Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la culture, à BFMTV le 8 février 2021, sur la réouverture des musées et des monuments en premiers avec jauge et protocole sanitaire renforcé.

Texte intégral

ADELINE FRANÇOIS
Roselyne BACHELOT, la ministre de la Culture, est notre invitée dans un instant alors qu'elle doit rencontrer dans la matinée les responsables de musée qui demandent de pouvoir rouvrir au moins partiellement. On va lui demandes si elle a l'intention de leur donner gain de cause. Bonjour Roselyne BACHELOT et merci d'être avec nous ce matin sur le plateau de Première édition. Alors que vous rencontrez ce matin en visioconférence – on précise – une trentaine de responsables de musées, de monuments nationaux qui veulent une réouverture même partielle de leurs établissements. Hier soir sur BFM TV il y avait l'infectiologue Eric CAUMES et il a plaidé en faveur de la réouverture des lieux culturels au nom, dit-il, de la santé psychique des Français. On l'écoute.

ERIC CAUMES, CHEF DU SERVICE DES MALADIES INFECTIEUSES A LA PITIE-SALPETRIERE
Je pense que c'est très important le monde la culture, le monde du sport aussi qui sont vraiment complètement sinistrés. Ça fait partie des gestes qui, à mon avis, peuvent être faits dans les conditions sanitaires mais je pense que c'est vrai aussi pour les stades. Regardez, des stades de 80 000 personnes où il y a 10 spectateurs, on se dit : pourquoi il n'y en aurait pas 20 000. Vous comprenez ? Et surtout quand on voit ce qui se passe dans les transports en commun, c'est un peu incohérent. Moi je pense qu'il faut vraiment relancer tout ça parce qu'en plus, on tombe tous dans la sinistrose.

CHRISTOPHE DELAY
Est-ce que vous avez de bonnes nouvelles à donner aux musées ?

ROSELYNE BACHELOT
Nous nous préparons effectivement à cette réouverture le plus rapidement possible des musées et des monuments. C'est la raison pour laquelle je réunis ce matin effectivement les différents responsables de ces structures qui sont très diverses. Il y a des établissements publics, il y a des musées municipaux, il y a des musées privés et tous ont des caractéristiques différentes pour la réouverture. Il y a des petits musées, il y a des grands musées. Moi ce que je veux, c'est qu'à partir du moment où les conditions sanitaires qui sont encore très mauvaises, et d'ailleurs c'est ce que dit le professeur CAUMES, c'est qu'il faut tenir compte des conditions sanitaires. Les conditions sanitaires ne sont pas encore stabilisées mais je veux qu'à partir du moment où on aura… Je ne donne pas de chiffres, je veux plutôt raisonner en, je dirais en flux plutôt qu'en stocks. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle ces réunions vont se passer avec le ministre de la Santé. C'est une nouveauté. Olivier VERAN sera à mes côtés. Nous serons ensemble pour regarder ces conditions sanitaires de la meilleure façon, et quand nous avons vraiment une décrue…

CHRISTOPHE DELAY
Mais pas tout de suite.

ROSELYNE BACHELOT
Ça peut être assez rapide.

CHRISTOPHE DELAY
C'est-à-dire ? C'est-à-dire ?

ROSELYNE BACHELOT
Ça peut être assez rapide. Non, je ne donne pas de date.

CHRISTOPHE DELAY
Vous savez qu'on attend que ça !

ROSELYNE BACHELOT
Oui, mais attendez bien sûr ! Mais je vous comprends et je comprends les gens qui me demandent des dates. Ô combien !

CHRISTOPHE DELAY
Surtout pour un public non statique.

ROSELYNE BACHELOT
Je veux dire que dès qu'il y a une possibilité, nous le faisons. Mais il faut aussi tenir compte qu'il faut avoir donc une certaine visibilité parce qu'un musée, ça ne s'ouvre pas comme on allume la lumière dans une pièce. Il y a un certain nombre de musées… Par exemple les musées privés doivent répondre à des normes, convoquer le comité social et économique et il faut… Les personnes, les directeurs nous ont dit un délai entre trois jours pour les plus rapides mais quinze jours à trois semaines si on respecte - et on n'a pas à piétiner les droits des salariés - si on respecte un certain nombre de procédures. Donc on ne peut pas avoir, si on a une visibilité à trois/quatre jours, c'est pratiquement impossible. Il faut quand même avoir une visibilité disons sur une quinzaine de jours sur le stop & go.

CHRISTOPHE DELAY
Ah ! Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que d'ici une quinzaine de jours, on peut espérer une réouverture des grands musées moyennant comme on dit une jauge.

ROSELYNE BACHELOT
Non, non, non, non !

CHRISTOPHE DELAY
Non ?

ROSELYNE BACHELOT
Réouverture des musées : il n'y a pas de petits et grands musées.

CHRISTOPHE DELAY
D'accord. Donc ce serait une mesure quelle que soit la taille du musée.

ROSELYNE BACHELOT
Parce que l'idée que les grands musées seraient plus dangereux ou moins dangereux, les petits et moins grands, moi je ne rentre pas…

ADELINE FRANÇOIS
En fait est-ce que la bonne définition, c'est le fait…

ROSELYNE BACHELOT
Attendez ! Vous me permettez d'aller jusqu'au bout de ma phrase.

CHRISTOPHE DELAY
Oui, oui.

ROSELYNE BACHELOT
Je ne rentre pas dans cette fausse logique qui d'ailleurs était celle qui avait prévalu lors de la première réouverture et qui ne me paraisse pas efficient.

CHRISTOPHE DELAY
Mais l'échéance de quelques semaines vous paraît possible.

ROSELYNE BACHELOT
Elle me paraît possible.

CHRISTOPHE DELAY
Voilà. Donc disons fin février/début mars.

ROSELYNE BACHELOT
Alors ne m'enfermez pas dans des échéances qui peuvent à tout moment être remises en cause par une situation sanitaire extrêmement fuyante et extrêmement instable.

CHRISTOPHE DELAY
Très bien.

ROSELYNE BACHELOT
Nous sommes à un niveau très haut, nous sommes en entre 20 et 25 000 contaminations par jour.

CHRISTOPHE DELAY
Bien sûr. Mais quelles seraient les conditions alors Madame BACHELOT ?

ROSELYNE BACHELOT
Pour moi, les conditions ce sont que le nombre de contaminations et la pression sur le système hospitalier soient dans une logique, dans un mouvement de décrue.

ADELINE FRANÇOIS
Ce qui n'est pas encore le cas. Est-ce que…

ROSELYNE BACHELOT
Mais ça peut arriver assez vite.

ADELINE FRANCOIS
Mais par exemple sur la table ce matin est-ce qu'il va être question de jauge dans les musées, de protocole sanitaire renforcée et lesquels alors ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors ce qu'il va être, de quoi il va être question, c'est de se préparer avec un certain nombre de conditions. Bon effectivement la façon dont on reconvoque les salariés, les plans de prévention à ce niveau-là, les jauges, les conditions sanitaires, moi ce que je regarde, c'est que néanmoins les guides de bonnes pratiques qui avaient été établis lors de la première fermeture pour la réouverture restent plus que jamais d'actualité. Je pense que le monde des musées et des monuments a beaucoup travaillé sur ces sujets et que c'est certainement sur les jauges, les conditions d'ouverture, le fait de la convocation, enfin de la convocation, de l'invitation avec un système de rendez-vous pour que sur les plages horaires, les personnes soient, aient un flux régulé, tout ça c'est sur la table.

CHRISTOPHE DELAY
Est-ce que ce qui pourra être valable pour les musées pourrait l'être aussi pour les salles de cinéma et de spectacle ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors nous n'en sommes pas là sur les salles de cinéma et de spectacle, j'ai toujours dit que dans ce calendrier de réouverture les musées et les monuments, il faut toujours parler des musées et des monuments, seraient les premiers convoqués à la réouverture.

PHILIPPE DUFFRAY
Écoutez on parle justement de ces artistes qu'on rencontre et qui sont quand même extrêmement dépités madame BACHELOT, ils comprennent pas justement qu'on puisse avoir accès aux grands magasins, qu'on puisse faire les soldes, puis qu'on ne puisse pas aller tout simplement au cinéma. Là vous avez été apostrophé encore hier par Pierre NINEY qui en gros dit voilà 100 jours sans musée mais avec tous les lieux de culte, sont jours sans aucun cinéma mais avec tous les grands magasins, 100 jours d'incompréhension, qu'est-ce que vous lui dites ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui mais j'entends Pierre NINEY, j'entends les artistes, j'entends leur frustration, il y a peut-être un chiffre qui manque dans l'interpellation que me fait Pierre NINEY, c'est 80000 morts par le coronavirus, des centaines de milliers de personnes avec des séquelles extrêmement dures, je pense à ces personnes qu'ils ne retrouveront jamais une vie normale par insuffisance respiratoire, par troubles neurologiques.

PHILIPPE DUFFRAY
Ils en sont tous conscients les artistes que l'on rencontre.

ROSELYNE BACHELOT
Et nous sommes sans cesse…

PHILIPPE DUFFRAY
Mais ils veulent des réponses.

ROSELYNE BACHELOT
C'est ça qui est difficile à gérer, c'est effectivement de tenir compte des contraintes sanitaires et de faire en sorte que les activités culturelles continuent de la meilleure façon et qu'on puisse rouvrir, c'est mon but, moi je suis ministre de la Culture, ce que je veux c'est qu'on puisse réouvrir le plus vite possible en tenant compte de ces contraintes sanitaires. Donc je travaille par exemple en créant une chaîne avec Delphine ERNOTTE, pardon de parler du service public, en créant une chaîne qui permet à des artistes de s'exprimer, de faire des spectacles et puis surtout en soutenant les artistes, en leur permettant de vivre.

CHRISTOPHE DELAY
Ils regardent ce qui se passe évidemment en Belgique, en Espagne ou en Italie, on rouvre une partie des musées et on se dit ce protocole en place chez nos voisins pourrait très bien l'être aussi rapidement chez nous, voilà c'est aussi ça le sens de leur interpellation.

ROSELYNE BACHELOT
Oui alors je comprends mais la vérité aussi c'est que globalement les musées sont fermés au Royaume-Uni, sont fermés en Allemagne, ils sont fermés assure en France ils sont fermés en Autriche ils sont fermés en Suisse Globe. Je suis sont fermés en Suisse, globalement la fermeture des musées dans les pays durement touchés comme la France, c'est la règle. Alors il y a quelques exceptions qui sont d'ailleurs des exceptions en général régionales et qui sont par exemple, on cite souvent l'exemple italien qui est plutôt l'exemple florentin d'ailleurs faudrait-il dire, c'est que, il y a un taux de contamination qui est pratiquement divisé par deux par rapport à la France, que les conditions sont drastiques, on n'ouvre pas pendant le week-end, c'est-à-dire que les gens qui travaillent ne peuvent pratiquement pas aller dans les musées.

ADELINE FRANCOIS
Ça permet aux scolaires d'y aller.

ROSELYNE BACHELOT
Et on les interdit on groupe, c'est-à-dire que les scolaires ne peuvent pas non plus y aller, donc voilà il y a des structures régionales qui ont permis et surtout des conditions sanitaires qui ont permis de le faire et il y a d'autres pays, c'est un crève-coeur, pourquoi est-ce qu'ils ouvrent, c'est parce qu'ils n'ont pas les moyens de financer et d'aider les artistes par le même système qu'en France, je reconnais qui est totalement inédit.

MATHIEU CROISSANDEAU
L'incompréhension que pose Pierre NINEY, elle porte sur les deux poids, deux mesures, pourquoi les lieux de culte et pas les lieux de culture, pourquoi les commerces et pas les musées. Vous êtes à l'aise avec ça.

ROSELYNE BACHELOT
Moi ce que je dis c'est que dans un premier temps effectivement dans la quotidienneté des gens et dans les choses qui sont à faire journellement, ces choses qui peuvent apparaître triviales, il faut aussi permettre aux mères ou pères de famille de vivre normalement. mais évidemment parce que pour beaucoup de Français, la fréquentation des lieux culturels n'est pas une quotidienneté, ça veut pas dire, ne m'enfermez pas dans la définition essentiel, pas essentiel, la culture est essentielle, mais la culture elle vit, elle vit aussi d'une autre façon, on vit une période qui est difficile, bien sûr on fait des sacrifices et je le comprends et je suis la première à le ressentir, ministre de la Culture, et j'allais dire consommatrice de culture, le mot n'est pas adéquat. Je suis une cultureuse, je vais au spectacle, j'allais au spectacle tous les jours, je deviens ministre de la Culture, j'y vais plus, c'est quand même, c'est plus qu'un paradoxe et ce sacrifice, on le fait, on le fait momentanément, évidemment va réouvrir ces lieux, évidemment.

CHRISTOPHE DELAY
Est-ce que vous avez de la visibilité sur les festivals d'été, de plein air ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, ça c'est une grande question, parce que les festivals d'été qui se déroulent dans des lieux, qui sont des lieux de spectacle classiques, ce qu'on pourrait appeler les festivals assis, à partir du moment où on va être dans cette sortie de crise, la vaccination, les conditions climatiques de l'été, il n'y a pas grand problème. Le problème ce sont les festivals debout, les Vieilles Charrues, les Eurockéennes…

ADELINE FRANÇOIS
Le Festival d'Avignon.

ROSELYNE BACHELOT
… et d'autres, je ne veux pas, le Hellfest bien entendu, donc on est en train de travailler à ces protocoles qui sont assez particuliers, parce que ça brasse des dizaines de milliers de personnes, et non pas une jauge de 1 000 ou 1 500 personnes, avec des gens qui peuvent s'agglutiner au pied des scènes…

CHRISTOPHE DELAY
Donc ceux-là, il y a des chances.

ROSELYNE BACHELOT
On est en train de travailler. Il y a des expérimentations qui sont menées sur ses spectacles debout en ce moment, on pense au Syndicat des musiques actuelles, qui fait une expérimentation au Dôme à Marseille, on pense PRODISS qui fait aussi l'expérimentation avec l'AP-HP, on pense à la Philharmonie qui fait une expérimentation avec DASSAULT Systèmes. Il y a des expérimentations qui sont en train d'être menées, qui vont voir les conditions sanitaires qui nous permettront de faire en sorte que ces festivals debout puissent se tenir.

CHRISTOPHE DELAY
On croise les doigts.

ADELINE FRANÇOIS
Merci Roselyne BACHELOT.

ROSELYNE BACHELOT
Cross fingers, comme on dit avant d'entrer en scène.

CHRISTOPHE DELAY
Merci d'être venue nous voir ce matin.

ADELINE FRANÇOIS
Merci d'avoir été en direct avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 février 2021