Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à RTL le 19 mars 2021, sur les nouvelles règles annoncées la veille renforçant les mesures contre la circulation du Covid-19.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

ALBA VENTURA
Vous savez ce que disait BOILEAU ? "Ce qui conçoit bien s'énonce clairement." Gabriel ATTAL, il faut nous éclairer ce matin. Je prends des exemples que j'ai entendus de la part des auditeurs. "Pourquoi faut-il une attestation alors qu'il n'y a pas de limitation dans la durée ? La règle des dix kilomètres, est-ce qu'elle s'applique pour un Avignonnais qui va à Nice ou un Breton qui va à Paris ? Qui a le droit de bouger et comment ? On ferme les coiffeurs mais on ne sait pas si nos écoliers, collégiens, lycéens sont soumis correctement à des tests salivaires dont on ne sait même pas s'ils sont tout à fait fiables." Il y a besoin de clarté ce matin, Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Je l'entends parfaitement Alba VENTURA. Si je devais résumer les annonces qui ont été faites hier par le Premier ministre et le ministre de la Santé, c'est qu'on prend des mesures territorialisées dans des territoires où la situation est nettement plus dégradée qu'ailleurs, et que le sens de ces mesures c'est de dire qu'il faut encore davantage réduire ces interactions sociales, ces contacts sociaux et que tout ce qu'on peut faire dehors, il faut le faire dehors. Parce qu'on a appris depuis un an et depuis le début de cette crise…

ALBA VENTURA
Mais on ne va pas vivre dehors.

GABRIEL ATTAL
On a appris sur la manière dont l'épidémie se transmet, dont le virus se transmet, dont on peut s'en protéger. On a des études, notamment celle qui a été conduite par le professeur FONTANET, qui montre que les risques de se contaminer en extérieur quand on porte le masque, quand on garde les distances sont infiniment moins importants - je crois que c'est 5% - des contaminations que quand on est en intérieur.

ALBA VENTURA
Mais comment on vit dehors, Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
Il ne s'agit pas de vivre dehors mais les interactions que vous devez avoir…

ALBA VENTURA
On est en mars.

GABRIEL ATTAL
Par exemple si la météo s'améliore, et c'est évidemment tout ce qu'on souhaite, on arrive dans une saison, il vaut mieux passer un peu de temps dehors qu'en intérieur avec d'autres personnes. Voilà, c'est le sens de ces mesures.

ALBA VENTURA
Mais vous savez que dehors, il y a aussi des gens qui se regroupent pour boire un coup et on n'est pas sûr qu'ils soient à deux mètres les uns des autres.

GABRIEL ATTAL
Précisément. C'est pour ça que je vous indiquais à l'instant qu'il faut évidemment garder les gestes barrières, qu'il faut porter le masque autant que possible, qu'il faut garder les distances, qu'il faut rester dans des groupes limités - autour de six personnes. Mais on nous demande, et je pense à raison, on nous demande de tenir compte des enseignements que nous avons de cette crise depuis un an. Il y a une demande très forte de territorialisation. Donc oui, ça veut dire qu'on adapte les mesures aux territoires et qu'on adapte les mesures à la lumière des enseignements qu'on a tirés de cette crise et des premiers confinements. Ça fait des changements et j'entends les questions sur la clarté, mais je pense que l'important c'est de tirer des enseignements de ces deux dimensions, c'est-à-dire prendre des mesures territorialisées et les adapter aux enseignements qu'on a pu tirer du début de la crise.

ALBA VENTURA
Et donc en quoi c'est un confinement ? Ce n'est pas un confinement.

GABRIEL ATTAL
Je ne suis pas un fétichiste des mots, Alba VENTURA. Ce que je vous dis, c'est que la cohérence c'est de dire qu'il faut réduire ses interactions sociales et qu'être à l'extérieur, c'est mieux que d'être à l'intérieur avec d'autres personnes qui ne sont pas de son foyer.

ALBA VENTURA
Il y avait une règle avant qui disait qu'on pouvait toujours déjeuner à la maison à six maxi. Est-ce que c'est toujours la règle ?

GABRIEL ATTAL
Non, pas avec des personnes qui ne sont pas de votre foyer.

ALBA VENTURA
Donc on n'invite plus personne à la maison.

GABRIEL ATTAL
Non. C'est ça les règles et c'est pour ça qu'il y a une attestation. C'est pour ça qu'on l'invite à réduire les interactions. En revanche si vous voulez croiser, retrouver des personnes qui ne sont pas de votre foyer, vous pouvez les croiser, les retrouver à l'extérieur.

ALBA VENTURA
Dehors avec un sandwich.

GABRIEL ATTAL
Vous savez, c'est ce qui est recommandé dans beaucoup de pays européens depuis maintenant plusieurs semaines. On s'adapte comme d'autres pays à ce qu'on apprend de cette épidémie dont je rappelle qu'elle a un an. De ce virus dont je rappelle qu'il a un an.

ALBA VENTURA
Le moral est au plus bas, c'est ce que nous dit un sondage BVA. Hier le Premier ministre s'est beaucoup justifié de ne pas avoir reconfiné plus tôt, de ne pas avoir reconfiné au mois de janvier. Pourquoi se justifier autant ?

GABRIEL ATTAL
Parce qu'on voit bien les interventions des uns et des autres qu'on peut entendre sur les plateaux et qui disent : "Finalement, il aurait fallu le faire à la fin du mois de janvier."

ALBA VENTURA
Mais oui.

GABRIEL ATTAL
A la fin du mois de janvier, Alba VENTURA, quand la question de reconfiner ou non s'est posée, elle s'est posée sur la base de projections d'épidémiologistes qui avaient été conduites - et on a besoin d'eux pour nous éclairer, pour nous guider dans cette crise - qui indiquaient qu'il y aurait une explosion des contaminations à la mi-février. Cette explosion n'a pas eu lieu.

ALBA VENTURA
Jusqu'en mars ils disaient.

GABRIEL ATTAL
Cette explosion n'a pas eu lieu. Et quand vous regardez les projections – il y a un journaliste, Vincent GLAD, qui les a remises hier sur Twitter - ils indiquaient qu'avec un confinement très strict d'un mois sur le mois de février, nous serions à la mi-mars autour de vingt-cinq mille à trente mille contaminations par jour. A combien de contaminations par jour on est aujourd'hui ? On est autour de vingt-sept mille alors qu'il n'y a pas eu ce confinement strict d'un mois. Donc oui, on a eu raison de ne pas confiner à la fin du mois de janvier parce que selon les projections qui nous étaient données, il devait y avoir une explosion en février qui n'a pas eu lieu et on devait, même avec ce confinement, se retrouver à un niveau de contaminations qu'on constate aujourd'hui sans avoir eu à fermer nos écoles, à tout fermer.

ALBA VENTURA
Ça n'aurait servi à rien en fait, c'est ce que vous nous dites.

GABRIEL ATTAL
Ce n'est pas ce que je dis, Alba VENTURA. Ce que je dis, c'est que cette question s'est posée. Elle s'est posée encore une fois sur la base de projections et ces projections ont été déjouées. Mais parce que les Français se sont mobilisés, parce qu'on a pris des mesures supplémentaires, parce qu'on a avancé le couvre-feu à 18 heures.

ALBA VENTURA
Ce pari que vous avez appelé ce trou souris, ce petit chemin, on a bien fait de le faire. C'est ça ?

GABRIEL ATTAL
Je n'ai jamais employé ces termes, je n'ai jamais parlé de pari. On ne fait pas de pari avec la santé des Français. On fait des choix. Et les choix, on les a toujours faits devant des faits. On ne les a pas faits devant des hypothèses. Le confinement, les mesures de restriction elles sont très lourdes pour les Français. Moi j'entends des gens qui me disent : "Aujourd'hui, en tout cas avant qu'on annonce ça, c'étaient des demi-mesures." Mais pour les Français, ce n'est pas des demi-mesures d'avoir le couvre-feu à 18 heures ou même maintenant à 19 heures. Ce n'est pas des demi-mesures d'avoir des centres commerciaux qui sont fermés. De devoir télétravailler dès qu'on le peut. Et donc il faut prendre des mesures proportionnées de manière pragmatique et territorialisée et c'est ce qu'on fait.

ALBA VENTURA
Gabriel ATTAL, qu'est-ce qu'il y a au bout des quatre semaines ?

GABRIEL ATTAL
On espère une diminution de la situation épidémique. On espère voir la situation et la pression sur nos services hospitaliers baisser. Et on espère, du coup, qu'on pourra relâcher un certain nombre de restrictions. C'est l'objectif. Vous savez pourquoi est-ce qu'on l'espère ? On l'espère parce qu'on prend ces mesures et que, comme toutes les mesures qu'on a prises depuis le début de cette crise, les Français vont les respecter ; mais aussi parce que la vaccination, c'est un grand progrès qui va nous permettre d'alléger la pression sur l'hôpital en limitant le nombre de personnes qui font des formes graves.

ALBA VENTURA
Je voulais revenir sur les cas énoncés tout à l'heure par les auditeurs et revenir sur le cas des commerces notamment, donc retour de la fermeture des commerces non essentiels. Ça veut dire que vous ne faites pas confiance aux commerçants pour aménager des horaires ou respecter des jauges ou respecter les gestes barrières ? Je pense aux coiffeurs. Enfin chez un coiffeur, pardon, mais on n'est pas face à face et en plus on a le masque.

GABRIEL ATTAL
Je vais vous dire Alba VENTURA, évidemment qu'on fait confiance à tous les professionnels en France pour adapter et pour faire des protocoles sanitaires. Ils l'ont fait depuis le début de cette crise, ils ont fait beaucoup d'efforts.

ALBA VENTURA
Mais pourquoi vous les fermer alors ?

GABRIEL ATTAL
Quand vous devez limiter les interactions dans des lieux clos, vous devez fermer un certain nombre de lieux. C'est difficile, c'est difficile pour les personnes concernées. Elles seront évidemment indemnisées comme elles l'ont été en novembre avec le fonds de solidarité, et je peux vous dire qu'elles ont bien vu au mois de novembre, au mois de décembre qu'elles recevaient les aides. Vous évoquez le cas des coiffeurs spécifiquement. Les coiffeurs pourront rester ouverts. Vous l'avez dit, il y a des conditions qui sont particulières.

ALBA VENTURA
Les coiffeurs pourront rester ouverts ?

GABRIEL ATTAL
Oui, les coiffeurs pourront rester ouverts. Vous l'avez dit, il y a un protocole sanitaire particulier qui a été mis en place. Il y a un décret qui va être présenté et qui indiquera quels sont les lieux, quels sont les commerces qui peuvent rester ouverts et ceux qui doivent fermer. Il indiquera notamment pour la question des coiffeurs qu'ils peuvent rester ouverts. On cherchera évidemment avec eux toujours les manières d'améliorer encore le protocole sanitaire et les règles pour limiter les transmissions.

ALBA VENTURA
Mais ça vaut pour les coiffeurs esthétiques, bars à ongles ?

GABRIEL ATTAL
Je vous dis qu'il y aura une liste qui va être faite mais, encore une fois Alba VENTURA, c'est toujours difficile quand vous devez choisir de fermer un certain nombre de lieux. Parce qu'encore une fois, quand je vous dis que la cohérence est de dire qu'on se contamine moins quand on est en extérieur, il y a une cohérence malheureusement qui n'a pas changé : c'est que les risques de contamination en intérieur sont beaucoup plus importants, notamment quand on ne porte pas le masque et même quand on le porte. Malheureusement en intérieur, il y a des risques et donc il faut limiter les lieux où on se rencontre.

ALBA VENTURA
Mais est-ce que c'est plus dangereux d'aller chez le fleuriste que chez le coiffeur ?

GABRIEL ATTAL
Je ne rentre pas là-dedans. Un fleuriste par ailleurs, les commerces pourront vendre en click & collect comme on dit, à l'extérieur de leur boutique évidemment. Tout ça, tous ces enseignements qu'on a tirés et tout ce qu'on a appris collectivement dans les deux premiers confinements, on va pouvoir le mettre en place dans cette nouvelle séquence qui s'ouvre.

ALBA VENTURA
Parlons des tests maintenant. Martin. HIRSCH était dans ce studio mercredi, il proposait de faire des tests par exemple avant d'aller faire ses courses. On se dit que le week-end de Pâques approche, faire un test avant d'aller à la messe - mais ça vaut pour la synagogue ou la mosquée. Pourquoi on ne met pas en place ce genre de protocole ?

GABRIEL ATTAL
Les tests ont été considérablement développés en France. Aujourd'hui, vous pouvez aller vous faire tester avec un test antigénique dans une pharmacie par exemple.

ALBA VENTURA
Mais on ne l'oblige pas.

GABRIEL ATTAL
Et vous pouvez avoir le résultat en quinze minutes. On va développer les autotests aussi. Evidemment tout ça se déploie. Après il y aura un enjeu. C'est quand on pourra alléger un certain nombre de restrictions, rouvrir un certain nombre de lieux se posera la question de l'accès à ces lieux et du fait de potentiellement les conditionner à un test négatif qui aura été fait avant. C'est ce sur quoi on travaille en ce moment évidemment en parallèle avec les membres du Gouvernement.

ALBA VENTURA
Le Premier ministre a appelé hier à plus de télétravail au moins quatre jours sur cinq. Est-ce que vous allez sanctionner les entreprises qui ne jouent pas le jeu ?

GABRIEL ATTAL
Il faut continuer à augmenter le recours au télétravail. C'est ce qui s'est passé ces dernières semaines. Il y avait une vraie baisse par rapport au mois de novembre où ça avait beaucoup chuté et malheureusement, on a vu qu'il y avait plus de difficultés à avoir recours au télétravail fortement ces dernières semaines et ces derniers mois.

ALBA VENTURA
Donc sanctions ?

GABRIEL ATTAL
Donc on va augmenter les contrôles, on va augmenter les sanctions pour garantir que quand on peut télétravailler, on télétravaille et que les entreprises laissent télétravailler leurs salariés qui peuvent télétravailler.

ALBA VENTURA
Quelles sanctions ?

GABRIEL ATTAL
Elisabeth BORNE, ma collègue Ministre du Travail, s'exprimera très prochainement pour donner les détails de tout cela. Mais encore une fois, il faut limiter nos interactions en intérieur. On sait que le travail, c'est un lieu où on peut se contaminer, notamment dans les cantines d'entreprise et donc tout ça va être précisé.

ALBA VENTURA
Gabriel ATTAL, la vaccination puisque la campagne va reprendre avec AstraZeneca. Quelqu'un qui refuse le vaccin AstraZeneca, est-ce qu'il perd sa place ou est-ce qu'on lui trouve un autre vaccin ?

GABRIEL ATTAL
Quand on vous propose un vaccin, c'est que le vaccin est indiqué pour vous.

ALBA VENTURA
Donc il n'a pas le choix.

GABRIEL ATTAL
Il y a la Haute autorité de santé des recommandations d'utilisation sur les vaccins. Si on vous propose un vaccin, c'est que c'est le vaccin le mieux indiqué pour vous donc il n'y a pas de raison de le refuser. Moi j'entends les questions de confiance.

ALBA VENTURA
Dans notre sondage BVA, 44% seulement des gens font confiance à AstraZeneca.

GABRIEL ATTAL
J'entends qu'il y a des questions de confiance qui se posent d'ailleurs là aussi en France et dans d'autres pays européens qui sont confrontés à la même situation. Et donc oui, il y a un travail à mener pour regagner la confiance sur le vaccin AstraZeneca. On en est parfaitement conscient. D'ailleurs le Premier ministre va se faire vacciner lui-même aujourd'hui pour montrer que c'est un vaccin sûr et efficace. C'est ce qu'a redit hier l'Agence européenne du médicament, c'est ce que disent les agences de santé françaises. On a besoin du vaccin, c'est la sortie de crise. Le vaccin, c'est ce qui nous permettra de sortir de cette crise. C'est essentiel que les Français se fassent vacciner.

ALBA VENTURA
Vous allez vous faire vacciner ?

GABRIEL ATTAL
Moi j'ai toujours dit que comme tous les membres du Gouvernement, j'attendrai mon tour. Vous savez, on est très sensible au fait qu'il ne fallait pas qu'il y ait de passe-droit. Maintenant moi ce que j'ai dit au Premier ministre, c'est que si on constate qu'il y a un vrai problème de confiance vis-à-vis du vaccin AstraZeneca, que c'est considéré comme utile que je me fasse vacciner, moi j'ai proposé de le faire évidemment.

ALBA VENTURA
Juste une dernière chose. Est-ce que vous prévoyez de vacciner davantage dans les zones en tension ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'on a fait depuis le début de cette crise, c'est que lorsqu'il y a des zones où la situation épidémique est plus dégradée, effectivement on fait en sorte de concentrer la vaccination davantage dans ces zones, ce qui ne veut pas dire évidemment qu'on va retirer des vaccins à certains territoires pour en donner à d'autres. Il y a des rendez-vous qui ont été pris, des centaines de milliers de rendez-vous qui ont été pris, ils seront évidemment tenus. Les vaccins continuent à arriver. J'entends parfaitement qu'il y a une frustration. Moi je connais des Français qui ont plus de soixante-quinze ans, qui sont prioritaires depuis janvier et qui n'ont toujours pas pu être vaccinés. Ils le seront dans les prochaines semaines. Objectif : dix millions de personnes vaccinées à la mi-avril et on va y arriver.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Gabriel ATTAL.

YVES CALVI
Gabriel ATTAL qui annonce sur RTL une hausse des contrôles et des sanctions pour le télétravail et, par ailleurs, les coiffures qui vont donc pouvoir rester ouverts avec des protocoles renforcés.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 mars 2021