Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'État chargée des personnes handicapées, à RTL le 6 octobre 2020, sur les mesures d'accompagnement des aidants (permanences téléphoniques, maisons de répit).

Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Sophie CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour Yves CALVI.

YVES CALVI
Vous êtes secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées, et nous vous recevons ce matin à l'occasion de la Journée nationale des aidants. Vous ferez d'ailleurs un déplacement avec Emmanuel et Brigitte MACRON aujourd'hui. On dit que l'épouse du président est très investie dans ces questions. Quel est le but exact de cette visite et est-ce que nous aurons des annonces ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, le but de cette visite est de pouvoir discuter avec des aidants. 8 à 10 millions de personnes qui sont aidants, qui s'occupent à un moment de leur vie, soit d'un enfant handicapé, d'un adulte handicapé, soit d'une personne vieillissante, un proche. Près de 60% ce sont des aidantes avant tout. Et puis, beaucoup de ces aidants arrêtent de travailler pour s'occuper de leurs enfants ou pour s'occuper de leurs aidés. Donc c'est une attention particulière que le chef de l'État a toujours eue pour ces aidants. Nous nous sommes engagés très tôt sur une vraie stratégie pour les accompagner, sur leur santé, sur leur vie professionnelle, sur la conciliation vie familiale et professionnelle, et c'est en effet un sujet que Brigitte MACRON porte aussi énormément.

YVES CALVI
Alors, je pense que beaucoup de nos auditeurs seront surpris d'apprendre ce chiffre que vous venez de nous confirmer : entre 8 et 10 millions de Français qui seraient des aidants. Depuis le 1er octobre le congé proche aidant a été mis en place, c'est un soutien financier ou ce sont des congés rémunérés ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, en fait c'est pour les aidants qui sont en situation salariée, qui sont en situation professionnelle et qui ont besoin de s'absenter. On voit bien que par exemple l'année dernière plus de plus de 16 jours d'absence pour pouvoir s'occuper, d'un aidant. Donc ce qu'on a voulu faire c'est simplifier leur vie, avoir apaisé le dialogue dans leur entreprise, pouvoir dire à son patron : voilà, je suis aidant, j'ai besoin de, une demi-journée, une journée, 15 jours, rémunéré par l'État, par la Sécurité sociale, et ça c'est important parce que ça apaise et on permet de mieux concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle. C'est un bon de tirage de 3 mois dans sa carrière, pour pouvoir mettre en place des aides pour s'occuper de son aidé, justement.

YVES CALVI
Alors, rémunéré à quelle hauteur, pour combien de temps, vous venez de répondre à la question, jusqu'à 3 mois.

SOPHIE CLUZEL
Oui, jusqu'à 3 mois, on a démarré comme ça, on verra dans un an, s'il est très utilisé on pourra recalibrer. Notre aide c'est 53 euros pour une personne qui vit en couple, et 43 euros pour une personne seule.

YVES CALVI
Est-ce que les entreprises jouent le jeu et incitent les employés dans le besoin à y avoir recours ? J'ai envie de vous dire, ce n'est pas facile pour un patron de dire à son employé, sur lequel il a fait un investissement, qu'il renforce et à qui il confie des responsabilités, de dire : eh bien voilà, allez-y, je comprends votre situation.

SOPHIE CLUZEL
C'est beaucoup plus simple maintenant pour les entreprises, parce que ce congé est identifié, alors qu'aujourd'hui parfois les aidants se cachaient pour téléphoner, pour passer des heures au téléphone pour mettre en place le service. Là au contraire on clarifie les choses, on permet à l'entreprise de pouvoir anticiper, tout simplement on concilie mieux sa vie professionnelle et sa vie familiale.

YVES CALVI
Alors, 8 à 10 millions d'aidants dans notre pays, est-ce que leur rôle est perçu, je dirais à leur juste valeur ? 71% des aidants déclarent s'être sentis seuls dans leur engagement, c'est un sondage IPSOS, 60% des aidants se sont sentis dépassés, vous l'évoquiez, pardonnez-moi, il y a quelques instants, qu'on ne leur demande pas de remplacer été d'endosser un rôle de structure ou de centre d'accueil défaillant ?

SOPHIE CLUZEL
C'est d'abord un choix personnel d'être aidant, et puis surtout les aidants ne savent pas quelques fois qu'ils sont aidants, parce que…

YVES CALVI
C'est un choix subi, Sophie CLUZEL, vous le savez bien.

SOPHIE CLUZEL
Pas toujours, attention, pas toujours. Il y a beaucoup de personnes qui me disent : moi, pour rien au monde je ne m'occuperai pas de mon aidé, ça c'est important. Parfois c'est subi, c'est certain, c'est pour ça que nous travaillons aux solutions de répit, aux solutions justement de secours, c'est pour ça que j'ai anticipé pendant la crise du Covid, le numéro 0 800 360 360, pour permettre justement à ces familles qui brusquement, à cause du confinement se retrouvaient avec un adulte, avec un enfant, au long cours, alors qu'avant il était par exemple dans une structure, nous avons mis ce numéro en place pour trouver des solutions de répit. Nous avons plus de 30 000 places maintenant de solutions de répit, 20 000 pour les adultes, ce n'est pas assez, et nous y travaillons encore, puisque c'est justement dans cette stratégie, nous avons 105 millions pour créer ces places de répit. Nous créons des plateformes, et c'est une plateforme que nous allons voir justement avec le président et Madame MACRON ce matin, pour justement comprendre de quoi ont besoin les aidants, d'être écoutés, d'être entendus, d'être soulagés par moment, pour des solutions de répit, nous avons aussi le baluchonnage, le relayage, c'est-à-dire que des personnes peuvent venir à la maison, pour permettre justement d'aller souffler un week-end tout simplement.

YVES CALVI
Donc, concrètement, ce que vous appelez une solution de répit, on en comprend le sens, c'est la possibilité par exemple d'avoir quelqu'un qui viendra vous aider ou vous remplacer pour que vous respiriez ou pour vous travailliez d'ailleurs, chez vous, pour prendre en fait votre charge.

SOPHIE CLUZEL
Exactement, ou alors tout simplement que la personne aidée puisse aller dans une maison, une maison de répit, par exemple celle que nous avons inaugurée l'année dernière à Tassin-la-Demi-Lune, avec la Fondation OVE, qui est une très très belle maison de répit, qui permet pendant 90 jours de pouvoir avoir justement, en bon de tirage, c'est-à-dire fractionné, pouvoir tout simplement avoir un accueil digne et respectable de la personne aidée, pour comme moi aidant je puisse souffler tout simplement.

YVES CALVI
Combien avons-nous de maisons de répit aujourd'hui dans notre pays ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, nous n'en avons pas assez, c'est bien l'enjeu, et là c'est pour ça que nous devons travailler aussi avec des mécénats d'entreprise, parce que c'est des coûts importants de créer des maisons de répit…

YVES CALVI
Eh bien bien sûr, oui.

SOPHIE CLUZEL
Parce qu'elles sont très complètes. Donc nous avons justement un plan de développement, mais c'est pour ça que ces 105 millions ils servent déjà à créer des solutions de répit, avec les associations qui existent déjà.

YVES CALVI
Combien sont-elles, néanmoins, au moment où nous parlons ? Ces maisons de répit.

SOPHIE CLUZEL
Oh, nous avons un modèle extrêmement précis de la maison de répit, extrêmement complet à Lyon, et nous avons des solutions de répit dans les établissements. 30 000 places aujourd'hui. 30 000 places qui sont créées partout en France.

YVES CALVI
Donc vous ne me répondez pas en lieu, vous me répondez en places, je vous ai bien compris…

SOPHIE CLUZEL
Parce que c'est fractionné, ça peut être fractionné dans les établissements qui existent déjà. Mais je vous parlais de cette maison emblématique que nous voudrions développer, parce qu'elle est extrêmement complète, c'est une vraie maison où on peut vraiment poser ses valises pendant 8 jours, pendant 15 jours, pour pouvoir justement souffler, avec ou sans sa personne aidée. Ce que je veux moi, c'est tous tout simplement pouvoir trouver des solutions quand on a des appels au secours. Et c'est bien pour ça que nous avons déployé ce numéro qui est extrêmement, extrêmement utilisé, dans l'ensemble de la France nous avons 63 départements maintenant qui sont couverts, nous allons couvrir l'ensemble de la France d'ici la fin de l'année, pour tout simplement avoir un seul numéro à décrocher et arrêter ces errances téléphoniques permanentes.

YVES CALVI
Il s'agit du 0800 360 360 et bien entendu je le redonnerai à la fin de cet entretien. Est-ce que dans notre pays aujourd'hui il arrive encore qu'on doive quitter son boulot, et j'ai envie de vous dire quasiment définitivement, pour être aidant, pour accompagner quelqu'un dans une maladie, une fin de vie, un handicap ?

SOPHIE CLUZEL
40% des mamans arrêtent de travailler. 40% des mamans arrêtent de travailler, très souvent quand il y a par exemple la survenue d'un enfant handicapé. Pour autant, moi ce que je veux…

YVES CALVI
C'est énorme.

SOPHIE CLUZEL
Oui, c'est énorme.

YVES CALVI
Ça veut dire le renoncement à leur vie professionnelle, à leur carrière et à leur place dans la société. Ce qui ne veut pas dire qu'être aidant…

SOPHIE CLUZEL
Elles reprennent.

YVES CALVI
J'entends bien, mais…

SOPHIE CLUZEL
Elles reprennent un travail, mais systématiquement à l'arrivée, à la survenue d'un handicap, 80% des handicaps surviennent au cours de la vie, mais quand nous avons, quand les mamans, et je sais de quoi je parle parce que je l'ai vécue cette situation, j'ai arrêté de travailler pour m'occuper de ma fille, j'ai repris après, et ce que je veux c'est pouvoir remettre le pied à l'étrier aux mamans qui s'arrêtent, je dis mamans, parce que 40% d'entre elles sont des mamans. Ce que l'on veut absolument c'est offrir le choix aux familles. Vous voulez être aidant parce que vous le choisissez, parce que c'est très important à un moment de votre vie, mais ce n'est pas une situation qui doit durer, c'est ça qui est important, c'est pour ça que nous travaillons aussi à la formation professionnelle des aidants pour leur permettre de reprendre du boulot et puis aussi s'occuper de leur propre santé, parce que beaucoup renoncent même à se soigner eux-mêmes, et nous voulons les accompagner justement pour qu'ils ne supportent pas cette charge mentale, tout seul, isolé, ça c'est très important.

YVES CALVI
Ce qui explique cette Journée nationale des aidants. Je rappelle le numéro vert qui a été mis en place, Sophie CLUZEL : 0800 360 360. 0800 360 360. Merci beaucoup d'être venue faire le point sur l'antenne de RTL ce matin, très bonne journée à vous.

SOPHIE CLUZEL
Merci Yves CALVI.

YVES CALVI
Je rappelle que vous êtes secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées. Bonne journée.

SOPHIE CLUZEL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2020