'il y a des projets locaux et que l'Etat vient en soutien des projets locaux. Et vous savez, toutes les politiques utilisant le nom de contractualisation, c'est quelque chose qui marche. Hier je discutais avec une députée de la Nièvre qui me parlait du contrat que nous avons signé avec le département de la Nièvre qui est très avancé, avec des exécutions importantes sur des projets qui étaient des projets locaux.

ORIANE MANCINI
Puisqu'on parle des finances locales, est-ce que pouvez nous éclairer sur la taxe d'habitation ? Est-ce que les 20 % des Français qui payent encore cette taxe d'habitation vont continuer à la payer et jusqu'à quand ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors peut-être rappeler aux Français qu'en cette année 2020, 80 % des ménages ne paieront plus de taxe d'habitation et qu'il reste 20 % des Français qui normalement la paient jusqu'en 2023. Le président de la République a évoqué cela comme une hypothèse, une réflexion, voir si l'échéance serait reculée ou pas. Il ne s'agit pas de créer un impôt supplémentaire ou quoi que ce soit, il s'agit d'une histoire de calendrier. C'est un impôt qui est supprimé. La taxe d'habitation est supprimée sur les résidences principales. Je rappelle qu'il est maintenu sur les résidences secondaires.

ORIANE MANCINI
Et alors pour les 20 % de Français qui nous écoutent et qui la paient, qu'est-ce que vous leur dites ce matin ? Jusqu'à quand ils vont continuer à la payer ?

JACQUELINE GOURAULT
Je leur dis ce qu'a dit le président de la République : le gouvernement va en discuter, va évaluer si c'est quelque chose qui est utile dans une période où il faut faire aussi attention à la gestion des finances publiques, parce qu'il faut à la fois répondre à ceux qui sont beaucoup touchés par la crise. C'est-à-dire que vous savez que la priorité, et le Premier ministre l'a suffisamment dit hier et vous l'avez rappelé avec le titre des Dernières Nouvelles d'Alsace, c'est de lutter contre le chômage. Et donc il faut voir quelles sont les priorités, nous allons regarder cela de près mais en tout cas…

ORIANE MANCINI
Ça veut dire décaler ou ça veut dire supprimer ? Peut-être que les 20 % continueront à la payer.

JACQUELINE GOURAULT
La taxe d'habitation de toute façon va être supprimée. Ça, c'est certain.

ORIANE MANCINI
Pour tout le monde.

JACQUELINE GOURAULT
Pour tout le monde.

ORIANE MANCINI
C'est juste une question de calendrier.

JACQUELINE GOURAULT
Bien sûr. C'est constitutionnel.

FLORENT BUISSON
A quel horizon alors ?

JACQUELINE GOURAULT
C'est ça qu'il faut discuter. C'est exactement ça.

FLORENT BUISSON
D'accord. Mais le président de la République me semblait un peu plus décidé.

JACQUELINE GOURAULT
Excusez-moi. Je vous rappelle que le Conseil constitution avait demandé au gouvernement d'alors d'étendre l'ensemble de cette suppression de la taxe d'habitation à l'ensemble de nos concitoyens au nom d'un principe constitutionnel qui est l'égalité devant l'impôt.

ORIANE MANCINI
Allez, on va parler de la décentralisation et notamment de votre loi 3D. Ça fait quand même des années qu'on parle de décentralisation, que les élus attendent un nouveau souffle de décentralisation bien avant la crise sanitaire. Est-ce que vous pouvez leur garantir ce matin qu'il y aura un véritable acte de décentralisation d'ici la fin du quinquennat ?

JACQUELINE GOURAULT
Oui, puisque le Premier ministre l'a dit hier absolument clairement. Et la décentralisation, nous sommes dans une République décentralisée, il faut toujours le rappeler. C'est même inscrit là aussi dans la Constitution.

ORIANE MANCINI
Sur ce nouveau souffle. Est-ce qu'on a un nouvel axe tel qu'on a connu sous Gaston DEFFERRE ou sous Jean-Pierre RAFFARIN ? Ou est-ce que ça n'ira pas aussi loin ?

JACQUELINE GOURAULT
Moi je veux toujours… Ce n'est pas un mouvement perpétuel. Je le dis comme ça très simplement, la décentralisation. Parce qu'il y a des domaines, et je crois que les Français sont tous attachés à cela, qui sont comme on dit du régalien. C'est-à-dire la justice la police, la santé, tout ça, la protection sociale. C'est du régalien et les Français y sont très attachés. Donc on ne va pas jusqu'à la fin des temps parler de décentralisation parce qu'il y a un jour, la ressource manquera. Je ne sais pas comment le dire plus simplement. Mais tout le monde sait qu'il y a besoin de clarifier un certain nombre de compétences, qu'il y a des trous dans la raquette comme on dit aujourd'hui sur des compétences : on ne sait pas très bien qui les exerce. Il y a des compétences qu'on pense qui seraient mieux exercées au plus près du territoire que ça ne l'est aujourd'hui. Le président de la République a lui-même dit devant les associations d'élus, dans des réunions auxquelles j'ai assisté, que par exemple sur le logement il était prêt à faire une décentralisation vers les collectivités territoriales. Donc il y a plusieurs thèmes comme cela. On parle aujourd'hui beaucoup de…

FLORENT BUISSON
Donc c'est une simple clarification, un problème d'efficacité.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, mais il y a aussi des décentralisations qui sont à poursuivre. Je vais prendre un autre exemple. Il y a des départements qui demandent à avoir des routes qui sont aujourd'hui restées nationales. Eh bien on dit : « Pourquoi pas ? ». Je dis certains départements parce que ça n'est pas vrai de tous les départements, et c'est là où aussi intervient une autre notion qui est, au fond, la différenciation : c'est accepter qu'on puisse décentraliser des routes avec tel ou tel département et que nous ne le fassions pas pour des raisons qui tiennent à la fois à l'intérêt départemental et à l'intérêt national, de ne pas les décentraliser. C'est être pragmatique, avoir du bon sens.

FLORENT BUISSON
Est-ce qu'il y aura un effort sur la communication aussi auprès des Français pour qu'ils comprennent mieux cette architecture territoriale ? Aujourd'hui clairement quand on parle aux gens, ils n'y comprennent absolument rien. Les métropoles, les départements, les communautés de communes, les régions, l'Europe, c'est très compliqué à appréhender. Est-ce qu'il y a un effort à faire là-dessus ?

JACQUELINE GOURAULT
Sûrement. Il y a toujours des efforts de communication à faire. Je crois que les Français recherchent l'efficacité des politiques publiques et ce qu'ils veulent, c'est que les gens se serrent la main. Enfin travaillent ensemble, c'est ça que je veux dire. Et en même temps qu'il y ait un accès facile aux politiques publiques. C'est la raison pour laquelle, et le Premier ministre en a parlé aussi, il y a la manière dont sont organisés les pouvoirs publics sur les territoires. Parce que quand on dit les territoires, et je sais ce que pense le Premier ministre, sur les territoires il y a l'action des collectivités territoriales, ce qui est fondamental. Mais sur les territoires, il y a aussi l'action de l'Etat, ce qu'on appelle l'Etat déconcentré. Et ça, c'est quelque chose auquel tient beaucoup le Premier ministre avec une ligne de force qui est le renforcement de l'échelon départemental pour la présence de l'Etat sur les territoires.

FLORENT BUISSON
En quoi ça va contribuer à faciliter la vie des Français, la vie quotidienne j'entends ?

JACQUELINE GOURAULT
Parce que vous avez des guichets uniques, des endroits où il y a l'Etat qui est représenté et qui représente l'ensemble des représentants de l'Etat sur les territoires et c'est quelque chose qui facilite les choses.

ORIANE MANCINI
Vous travaillez sur une grande loi de décentralisation qu'on a appelé la loi 3D : différenciation, déconcentration, décentralisation. Est-ce qu'elle est encore d'actualité cette loi ? On en est où ?

JACQUELINE GOURAULT
Ah mais elle est totalement d'actualité. D'ailleurs là, on vient de parler du troisième D si je puis dire qui est très important. On a parlé avant de décentralisation, de compétences qui peuvent être transférées aux collectivités territoriales. Et puis il y a la différenciation et vous savez que la différenciation était un projet de la réforme constitutionnelle. La réforme constitutionnelle n'a pas pu avoir lieu. Nous sommes ici au Sénat, je ne vais pas vous faire de dessin. Elle n'a pas pu avoir lieu mais nous avons trouvé le moyen d'avancer sur ce sujet par le fait de déposer récemment au Conseil d'Etat un projet de loi organique sur l'expérimentation. Et au fond, l'expérimentation qui va donc évoluer - je vais y revenir si vous voulez bien - va nous permettre d'avancer vers la différenciation. Qu'est-ce qu'on propose ? D'abord il faut rappeler que c'est à la suite d'une commande du Premier ministre Edouard PHILIPPE au Conseil d'Etat, sur une réflexion qui a été faite par le Conseil d'Etat sur la manière de faire de l'expérimentation. Et ce rapport a été très positif et, au fond, le PJLO que nous avons déposé, il y a deux idées fortes sans entrer trop dans le détail. Première idée : il faut faciliter l'accès à l'expérimentation, que le chemin soit beaucoup plus simple, éviter tous les décrets qui vont bien etc, simplifier. Et la deuxième chose : sortir du caractère binaire de l'expérimentation. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'aujourd'hui, quand vous faites une expérimentation, au bout d'un certain nombre d'années, si elle veut se poursuivre, il faut qu'elle s'étende à l'ensemble du territoire ou alors on est obligé de l'arrêter. Donc il faut sortir de ce caractère binaire pour que l'expérimentation puisse devenir définitive sur certains territoires, sans s'étendre sur l'ensemble du territoire français.

ORIANE MANCINI
Mais du coup concrètement, votre loi 3D elle sera divisée en plusieurs lois ? Ou est-ce que ça restera un ensemble présenté en conseil des ministres et, dans ces cas-là, quand ?

JACQUELINE GOURAULT
Là, c'est un projet de loi organique. D'ailleurs…

ORIANE MANCINI
Mais qui se résumera à ça ou il y aura votre plus grande loi ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, il y aura bien sûr un autre projet de loi ordinaire.

ORIANE MANCINI
Donc ce sera différents projets de loi. Fini une grande loi unique.

JACQUELINE GOURAULT
Voilà. Ah ben ç'a toujours été prévu comme ça, parce que l'organique c'est l'organique. Ce qui relève de la Constitution, c'est ce que relève de la Constitution.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire que le reste, ce sera beaucoup plus tard.

JACQUELINE GOURAULT
Non. Ce n'est pas que ça sera beaucoup plus tard. Le reste va venir en complémentarité du projet de loi organique, bien évidemment.

ORIANE MANCINI
Un mot sur la Conférence nationale des territoires. Dans son interview à la presse quotidienne régionale, Emmanuel MACRON dit espérer une nouvelle conférence nationale des territoires d'ici l'été. Est-ce qu'elle est déjà prévue ?

JACQUELINE GOURAULT
Il va y avoir une réunion de la Conférence nationale des territoires. Simplement nous sommes en train de réfléchir avec les associations d'élus pour essayer de trouver la formule qui soit là aussi la plus efficace possible. Parce que les grandes messes, on a vu, on a expérimenté au début du mandat. On a vu aussi qu'un certain nombre d'associations boycottaient la Conférence nationale des territoires, donc on va essayer de mettre sur pied une méthode nouvelle pour que chacun y trouve son compte et de façon pragmatique.

ORIANE MANCINI
Donc ça ne sera pas d'ici l'été.

JACQUELINE GOURAULT
C'est le Premier ministre qui en décidera.

FLORENT BUISSON
D'ici les régionales quand même ?

JACQUELINE GOURAULT
Oh bien oui. Les régionales, c'est loin.

ORIANE MANCINI
L'été, c'est vite quand même. Il reste deux, trois semaines. On imagine que ça ne sera pas au mois d'août.

JACQUELINE GOURAULT
Ecoutez, le Premier ministre a déjà reçu toutes les associations d'élus locaux. Vous vous rappelez quand il a été nommé juillet.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce qu'elle aura lieu au mois de juillet, cette Conférence nationale des territoires ?

JACQUELINE GOURAULT
C'est le Premier ministre qui l'annoncera.

ORIANE MANCINI
Et juste un mot sur ce qui avait fait pschitt, notamment cette histoire du pacte de Cahors de contractualisation, de limiter la hausse des dépenses. Est-ce que ça c'est fini maintenant ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors vous savez que c'est déjà suspendu.

ORIANE MANCINI
C'est suspendu ou bien est-ce que ça va être remis à l'ordre du jour ou pas du tout ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors là aussi, ça fait partie du travail. On ne peut pas dire : il faut dialoguer avec les collectivités territoriales et que moi toute seule, sans qu'il y ait les réunions avec les associations et le Premier ministre, de prendre cette décision. Mais naturellement, on voit bien…

FLORENT BUISSON
On vous sent prudente sur la question. C'est chat échaudé craint l'eau froide.

JACQUELINE GOURAULT
Non, non, non. Je n'ai pas fini. Vous m'avez coupé la parole. On voit bien que les circonstances dans lesquelles nous sommes sont plutôt, et je me permets de le faire remarquer, un Etat qui aide les collectivités territoriales. Parce que tout le monde l'oublie, mais nous savons que nous venons de répondre aux difficultés d'un certain nombre de communes et d'intercommunalités en compensant les pertes de recettes, ce qui est très important, en faisant des avances remboursables pour les départements et, bien sûr, nous allons continuer à accompagner les collectivités territoriales dans cette crise. Et naturellement ce qui était vrai dans une période où on commençait à retrouver un horizon positif n'est pas forcément vrai dans une période de crise. C'est ça être concret et répondre à l'actualité et aux circonstances comme disait le général de GAULLE.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot rapidement avant de donner la parole à Florent pour une question sur vos régions, juste le Sénat a fait 50 propositions sur la décentralisation il y a 10 jours, notamment sur l'autonomie financière, sur garantir la place de la commune. Est-ce que vous allez les reprendre ces propositions ?

JACQUELINE GOURAULT
Enfin, je reprends simplement l'autonomie financière. Vous voyez que c'est un débat sur lequel il faut beaucoup discuter, parce que quand il y a des crises comme nous venons d'en vivre, quand même les collectivités territoriales se tournent immédiatement vers l'Etat pour avoir des compensations. Donc vous savez, je suis intimement convaincue que la France est un pays où la subtilité des missions entre les collectivités territoriales et l'Etat doit être encore largement discutée. Parce que dans une France décentralisée dans laquelle nous sommes, avec des gens qui s'accusent d'être Girondins ou Jacobins, je crois qu'il faut savoir que les Français aiment des collectivités qui assument leurs responsabilités et qu'ils aiment aussi un Etat garant…

ORIANE MANCINI
On a bien compris qu'elle ne serait pas reprise telle quelle.

JACQUELINE GOURAULT
Attendez, non, ce n'est pas du tout. Je n'ai pas répondu. Garant d l'équité des territoires et des populations. Naturellement il y a plein de propositions dans ce qu'a fait le Sénat sur lesquelles nous sommes d'accord depuis très longtemps, donc je ne vais pas vous dire le contraire.

FLORENT BUISSON
Madame la ministre, vous êtes élue de la région Centre. Les régionales sont prévues dans 8 mois, vous dites que c'est loin mais ça se prépare dès aujourd'hui évidemment. Est-ce qu'il faut que votre collègue ministre MoDem Marc FESNEAU conduise la liste de la majorité présidentielle pour ce scrutin, dans la région Centre évidemment ?

JACQUELINE GOURAULT
Mais écoutez, c'est à lui qu'il faudra poser la question naturellement.

FLORENT BUISSON
Oui. Qu'est-ce que vous pensez ?

JACQUELINE GOURAULT
Vous savez, j'ai été tête de liste aux régionales, Marc FESNEAU l'a déjà été. Nous sommes très attachés à notre région Centre-Val de Loire et, naturellement, d'une manière ou d'une autre nous participerons à cette campagne.

FLORENT BUISSON
Est-ce qu'il faut qu'il la mène ?

ORIANE MANCINI
Ça veut dire que vous serez sur la liste ?

JACQUELINE GOURAULT
On verra les circonstances du moment.

FLORENT BUISSON
Vous serez impliquée, vous ?

JACQUELINE GOURAULT
Bien sûr que je serai impliquée.

FLORENT BUISSON
Sur la liste ?

JACQUELINE GOURAULT
Je ne sais pas comment. Je dis : oui, je serai impliquée. Après, je ne sais pas comment.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup.

JACQUELINE GOURAULT
Merci.

ORIANE MANCINI
Merci Florent, merci Jacqueline GOURAULT. Demain justement à votre place c'est Marc FESNEAU, le Ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et de la participation citoyenne. On lui posera la question.

JACQUELINE GOURAULT
Vous allez être obligé de rester 24 heures !

FLORENT BUISSON
Je dors ici sur le plateau.

ORIANE MANCINI
Merci d'avoir été avec nous Jacqueline GOURAULT.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 juillet 2020