Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France Inter le 1er avril 2021, sur les nouvelles mesures prises par le Gouvernement pour contrôler la vague épidémique de Covid-19 et l'ouverture de lits de réanimation supplémentaires .

Intervenant(s) :

Prononcé le

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Et avec Léa SALAME nous recevons ce matin dans « Le grand entretien » le ministre des Solidarités et de la Santé, questions et réactions amis auditeurs au 01 45 24 7000, sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Et merci d'être à notre micro ce matin. Hier soir Emmanuel MACRON a donc annoncé un certain nombre de mesures, je les reprends rapidement, extension à toute la métropole des dispositions appliquées jusque-là dans 19 départements, écoles fermées pendant quatre semaines avec un mixte de cours à distance et de vacances de printemps, télétravail systématique, calendrier précisé pour la vaccination, on va détailler tout cela avec vous dans le cadre de cet entretien, mais d'abord une question de stratégie générale pour savoir où on va. Avec ces nouvelles mesures vous visez quel nombre de contaminations par jour et quel nombre de patients en réanimation, est-ce redescendre à 5000 contaminations, qui était l'horizon fixé par le président de la République avant le deuxième confinement, est-ce redescendre à 3000 personnes en réanimation, c'est toujours ça la ligne ?

OLIVIER VERAN
La ligne elle est d'enrayer cette vague épidémique qui monte et qui est très forte. Hier 59.000 contaminations dans notre pays, un nombre de réanimations qui a dépassé les 500 par jour, ce qui était arrivé quelques jours au cours de la deuxième vague et quelques jours au cours de la première vague, ce qui veut dire l'ampleur de la vague épidémique actuelle, donc nous voulons enrayer la vague épidémique pour retrouver davantage de liberté de l'autre côté de cette vague et vivre un printemps plus, je dirais plus serein.

NICOLAS DEMORAND
Mais vous vous donnez des objectifs chiffrés ou pas, comme ceux qui je viens de rappeler là ?

OLIVIER VERAN
Je vais vous moi ma boussole, mon objectif majeur, c'est de sauver un maximum de vies, et d'éviter la saturation de nos hôpitaux, et de faire en sorte que la dynamique épidémique s'effondre, comme elle s'est effondrée l'année dernière. Quel que soit le chiffre, je dirais, de contaminations de l'autre côté de la vague, le printemps, les jours chauds vont arriver, la vaccination progresse très vite, et donc nous avons suffisamment d'armes aujourd'hui, ce que nous devons faire c'est écrêter cette vague épidémique, cette troisième vague, pour qu'elle soit la moins haute possible, la moindre forte possible, et en accélérer la réduction.

LEA SALAME
Mais est-ce que ce sera suffisant Olivier VERAN, dans les 19 départements, comme l'Ile-de-France où l'épidémie flambe depuis plusieurs semaines, la vraie mesure nouvelle c'est donc la fermeture des écoles pour trois ou quatre semaines, est-ce que ce sera suffisant cette mesure pour freiner l'épidémie, pour la casser, et quand est-ce que vous attendez les premiers effets ?

OLIVIER VERAN
Ce que je crois fondamentalement c'est que les mesures qui ont été annoncées hier soir par le président de la République vont permettre, oui, d'avoir un impact fort sur la dynamique épidémique, il n'y a pas de raison de penser le contraire, aucune raison de penser le contraire. Vous savez qu'il faut entre sept…

LEA SALAME
Quand ? Quand ?

OLIVIER VERAN
Il faut entre sept et dix jours pour que des mesures soient efficaces, qu'on puisse en mesurer l'efficacité, ce qui voudrait dire qu'on pourrait avoir atteint le pic épidémique d'ici sept à dix jours environ, si tout va bien, et ensuite il faut deux semaines supplémentaires pour atteindre le pic de réanimation, ce qui pourrait être du côté de la fin avril. Vous voyez que nous accueillons chaque jour 50 à 100 patients de plus dans les réa, puisque vous avez des entrées, vous avez des sorties, mais en bilan entrées/ sorties ça fait 50 à 100 de plus, vous le multipliez par le nombre de jours d'ici au pic, et donc ça fait qu'il faudrait être capable de monter à environ 10.000 lits de réanimation, peut-être un peu moins, peut-être un peu plus, nous nous adapterons dans tous les cas.

LEA SALAME
Les lits de réanimation justement, Emmanuel MACRON dit qu'aujourd'hui il y a 7000 lits de réanimation, ils seront augmentés à 10.000 lits bientôt, pourquoi ne pas l'avoir fait avant Olivier VERAN, vous l'aviez promis en août dernier dans une conférence de presse, vous aviez dit 12.000 lits de réanimation pourront être disponibles en France, pourquoi vous ne les avez pas mis en place dès l'été dernier ?

OLIVIER VERAN
Je vais vous dire exactement la question que vous m'auriez posée ce matin si nous étions à 10.000 lits de réanimation aujourd'hui, vous m'auriez dit Olivier VERAN pourquoi est-ce que vous êtes à 10.000 lits de réanimation, alors qu'il n'y a que 7500 malades en réanimation, ces 2500 lits qui ne sont pas utilisés aujourd'hui, est-ce qu'ils ne seraient pas utiles pour accueillir des patients dont vous avez des programmé l'opération ? Ce que je vais vous dire Léa SALAME…

LEA SALAME
Non, je vous aurais dit peut-être qu'on n'aurait pas été obligé de fermer les écoles si on avait 12.000 lits.

OLIVIER VERAN
Non, vraiment, je vous demande de comprendre ça parce que c'est fondamental, ce sont les soignants qui me demandent de bien l'expliquer, parce qu'on leur pose aussi cette question-là, et c'est eux qui se mobilisent. Nous augmentons le nombre de lits de réanimation disponibles à mesure que les besoins de soins augmentent. Quand un patient arrive en réanimation, le lendemain nous avons rouvert un autre lit, mais nous le faisons au détriment, parfois, des soins accordés aux autres malades, par de la déprogrammation, et de la réorganisation, donc, ce qu'il faut c'est avoir toujours un coup d'avance, c'est-à-dire toujours des lits pour accueillir les malades, c'est ce qui nous permet de faire en sorte qu'il n'y ait pas de tri notamment, qui est très vilain mot, dans les hôpitaux, et d'être capables de soigner tous les malades graves, et nous continuerons de le faire.

NICOLAS DEMORAND
Pouvez-vous, Olivier VERAN, nous faire un point sur la situation dans les hôpitaux, parce que d'un côté on lit des tribunes, notamment la tribune des 41 directeurs de crise de l'AP-HP qui disent « nous savons d'ores et déjà que nos capacités de prise en charge seront dépassées dans quelques jours », et qu'ils seront donc contraints au tri des patients, de l'autre côté on entend par exemple l'urgentiste Patrick PELLOUX qui dit que pour l'instant ce n'est pas la bérézina dans les hôpitaux et que les médecins font de la politique, qui dit vrai ?

OLIVIER VERAN
Je ne sais pas qui dit vrai, moi j'aime les faits et les chiffres, pardon pour ça mais. Nous avons actuellement 1200 patients de moins en réanimation, en Ile-de-France, qu'au pic de la première vague, donc c'est à la fois beaucoup, et à la fois vous voyez qu'il reste 1200 lits potentiellement à ouvrir. Moi j'ai demandé hier, notamment à l'AP-HP, d'ouvrir une nouvelle unité de réanimation à l'hôpital Henri Mondor, qui n'a jamais été ouverte, et nous allons y mettre des renforts de ressources humaines de partout, des étudiants, des retraités, des libéraux, des hospitaliers, pour ouvrir ne serait-ce que là-bas déjà 60 lits supplémentaires, on va être capable même d'en ouvrir plusieurs centaines, donc ça nous savons le faire. En revanche, ce que disent les médecins, je les ai eus, vous savez, le week-end dernier en visio, et je comprends leur anxiété, ils me disent « mais nous, ce n'est pas aujourd'hui qu'on regarde, c'est qu'on sait que comme ça continue de monter, dans deux semaines, dans trois semaines, si rien ne bouge, on va être dans une situation très difficile. » Personne ne nie que la situation sera très difficile. Ce que je dis…

NICOLAS DEMORAND
Mais ce n'est pas la bérézina, Olivier VERAN, ce n'est pas la bérézina pour l'instant.

OLIVIER VERAN
C'est que mon objectif, et celui des soignants, c'est qu'à tout moment, dans cette vague épidémique, nous soyons capables de prendre en charge, de soigner les malades qui ont besoin des soins.

LEA SALAME
Mais on entend depuis quelques jours des élus de votre groupe, de la majorité, dire les médecins font de la politique, et notamment ils visent nommément Martin HIRSCH, le patron de l'AP-HP, en disant il fait de la politique, il a des visées politiciennes. Est-ce qu'aujourd'hui vous estimez que, oui, parfois certains médecins font de la politique ?

OLIVIER VERAN
Vous avez certains médecins qui vivent au quotidien la crise virale, qui partagent l'angoisse et la peur de leurs équipes - au fond, ce que me disaient les médecins, ce que je percevais leur anxiété, c'est, si au moins on savait quand arrivera le pic épidémique, eh bien ça nous permettrait de savoir à quoi nous préparer, eh bien maintenant les médecins ont une réponse, je leur dis, avec les mesures qui ont été décidées, et la semaine dernière, et hier, par le président de la République, le pic épidémique est devant nous, il n'est pas très loin, j'en suis convaincu, et donc nous allons tenir ensemble, y compris à l'hôpital, le reste c'est… pardon, mais je crois que l'heure est trop grave, je crois que l'heure est trop grave, et que les Français attendent de nous, que nous soyons politiques, que nous portions une blouse ou une écharpe tricolore, que nous travaillions ensemble, c'est ce que nous avons toujours fait depuis 13 mois et c'est ce que je continuerai à faire.

LEA SALAME
Je vous relaie juste ce que disent certains élus macronistes…

OLIVIER VERAN
Je sais. Je sais.

LEA SALAME
Florent BACHELIER l'a dit clairement récemment il y a deux, trois jours.

OLIVIER VERAN
Je vous ai donné ma réponse, j'ai besoin de travailler en confiance et je remercie les soignants pour leur engagement, je les soutiens, ils ont le droit d'avoir des opinions, ils ont leur d'avoir des idées, ils ont le droit d'avoir leurs craintes, je leur dis juste travaillons ensemble et fixons-nous l'objectif partagé de faire en sorte de soigner tous les Français qui en ont besoin.

NICOLAS DEMORAND
Le 28 octobre, quand le président de la République décide le deuxième confinement, il y a 3000 personnes en réanimation dans toute la France. Dites-nous, là c'est une question qui revient souvent également, pourquoi a-t-il fallu attendre que nous soyons aujourd'hui à plus de 5000 pour ce nouveau train de mesures, est-ce que tout cela n'arrive pas 15 jours ou trois semaines trop tard, comme le disent des médecins, et j'en cite un, Philippe JUVIN, le patron des urgences de l'hôpital Pompidou à Paris qui dit..

OLIVIER VERAN
Là, pour le coup, c'est un médecin qui fait de la politique.

NICOLAS DEMORAND
Qui fait de la politique puisqu'il est maire LR, « on a pris beaucoup de retard, il y a eu de la procrastination et on va le payer très cher. » pourquoi avoir tardé ?

OLIVIER VERAN
Nicolas DEMORAND, on m'a beaucoup posé la question de savoir si le président de la République avait décidé le 29 janvier de confiner le pays, nous n'en serions pas là ? Eh bien je vais vous faire une réponse. Ma conviction c'est que si le président de la République avait confiné le pays le 29 janvier, il aurait eu toutes les chances de confiner encore le pays hier. Pourquoi je vous dis ça ? Parce que je prends exemple sur les pays étrangers autour de nous. L'Italie en est à son quatrième confinement, l'Allemagne, qui a confiné pendant trois mois, de mi-décembre à là, il y a quelques semaines, a été obligée de reprendre des mesures tout de suite immédiatement, donc c'est du temps que nous avons gagné et pas du temps que nous avons perdu.

LEA SALAME
Ce que vous dites est juste concernant le 29 janvier, puisque, effectivement, ça n'a pas explosé en février, ce que vous répétez depuis plusieurs jours, ce qu'a dit le président de la République, mais ce n'est pas ce que disent les médecins, les médecins disent les choses ont changé après les vacances de février, en gros, vous avez tardé sur les 15 jours, trois semaines, c'est ça qu'ils vous disent, ce n'est pas en janvier, c'est vous auriez dû prendre ces mesures il y a 15 jours, trois semaines.

OLIVIER VERAN
A Nice, dans les Alpes-Maritimes, à Dunkerque, ça fait plusieurs semaines que des mesures ont été décidées, territorialisées, adaptées à la situation de l'endroit et du moment, dans les départements qui sont actuellement sous couvre-feu renforcé avec des mesures de restrictions de déplacements, etc., des mesures ont été prises il y a déjà plusieurs semaines aussi, ou plusieurs jours, nous avons territorialisé jusqu'au bout, nous avons voulu proportionner les mesures jusqu'au bout. Vous savez, la France peut se targuer, pour le coup, d'avoir innové, parce que ça a été le pays qui a mis en place le couvre-feu, tout le monde nous disait ça ne marchera pas, ça a marché, ça a marché…

LEA SALAME
Au début.

OLIVIER VERAN
Mais, pas au début, Léa SALAME… le variant, il faut comprendre quelque chose, dans tous les pays où le variant britannique apparaît, il est plus contagieux et donc il fait son oeuvre, c'est-à-dire qui circule, 80 % des diagnostics en France aujourd'hui sont du variant britannique, c'est la même chose dans les pays qui nous entourent, donc dès lors que le variant est en train de s'étendre vous prenez des mesures de freinage, notre conviction et notre conception depuis le premier jour c'est de concilier la protection des Français et le maintien des libertés, proportionnel aux mesures, à la gravité de la situation, tout en tenant compte des besoins des Français de respirer.

NICOLAS DEMORAND
Encore un mot Olivier VERAN. Emmanuel MACRON a estimé que les mesures de freinage prises il y a 15 jours dans les 19 départements où l'épidémie a flambé, ont bien eu des effets, dites-nous lesquels, quels effets quand on voit que les contaminations n'ont cessé d'augmenter, d'exploser même, et que les entrées en réanimation ont suivi exactement la même pente, à la hausse ?

OLIVIER VERAN
Je peux vous dire que, par exemple, sur l'ensemble des départements qui ont été mis sous mesures renforcées il y a 10 jours, nous avons enregistré, sur la journée de samedi dernier, une hausse de 1 % environ du nombre de contaminations, quand dans les autres départements nous avons enregistré une hausse moyenne de 20 %, donc cet écart qui est en train de se creuser montre que les mesures sont… De toute façon, vous savez, il n'y a pas de secret, il n'y a pas de mystère, plus vous distanciez, plus vous faites attention, plus vous limitez les rassemblements, et donc plus vous prenez des mesures pour inviter les Français à limiter les rassemblements, plus vous freinez le virus, je veux dire, chaque cause a les mêmes conséquences, et donc c'est ce que nous voulons. Nous voulons pouvoir être capables de partager, mais en nous protégeant.

LEA SALAME
Question rapide, pour soulager les services de réanimation dans les zones débordées vous tabliez sur la possibilité de transférer des patients ailleurs en France, où on en est du transfert des malades, combien de malades ont été transférés, vous pouvez nous le dire ?

OLIVIER VERAN
Depuis le début de la pandémie je pense que nous avons dû dépasser ou frôler les 1000 patients au total qui auront bénéficié d'une évacuation sanitaire, par train, par avion, etc.

LEA SALAME
Et là ?

OLIVIER VERAN
Et là actuellement, les évacuations sanitaires sont amenées à s'accélérer, parce qu'il y a beaucoup de place dans les réanimations françaises, notamment pour accueillir des patients franciliens, ou issus des Hauts-de-France, donc je m'entretiens régulièrement avec les directeurs médicaux de crise des hôpitaux franciliens pour leur demander vraiment de mettre les bouchées doubles pour évacuer les patients.

LEA SALAME
Mais Bruno RIOU nous disait que c'était très compliqué, que les familles s'opposaient à cela, c'est pour ça que je vous pose la question.

OLIVIER VERAN
C'est sans doute très compliqué, mais c'est aussi très nécessaire, et en définitive, à un moment donné, on n'a pas la possibilité de faire autrement pour pouvoir garder des places disponibles dans les hôpitaux parisiens au bon moment, et être capable… vous savez, les hôpitaux parisiens ont accueilli plein de malades pendant la première et la deuxième vague, venant de toute la France, et beaucoup de régions ont été amenées, le Grand-est notamment, à faire beaucoup d'évacuations sanitaires. Oui, c'est plus compliqué aujourd'hui, oui il y a de la lassitude aussi, chez les soignants, chez les familles, mais en définitive, si on se dit tous ensemble, 2 secondes, que notre objectif c'est de sauver des vies et de faire en sorte d'être capables d'accueillir tous les malades au bon moment, eh bien dans ce cas-là nous devons utiliser tous les outils. Les évacuations sanitaires ne sont pas la panacée, mais c'est un outil précieux, qui nous a permis de sauver 1000 vies depuis le début de la pandémie, nous continuerons de le faire.

NICOLAS DEMORAND
Sur le télétravail, le président de la République a dit qu'il serait systématisé, est-ce que vous pouvez préciser, ça veut dire quoi exactement, qu'il est obligatoire désormais, que la consigne a changé, dites-nous ?

OLIVIER VERAN
Ça veut dire que toute personne qui peut télétravailler doit télétravailler, et là nous appelons vraiment à la citoyenneté, des salariés, des employeurs, ils sont très très très nombreux d'ailleurs, mais il y a encore des marges, des gains. On pense, on considère, que 40 % du succès d'un confinement c'est le télétravail, c'est énorme, c'est énorme comme impact le télétravail, donc plus vous gagnez sur le télétravail, plus vous gagnez contre le virus, et moins longues sont les mesures de gestion, et plus vite on rouvre les bars, les restaurants, etc. Donc vraiment, c'est dans cet effort du quotidien, quand on dit que c'est systématique, c'est, « qu'est-ce que tu fais au travail aujourd'hui, pourquoi est-ce que tu es venu, tu aurais pu travailler depuis la maison, donc retourne à la maison travailler », ou le salarié qui dit à son employeur « écoutez, demain, moi je pense que ce que j'ai à faire demain dans ma journée de travail, je peux le faire depuis chez moi, donc je vais le faire depuis chez moi », et l'employeur n'a pas à dire non, c'est ça systématiser, c'est cette démarche réflexe qu'il faut que nous retrouvions.

LEA SALAME
Le 1er mars dernier, c'est-à-dire il y a un mois, Emmanuel MACRON disait à des jeunes qu'il fallait tenir quatre à six semaines avant un allègement des mesures, Gabriel ATTAL disait le lendemain ça va aller mieux en avril. En fait, en avril ça ne va pas mieux, hier Emmanuel MACRON a donné un calendrier en disant l'allégement des mesures c'est au tour de la mi-mai, on pourra éventuellement rouvrir les terrasses et les lieux culturels, ce calendrier ne risque-t-il pas d'être caduque ou retardé comme celui qu'il avait fixé il y a un mois l'est ?

OLIVIER VERAN
Ce que Gabriel ATTAL, le porte-parole, comme d'autres d'ailleurs, ont dit il y a quelques semaines, c'est que nous espérions qu'il était possible que d'ici à avril, mi-fin avril, les choses commencent à s'améliorer, je ne vous dis pas autre chose en vous disant que j'espère sincèrement, et nous faisons tout pour que le pic de réanimation, qui est le l'indicateur le plus grave pour nous, il intervienne avant la fin du mois d'avril et que nous puissions retrouver ensuite, au mois de mai, davantage de liberté. Léa SALAME, on a appris en un an, et notamment on a appris du printemps dernier, et on a tous fait le constat qu'en France, qu'en Espagne, qu'en Italie, qu'en Allemagne, qu'en Autriche, en Belgique, partout, lorsque les jours deviennent plus chauds, qu'il fait plus beau, le virus circule moins facilement et on n'a passé quand même, on a oublié, mais sur un an de pandémie en France, on a quand même eu cinq mois au cours desquels un certain nombre d'établissements recevant du public étaient ouverts, les bars avaient rouvert, les gens pouvaient retrouver de l'activité sportive, culturelle, il y avait des limitations de jauges…

LEA SALAME
Donc vous espérez pour la mi-mai ?

OLIVIER VERAN
Pardon ?

LEA SALAME
Vous espérez cela pour la mi-mai ?

OLIVIER VERAN
Moi j'espère ça le plus tôt possible et je considère que, oui, le cap que nous devons nous fixer, l'autre côté de la vague, c'est le mois de mai.

NICOLAS DEMORAND
Emmanuel MACRON a précisé le calendrier de vaccination par classe d'âge, mi-avril à partir de 60 ans, mi-mai à partir de 50 ans, mi-juin pour tout le monde, pour tous les autres, il a aussi dit qu'il y aurait une stratégie spécifique pour les enseignants et autres professions exposées. Quelle est cette stratégie, pouvez-vous nous donner des précisions, le sujet-là aussi est majeur ?

OLIVIER VERAN
Vous le savez, je vous réponds rapidement, vous le savez, d'abord nous priorisons les personnes les plus fragiles, celles qui sont les plus âgées, celles qui vont en réanimation et qui décèdent du virus, c'est une stratégie gagnante, c'est une stratégie gagnante, je ne regrette absolument pas notre stratégie, au contraire, parce que deux mois et demi après avoir commencé la vaccination, ce qui m'intéresse ce n'est pas les cinq jours de début janvier, ce qui m'intéresse c'est pourquoi ils ont été utiles pour nous permettre aujourd'hui d'afficher des taux de couverture des personnes âgées plus élevés que nos voisins. Ensuite, nous allons pouvoir rentrer dans un raisonnement de protection des personnes qui sont exposées, qui ne sont pas forcément vulnérables individuellement, mais collectivement sont exposées, les enseignants, peut-être les forces de l'ordre, etc. Ce que je souhaite c'est que sans… enfin, un délai de quelques semaines, mais le plus rapidement possible, nous puissions par exemple vacciner les enseignants qui sont au contact d'enfants atteints de handicap, dans les classes Ulis, ça va nous faire entre 50.000 et 100.000 enseignants, cela nous pouvons l'envisager, je dirais…

LEA SALAME
Quand, là ?

OLIVIER VERAN
Je suis en train de regarder avec la fameuse Task force, cet horrible anglicisme, mais qui veut tout dire, sur les calendriers, en fonction des livraisons, moi je voudrais qu'on le fasse le plus… et Jean-Michel BLANQUER évidemment, vous l'imaginez, est très très mobilisé sur la question, je ne dirais pas le contraire, et il a raison, et donc nous l'envisageons ensemble pour pouvoir le faire quand nous aurions par exemple vacciner les personnes âgées de 60 ans et plus, à partir de là on peut commencer à rentrer dans une logique…

LEA SALAME
C'est-à-dire à la fin du mois en fait, pas avant ?

OLIVIER VERAN
Non, ça ne sera vraisemblablement pas dans les toutes prochaines semaines, de toute façon beaucoup de rendez-vous ont été pris au mois d'avril.

LEA SALAME
Non, mais je vous dis ça parce que Valérie PECRESSE, qui était à ce micro tout à l'heure, disait « j'espère qu'à la rentrée, la reprise des classes autour du 2 mai, un maximum d'enseignants sera vacciné », vous nous dites ce matin non ?

OLIVIER VERAN
Je vous dis que c'est en cours de discussion, de réflexion, que je ne m'engage pas sur un agenda précis de ce point de vue-là, mais que je suis vraiment prêt à faire tous les efforts qu'il faut. Mais, vous savez, Léa SALAME, je vais vous dire une chose, vous n'avez aucun centre de vaccination, et aucun maire qui vous dit, « je ferme parce que je n'ai pas de vaccinateur. » Tout le monde vous dit, les médecins, les maires, moi je vous le dis, plus j'ai de doses de vaccins à vacciner, plus on vaccine. L'enjeu n'est pas un enjeu logistique, l'enjeu n'est pas celui d'une lenteur dans la vaccination, l'enjeu c'est d'avoir un maximum de doses qui nous arrivent en France, nous vaccinons à flux tendu, plus de 90 % des doses de PFIZER sont déjà injectées, et sont injectées en flux tendu, on fait 300.000, bientôt 400.000 vaccinations par jour dans notre pays, et on va monter encore au cours des prochaines semaines, on dépassera les 500.000 vaccinations par jour prochainement. On avait un objectif qui était de 10 millions de vaccinés primo-injectés au 15 avril, nous allons dépasser cet objectif.

LEA SALAME
Le commissaire européen, Thierry BRETON, promet l'immunité collective au niveau européen à la date du 14 juillet, vous y croyez, vous, le 14 juillet, ou c'est un peu optimiste ?

OLIVIER VERAN
Ce serait une belle date, non, symboliquement ?

LEA SALAME
Oui. Le professeur PIALOUX nous disait « le 14 juillet c'est la fête nationale, je ne pense pas que ce sera la fête de l'immunité », vous pensez quoi ?

OLIVIER VERAN
Moi je pense que cet été, en tout cas juin, juillet, je ne suis pas à une semaine près en l'occurrence, on aura un enjeu de mobilisation des Français qui n'auront pas encore été vaccinés et qui se demanderont peut-être si c'est toujours utile de le faire parce que vraisemblablement le virus circulera moins, ou ne circulera pas, et donc cet enjeu se sera d'aller chercher les gens. Vous verrez que dans deux mois on nous dira pas « on veut plus de vaccins, il faut aller plus vite », je pense qu'on changera de logique de ce point de vue-là, parce que nous aurons vacciné les 25, 30 millions de Français les plus fragiles, mais il faudra continuer, il nous faut cette immunité collective de population.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 avril 2021