Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à Radio Classique le 29 octobre 2020, sur l’annonce du confinement, l'accompagnement des entreprises pénalisées (activité partielle de longue durée, formation des salariés...) et le télétravail.

Prononcé le

Texte intégral

BERNARD POIRETTE
Elisabeth BORNE, bonjour.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

BERNARD POIRETTE
Merci d'être en studio avec nous. Vous venez d'entendre Arthur BERDAH, alors c'est vrai que toute l'opposition politique dit oui, il fallait bien en arriver là, mais toute l'opposition politique, droite et gauche d'ailleurs, tombe sur le gouvernement en disant tout cela c'est la conséquence d’un gouvernement qui a failli et qui a raté le déconfinement depuis le mois de juin. Vous êtes un peu, pas du tout d'accord ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez l'opposition peut s'opposer, je pense…

BERNARD POIRETTE
C’est son travail.

ELISABETH BORNE
Qu’on peut aussi se dire qu’on n'a besoin d'unité dans la période qu'on connaît et cette vague qui déferle sur la France, quand on regarde passe chez nos voisins, c'est la même chose et ce qu'on constate c'est qu'effectivement de la vitesse de diffusion de cette épidémie elle est plus rapide que ce que les scénarios les plus pessimistes avaient envisagé. Donc maintenant il faut faire face, il faut prendre des mesures parce que la situation est grave, parce que 60 % de nos lits de réanimation sont occupés aujourd'hui.

BERNARD POIRETTE
100 % dans 15 jours avec le train actuel.

ELISABETH BORNE
Absolument donc il fallait un coup de frein brutal pour casser la dynamique de cette épidémie et revenir non pas à 40 000 cas par jour comme on a actuellement, mais revenir en dessous de 5000 cas par jour, c'est le sens du confinement qui a été annoncé par le président de la République.

BERNARD POIRETTE
Alors je comprends bien votre souhait d'essayer de préserver autant que faire se peut un minimum d'économies quand même, mais dans ce genre de situation ne faut-il pas être beaucoup plus directif encore parce que finalement il fallait peut-être tout fermer et pas permettre au BTP, aux écoles de fonctionner quand même.

ELISABETH BORNE
Attend on n'est pas dans la situation du mois de mars, tous les secteurs d'activité ont travaillé pour mettre en place des protocoles sanitaires très strictes qui permettent de concilier l'activité économique et la santé au travail des salariés. Donc c'est pour ça que le BTP, les usines vont pouvoir continuer à tourner. Mais par ailleurs c'est vrai que dans cette période on veut absolument limiter au maximum le contact les interactions sociales, comme on dit, réduire les déplacements, réduire les interactions en marge du travail et c'est pour ça qu'on dit aussi qu'il va falloir au maximum télétravailler pour toutes les activités qui le permettent.

BERNARD POIRETTE
Mais est-ce qu'il ne vous semble pas Elisabeth BORNE que les entreprises, d'ailleurs ça a été dit tout à l'heure par mes deux intervenants de la chambre de commerce et des commerçants sont beaucoup plus fragiles en cette fin octobre qu'elle ne l'était à la mi-mars, c'est-à-dire que ceux qui malheureusement vont devoir fermer là pour un mois peut-être vont couler.

ELISABETH BORNE
C’est clair que beaucoup de secteurs ont dû s'arrêter pendant le confinement, n'ont pas vraiment repris cet été ou en tout cas sont à nouveau très pénalisés depuis des mois et c'est pour ça qu'on va accompagner massivement les secteurs qui doivent effectivement, enfin qui sont concernés par les mesures de restrictions qu'on met en place. Vous savez, je pense que le gouvernement l'a montré depuis le départ, le quoi qu'il en coûte je pense que les entreprises l'ont vu. On a mis en place l'activité partielle, vous avez vu que pour les secteurs qui sont fermés, elle va être prolongée autant plus nécessaire avec une prise en charge à 100 % des prêts garantis par l'Etat. On a mis en place un fonds de solidarité, qu’on a renforcé jusqu'à 10 000 euros par mois pour les secteurs qui sont effectivement concernés par ces restrictions. donc on va à la fois faire fonctionner l'économie grâce au protocole sanitaire qui se sont mis en place et qui sont très bien appliqués en entreprise, je voudrais le dire, ces protocoles sont très efficaces, il n’y a pas de chaîne de contamination en entreprise quand on met en oeuvre ces protocoles et donc on va à la fois faire fonctionner cette partie de l'économie et c'est important que chacun effectivement, voilà porte sa part pour que notre activité économique puisse continuer et puis accompagner massivement les secteurs qui sont concernés par ces restrictions pendant ce confinement.

BERNARD POIRETTE
En ce qui concerne les prêts garantis par l'Etat Elisabeth BORNE, certains ce matin notamment dans la presse disent, écoutez le principe est remarquable et ça fonctionne bien, objectivement ça fonctionne bien, ça coûte très cher mais ça fonctionne bien, mais il faudrait que les entreprises puissent rembourser à plus long terme parce que, est-ce que c'est envisagé ?

ELISABETH BORNE
Oui, vous savez hier avec Bruno LE MAIRE, on a eu un l'échange avec tous les secteurs économiques, la Fédération bancaire a bien entendu le message, il va falloir rééchelonner ces prêts. Il y a des conditions favorables qui ont été définies quand on prolonge ces prêts, donc voilà je pense que le gouvernement avec les secteurs économiques qui sont concernés notamment les banques ont bien en tête que les entreprises qui sont frappées par des restrictions ne vont pas pouvoir rembourser leur prêt au printemps prochain. Donc voilà le maximum sera fait, on sera aux côtés des entreprises. Vous savez moi ma préoccupation c'est de sauvegarder le maximum d'emplois, je crois qu'on a aussi des outils pour surmonter cette crise comme on en a jamais eu.

BERNARD POIRETTE
Lesquels ?

ELISABETH BORNE
L’activité partielle, je le redis, ça a été près de 9 millions de salariés dont la rémunération a été prise en charge par l'Etat au printemps dernier et là on accompagnera de la même façon tous les secteurs qui sont, qui font l'objet de restrictions administratives.

BERNARD POIRETTE
Elisabeth BORNE, est-ce que vous avez le moyen ou le souhait au moins de tordre le bras par exemple du monde de l'assurance, monsieur DUTOURNIER qui est restaurateur à Paris me disait tout à l'heure, il y a un quart d'heure, moi ma compagnie d'assurances ne veut pas m'indemniser, alors que c'est prévu dans mon contrat. Vous savez qu'il y a des tas de litiges avec les restaurateurs notamment et aussi avec les bailleurs qui veulent avoir leur loyer pour les boutiques à la fin du mois, alors qu'il y a plus aucune rentrée d'argent vu que la boutique est fermée.

ELISABETH BORNE
Alors je crois que c’est deux sujets différents effectivement, les assurances, moi je les laisserai s’expliquer, s'agissant des loyers je crois que ça a été dit, la situation est compliquée parce que les loyers des uns c’est les revenus des autres et effectivement on peut se dire il y a des grandes foncières qui pourraient faire des remises il y a aussi des personnes dont ce loyer est le revenu. Donc c'est pour ça qu'on ne on est en train de mettre en place un dispositif de crédit d'impôt qui permettra à l'Etat là encore d'accompagner, de prendre en charge une partie de ces loyers au travers de ces crédits d'impôts.

BERNARD POIRETTE
Alors ce qui est très rageant finalement Elisabeth BORNE avec cette reprise de la pandémie et ce reconfinement c'est que les derniers chiffres dans votre domaine étaient plutôt très encourageants là. Je les ai sous les yeux là les chiffres de août, septembre 696 000 embauches de jeunes. C’est bien ça.

ELISABETH BORNE
Je vous confirme. Alors je vous confirme que ma priorité c'est l'emploi, l'emploi et l'emploi, on veut où va mettre en place des dispositifs puissants. Et puis pour tous les secteurs économiques qui vont poursuivre leur activité et donc c'est 90 % de notre économie qui doit pouvoir continuer à fonctionner, moi je les invite, je les incite et je leur redirai qu'il faut continuer à embaucher des jeunes. Quand vous êtes dans le BTP, quand vous êtes dans la métallurgie si vous pouvez continuer votre activité économique, il faut penser à embaucher des jeunes. On a mis en place un plan massif pour accompagner les jeunes pour qu'ils puissent entrer sur le marché du travail ou qu’ils puissent se former et effectivement les signaux qu'on avait jusqu'à présent sont encourageants avec 700 000 embauches de jeunes en CDD de plus de 3 mois ou en CDI sur les mois d'août et septembre et puis on a aussi.

BERNARD POIRETTE
C’était 1000 de plus que sur la même période l'an dernier.

ELISABETH BORNE
10000 de plus que l’an dernier de plus que l'an dernier, on a aussi les contrats d'apprentissage, je pense que c'est très important que les entreprises continuent à signer des contrats d'apprentissage parce que ça permet à des jeunes d'arriver dans le monde professionnel en étant bien préparé et puis c'est aussi pour l'entreprise préparer les compétences de demain. Donc moi je le dis, on accompagnera massivement plus fort encore qu'au printemps les secteurs qui font l'objet de restrictions et pour la partie de notre économie, les 90 % qui vont continuer à tourner, continuez à emboucher, permettez aux jeunes qui arrivent aujourd'hui sur le marché du travail de trouver un emploi.

BERNARD POIRETTE
Vos techniciens au ministère et ceux de Bercy aussi travaillent sur les prédictions de chômage, Madame BORNE, on va finir l'année 2020 avec à peu près quel taux de chômage pour la catégorie A, c'est-à-dire les gens qui ne travaillent pas du tout, je ne parle pas de l'A,B,C,D etc, ceux qui ne travaillent pas du tout, on sera à combien 8, 9 % ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je ne suis pas là pour faire des prédictions, je suis là pour tout faire pour freiner le chômage. C’est vrai que là encore un les signaux étaient positifs puisqu’au printemps on avait eu un million de demandeurs d'emploi de catégorie A de plus, avec les chiffres de septembre on voit qu'on avait baissé des deux tiers par rapport à cette hausse du printemps. Mais vraiment moi, je vous dis, je fais pas des prévisions, j'agis et en particulier avec les outils comme l'activité partielle de longue durée, je pense que c'est particulièrement pertinent dans la période qui vient, toutes les entreprises qui vont pouvoir être accompagnées pendant 2 ans avec une prise en charge de la rémunération, d'une partie des salariés, c'est l'idée de partager l'activité entre les salariés pour pouvoir garder, préserver des emplois et former les salariés. Et dans cette période quand on a moins d'activités, vous savez que l'Etat finance aussi de la formation pour renforcer les compétences des salariés et que les entreprises soient plus fortes demain.

BERNARD POIRETTE
Le télétravail a été un vecteur fondamental du maintien à flot plus ou moins de l'économie française, est-ce que dans votre esprit Elisabeth BORNE au-delà de la pandémie quand, enfin on aura eu un vaccin pour tout le monde et qu'on sera sorti de ce cauchemar éveillé, il faut maintenir un très haut niveau de télétravail ? Est-ce qu'on est en train d'opérer un basculement du monde du travail vers ça, est-ce que vous le souhaitez ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il y a eu vraiment une sorte de révolution culturelle sur le télétravail ? on peut se rappeler qu'en 2019, c’était 5 % des salariés qui télétravaillaient et là on voit et les études que mon ministère, l'enquête que mon ministère a fait mi-octobre 50 % des salariés dans les métropoles, donc les zones qui faisaient l'objet déjà du couvre-feu était à télétravailler en tout ou partie. Donc je pense que on a beaucoup progressé sur le télétravail, là dans la période qui vient la règle, elle est claire pour l'ensemble des activités qui le permette, on doit être en télétravail.

BERNARD POIRETTE
Et au-delà ?

ELISABETH BORNE
Et au-delà de la période actuelle, je pense que ça des avantages, le télétravail c'est clair, ça permet de réduire les déplacements et donc la fatigue, ça permet sans doute aussi de concevoir un peu différemment l'aménagement de notre pays, où peut habiter dans une ville moyenne tout en en travaillant effectivement à distance, mais il y a aussi des points sur lequel il faut être vigilant dans la durée, c'est la cohésion des équipes, c'est aussi l'isolement des salariés, donc en temps normal on ne doit pas aller aussi loin que ce qu'on va faire dans la période actuelle.

BERNARD POIRETTE
Merci beaucoup, Elisabeth BORNE, ministre du Travail sur Radio Classique ce jeudi matin.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 30 octobre 2020