Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à CNews le 16 octobre 2020, sur l'impact du couvre-feu Covid pour le transport de voyageurs, les tests antigéniques et les conséquences sociales de la crise sanitaire.

Prononcé le

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour Madame FERRARI.

LAURENCE FERRARI
Bienvenu dans la Matinale de CNews. Ce soir, c'est le début des vacances de la Toussaint. Cinq millions de voyageurs attendus dans les trains et les gares. Est-ce que la SNCF va maintenir tous ses trains ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. Elle l'a annoncé hier matin. Elle maintient tous ses trains. D'ailleurs on a vu effectivement quelques annulations, quelques modifications de billets après l'annonce du président de la République, mais la SNCF maintient tous ses trains de manière à ce que ceux qui ont réservé, qui ont le projet de voyager en sécurité puisque vous savez que le protocole sanitaire de la SNCF est robuste et en place depuis maintenant de nombreux mois, puissent se déplacer dans des bonnes conditions de sécurité.

LAURENCE FERRARI
Pas de restrictions pendant deux semaines, les deux semaines des vacances de la Toussaint ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument. On va se donner, notamment sur les transports du quotidien, notamment le métro, on va se donner le temps de voir notamment comment le télétravail va avoir un impact sur l'offre de trains, le nombre de trains et de métros, n'ont pas de modifications dans les deux prochaines semaines.

LAURENCE FERRARI
On va faire juste une seconde le couvre-feu mode d'emploi.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui.

LAURENCE FERRARI
Est-ce qu'on peut prendre les trains le soir qui arrivent à destination après 21 heures ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. De même que l'avion si vous avez votre billet et le billet tient lieu d'attestation. Ça marche pour tous les modes de transport.

LAURENCE FERRARI
Est-ce que vous seriez d'accord pour que les billets de théâtre et de concert aussi fassent office de dérogation comme les billets de train.

Jean-Baptiste DJEBBARI
Alors j'ai lu ce qu'a écrit. Roselyne BACHELOT et je sais que c'est une discussion qui possiblement va avoir lieu.

LAURENCE FERRARI
Mais vous trouveriez ça normal ? A partir du moment où on a un billet de train, on peut aller au théâtre.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'entends la demande. Je pense qu'il faut avoir une règle qui soit assez homogène sinon vous multipliez les dérogations et vous affaiblissez la règle, donc je pense que tout ça va trouver des lieux de discussion notamment locaux.

LAURENCE FERRARI
Tant pis pour les artistes. Aller chercher quelqu'un à la gare après 22 heures, on peut, on ne peut pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. Si la personne est vulnérable, a du mal à se déplacer et là encore, le bon sens prévaut.

LAURENCE FERRARI
Les trains couchettes, on les maintient ? Ils sont maintenus ? Il y en a encore qui circulent ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. Alors peu, pas assez mais ils sont maintenus et vous en avez encore deux qui roulent en France, un peu péniblement au gré des travaux, je dois dire.

LAURENCE FERRARI
Les trains sont désinfectés. Vous rappeliez le protocole sanitaire. Est-ce que vous avez des règles de distanciation nouvelles dans les TGV ? On parle de la bulle de six, pas plus de six personnes à l'intérieur, six personnes réunies. Est-ce que ce sera appliqué dans les rames de trains par exemple ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non. Ce qui est appliqué, c'est l'ensemble du protocole, vous l'avez dit. Nettoyage, désinfection plusieurs fois par jour avec des produits virucides qui ont des effets plusieurs semaines. Evidemment le masque, très bien porté depuis le 11 mai ; plus de 95% des gens ont adhéré tout de suite au port du masque. Evidemment des canalisations des flux de voyageurs, et puis le port du masque tout le voyage, ce qui permet aussi de se protéger pendant le temps de transport.

LAURENCE FERRARI
Vous avez évoqué le métro, il y a encore des lignes surchargées certains jours. On a en mémoire la ligne 13 – on le voit même en images - il y a d'autres lignes. Comment est-ce que vous pouvez nous affirmer qu'il y a moins de 1,2% de contaminations dans les transports en commun ? En réalité, vous ne le savez pas, parce que vous ne savez pas tracer les gens qui sont dans les métros. StopCovid ne marche pas et donc il n'y a pas de contrôle d'identité, pas de places réservées dans le métro.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce chiffre, il est intéressant. Il vient de Santé publique France qui a répertorié les clusters et qui a interrogé les gens qui ont été contaminés dans les clusters et qui a essayé de déterminer quels étaient les lieux dans lesquels les clusters se créaient de la façon la plus dynamique. Disons-le comme ça. Et ils ont effectivement vu que dans les entreprises privées et publiques, vous aviez près 25% des clusters et que dans les transports au sens large, c'était 1,2%, un peu moins sur les transports en commun. Ce chiffre vient de Santé publique France. Ce sont des questionnaires qui remontent sur des bases réelles. Vous avez raison de dire qu'on n'arrive pas à tracer…

LAURENCE FERRARI
Non, on ne peut pas tracer les gens.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Comme en Chine par exemple où la population, parce qu'il y a beaucoup de contrôles, est intégralement tracée. Vous voyez, ça renvoie quand même aussi à la liberté individuelle, au partage des données, à tous ces débats qui ont d'ailleurs eu lieu au moment où StopCovid a été lancé.

LAURENCE FERRARI
Sur les aéroports, le président MACRON a annoncé le déploiement des tests antigéniques. Est-ce qu'ils vont être réservés aux aéroports ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors on va les lancer dans les aéroports, notamment au départ vers des destinations comme les États-Unis ou l'Italie, et à l'arrivée sur les pays rouges de manière à ce qu'on n'ait plus de personnes qui rentrent de pays rouges dans le territoire français sans être testés. On va mettre ça en place d'ici à la fin octobre et après, évidemment, tout ça a vocation à monter en puissance dès lors que c'est autorisé, que c'est fiable, que c'est sûr et que ça permet effectivement d'améliorer la fluidité et la sécurité des déplacements.

LAURENCE FERRARI
Les pays en zone rouge, c'est-à-dire la moitié de l'Europe aujourd'hui.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors les pays en zone rouge hors Europe, mais vous avez effectivement des pays en Europe qui posent des restrictions. Vous allez en Allemagne, ils demandent un test PCR.

LAURENCE FERRARI
Donc on va faire la même chose avec des tests antigéniques à l'arrivée pour les voyageurs.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
L'idée c'est effectivement que de toute façon, on harmonise à l'aide des tests antigéniques, notamment en Europe, l'ensemble des protocoles sanitaires qui aujourd'hui sont un peu différents.

LAURENCE FERRARI
Et un jour, on aura ça dans les trains ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
L'Italie commence à le faire. Ils demandent un test pour les transfrontaliers, que ce soit un test PCR, un test antigénique. Donc oui, si le test antigénique est sûr, disponible, en masse, j'imagine qu'il aura vocation à se développer.

LAURENCE FERRARI
"Si", vous avez raison de dire "si".

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et quand.

LAURENCE FERRARI
Voilà, et quand. Est-ce que c'est une bonne idée, ce couvre-feu ? Est-ce que vous n'avez pas peur que ça crée une nouvelle fracture sociale entre ceux qui pourront évidemment partir en week-end - ils vont partir en vacances aussi ce soir - et ceux qui seront assignés à résidence, et ce sont toujours les mêmes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est la discussion politique qu'on a eue notamment autour du Premier ministre.

LAURENCE FERRARI
Oui. Vous étiez opposé à ce couvre-feu.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi, je n'ai pas de qualité particulière pour…

LAURENCE FERRARI
Non, mais vous pouvez dire ce que vous pensez.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas, j'ai dit les conséquences sociales et ce que je craignais et ce qu'il fallait adresser. Et effectivement, ce n'est pas tout à fait pareil d'être directeur marketing d'une grosse boîte en télétravail au Touquet et d'être caissier de supermarché, en quelque sorte obligé de remplir son office et ils le font d'une façon extraordinairement courageuse depuis le début de toute cette crise Covid. Nous aurons demain des annonces, notamment pour les plus précaires, et je pense qu'il faut répondre politiquement à ceux qui sont précarisés et on sait très bien que le Covid précarise davantage ceux qui sont déjà dans des situations difficiles. Donc je veux qu'on ait effectivement une attention tout à fait particulière à l'égard des plus précaires, les moins aisés et de ceux qui sont particulièrement touchés par la crise, bien sûr.

LAURENCE FERRARI
Vous parlez du Touquet. Le maire du Touquet a annoncé ce matin qu'il allait mettre en place un couvre-feu alors qu'il n'est pas du tout en zone rouge, même chose pour La Baule et d'autres villes de vacances. Ça ça va être ça, le résultat ? C'est que du coup, on va étendre le couvre-feu un peu partout ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien le résultat, ça va être que les maires localement notamment prennent leurs responsabilités et décident effectivement préventivement d'appliquer un certain nombre de mesures, parce qu'ils anticipent ou qu'ils ont connu des afflux de Parisiens, pour être explicite, au moment du premier confinement.

LAURENCE FERRARI
Il y a les Bordelais aussi, les Lyonnais.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bien sûr. L'Ile de Ré, enfin on connaît tout ça. Je pense qu'il y a une logique effectivement à ce que les maires localement se prémunissent, assurent parce que c'est aussi leur mission la sécurité, la salubrité publique et prennent les décisions qui s'imposent.

LAURENCE FERRARI
Les plus précaires, vous avez raison d'insister, la crise a fait basculer dans la pauvreté des centaines de milliers de personnes, notamment les jeunes. Est-ce que vous les prenez pour des imbéciles ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non.

LAURENCE FERRARI
Parce que, écoutez, on va écouter juste ce qu'a dit le président MACRON, c'était il n'y a pas longtemps, c'était mercredi soir. Il nous a parlé d'une prime de cent cinquante euros plus cent euros par enfant pour chaque personne bénéficiant du RSA et des APL. Ecoutons-le.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Ce que nous allons faire, parce que c'est le dispositif le plus large et le plus efficace, c'est pour les bénéficiaires du RSA et des APL, ce qui touche du coup tous les jeunes là aussi très largement, les 18-25 ans, d'avoir une aide exceptionnelle là pendant ces six semaines qui viennent de cent cinquante euros plus cent euros par enfant. La même chose que ce qu'on a fait justement au printemps.

LAURENCE FERRARI
Patatras ! Aujourd'hui Matignon dit : "Non, non, non. Ceux qui ont les APL, ils n'auront pas cette prime de cent cinquante euros. Ils auront uniquement cent euros par enfant." Evidemment pour les jeunes, ça réduit très, très largement l'assiette. Encore une fois, vous les prenez pour des imbéciles ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non. Mais je pense que le sujet des jeunes qui est évidemment compliqué c'est que, 1) le meilleur avenir qu'on peut leur dessiner, c'est effectivement d'avoir un emploi. Ça veut dire résister…

LAURENCE FERRARI
OK. Non mais répondez juste à ma question.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais je vais répondre.

LAURENCE FERRARI
Pourquoi le président dit quelque chose et Matignon dit l'inverse. Qui faut-il croire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le président et Matignon ont aussi communiqué hier sur le fait que pour les jeunes, il y avait des dispositions qui allaient commencer à être égrainées demain, notamment pour les plus précaires. Vous savez que…

LAURENCE FERRARI
D'accord.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc je réponds à votre question, il y aura des mesures…

LAURENCE FERRARI
Non, non. Le président dit cent cinquante euros pour tous ceux qui ont les APL et aujourd'hui on dit : "Non, pas du tout".

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais le président et le Premier ministre hier se sont exprimés sur le sujet en disant…

LAURENCE FERRARI
Ils ont déjà changé d'avis.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ils n'ont pas changé d'avis.

LAURENCE FERRARI
Ah si !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je crois qu'il faut avoir des dispositifs qui soient le plus adaptés possible. Je n'ai pas le détail de ce que vous évoquez ce matin. J'ai bien compris le sujet qu'effectivement…

LAURENCE FERRARI
Matignon dit : "Non, il n'y aura pas cent cinquante euros pour ceux qui ont les APL." Cent cinquante euros pour quelqu'un qui a les APL, c'est énorme et vous le savez.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bien sûr que c'est énorme. Bien sûr que c'est énorme. Moi j'ai entendu Matignon et l'Elysée hier s'exprimer sur le sujet en disant et en renvoyant à ce qui sera notamment annoncé demain, dans les jours qui viennent sur la stratégie de lutte pour ceux qui sont les plus précarisés, et parmi les plus précarisés les jeunes. Donc il y aura des réponses spécifiques sur les jeunes ; il y a déjà eu des réponses mais évidemment c'est une population qui subit en quelque sorte une crise au carré et nous en sommes pleinement conscients et nous les prenons parfaitement pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des citoyens éclairés et responsables.

LAURENCE FERRARI
Bien sûr. Mais la question est : est-ce qu'on peut croire la parole du président ? Quand il nous annonce à la télé devant vingt millions de téléspectateurs qu'il y aura une aide pour les jeunes qui ont les APL ? Est-ce qu'on peut le croire oui ou non ? Ou est-ce que sa parole n'est pas crédible ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous pouvez évidemment croire le président et il y aura des aides…

LAURENCE FERRARI
Donc il y aura des aides de cent cinquante euros pour ceux qui ont les APL.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y aura des aides pour les jeunes, adaptées, dans les modalités qui seront définies par le gouvernement, mais l'objectif ce sera évidemment, et l'ambition sera tenue, – je n'ai pas le détail parce que ce n'est pas mon portefeuille, mais oui il y aura des aides adaptées pour les jeunes.

LAURENCE FERRARI
Mais ça fait désordre évidemment pour les populations concernées. Vous avez annoncé la création d'un bonus de mille euros pour les voitures électriques…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'occasion.

LAURENCE FERRARI
D'occasion, ça c'est une bonne chose. Mais dans le même temps, bing !, une taxe de plus alors que le gouvernement évidemment s'était engagé à ne pas augmenter les impôts. Elle va concerner les véhicules de plus de 1,8 tonne. Bruno LE MAIRE à votre place m'avait dit : "Non, je vais m'y opposer". Finalement, il faut faire plaisir aux citoyens de la Convention climat ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ça s'appelle le dialogue interministériel et à un moment, il y a un Premier ministre qui tranche. Et donc nous faisons les deux choses et ce n'est pas tout à fait incohérent. Sur les petits véhicules électriques d'occasion, nous mettons une prime de mille euros pour que les ménages justement les moins aisés puissent avoir accès au marché de l'occasion. On sait que c'est plutôt des petits véhicules.

LAURENCE FERRARI
Mille euros pour une voiture électrique.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En plus de toutes les primes qui existent déjà. C'est-à-dire que quand vous les cumulez…

LAURENCE FERRARI
Ça fait combien ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous pouvez arriver avec les aides locales à plus de douze mille euros pour acheter un véhicule électrique d'occasion qui aujourd'hui, vous voyez, on l'achète neuf à vingt-quatre, vingt-cinq, d'occasion quand il est décoté, on commence à avoir un vrai marché de l'occasion et donc des véhicules accessibles et largement aidés par les aides. Sur les véhicules les plus lourds, effectivement la décision a été prise de mettre une taxe sur le poids. C'est les véhicules de plus de 1,8 tonne. Vous voyez bien…

LAURENCE FERRARI
Donc c'est une taxe. Donc on ne peut pas vous croire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous voyez bien que ça ne touche pas la même population et que, oui, ce sont des conciliations. Ce sont des conciliations entre différents dispositifs qui permettent, là en l'occurrence, d'accompagner le marché émergeant de l'occasion plutôt que des véhicules urbains pour des ménages à pouvoir d'achat moyen, et puis effectivement de renchérir pour aller vers des véhicules plus propres.

LAURENCE FERRARI
On a tous compris qu'il y aura des taxes et que la promesse de ne pas augmenter les impôts, elle n'existera pas. Ça, je pense qu'on a compris. Le but, c'est de ne pas déstabiliser le secteur, encore une fois, automobile qui a pris vraiment un impact très fort avec la crise du Covid.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais d'abord l'automobile, le secteur automobile a fait d'énormes efforts ces quelques dernières années pour faire émerger une offre qui aujourd'hui est solide, notamment sur l'électrique, sur l'hybride. Vous voyez bien qu'il y a un sujet quand même de localisation de l'activité. C'est géopolitique par rapport au bloc chinois, Amérique et notamment chinois qui nous concurrencent très fortement. Et donc oui, il faut soutenir le secteur automobile. Oui, il faut recréer de l'emploi sur les nouveaux modèles, les nouvelles gammes. Et oui, il faut avoir un soutien public qui soit pour le coup stable, constant, cohérent sur de nombreuses années parce que les investissements sont énormes. Et on a vu que les Français, comme nous avons fait le plan de soutien au secteur, ont massivement re-consommé, acheté des véhicules et notamment des véhicules plus propres.

LAURENCE FERRARI
Absolument. Sur la SNCF, pareil, l'État a beaucoup misé sur la SNCF. Est-ce qu'il y aura des suppressions d'emplois en vue puisque le trafic, on le sait, a fortement diminué ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, il n'y a pas de suppressions d'emplois. Il y a effectivement un soutien très fort de l'État, c'est cinq milliards pour le ferroviaire sur les onze milliards de soutien de relance pour les. Transports. Il y a une décennie heureuse qui s'ouvre pour le ferroviaire en quelque sorte. Vous savez que c'est un mode qui est plébiscité par les Français, que nous investissons beaucoup pour régénérer le réseau qui est ancien, trop vétuste, et il y a des nouvelles priorités politiques que nous avons affichées, qui ont été énoncées par le président de la République sur les trains de nuit, sur le fret ferroviaire. Donc moi je crois que l'avenir du ferroviaire est plutôt rose, il faut l'accompagner. Les métiers vont changer aussi.

LAURENCE FERRARI
Rose ? Pour l'instant, il est plutôt gris.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais les métiers vont changer aussi. Si ce que vous me dites c'est que des gens au sein du groupe SNCF vont changer de métier, oui. Il y a des choses qui vont être… Une partie de réseaux qui va être automatisée, donc oui, on aura comme dans tous les secteurs économiques des métiers qui vont évoluer, des gens qui vont se reformer, se reconvertir dans d'autres parties du groupe, peut-être chez d'autres opérateurs. Mais ça, c'est la vie en général, ça ne veut pas dire…

LAURENCE FERRARI
D'autres opérateurs, ça veut dire quoi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça veut dire que vous avez, par exemple, des conducteurs de fret SNCF, ou des conducteurs, des agents de réseau qui vont aller travailler chez FRET SNCF. Vous voyez ce que je veux dire ? On peut très bien changer et puis progresser et puis vouloir…

LAURENCE FERRARI
Ils sont d'accord les cheminots ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je crois que les cheminots dans le contexte qu'on connaît aujourd'hui avec, par exemple, la dépression du secteur aéronautique, les difficultés du secteur automobile, savent qu'ils sont dans un secteur qui est très largement soutenu par l'État et depuis 2017, qui est encouragé par l'ensemble des soutiens publics y compris européens, et qu'ils sont plutôt sur un secteur plébiscité par l'opinion publique. Donc j'imagine que les cheminots sont un peu plus rassérénés ou devraient l'être en tout cas que d'autres secteurs, notamment…

LAURENCE FERRARI
Est-ce que vous avez fait pression sur la SNCF pour vendre une filiale qui s'appelle ERMEWA, une société de location de wagons de fret ? Ça pourrait rapporter environ deux milliards et demi d'euros, ça vous permettrait d'éponger un tout petit peu la dette de la SNCF.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, parce que le principe d'avoir mis cinq milliards d'euros sur la table, ça permet effectivement de ne pas avoir recours à des cessions immédiates. Ensuite vous avez un groupe public ferroviaire et son dirigeant, Jean-Pierre FARANDOU, qui a décidé pour financer d'autres investissements, de faire tourner comme on dit les actifs et de se délester ou de vendre les actifs qui lui paraissent…

LAURENCE FERRARI
Les bijoux de famille comme disent…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce n'est pas les bijoux de famille. Qui lui paraissent être le moins en rapport avec le coeur de l'activité ferroviaire. C'est une pratique…

LAURENCE FERRARI
Oui, oui. Et pourtant Jean-Pierre FARANDOU préfère garder les cars KEOLIS et les camions GEODIS et, a priori, ils sont en concurrence avec le fret. C'est compatible ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je le dis, c'est la logistique et on voit bien qu'aujourd'hui le monde de la logistique évolue beaucoup, se recompose beaucoup et donc il n'y a pas de logique à vouloir dans un monde en très forte recomposition envisager la vente maintenant. Et KEOLIS, c'est les transports collectifs urbains, et donc c'est une activité stratégique pour la SNCF, ce qui se comprend bien.

LAURENCE FERRARI
Est-ce que vous allez partir en week-end, Jean-Baptiste DJEBBARI, avant le couvre-feu ce soir à minuit ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a longtemps, vous savez, que j'ai abandonné l'idée de partir en week-end en vacances. Je pense que jusqu'à la fin de la politique, on est quand même, voilà, au travail, au front et c'est le mandat qu'on nous a donné.

LAURENCE FERRARI
La fin de la politique ? Elle est pour bientôt la fin de la politique ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y aura une fin de la politique, c'est sûr, pour moi. Ça, c'est sûr.

LAURENCE FERRARI
Régionales éventuellement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Nous verrons puisque nous avons des discussions avec nos amis du MoDem sur le sujet et donc nous prendrons une décision collective. Mais c'est vrai que le Covid absorbe un peu toute l'actualité y compris l'actualité électorale.

LAURENCE FERRARI
Et on verra si les élections auront lieu ou pas. Ça, c'est encore un autre sujet.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument.

LAURENCE FERRARI
Vous pensez qu'elles seront décalées ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a un groupe de travail qui va être mis en place avec les différents partis politiques, les différents groupes et j'imagine, j'espère, que nous arriverons à tracer une convergence et un consensus clair sur le sujet.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Jean-Baptiste DJEBBARI d'être venu ce matin dans la Matinale de Cnews.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2020