Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à Public Sénat le 16 octobre 2020, sur le couvre-feu mis en place, les mesures pour protéger les entreprises des "destructions d'emplois" et le protocole sanitaire dans les entreprises.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invitée politique ce matin, c'est Elisabeth BORNE. Bonjour Madame la Ministre.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion. On est ensemble pendant 20 minutes, pour une interview en partenariat avec la Presse quotidienne régionale, représentée par Patrice MOYON de Ouest France. Bonjour Patrice.

PATRICE MOYON
Bonjour Oriane, bonjour madame BORNE.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous. On commence bien sûr par cette crise sanitaire. Les mesures annoncées par Emmanuel MACRON mercredi, détaillées par Jean CASTEX hier, dont un couvre-feu qui entrera en vigueur dans quelques heures et demain soir à 21h00 en Ile-de-France et dans 8 métropoles. Il faudra être chez soi. On a compris que le gouvernement voulait frapper fort pour lutter contre cette deuxième vague. Est-ce que c'est assez fort pour vous ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que c'était important effectivement, alors qu'on voit que le nombre de nouveaux cas chaque jour augmentait, on était à plus de 30 000 cas hier, que le nombre de patients en réanimation a dépassé les 1 500, il faut absolument casser cette dynamique. Et on le sait, il y a beaucoup de domaines dans lesquels il y a des protocoles sanitaires très stricts, qui ont été mis en place, c'est le cas notamment dans les entreprises, c'est le cas aussi dans les cinémas, les théâtres, et il y a effectivement la partie de la sphère privée, je dirais, quand on se retrouve avec sa famille, avec ses amis on sait que c'est là que se passent des contaminations, et il fallait prendre des mesures, je vous dis, pour casser la dynamique de l'épidémie et c'est bien le sens de ce couvre-feu.

ORIANE MANCINI
Et 21h00, ce n'est pas trop tard 21h00, pourquoi ne pas l'avoir pris plus tôt pour casser plus la dynamique de cette épidémie ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il y a aussi à prendre en compte, enfin le rythme de vie des métropoles dans lesquelles ces couvre-feux vont s'appliquer, où on a peut-être une vie un peu décalée par rapport au reste du territoire, on rentre chez soi, voilà, donc on a essayé de trouver la bonne mesure pour être efficace, et en même temps tenir compte des modes de vie dans ces grandes métropoles.

PATRICE MOYON
Alors, ce couvre-feu va s'appliquer notamment à Paris, une ville qui a été déjà lourdement touchée pour les restaurateurs, les hôteliers, avec une chute, une diminution du nombre de touristes. Alors, vous, vous prenez un certain nombre de mesures, prolongement des aides…

ELISABETH BORNE
Le prêt garanti.

PATRICE MOYON
Mais est-ce que ça va être suffisant ? Parce qu'il y a une vraie inquiétude dans ce secteur-là.

ELISABETH BORNE
Vous savez, avec Bruno LE MAIRE, on échange vraiment très régulièrement avec les représentants de ces secteurs, qui sont effectivement touché, le secteur du tourisme au sens large, je dirais, y compris l'hôtellerie- restauration. On est à leurs côtés, moi je suis parfaitement consciente du choc que ça a été, ils sont un peu sidérés de ce qui leur arrive, vraiment l'engagement du gouvernement c'est qu'on va mettre le paquet pour les soutenir, encore plus qu'avant, c'est vrai sur l'activité partielle, vous savez qu'on prend en charge 100 % de l'activité partielle, zéro reste à charge pour les entreprises. Dans le même temps on renforce le fonds de solidarité qui a été porté à 10 000 € par mois dans ce secteur, comme vous l'avez dit on prolonge, on allonge les prêts garantis par l'Etat, il y a des annulations de charges sociales. On sait qu'il y a encore des points qui ne sont pas satisfaisants, ils nous le disent, sur les loyers, sur les congés payés, et on va continuer à travailler, on les reverra avec Bruno LE MAIRE dès le début de la semaine prochaine, pour trouver…

ORIANE MANCINI
Ça veut dire que de nouvelles mesures pourraient être prises sur ces sujets la semaine prochaine ?

ELISABETH BORNE
Ça veut dire qu'il faut effectivement qu'on complète le bouclier qu'on veut mettre en place, pour qu'il n'y ait aucune défaillance liée à ces mesures de restrictions qu'on est amenés à prendre ; pour protéger la santé des Français.

ORIANE MANCINI
Donc ça veut dire notamment des mesures sur les loyers que vous pourriez prendre en charge, ou ils pourraient être exemptés de loyers ?

ELISABETH BORNE
Non non, mais ce sujet, enfin, je vous dis, c'est au coeur des réflexions du ministère de l'Economie. Pour ma part, le secteur nous soumet le sujet des congés payés qui s'accumulent, qui est comme ils le disent une sorte de bombe à retardement pour le secteur, et on prend ces deux points…

ORIANE MANCINI
C'est ce qu'a redit Jean CASTEX hier.

ELISABETH BORNE
Absolument. Donc on prend bien ces points. Je vous dis, il faut absolument qu'on ait la protection la plus large possible pour ces secteurs, pour qu'il n'y ait pas de défaillances d'entreprises, pas de destructions d'emplois, malgré les mesures qu'on est amené à prendre effectivement du fait du couvre-feu.

ORIANE MANCINI
Et justement, puisque vous parlez de destructions d'emplois, est-ce que vous avez déjà des chiffres sur des destructions d'emplois dans ces secteurs de la restauration et de l'hôtellerie ?

ELISABETH BORNE
Alors on sait, vous savez l'INSEE a indiqué qu'il y avait eu 700 000 destructions d'emplois au cours du premier semestre, et c'est à peu près un tiers qui concerne ce secteur du tourisme. Donc on est vraiment très attentifs à leur donner tous les bons dispositifs dans ce secteur et dans tous les secteurs, pour protéger les emplois, pour protéger les salariés et les indépendants, puisqu'il y a aussi beaucoup d'indépendants.

ORIANE MANCINI
Et vous pensez que ça va suffire pour éviter de nouvelles destructions d'emplois, vos aides ?

ELISABETH BORNE
C'est vraiment l'objectif, d'arriver à avoir vraiment une palette de mesures qui protègent les entreprises de ce secteur, comme les autres.

ORIANE MANCINI
Alors, là le chômage partiel est prolongé jusqu'à la fin de l'année, il y a les prêts garantis par l'Etat qui ont été prolongés jusqu'au 30 juin. Jusqu'à quand vous allez pouvoir prolonger ces aides ? Aussi longtemps que nécessaire ?

ELISABETH BORNE
Très clairement, aussi longtemps que nécessaire. Vous savez, je pense que, on parle du chômage partiel, moi je sais que, les restaurateurs nous le disent, leur objectif c'est d'arriver à travailler, donc moi je n'ai pas de doute que la majorité des restaurateurs, à vouloir rester ouverts pendant la période qui est autorisée, et pour ce qui est effectivement de la baisse de leur activité, aussi longtemps que nécessaire on mettra en place un accompagnement pour protéger ce secteur économique.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire que le chômage partiel pourrait aussi être prolongé jusqu'au 30 juin ?

ELISABETH BORNE
Effectivement, on avisera en fonction de la situation, mais je vous dis, on sera aux côtés des entreprises du secteur, et on sera là pour protéger les emplois.

PATRICE MOYON
Un mot quand même sur le chômage partiel, parce qu'aucun autre pays n'a pris des mesures aussi généreuses pour soutenir effectivement l'emploi, pour accompagner les salariés. Maintenant il y a peut-être un problème de contrôles, 270 000 contrôles sur 4 millions de demandes qui ont été faites. Vous aviez chiffré je crois au mois de septembre 225 millions d'euros d'abus, mais est-ce qu'il ne faut pas renforcer tout de même ces contrôles, veiller à ce que ces aides aillent bien effectivement aux sociétés et aux personnes qui en ont réellement besoin ? Qu'est-ce que vous faites pour, puisqu'on voit que ce dispositif est prolongé maintenant ?

ELISABETH BORNE
Oui, mais vous savez, enfin moi vraiment, de façon très large, ce dispositif il atteint sa cible, c'est un bouclier massif là encore, pour protéger les emplois, pour protéger les entreprises, et on sait qu'au plus fort de la crise on a eu près de 9 millions de salariés dont la rémunération a été assurée par l'Etat. Heureusement l'activité économique repart, on a parlé des secteurs qui vont mal, heureusement il y a des secteurs qui vont bien, et dont l'activité repart, je pense par exemple au bâtiment et aux travaux publics, mais donc sur tous ces secteurs il faut continuer à les protéger. On fait des contrôles, on fait des contrôles a priori, vous l'avez dit, 220 000 contrôles a priori, 50 000 contrôles a posteriori pendant l'été. Finalement un nombre limité de cas qui sont plutôt des fraudes et des escroqueries, donc ce ne sont pas les entreprises qui fraudent, c'est souvent des gens qui par exemple usurpent des identités. On travaille avec les équipes du ministère de l'Economie et des Finances, pour vraiment traquer ces fraudeurs et ces escrocs…

PATRICE MOYON
Vous avez les instruments pour ça aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Oui oui, et je pense qu'aujourd'hui, vous savez on s'est mis en relation effectivement avec les équipes d'Olivier DUSSOPT, pour croiser les fichiers et pour mobiliser toutes les outils qu'on peut avoir pour identifier les escrocs et les fraudes. Et vraiment je pense qu'on a, enfin il faut aussi avoir en tête qu'on avait l'objectif au début de la crise d'être très réactifs et donc de donner ces aides en 48 heures, là les textes qui s'appliquent maintenant donnent un peu plus de temps pour instruire les dossiers de demande d'activité partielle, parce qu'on est maintenant plus rodé et on voit bien, les secteurs sont bien identifiés, et donc du coup ça nous donne aussi plus de temps pour traquer les fraudeurs en amont.

ORIANE MANCINI
On va parler du protocole sanitaire, notamment dans les entreprises. Selon Santé publique France, c'est dans les entreprises que se trouve le plus grand nombre de foyers de contamination. Est-ce qu'aujourd'hui…

ELISABETH BORNE
Non non non non. Non, je ne peux pas laisser dire ça. Non non…

ORIANE MANCINI
Ce sont les chiffres. Alors, regardez, on va vous les afficher. 25 % des foyers de contamination selon Santé publique France se trouvent aujourd'hui dans des entreprises publiques ou privées. Est-ce qu'il y a un risque aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Alors, ce que nous dit Santé publique France, c'est que les clusters qui sont les quelques cas finalement de propagation de l'épidémie qu'on suit, évidemment on les suit dans des milieux où on sait tracer, mais on sait que ces clusters c'est moins de 10 % des cas de Covid. Donc il ne faut pas non plus se tromper…

ORIANE MANCINI
Mais c'est 25 % des clusters identifiés aujourd'hui, enfin des foyers de contamination identifiés aujourd'hui.

ELISABETH BORNE
Il y a aujourd'hui 200 clusters actifs en entreprises, il y a plus de 2 millions d'entreprises en France. Donc moi je peux vous dire, il y a un protocole sanitaire très strict, qui s'applique depuis le 1er septembre, avec le port du masque obligatoire dès que vous êtes dans des espaces de travail clos et partagés, et ce protocole il est efficace. Les entreprises qui le mettent en oeuvre, il n'y a pas de chaîne de contamination, vous savez qu'on en a un certain nombre, et moi j'en ai visitées qui l'avaient mis, qui avaient mis en place ces règles dès le début de la crise. Il n'y a pas de chaîne de contamination quand on respecte tous les gestes barrières, vous savez, le respect de la distance, le nettoyage des surfaces, effectivement le port du masque…

ORIANE MANCINI
Et comment vous expliquez ces 25 % ?

ELISABETH BORNE
Non mais je vous dis, c'est quelques, enfin, l'essentiel de la contamination se passe dans la sphère privée, on ne va pas tracer chez les gens, donc on ne les identifie pas, il ne faut pas se tromper, c'est vraiment une toute petite partie des cas, on sait que c'est dans des secteurs particuliers, avec lesquels on travaille. Vous savez, c'est quand il y a des hébergements collectifs par exemple, on sait qu'il y a les métiers du froid dans lesquels il y a des conditions particulières, on a eu des cas en abattoirs, on a du coup travaillé avec le secteur pour renforcer les règles, et ce sont des situations très particulières, on les identifie, et c'est bien pour ça qu'on continue à travailler avec Santé publique France pour les identifier, et on renforce les mesures sur ces activités particulières. Mais moi je le dis vraiment très clairement, ce protocole en entreprise, il est très efficace, il n'y a pas de chaîne de contamination, si vous appliquez tous ces gestes barrières. Il est par ailleurs très bien appliqué, il y a eu plus de 50 000 interventions de l'Inspection du travail depuis le déconfinement, en entreprises, il y a eu un peu plus de 300 mises en demeure, donc ça veut dire que les entreprises, les chefs d'entreprise sont conscients de leur responsabilité. Les partenaires sociaux sont aussi là pour rappeler les règles et attirer l'attention de leur employeur, si ça n'était pas le cas. Donc ce protocole, il est à la fois efficace et très bien appliqué.

ORIANE MANCINI
Mais ce protocole sanitaire, vous allez le renforcer, le modifier, compte tenu de la recrudescence de l'épidémie ?

ELISABETH BORNE
Alors, ce protocole il va évoluer sur deux points notamment : sur le télétravail, donc moi je le redis, on peut aller au travail en sécurité, mais c'est important, dans le contexte que l'on connaît, de réduire les interactions sociales, que ce soit au sein de l'entreprise, mais aussi aux abords de l'entreprise, dans les déplacements domicile-travail. Donc on va demander aux entreprises, en particulier dans les zones qui font l'objet d'un couvre-feu, de définir un nombre minimal de jours par semaine en télétravail, pour les postes qui le permettent, et puis on veut aussi demander aux entreprises d'étaler les horaires d'arrivées et de départs, pour éviter l'affluence, et ça doit se faire dans le dialogue social.

ORIANE MANCINI
Mais juste, sur le télétravail, ça restera sur la base du volontariat, il n'y aura pas d'obligation d'un nombre minimum de jours ?

ELISABETH BORNE
Alors, on demande aux entreprises d'en débattre, dans l'entreprise, dans le dialogue social. Je pense que c'est important, parce que vous savez, une règle nationale qui serait plaquée sur des activités, quelle que soit la taille, quel que soit le secteur d'activité, serait inadaptée. Moi j'ai réuni les partenaires sociaux hier, et unanimement, que ce soit les organisations patronales ou représentant les salariés, sont d'accord sur le fait que c'est dans le dialogue social au sein de l'entreprise qu'on va trouver les bonnes règles.

ORIANE MANCINI
Mais ils sont du mal à se mettre d'accord sur le télétravail, les partenaires sociaux.

ELISABETH BORNE
Ils ont par ailleurs engagé et accepté collectivement d'engager une négociation en vue d'un accord qui donnera des repères pour les futurs accords d'entreprises et de branches.

PATRICE MOYON
Alors, il y aura une obligation quand même d'un accord avec les partenaires sociaux dans les entreprises ou le chef d'entreprise pourra imposer… ?

ELISABETH BORNE
Non non, mais c'est une obligation de discuter d'un nombre minimum de jours de télétravail pour les postes qui permettent. Je crois qu'il faut aussi avoir en tête que ça fait plusieurs semaines maintenant qu'on passe le message de l'importance du télétravail, en tout cas de l'intérêt du télétravail. Ces messages ils sont entendus, on a fait une enquête, mon ministère a fait une enquête en début de semaine, qui montrait que plus de la moitié des salariés nous disent que dans leur entreprise, l'employeur recommande le télétravail. Donc le nombre de salariés en télétravail a beaucoup augmenté, c'est ce qui explique par exemple qu'en Ile-de-France la fréquentation des transports en commun est inférieure de 40 % à ce qu'elle était en 2019. Donc je pense que les mentalités ont changé, je pense qu'aujourd'hui les employeurs ont bien compris l'intérêt du télétravail. Par contre, là encore, tous les partenaires sociaux, unanimement, nous disent qu'il faut aussi trouver un équilibre, entre l'intérêt du télétravail pour réduire les interactions sociales, pour limiter aussi la fatigue des salariés dans le déplacement, mais en même temps il y a un enjeu important qu'il faut avoir en tête, de garder les collectifs de travail et puis de faire attention aussi aux risques psychologiques liés à l'isolement des salariés. C'est pour ça qu'il faut trouver cet équilibre dans le dialogue social au sein de l'entreprise.

ORIANE MANCINI
Alors, on parle de l'entreprise, mais comment ça va se passer dans la Fonction publique ? Vous avez dit que l'État employeur allait faire des efforts pour la Fonction publique d'Etat, comment ça va se passer pour la Fonction publique territorial, est-ce que vous avez des discussions avec les Collectivités ?

ELISABETH BORNE
Alors, dans la Fonction publique d'Etat, vous avez vu qu'on s'applique. A nous-mêmes ce qu'on préconise pour les entreprises, puisqu'on a dit qu'on va mettre en place 2 à 3 jours de télétravail pour tous les postes qui, enfin pour lesquels c'est possible, et moi j'invite les employeurs de la Fonction publique territoriale à rechercher la règle adaptée. Là aussi il y a des métiers qui sont très différents, il y a des métiers qui ne sont pas télétravaillables, moi je pense à ceux qui par exemple font l'entretien des routes dans les départements ou dans les communes, mais donc c'est vraiment…

ORIANE MANCINI
Et l'accueil dans les services publics, ça va en pâtir ou là il n'y aura pas de télétravail ?

ELISABETH BORNE
Non non mais vraiment, je pense que, ce que ce qu'on souhaite c'est télétravailler pour les postes pour lesquels c'est possible, on ne va pas réduire l'accueil dans les services publics, on ne va pas arrêter l'entretien des routes ou des espaces verts dans les collectivités. Donc c'est pour ça que c'est chaque employeur qui doit avoir ce dialogue social, pour trouver les bonnes règles, en tenant compte de la nature des postes de travail.

PATRICE MOYON
Alors, vous insistez sur l'importance du dialogue social. Il y aura justement donc une conférence sociale le 26 octobre, présidée par le Premier ministre. Qu'est-ce que vous en attendez concrètement ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que cette conférence de dialogue social c'est la deuxième, et la première s'était tenue très peu de jours après la nomination de Jean CASTEX et après la mise en place du gouvernement, cette Conférence sociale c'est vraiment la marque du fait de l'importance que le Premier ministre et moi-même accordons au dialogue social. On est dans une période totalement inédite on doit trouver des solutions ensemble. Et le dialogue social c'est une des voies pour trouver des solutions pour être le plus efficace et notamment un des sujets sur lesquels on parle beaucoup avec les partenaires sociaux aujourd'hui, c'est le plan de relance, c'est comment on sauve le maximum d'emplois, donc très clairement ces sujets seront au coeur de la Conférence sociale, y compris…

ORIANE MANCINI
Que vous confirmez à la date du 26 octobre.

ELISABETH BORNE
Qui est à ce stade confirmée à la date du 26 octobre. Vous avez vu qu'on s'ajuste aussi en fonction de l'actualité, mais y compris vous savez un enjeu très important dont on parle avec les partenaires sociaux, qui est la façon dont on continue à protéger les salariés, le maximum d'emplois dans les entreprises par exemple, avec l'activité partielle de longue durée, sur lequel on pourra revenir, qui est un dispositif qui marche très bien, mais aussi comment on accompagne les reconversions, pour les salariés qui sont dans des secteurs qui rencontrent des difficultés, alors même qu'il y a aussi des secteurs qui vont bien ou même très bien, et qui recrutent. Et donc c'est vraiment ce type de sujets qui sont au coeur des échanges qu'on a actuellement avec les partenaires sociaux.

ORIANE MANCINI
Et justement, on va en parler. Patrice.

PATRICE MOYON
Alors, un jeune - une solution, jusqu'au mois de février il y a des aides exceptionnelles qui sont accordées pour l'embauche de jeunes de moins de 26 ans, 5 000 € pour les entreprises qui embauchent des jeunes de moins de 26 ans. Alors, est-ce que, est-ce que vous avez des chiffres déjà, les premiers résultats sur ce plan qui a été mis en place ?

ELISABETH BORNE
Alors, ce plan un il montre, enfin, il traduit la priorité que le gouvernement accorde à la jeunesse. On sait que c'est très dur d'être jeune en 2020, qu'il y a beaucoup d'inquiétudes sur l'avenir, sur son avenir en termes de formation, en termes d'entrée sur le marché du travail, et donc dès le mois de juillet on a voulu présenter ce plan massif pour accompagner la jeunesse, dans sa formation, dans des formations qui sont qualifiantes, qui vont permettre d'avoir des métiers, des métiers durables, et puis pour trouver effectivement des emplois. Les premiers résultats que l'on a, sont positifs, enfin, moi je ne vais pas crier victoire, mais on sera évidemment très attentifs dans le suivi, mais on voit qu'au mois d'août on a eu plus d'embauches de jeunes, sur les contrats à durée indéterminée et les CDD de plus de 3 mois, donc c'est ce qu'on soutient avec la prime à l'embauche de 4 000 €. On a eu plus d'embauches, 9 % de plus en 2020, en août 2020, qu'en 2019.

PATRICE MOYON
Ce qui représente combien de…

ELISABETH BORNE
180 000 embauches. 180 000 embauches de jeunes, donc ça montre aussi que les entreprises entendent le message, cette espèce de solidarité qu'on doit avoir vis-à-vis de notre jeunesse pour lui permettre d'entrer sur le marché du travail. Et puis donc il y a d'autres dispositions, vous l'avez mentionné, pour soutenir les employeurs qui veulent signer des contrats d'apprentissage ou de professionnalisation, 5 000 € pour un mineur, 8 000 € pour un majeur. Donc ça veut dire que finalement pour l'entreprise ça ne coûte quasiment rien quand on embauche un apprenti. Et là aussi on a vraiment des signaux positifs, on n'a pas encore les chiffres consolidés, mais alors qu'on nous disait avant l'été, on nous annonçait - 20 , - 30 % sur l'apprentissage, qui aurait été catastrophique, aujourd'hui on sait qu'il y a une grande majorité de secteurs dans lesquels on sera au niveau, voire même au-delà de ce qu'on a eu en 2019, qui a été une année historiquement haute, par exemple c'est le cas dans le bâtiment, c'est le cas dans beaucoup de métiers de l'artisanat, c'est le cas dans les métiers du soin. Donc on a effectivement des signaux positifs dans ce domaine-là, qui montrent que l'Etat mobilisé, mais également les entreprises ont bien entendu le message de la nécessité d'accompagner les jeunes dans leur entrée dans la vie professionnelle. Et puis ce Plan jeunes, il s'intéresse aussi aux jeunes qui sont plus éloignés de l'emploi, vous savez ces 300 000 parcours d'insertion, c'est des garanties Jeunes, et moi je voudrais dire un point vraiment qui me tient à coeur, on a veillé à ce que tous les dispositifs nombreux qu'on met en place pour accompagner la jeunesse, à chaque fois il y ait une rémunération de l'ordre de 500 € pour les jeunes. Evidemment quand ils sont embauchés, qu'ils ont un contrat d'apprentissage, ça va aller au-delà, mais la garantie jeunes, c'est une rémunération de l'ordre de 500 €. On a revalorisé la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle, ça n'avait pas été fait depuis des années, et là encore, quand on entre dans une formation professionnelle, on a une rémunération de stagiaire qui est de l'ordre de 500 €.

ORIANE MANCINI
Un mot Madame la Ministre sur Territoire zéro chômeur de longue durée. Le nouveau texte a été voté par le Parlement, ça prolonge l'expérimentation, ça l'étend même, désormais il y a 60 territoires qui sont concernés, certains voudraient faire sauter ce verrou de 60 territoire, est-ce que vous allez y réfléchir ?

ELISABETH BORNE
Peut-être un mot pour dire que c'était important, je pense qu'on discute de cette proposition de la loi maintenant, moi je me réjouis qu'elle ait été votée à l'unanimité à l'Assemblée, qu'elle ait aussi été adoptée par le Sénat, j'espère que la Commission mixte paritaire permettra d'adopter définitivement ce texte rapidement, et c'est important parce que ça montre la volonté, partagée entre le gouvernement et le Parlement, de ne laisser personne sur le bord de la route. Donc ça muscle des dispositifs sur l'insertion par l'activité économique, pour accélérer les embauches par les entreprises d'insertion par l'activité économique, et puis ça vise effectivement à pérenniser et à étendre une démarche complémentaire, qui est Territoires zéro chômeur de longue durée ; on a porté le nombre à 60, moi je me suis engagée, et donc ce sera fait, à adapter la rédaction du texte en lien avec notamment les rapporteurs de l'Assemblée et du Sénat, pour qu'on s'assure qu'on ne laissera aucun territoire qui serait prêt, sur le bord de la route là aussi, et donc on aura une soupape pour permettre aux territoires qui le veulent…

ORIANE MANCINI
Ça veut dire… Un mot, quand Audrey PULVAR, qui est candidate, presque candidate en tout cas de la gauche en Ile-de-France, dit : « Moi, si je suis élue, je souhaite étendre Territoires zéro chômeur de longue durée à toute l'Ile-de-France », vous dites « c'est une bonne idée » ?

ELISABETH BORNE
Je dis que c'est des dispositifs complémentaires, on n'est pas dans une phase de généralisation, on est dans des phases d'expérimentation, il nous a semblé important d'élargir l'expérimentation et de permettre à tous les territoires, je rappelle que ce n'est pas les régions qui portent ce genre d'expérimentation, peut-être madame PULVAR ne le sait pas encore, mais donc ce sont les collectivités, les départements, qui sont en pointe sur l'insertion, et donc moi je souhaite que tous ceux qui veulent le faire puissent effectivement rentrer dans ces expérimentations.

ORIANE MANCINI
Dernière question.

PATRICE MOYON
Alors, l'économiste Pierre CAHUC dénonce le coût de ce dispositif. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est important qu'on lève effectivement ces débats, et c'est en étendant l'expérimentation qu'on aura un laboratoire à la bonne taille, qui permettra aux territoires volontaires d'expérimenter, mais il faut effectivement, on n'est pas au stade de la généralisation, mais bien de l'élargissement et de la poursuite de l'expérimentation.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2020