Interview de Mme Roxana Maracineanu, ministre des sports, à France info le 19 février 2021, sur les difficultés actuelles dans le sport professionnel, la possibilité de réouverture des salles de sports et le retour possible du public dans les stades.

Prononcé le

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Roxana MARACINEANU.

ROXANA MARACINEANU
Bonjour.

MARC FAUVELLE
On va parler bien sûr du sport professionnel, de ses difficultés actuelles, avant cela le sport de tous les jours, si vous voulez bien, depuis 1 an sa pratique est bouleversée pour des millions de Français, les gymnases sont fermés, la plupart des piscines également, le couvre-feu a aussi compliqué la pratique du sport, est-ce qu'il faut s'inquiéter pour le bulletin de santé des Français ?

ROXANA MARACINEANU
C'est vrai que c'est important d'être réactif dans la gestion de la crise à court terme, mais c'est aussi important de voir cette gestion à long terme, mais c'est vrai que sur la santé des Français, sur le moral des Français aussi, arrêter le sport et ne pas le reprendre vite, là, ça va être inquiétant. C'est vrai que nos enfants, depuis le mois de novembre, ne font pas d'EPS et de sport à cause du couvre-feu, à cause des enceintes fermées en intérieur, mais c'est vrai qu'on a aussi gardé la possibilité de faire du sport à l'extérieur et que ça demande une adaptation pour les associations sportives qui doivent occuper des créneaux qu'elles n'occupent pas habituellement, comme le mercredi, comme le samedi et le dimanche.

MARC FAUVELLE
Certains sports ne se pratiquent qu'en intérieur, on pense à la plupart des sports collectifs, à l'exception évidemment du football, est-ce que l'arrivée prochaine des masques destinés aux sportifs pourrait changer quelque chose ?

ROXANA MARACINEANU
C'est effectivement pour ça qu'on a travaillé avec l'AFNOR, qui est l'entreprise qui normalise les masques…

MARC FAUVELLE
Qui les certifie.

ROXANA MARACINEANU
Qui les certifie, et qui aujourd'hui a proposé une norme volontaire à des entreprises qui vont évidemment se mettre à les fabriquer, à les mettre sur le marché, pour pouvoir avoir des masques qui permettent une respirabilité meilleure que les masques actuels, pour qu'on puisse les utiliser en faisant du sport, en milieu clos, et c'est ce qui permettra, je l'espère, d'accélérer la réouverture, et puis une fois que ce sera rouvert, peut-être de ne plus refermer les salles de sport.

SALHIA BRAKHLIA
Parce qu'il y a un masque en particulier, celui de la marque SALOMON, qui va être mis sur le marché, qui permet à la fois de filtrer le virus et de justement pouvoir faire du sport en portant un masque, si on a ce masque-là on pourra faire du sport en intérieur, c'est-à-dire dès le mois de mars, parce qu'il va arriver très vite ce masque ?

ROXANA MARACINEANU
Cette spécification vaudra pour tous les fabricants, effectivement SALOMON s'est déjà lancé, DECATHLON a travaillé avec l'AFNOR justement pour pouvoir être prêt très vite à les commercialiser, et puis l'Union Sport & Cycle, qui chapeaute tous les fabricants, s'est engagée dans ce travail avec le ministère des Sports et celui de la Santé.

SALHIA BRAKHLIA
Donc ça veut dire une ouverture de ces lieux fermés à partir du mois de mars, c'est possible ça ?

ROXANA MARACINEANU
Ce n'est pas le masque qui va déterminer si on ouvre ou pas, ce sont les chiffres sanitaires, donc on espère qu'une fois les vacances passées on pourra réassouplir dans certains secteurs, dont le sport, et puis une fois que ce sera rouvert on pourra utiliser ces masques, parce qu'en plus ça tombe bien, c'est à peu près 1 mois, entre 1 mois et 2 mois, le délai de fabrication et de mise sur le marché de ces masques, et puis derrière l'idée c'est que ça ne referme plus et qu'on puisse continuer à faire du sport parce qu'on aura un masque barrière qui permettra de respecter les gestes barrières tout en faisant du sport.

MARC FAUVELLE
Pourquoi on ne rouvre pas les piscines aujourd'hui, qui sont longtemps restées ouvertes pendant cette crise avec un protocole strict, un nombre maximum de nageurs par exemple dans le bassin, ce n'est pas possible aujourd'hui ?

ROXANA MARACINEANU
Aujourd'hui on a fait la différenciation entre les sports qui se pratiquent dehors et ceux qui se pratiquent dedans, il y a la possibilité de nager dans quelques piscines extérieures qui existent, même en région parisienne, c'est vrai qu'il fait froid, c'est vrai qu'il y a le couvre-feu à 18h, de toute façon toutes les pratiques sportives sont aujourd'hui pénalisées, il faut a garder encore du courage, il faut garder espoir et espérer que, voilà, les chiffres vont être positifs d'ici quelques semaines et qu'on pourra rouvrir la pratique en intérieur. Mais en attendant, je veux passer ce message, vraiment de santé publique, continuez à faire du sport, sortez quand vous le pouvez, réveillez-vous plus tôt pour aller courir avant d'aller au travail…

MARC FAUVELLE
Il y a le couvre-feu le matin aussi !

ROXANA MARACINEANU
Et puis utilisez les week-ends et les mercredis, ça c'est vraiment un message que je passe aux associations sportives, il faut proposer de l'activité sportive, pas comme d'habitude, pour pouvoir entretenir la population de vos adhérents pour qu'ils ne demandent pas remboursement, et puis surtout pour permettre aux Françaises et aux Français de continuer à pratiquer le sport, essentiel pour la santé.

SALHIA BRAKHLIA
Roselyne BACHELOT, la ministre de la Culture, a annoncé hier une jauge de 5000 spectateurs assis pour les festivals d'été en plein air, est-ce qu'on peut envisager la même chose pour certaines compétitions sportives, exemple Roland-Garros ?

ROXANA MARACINEANU
Roland Garros c'est au mois de mai, donc on espère que d'ici là ça ira mieux et qu'on pourra effectivement étudier tous les protocoles, comme on l'a fait l'année dernière, et puis choisir le meilleur en fonction de la situation sanitaire du mois de mai.

SALHIA BRAKHLIA
Mais la jauge de 5000 spectateurs elle vous semble possible dès le mois de mai ou pas du tout ?

ROXANA MARACINEANU
Alors, vous savez, on avait décidé ensemble de travailler sur des jauges partielles, concernant les stades de football ou les enceintes sportives, pour pouvoir avoir un pourcentage en fonction de la surface qui peut être occupée par les spectateurs, aujourd'hui je me rends à Lyon et demain je rencontrerai Jean-Michel AULAS pour l'OL, Tony PARKER pour l'Asvel et Olivier GINON pour le Lou, rugby, pour qu'on discute ensemble, dans ces trois clubs, sur des expérimentations possibles de reprise, comme c'est le cas aujourd'hui pour la culture. Nous avons de la chance, nous avons beaucoup d'événements sportifs, qui sont récurrents, qui sont à intervalles réguliers, donc on va pouvoir, sur des protocoles bien sérieux, bien précis, qu'ils nous présenteront, étudier la possibilité, dans certaines villes, dans certains clubs, de reprendre avec des protocoles validés par la préfecture et par l'ARS.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire des matchs tests comme on organise en ce moment, comme on va le faire à Paris et à Marseille, des concerts tests, c'est bien ça qui est dans les tuyaux ?

ROXANA MARACINEANU
Exactement. Voilà, ces expérimentations sont aujourd'hui… on les fait en accord avec le ministère de la Santé, et nous allons travailler sur les territoires, avec l'ARS locale, avec le préfet, pour qu'ils nous présentent des protocoles avec toutes les dernières données, voyez, la possibilité aujourd'hui de faire des vaccins, de faire des tests beaucoup plus fortement qu'on ne pouvait le faire avant, la possibilité aussi d'avoir des QR code pour pouvoir repérer les personnes qui ont été en contact et puis derrière permettre un isolement, voilà, toutes ces données qui n'existaient pas lorsqu'on a repris les jauges dans les stades, aujourd'hui elles existent, et donc on a besoin de renforcer les protocoles qui existent déjà, puisqu'on a travaillé déjà avec tous les organisateurs de matchs et d'événements sur ces protocoles, déjà depuis le mois de mars dernier, mais aujourd'hui il faut réinjecter ces nouvelles données qu'on a, de gestion de crise, et puis qu'on aille effectivement sur des expérimentations qui vont pouvoir permettre de rouvrir petit à petit.

MARC FAUVELLE
Mais pour revenir sur la question de Salhia, pourquoi est-ce qu'on pourra assister à des festivals, 5000 personnes en plein air assis, mais pas forcément à des rencontres dans les mêmes conditions exactement ?

ROXANA MARACINEANU
Mais je n'ai pas dit ça, justement on pourra assister à des matchs, que ce soit en extérieur, puisque c'est en extérieur comme les concerts, ou à l'intérieur dans des enceintes fermées, à partir de ces expérimentations.

SALHIA BRAKHLIA
A Paris le concert test il aura lieu à l'AccorHotels Arena, et donc si les résultats sont bons, on pourrait donc – c'est pour la culture le concert test donc – si les résultats sont bons on pourrait donc envisager de pouvoir assister à des compétitions sportives dans cette même salle, parce que nous on ne va pas faire d'expérimentation pour le moment pour le sport ?

ROXANA MARACINEANU
Si, si on va faire des expérimentations pour le sport, c'est ce que je vous dis là aujourd'hui…

SALHIA BRAKHLIA
Même pour l'AccorHotels Arena ?

ROXANA MARACINEANU
Donc, à Lyon, j'y vais aujourd'hui et demain…

SALHIA BRAKHLIA
Non, mais dans cette salle particulière, qui est la plus grande salle d'Europe ?

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr, on pourra en faire, puisqu'elle accueille aussi des événements sportifs, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas accueillir des événements sportifs avec du public dans cette salle.

MARC FAUVELLE
Il est 8h40 sur France Info, vous restez avec nous Roxana MARACINEANU, le Fil info, c'est Stéphane MILHOMME.

MARC FAUVELLE
Roxana MARACINEANU, La Ligue de football professionnel réclame un plan d'urgence après le fiasco Médiapro qui a vu ses droits de diffusion télé de la Ligue 1 et de la Ligue 2 quasiment divisés par deux, est-ce que l'Etat va aider le foot français ?

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr, nous avons besoin d'un sport qui marche sur ses deux jambes, le sport amateur et le sport professionnel, aujourd'hui les clubs professionnels perdent beaucoup d'argent du fait du huis clos, du fait aussi d'un choix de contrats de diffuseurs malheureux. Le rôle de l'Etat ce n'est pas de compenser ce choix, aujourd'hui c'est de compenser le manque de billetterie, dû au huis clos, et c'est ce que nous faisons avec 107 millions d'euros qui vont pouvoir enfin être débloqués, parce que nous attendions l'accord de la Commission européenne, il a été donné, et aujourd'hui nous allons distribuer cet argent à plus de 250 clubs qui nous ont déjà déposé des dossiers, circonstanciés, et nous allons pouvoir commencer ces versements, et ça concerne le football également.

MARC FAUVELLE
Est-ce que le foot paye sa gourmandise d'il y a quelques années, ce contrat mirobolant qui en avait fait tiquer certains à l'époque, signé avec Médiapro ?

ROXANA MARACINEANU
Ecoutez, je crois que les journaux s'en sont déjà donné à coeur joie pour dire à qui la faute ?

MARC FAUVELLE
Et la ministre, elle en dit quoi ?

ROXANA MARACINEANU
Aujourd'hui, c'est vrai qu'il y a besoin de rediscuter avec les clubs, sur leur modèle de gouvernance, sur leur modèle économique aussi peut-être, c'est des discussions que nous allons entamer, suite à l'échange que nous avons eu il y a deux jours avec la Ligue et quatre de ses clubs qui sont représentatifs de certaines difficultés économiques, qui ne sont pas les mêmes, selon les petits clubs, les moyens, les grands, nous allons étudier la situation de ces clubs au cas par cas, et puis l'aide que nous avons déjà apportée, 75 millions d'euros, qui ont déjà été débloqués en aide justement de compensation de billetterie, le chômage partiel, plus 600.000 euros de PGE, donc prêts garantis par l'Etat, une aide conséquente qui a été donnée au sport professionnel, la même qui a été donné au sport amateur, et nous continuerons à aider ces clubs parce qu'il ne faut pas que ces clubs perdent pied, c'est important pour les médias, c'est important pour le public aussi, c'est important surtout aussi pour les joueurs, que nous devons garder compétitifs et que nous devons garder en activité. La situation est très compliquée. Il s'agit d'un magasin qui serait obligé, autorisé à ouvrir, mais sans pouvoir avoir de clients qui rentrent dedans parce que l'entrée serait interdite, donc il faut qu'on vienne en aide, on a fait un effort spécifique avec une exonération de charges sur les salaires, mais malheureusement il y a des plafonds au-delà desquels, pour l'instant, on ne peut pas aller, et c'est dommageable pour des clubs qui ont des budgets très importants.

SALHIA BRAKHLIA
Donc l'Etat vient en aide aux clubs. A Lyon Jean-Michel AULAS a proposé à ses joueurs de baisser de 25 % les salaires de plus de 50.000 euros par mois, par exemple, à Reims, les joueurs et le staff technique ont accepté de baisser leurs salaires jusqu'à juin 2021 pour sauver leur club, est-ce qu'il faudrait que les joueurs se montrent solidaires et baissent leurs salaires dans tous les clubs qui sont menacés ?

ROXANA MARACINEANU
Quand il s'agit de salaires importants, effectivement il faut que tout le monde arrive à faire un effort, c'est vrai que c'est contre-intuitif parce qu'on ne va pas demander à des salariés d'un autre type d'entreprises de baisser leurs salaires, là il s'agit de salaires importants, il faut aussi comprendre que c'est une économie spéciale, il y a beaucoup d'argent qui rentre avec les droits télé, tout cet argent est redistribué, il n'y en n'a pas tout le temps qui est gardé en fonds propres, que ce soit par la Ligue ou par les clubs, et c'est ça aussi dont les clubs ont pâti, c'est pour ça que je parlais d'un peu une révision de leur modèle économique tout à l'heure, mais voilà, il faut que tout le monde fasse un effort, que ce soit des dirigeants de Ligue, ou d'institutions, ou de clubs, qui gagnent beaucoup d'argent, que ce soit des joueurs qui gagnent beaucoup d'argent, l'Etat est là pour aider, mais il ne pourra pas compenser un modèle économique qui est un peu spécifique.

MARC FAUVELLE
Vous imaginez, même si on parle toujours de lui, un NEYMAR baisser son salaire ?

ROXANA MARACINEANU
J'aimerais bien imaginer un NEYMAR qui est capable de jouer déjà…

MARC FAUVELLE
Là il est blessé, c'est autre chose.

ROXANA MARACINEANU
Voilà, mais évidemment, c'est important…

MARC FAUVELLE
Ça vaut pour tout le monde.

ROXANA MARACINEANU
Il faut que tout le monde fasse un effort, si on veut passer la bosse, et y compris les diffuseurs, et je suis contente qu'un accord a été trouvé aujourd'hui pour que les matchs soient diffusés, il faut que tout le monde pense à l'après et à se dire, voilà, l'essentiel et l'important c'est que les clubs ne meurent pas aujourd'hui.

MARC FAUVELLE
L'accord il a été trouvé uniquement jusqu'à la fin de la saison, il va falloir tout renégocie ensuite pour les saisons qui viennent, est-ce que vous souhaitez, vous ministre des Sports, que certains matchs de Ligue 1 soient à l'avenir diffusés gratuitement à la télévision, comme ce n'est plus le cas depuis des décennies ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien écoutez, on y avait pensé, parce qu'on s'était dit si jamais il n'y avait pas de diffuseur, qu'est-ce que nous on pourrait faire peut-être en soutenant FRANCETELEVISIONS pour qu'il puisse diffuser une partie des matchs, peut-être de la Ligue 2…

MARC FAUVELLE
FRANCETELEVISIONS aujourd'hui dit « il est hors de question qu'on dépense des millions pour le football. »

ROXANA MARACINEANU
Oui, mais peut-être la Ligue 2 sur la fin de la saison c'était un moyen de pouvoir offrir une visibilité aux clubs qui n'avaient pas trouvé repreneur…

MARC FAUVELLE
Et pour l'an prochain ?

ROXANA MARACINEANU
Je suis contente qu'ils en aient trouvé auprès d'autres diffuseurs, et puis on verra pour l'année prochaine. C'est vrai que pour l'instant c'est encore incertain, c'est jusqu'à la fin de l'année, mais c'est déjà ça, et puis après il faudra voir, voilà, comment les accords se renégocient.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous le souhaitez ?

ROXANA MARACINEANU
Que quoi ?

MARC FAUVELLE
Que des matchs de Ligue 1 soient gratuits à la télévision ?

ROXANA MARACINEANU
Je pense que ce serait super, ça fait très longtemps qu'on en n'a pas eus, maintenant, voilà, ce n'est pas nous qui décidons, FRANCETELEVISIONS a son mot à dire, et puis il y a une question de budget aussi, effectivement, donc… ça voudrait dire que les prix seraient très bas si jamais FRANCETELEVISIONS pouvait s'aligner, donc…

MARC FAUVELLE
Ou qu'on sort un lot à l'intérieur de la vente en disant « vous avez 9 matchs à vendre, mais le dernier, désolé, mais celui-là vous ne l'aurez pas. »

ROXANA MARACINEANU
Non, mais tout ça c'est une négociation entre des gens qui pour l'instant peuvent payer plus, que ne peut payer FRANCETELEVISIONS aujourd'hui, même si c'est diffusé sur des chaînes pas publiques, mais voilà, c'est sûr qu'on y a pensé, effectivement, parce qu'on voulait offrir cette visibilité, c'est très important pour capter aussi, continuer à capter des partenaires et des sponsors qui doivent avoir cette visibilité…

MARC FAUVELLE
Et des gens qui n'ont pas les moyens de se payer ça.

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr, après ça peut être aussi une possibilité d'offrir ce spectacle sportif à tout le monde, alors qu'on en a tous besoin aujourd'hui.

SALHIA BRAKHLIA
Roxana MARACINEANU, trois membres du staff du XV de France, dont le sélectionneur des Bleus, Fabien GALTHIE, sont positifs au Covid-19, on rappelle que le XV de France dispute actuellement le tournoi des Six Nations.

MARC FAUVELLE
Brillamment.

SALHIA BRAKHLIA
Comment c'est possible, ça, d'être infecté par le Covid-19 sachant qu'une bulle sanitaire stricte avait été mise en place depuis un mois, bulle que vous avez validée, que votre ministère a validée ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien écoutez, ça montre que le virus circule beaucoup, et que même si dans des moments, et des endroits comme ça, où on fait très attention, où il y a énormément de tests, eh bien le virus est là. Alors aujourd'hui ce sont des membres du staff…

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'on sait aujourd'hui d'où vient la contamination ?

ROXANA MARACINEANU
Pardon ?

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'on sait aujourd'hui d'où vient la contamination ?

ROXANA MARACINEANU
Non, on n'a pas été capable de le dire, aujourd'hui c'est Fabien GALTHIE et deux membres du staff, il y a eu effectivement des matchs avec le… de France qui a joué, ça rentrait complètement dans le protocole qui nous avait été proposé puisqu'il y avait là la possibilité de sortir de la bulle en faisant très attention, parce que vous savez, ils sont aussi allés dans leurs familles pendant une semaine…

MARC FAUVELLE
Ils y sont en ce moment notamment, les joueurs du XV, oui.

ROXANA MARACINEANU
Ils sont revenus… ça faisait partie du protocole, c'était une bulle, j'allais dire élargie à des gens qui sont testés régulièrement et qui sont dans des protocoles sanitaires très stricts, mais voilà, ça montre bien à toute la population. mais c'est ce que je dis depuis le début, vous savez, quand des sportifs professionnels, au sein d'équipes de foot, de basket, de hand, se retrouvent tous contaminés, ça veut bien dire que le virus circule, ça ne veut pas dire que c'était des gens malades, Fabien GALTHIE n'est pas malade aujourd'hui, il est asymptomatique, mais il a le virus parce qu'on l'a testé, et on voit que le virus circule, même dans des endroits où c'est très suivi.

MARC FAUVELLE
Je voudrais qu'on dise un mot de l'organisation des Jeux olympiques de Paris en 2024, un article du Canard enchaîné révélait récemment que les mandats de deux contrôleurs financiers des Jeux ont brusquement pris fin alors qu'ils demandaient de faire des économies au comité d'organisation. D'abord, est-ce que c'est exact ?

ROXANA MARACINEANU
Que quoi, qu'ils demandaient… ?

MARC FAUVELLE
Non, que leur mandat c'est terminé avant la fin ?

ROXANA MARACINEANU
Oui, mais je pense que c'est parce qu'ils avaient leur carrière, j'ai compris qu'il y en avait un d'entre eux qui devait partir à la retraite…

SALHIA BRAKHLIA
Dix six mois.

ROXANA MARACINEANU
L'autre je ne connais pas.

SALHIA BRAKHLIA
Dans six mois.

ROXANA MARACINEANU
Oui, eh bien peut-être qu'il a voulu un peu avant vu la situation.

MARC FAUVELLE
Le même article du Canard enchaîné affirmait qu'ils avaient épinglés notamment le président du comité d'organisation Tony ESTANGUET, qui se serait fait payer, sur les frais du Comité, des déplacements privés, est-ce que vous êtes au courant ?

ROXANA MARACINEANU
Je pense que votre mot est un peu fort, il ne s'est pas fait épingler, il y a eu un rapport qui a été d'ailleurs rendu public, on a eu la discussion au conseil d'administration, au dernier, auquel j'ai assisté, effectivement ce sont des frais de personnel, qui sont importants aujourd'hui, on n'a pas l'habitude aujourd'hui d'avoir une telle organisation, c'est la première fois qu'on organise un événement de telle ampleur, c'est vrai que les gens qui, les personnes qui travaillent dans ce comité d'organisation sont bien payées, mais ça a été le cas dans les autres organisations aussi de Jeux olympiques, il n'y a rien d'aberrant et il n'y a rien de…enfin, il n'y a pas de malversation.

SALHIA BRAKHLIA
Donc il a le droit d'utiliser les fonds du comité pour faire les… ?

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr, il a le droit de se faire rembourser ses frais de déplacement.

SALHIA BRAKHLIA
Privés, pour aller voir sa famille dans le Sud-ouest ?

ROXANA MARACINEANU
Oui, mais on juge que c'est des déplacements privés, mais ce n'était peut-être pas des déplacements privés, enfin il n'y a rien qui a été prouvé, maintenant on va poursuivre le sujet, de toute façon c'est très surveillé par des personnes de Bercy, dans ce conseil d'administration il y a plusieurs collectivités qui veillent, il y a Madame Anne HIDALGO, il y a les personnes de la Région, Monsieur TROUSSEL du département, donc tout ça, ça a été rendu public, c'est discuté régulièrement, et d'ailleurs c'est discuter totalement en transparence, et tout le monde a le droit de s'exprimer là-dessus.

SALHIA BRAKHLIA
Donc il n'y a pas de lien de cause à effet avec les contrôleurs financiers qui ont été… ?

ROXANA MARACINEANU
Non, non non, il n'y a pas de lien de cause à effet, et puis il y aura d'autres contrôleurs qui viendront et qui seront tout aussi impartiaux par rapport à cette organisation.

MARC FAUVELLE
La ministre des Sports, Roxana MARACINEANU, est l'invitée de France Info jusqu'à 9h, on s'interrompt quelques instants pour le Fil info à 8h51 avec Stéphane MILHOMME.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Roxana MARACINEANU, la ministre chargée des Sports. Un peu plus de deux semaines après l'attaque de la Commanderie, le centre d'entraînement de l'OM, par 300 supporters en colère fin janvier, les dirigeants du club ont annoncé le lancement d'une grande concertation avec les clubs de supporters le mois prochain. Ils disent : « nous avons pris la décision de ne plus tolérer aucune violence commise par les supporters ultras » ; qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'il faut dissoudre ces clubs de supporters ultras ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien, dit comme ça cette phrase, je ne suis pas du tout contre évidemment. Il faut qu'on évite à tout prix des violences au moment des matchs de sport. Ce n'est pas le lieu, ce n'est pas le moment. Les matchs, ça doit être un moment de joie festive et même si son équipe perd ou même si on n'est pas content de comment l'équipe est gérée, on ne doit pas partir en vrille comme ça, c'est sûr.

SALHIA BRAKHLIA
Sauf que la crainte derrière cette grande concertation, c'est la volonté justement de faire disparaître ces clubs de supporters.

ROXANA MARACINEANU
Ça, c'est une interprétation. Je vais avoir Monsieur EYRAUD aujourd'hui au téléphone pour en discuter avec lui.

MARC FAUVELLE
Le président du club.

ROXANA MARACINEANU
Le président de l'Olympique de Marseille. Effectivement, moi je tiens beaucoup à ce qu'on respecte les supporters. Les supporters, ils ont été là avant que les dirigeants de l'OM soient là ; ils seront encore là pendant des années et il faut les respecter. Il faut les associer aussi et trouver justement des terrains d'entente, des terrains aussi de discussions avec eux. Les impliquer aussi - pourquoi pas - à la gouvernance du club. Moi je tiens beaucoup à ça.

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire quoi ?

ROXANA MARACINEANU
Eh bien pouvoir avoir leur avis au moment où on prend des décisions sur des joueurs, sur des entraîneurs. Je sais que c'est un peu aujourd'hui… Mais ça existe, ça existe ailleurs donc je ne vois pas pourquoi de manière générale…

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire qu'on choisit des supporters et on les intègre ?

ROXANA MARACINEANU
Voilà. Et puis qu'ils aient aussi leur mot à dire sur les décisions importantes qui sont prises au sein du club. Et si ces discussions que Monsieur EYRAUD a proposées elles peuvent aboutir à quelque chose de ce genre, eh bien je pense que ce sera novateur.

MARC FAUVELLE
Vous avez peut-être vu, Roxana MARACINEANU, les images de ces derniers jours filmées après une rencontre de football qui avait lieu à Doha au Qatar, où on voit le cheikh, le responsable du Qatar qui est là ce jour-là, qui semble refuser de serrer la main aux deux arbitres femmes qui arbitraient ce match alors qu'il - sans mauvais jeu de mots – shake, tape du poing. Le cheikh a shaké. Tape du poing sur les poings des deux arbitres hommes. La FIFA affirme qu'il n'y avait aucune consigne particulière donnée ce jour-là. Qu'est-ce que vous avez pensé, vous, en voyant ces images, sachant que la Coupe du monde au Qatar c'est dans un peu plus d'un an ?

ROXANA MARACINEANU
Ecoutez, j'espère bien qu'il n'y a eu aucune consigne en ce sens donnée par la FIFA, d'autant plus par le président de la FIFA. J'ai lu les propos des arbitres femmes, je ne peux pas croire qu'elles mentent, elles qui dans un combat comme ça déjà pour exister dans le monde du sport, je sais qu'on doit se battre. Pour être en short sur un terrain au Qatar pour pouvoir arbitrer, c'est déjà une bataille en soi. Donc je ne peux pas croire qu'au dernier moment, au moment où on va croiser l'émir, on vous dise : « vous devez baisser les yeux et pas lui serrer la main », qu'on accepte sans rien dire et qu'on le fasse.

MARC FAUVELLE
Ce qui s'est passé. Concrètement, elles sont passées sans un regard en tout cas.

ROXANA MARACINEANU
On ne sait pas aujourd'hui. C'est une image tronquée, nous on n'a pas vu. J'avais vu un bout d'image où le monsieur qui était derrière ces dames aussi, l'arbitre homme, passe aussi sans shaker. Les arguments qui nous sont donnés, ce sont des arguments Covid : on garde ses distances si on a envie de garder ses distances. En tout cas, moi tout ce que je peux vous dire, c'est que je milite pour un sport qui fait évoluer les mentalités, qui fait évoluer la société. Effectivement on peut se poser la question de la Coupe du monde au Qatar : est-ce que c'est bienvenu, malvenu ?

MARC FAUVELLE
Quelle est votre position ?

ROXANA MARACINEANU
J'espère que toutes ces thématiques-là, elles auront été négociées, discutées avant avec les dirigeants. Parce qu'autant on peut très bien organiser une compétition mais une fois les gens sortis du stade, eh bien ils arrivent dans un pays avec des us et coutumes, et il faut quand même que ces fans, ce public, il sache où il met les pieds quand il y va. Donc il faut que ces thèmes, ils soient discutés et négociés avant et ce n'est pas en passant devant l'émir juste avant qu'on doit souffler un mot à l'oreille d'une sportive pour lui dire : « tu baisses les yeux ». C'est juste inacceptable. Moi en France, j'ai une loi. J'ai aujourd'hui un article de loi dans un projet de loi confortant les valeurs de la République qui justement associe le mouvement sportif français à ces valeurs de la République et au fait qu'on y prône l'égalité, la non-discrimination, l'éthique, l'intégrité des pratiquants et la protection des pratiquants et des spectateurs aussi et il faut, je pense, que ce soient des valeurs qui infusent aussi dans le reste du mouvement sportif.

MARC FAUVELLE
Deux questions rapides si vous voulez bien, peut-être un peu plus légères aussi pour terminer. Kylian MBAPPE, l'attaquant vedette du Paris Saint-Germain qui a brillé il y a quelques jours en inscrivant un triplé - je crois que ça n'a échappé à personne face à Barcelone…

ROXANA MARACINEANU
Ça fait du bien de le voir jouer comme ça.

MARC FAUVELLE
Il est en fin de contrat au Paris-Saint-Germain à la fin de saison. Est-ce que la ministre des Sports lui dit : « Kylian, reste en France » ?

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr. Kylian, reste en France. On veut continuer à te voir jouer comme ça. On a besoin de toi et puis le public a besoin de toi, le PSG a besoin de toi. Et puis les jeunes sportifs footballeurs ont besoin d'avoir des exemples, des modèles. Aujourd'hui de toute façon, on ne peut pas trop sortir de France donc restez en France.

MARC FAUVELLE
Alors pour le foot, je crois que ça va.

ROXANA MARACINEANU
Pour le foot, je parle aux footballeurs.

SALHIA BRAKHLIA
Il y aura des possibilités. La dernière question, c'est un petit un indiscret du magazine Challenges parce qu'il nous montre que finalement, Emmanuel MACRON est un peu comme nous. Un peu comme toi et moi, Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
C'est clair !

SALHIA BRAKHLIA
On a appris donc dans l'indiscret qu'Emmanuel MACRON avait pris un peu de poids ces derniers jours, information confirmée par l'Elysée qui en a même fait un argument positif. « Ces quelques kilos lui donnent de la densité et de la maturité » dit-on au palais. Vous diriez la même chose, vous ?

ROXANA MARACINEANU
Non, je lui dirais : « Emmanuel, fais du sport. Mets-toi au sport comme moi », parce que moi aussi j'ai pris du poids mais j'ai décidé de me remettre à l'activité physique et sportive. Et on doit tous s'y mettre parce que sinon, ça va être dur au sortir de la crise.

MARC FAUVELLE
Vous le trouvez plus dense et plus mature, vous aussi, le chef de l'Etat ces derniers temps avec ses kilos en plus ?

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr que la situation est compliquée, que ce soit pour le chef de l'Etat, pour tous les ministres, pour moi. Voilà, on ne s'attendait pas à ça, on ne s'attendait pas à un mandat comme celui-là mais malgré tout ça, on essaie de faire avancer nos sujets et on essaie de trouver des choses positives à faire avancer, et puis des choses importantes pour lesquelles le président s'est engagé dans sa campagne, et qu'on doit faire continuer quand même à avancer tout en gérant cette crise. Ce n'est pas facile franchement et je lui tire vraiment mon chapeau de pouvoir mener ce pays et ce gouvernement aujourd'hui au service de tous les Français du mieux possible.

MARC FAUVELLE
Voilà. Kylian MBAPPE doit rester en France, Emmanuel MACRON doit se remettre au sport et la Ministre des Sports Roxana MARACINEANU était ce matin l'invitée de France Info. Merci à vous.

ROXANA MARACINEANU
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 février 2021