Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, à BFM TV le 5 octobre 2020, sur les mesures d'aides pour les secteurs la restauration et du tourisme face à l'épidémie de Covid-19.

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Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'État au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

Texte intégral

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, vous confirmez qu'au sein du gouvernement, il y a eu discussions. Du côté du ministère de la santé, on était pour la fermeture des restaurants sur quinze jours et vous vous êtes battus pour eux, c'est cela ?

R - Le gouvernement a une seule voix.

Q - Mais enfin il discute j'imagine.

R - Bien sûr. Justement, nous avons passé une semaine de concertations intenses, des concertations avec les professionnels. Le Premier ministre a reçu les organisations la semaine dernière, l'UMIH, le GNI et le SNRT et cela a permis d'avancer en concertation et ce week-end, je peux vous le dire, les téléphones ont chauffé, justement, pour discuter sur ce protocole renforcé. Je veux saluer les professionnels parce que dès la réunion avec le Premier ministre, ils ont dit qu'ils étaient prêts à un protocole renforcé, et c'est vrai que c'est ce qui nous permet, aujourd'hui, de maintenir ouverts les restaurants, alors certes avec des adaptations, mais je crois que rien n'aurait été pire que la fermeture pure et simple. Nous avons besoin de continuer à vivre, avec ce virus, hélas, cela veut dire parfois adapter nos comportements. Mais c'est important que la vie triomphe du virus et que donc, ces établissements puissent rester ouverts.

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R - Les restaurants se sont adaptés, les restaurants qui ont un comptoir et qui font bar se sont adaptés. La plupart du temps, ils ont mis des chaises parce qu'il faut consommer assis, et donc les chaises sont devant le bar, je l'ai vu de mes yeux vu. Et par ailleurs, il y a certains bars qui ont évolué vers de la restauration, et ceux-là ne seront pas visés par l'interdiction.

Q - Ce n'est pas cela ma question, il y a des bars où l'on est assis, où l'on vient simplement consommer un café. Quelle est la différence entre boire un café à une table et manger un plat ? Je voulais comprendre, l'un est-il plus dangereux que l'autre ?

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Q - Pardon, Monsieur Lemoyne, mais on a du mal à voir la différence, je pose la question à Margot, le danger différent entre être assis et consommer une boisson, et être assis et consommer un plat finalement ?

R - On voit bien derrière vous, l'image d'un bar, avec des gens qui sont debout, qui consomment debout, qui sont les uns sur les autres.

Q - C'était déjà proscrit cela.

R - Non, il y avait une fermeture anticipée mais ce n'était pas proscrit. Margaux de Frouville l'a dit, dans les bars, il y a une circulation qui est plus active, avec plus de bruit.

Q (MdF) - Plus de brassage et moins de traçage aussi.

R - Exactement, et c'est pourquoi cette décision a été prise sur les bars, mais l'Etat sera là aussi pour eux, parce que, c'est une fermeture administrative donc cela veut dire que la contrepartie, c'est que nous nous devons d'être à leurs côtés, économiquement, pour faire face. Cela veut dire : chômage partiel éligible jusqu'au 31 décembre, c'est une exonération de charges sociales pendant la période de fermeture administrative.

Q - Exonération, pas annulation.

R - C'est une exonération.

Q - Vraiment on ne paie pas ? C'est sûr ?

R - Cela veut dire que l'on ne paie pas pendant la période de fermeture administrative. Et par ailleurs, nous avons aussi mis en place le fond de solidarité que nous avons considérablement augmenté. Avant c'était mille cinq cents euros par mois, maintenant, c'est dix mille.

Q - Mais ils ont envie de travailler, les restaurateurs: C'est bien de leur donner de l'aide, mais ils ont envie de travailler.

R - Oui, mais on essaie d'éviter un reconfinement de la population. On essaie de faire en sorte de juguler la circulation du virus et donc d'éviter des mesures extrêmes. Donc, cela passe effectivement par un effort à un moment sur une catégorie d'établissements, et on espère, si tous, on est civique, et si tous, on fait des efforts, que, derrière, la vie pourra reprendre.

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Je crois que cette crise épidémique doit nous rendre très humble, parce que l'on voit que, souvent, il y a plus de questions que de réponses. Et donc, personne n'a la science infuse sur ce sujet-là, mais ce que l'on voit c'est que l'on apprend du retour d'expériences. Souvenez-vous, il y a six mois, - cela nous paraît une éternité - en mars, le samedi pour le dimanche, les établissements ferment ; cela veut dire que vous restez avec un certain nombre de stocks sur les bras, d'invendus et cela pèse sur vos comptes. La situation marseillaise, on prévient le mercredi pour le lundi...

Q - Le temps d'écouler les stocks...

R - Ce que je veux dire, c'est qu'il y a une meilleure prise en compte. Et, là, on a eu une semaine de travail avec les professionnels, y compris tout ce week-end, pour pouvoir trouver la bonne solution. Donc, je crois que, dans le temps, on apprend aussi de la façon dont cette épidémie se comporte et on améliore les process. Et je crois qu'aujourd'hui, c'est une décision qui a quand même été bien mûrie et bien travaillée avec tout le monde.

Q - Que répondez-vous à la maire de Paris qui dit que le "stop and go", cela nuit économiquement. C'est-à-dire qu'on ne peut pas demander à un secteur d'activité : vous avez le droit de rouvrir, mais vous refermez, vous rouvrez, vous refermez. Cela ne peut pas fonctionner comme ça, l'économie ?

R - Mais le "stop and go" est la résultante du "stop and go" de l'épidémie. Ce n'est pas pour le plaisir, franchement. Je crois que tout le monde souhaiterait pouvoir repartir de l'avant. L'été s'est globalement bien déroulé, sauf à Paris-Île de France. Mais dans beaucoup d'endroits, l'été bleu-blanc-rouge a bien fonctionné. Je pense que les gens retrouvaient de l'espoir. Et puis, là, patatras, on voit bien qu'il y a une tension plus grande. Et il faut éviter l'engorgement des réanimations. Et c'est pour cela que l'on prend ces mesures. Ce n'est pas pour le plaisir d'embêter. C'est vraiment qu'on est à un moment où il faut absolument inverser la vapeur.

Q - Est-ce que Jean-Baptiste Lemoyne, le "stop and go" c'est pour empêcher le "stop" tout court ? En gros, est-ce que vous dites clairement, si on ne fait pas cela, on va tout droit au reconfinement ? Comme cela a été le cas dans d'autres pays d'ailleurs.

R - Mais on voit que les dynamiques étaient importantes. Le Premier ministre l'a dit la semaine dernière lorsqu'il a reçu les restaurateurs, il a dit : "nous voulons éviter à tout prix un reconfinement généralisé". Et donc, cela amène parfois à prendre des mesures qui peuvent être difficiles. Mais quand une mesure difficile est prise, cela veut dire encore une fois : on est aussi au rendez-vous pour accompagner la mesure. Lorsque je vous dis, par exemple, on a été présent au rendez-vous avec un plan de 18 milliards d'euros pour le secteur du tourisme, ce sont des euros sonnant et trébuchant, parce qu'on a nationalisé le versement des salaires sur plusieurs mois. Et on va continuer jusqu'au 31 décembre sur l'activité partielle. Et on considère qu'il faut le faire, parce qu'il faut préserver les emplois, les talents, les compétences, dans ces établissements. Il y a des gens qui ont ce savoir-faire, le sens de l'accueil, on préfère ça, effectivement, ça coûte cher, plutôt que le chômage tout court.

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Q - Les touristes ne sont pas prêts de revenir... Je dis cela parce que vous êtes secrétaire d'Etat au tourisme. Mais Paris, je parle notamment de Paris, qui est une ville surtout touristique qui vit beaucoup du tourisme, les restaurateurs n'ont plus de touriste à leurs tables. Ces signaux qu'on envoie, on est peut-être obligé de le faire, mais cela ne va pas faire revenir les touristes en France.

R - Paris, cet été a été sinistré parce que les clientèles internationales lointaines n'étaient pas au rendez-vous et pour cause, elles ne peuvent pas se déplacer. Les Chinois, les Américains, les Russes, etc. Maintenant, effectivement, je travaille aussi à ce que la saison d'hiver puisse se dérouler dans les meilleures conditions, dans un certain nombre de points en France. La saison d'hiver, souvent, c'est également la montagne. J'étais avant-hier au congrès du domaine skiable de France. On fait tout. Ils ont mis des protocoles aussi très robustes, très robustes pour accueillir les Européens proches, les Belges, les Néerlandais, les Allemands. Et je vais me déployer pour qu'on leur dise "Bienvenue en France !". Mais c'est vrai que Paris connaît une situation très compliquée et on va travailler avec l'office du tourisme et des congrès de Paris, avec Atout France, pour préparer aussi le rebond, le moment venu.

Q - Mais dans quinze jours, il y a les vacances de Toussaint. Alors qu'est-ce qu'on dit aux Français ? Ils ont le droit de bouger ?

R - Oui, ils peuvent bouger. Il faut être très attentif à tout, aux différentes zones... Être prudent : individuellement, il faut être prudent.

Q - Car les vacances de Toussaint sont des vacances familiales. On va voir les grands-parents....

R - Tout à fait. Mais cela veut dire que cette prudence, il faut l'intérioriser. Mais on sait qu'on a envie d'embrasser les grands-parents... eh bien, non, on ne le fait pas. C'est vrai que cela repose sur chacun d'entre nous. Nous ici, au gouvernement, ce que l'on souhaite, c'est à la fois préserver la santé des Français, préserver la vie économique et sociale, mais cela veut dire que chacun porte une part de la victoire à venir.

Q - On sait qu'à 60% de capacité de réanimation occupée par des patients Covid, on passe en état d'alerte sanitaire, en état d'urgence sanitaire au niveau local. Est-ce que cela impliquerait des limitations de déplacement, sachant que selon les modélisations cela pourrait intervenir au début des vacances de la Toussaint ?

R - Tout cela, ce sont des questions sur lesquelles on va continuer à travailler au sein de gouvernement. Pour l'instant, je n'ai pas de réponse à vous apporter sur ce point-là en particulier.

Q - Mais il pourrait y avoir des restrictions de circulation ?

R - Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, parce que tout cela après part vite. Ce que je peux vous dire, c'est que nous avons toujours été très réactifs par rapport à tous les épisodes.

Q- Mais vous n'interdisez rien ? C'est pour cela que je veux dire : il n'y a plus de tabou ?

Q - Ce n'est pas exclu ?

R - Ce que l'on veut éviter, en tous les cas, c'est de revenir à des situations qu'on a connues au printemps, où tout le monde était assigné à résidence chez soi, était - souvenez-vous - dans un rayon d'un kilomètre ou de cent kilomètres. Ce sont des choses qu'on n'a plutôt pas envie de revivre. Donc, c'est pour cela, d'ailleurs, que la concertation est permanente. Moi, je réunis le comité de filière tourisme, et donc ensemble, on essaie de trouver les bonnes réponses. Encore une fois, je crois que la clé est en chacun d'entre nous. Je le dis, parce que vous avez un audimat important : si chacun fait un effort, je pense que l'on pourra s'en sortir. (...).


source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 8 octobre 2020