Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France Inter le 11 mai 2021, sur les modalités du déconfinement après la troisième vague du Covid-19.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Avec Léa SALAME, nous recevons ce matin dans Le Grand entretien du 7/9, le porte-parole du gouvernement. Questions/réactions au 01 45 24 7000, sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Merci d'être au micro d'Inter ce matin. Nous allons évoquer dans quelques instants les questions de sécurité, alors qu'une cérémonie d'hommage, présidée par Jean CASTEX, se tient cet après-midi à la préfecture du Vaucluse à la mémoire du brigadier Eric MASSON tué mercredi dernier au cours d'une tentative d'interpellation de trafiquants de drogue. Mais un point pour commencer, sur le sanitaire et les annonces faites ce matin dans les colonnes du Parisien par le Premier ministre sur les modalités précises du déconfinement de la France. "Nous sommes en train de sortir durablement de cette crise sanitaire", dit Jean CASTEX. Cela veut-il dire dans votre esprit qu'il n'y a pas de rechute en vue, pas de nouvelle vague possible. Le Premier ministre n'est-il pas un peu optimiste en disant les choses comme ça ?

GABRIEL ATTAL
On a le droit d'être optimiste Nicolas DEMORAND, aujourd'hui, tout simplement parce qu'on voit d'abord que les efforts des Français depuis maintenant des mois, et renforcés ces dernières semaines, portent leurs fruits. L'incidence diminue, on est passé en dessous des 200 au niveau national, le nombre de personnes en réanimation diminue aussi très vite et le nombre de personnes hospitalisées diminue aussi. Et l'autre raison d'être optimiste, c'est le développement de la vaccination, parce qu'on sait que la vaccination elle protège celles et ceux qui sont vaccinés du risque d'avoir une forme grave, mais elle limite aussi le risque de transmission du virus, c'est donc une protection supplémentaire pour la société. Et évidemment c'est pour ça qu'on va continuer à déployer la vaccination.

LEA SALAME
"On a raison d'être optimiste", dites-vous. Emmanuel MACRON avait, après la première vague, prédit le retour des jours heureux. En réalité on a eu la deuxième vague à l'automne et la troisième vague au printemps. Le Conseil scientifique dans son dernier avis, dit craindre une quatrième vague cet été. Karine LACOMBE disait "L'été peut être cauchemardesque". Tous ces scientifiques se trompent ?

GABRIEL ATTAL
Je ne dis pas ça, on ne peut évidemment jamais rien exclure par principe, et d'ailleurs le président comme le Premier ministre l'ont dit. Vous avez parlé de la deuxième, de la troisième vague, elles ont finalement surpris le monde entier, et le monde entier espérait après la première vague qu'on en soit sorti. Ce que je dis c'est qu'aujourd'hui, on est dans un contexte différent, notamment grâce à la vaccination, et c'est un énorme progrès que de pouvoir bénéficier un an après le début d'une pandémie mondiale, avec un nouveau virus, d'un vaccin qui permette de protéger. Et donc oui, la vaccination c'est une nouvelle donne dans la sortie de crise, qui nous permet d'espérer une sortie durable de la crise, d'autant qu'on a adapté nos capacités industrielles pour être capable de produire très rapidement des vaccins adaptés à des variantes si c'était nécessaire. Evidemment, ça ne veut pas dire qu'il faut baisser la garde, au contraire, mais en tout cas on a le droit d'être optimiste.

NICOLAS DEMORAND
Jean CASTEX évoque dans l'entretien, les fameuses mesures de freinage, le seuil de 400 nouveaux cas pour 100 000 habitants, au-delà duquel on reconfine. Alors, précisions ce matin sur ce point. A la seconde où ce seuil de 400 est dépassé, qu'est-ce qui ferme ? C'est la ville, le département, la région ? Dites-nous.

GABRIEL ATTAL
C'est un dispositif de freinage. On a organisé la levée des restrictions par paliers. Vous savez qu'il y a un premier palier qui a été franchi avec la réouverture des écoles, ensuite le 19 mai vous avez la réouverture des lieux qui ont été fermés et avec des jauges, ensuite le 9 juin les jauges se réduisent pour qu'on puisse avoir plus de monde, et après vous avez à la fin du mois de juin une dernière étape. Si on constate qu'il y a une reprise épidémique importante dans un département, entre ces étapes, ça freinera évidemment le passage à l'étape suivante. Il n'y a pas d'automaticité, au sens où dès lors qu'il y a un critère qui est rempli, parce qu'il n'y a pas que les 400 pour 100 000 habitants, ça peut être aussi un péril imminent en sur les réanimations ou une dynamique très forte de l'épidémie. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ? On réunit les acteurs locaux, avec les représentants de l'État, préfets, ARS, les élus, on regarde quelle est la situation et on prend les bonnes décisions pour protéger les habitants de ce département. Voilà très concrètement comment ça se passera. Aujourd'hui, il n'y a plus aucun département au-dessus des 400.

LEA SALAME
C'est-à-dire, pardon Gabriel ATTAL, aujourd'hui c'est le cas, mais si dans un mois par exemple, on ne l'espère évidemment pas, mais si dans un mois, prenons le cas de Paris puisque c'était une des régions les plus touchées, une des villes les plus touchées, si Paris remontait à 450, un taux d'incidence de 450, on ne ferme pas automatiquement, on ne reconfirme pas automatiquement, c'est ce que vous nous dites ce matin.

GABRIEL ATTAL
Ce que je dis, c'est qu'à ce moment-là on regardera quelle est la situation, est-ce que c'est une augmentation exponentielle de 20 à 30% par semaine, quelle est la situation des réanimations, et à ce moment-là on réunit les acteurs locaux et on prend des décisions adaptées. Il n'y a pas d'automatisme, évidemment tout se fera en concertation.

NICOLAS DEMORAND
A partir du 19 mai, donc toutes les terrasses font rouvrir, avec une jauge de 50%, 6 personnes maximum autour d'une table. Comment empêcher que des foules s'agglutinent dans les rues autour des terrasses, des cafés et des bars ? Il fera beau, voilà.

GABRIEL ATTAL
D'abord, malheureusement, parce que je regarde la météo tous les jours en ce moment en prévision du 19 mai, pour l'instant ils n'annoncent pas tout à fait du beau temps dès le 19 mai.

NICOLAS DEMORAND
Nous on est à Dinan au 22 !

GABRIEL ATTAL
On espère que ça va arriver très vite, et je vais vous dire, je pense que dès de 19 mai, indépendamment de la météo, beaucoup de Français se précipiteront pour retrouver les terrasses de leur café, de leur restaurant, parce que ça fait trop longtemps qu'ils en sont privés, et parce qu'ils n'avaient qu'une hâte c'est de pouvoir les retrouver. Et, oui Nicolas DEMORAND, la responsabilité de chacun va beaucoup jouer en la matière. Et moi je suis convaincu que les Français ont montré depuis plusieurs mois maintenant qu'ils étaient responsables et qu'ils le seront encore à l'occasion de ces réouvertures. On a dit, je me souviens certains scientifiques ou parfois politiques, nous ont dit au moment de Noël : "Vous ne devriez pas laisser tout le monde allait fêter Noël en famille, partout en France, sans restriction etc. L'épidémie va repartir dès le début du mois de janvier très fort, parce que les gens vont se contaminer". Qu'est-ce qu'on a vu ? On n'a pas vu ce départ exponentiel de l'épidémie en janvier, parce que les gens ont été très responsables. Et donc moi je crois beaucoup à ça. Par ailleurs, c'est des terrasses, donc on est en extérieur, on sait que le risque de contamination en extérieur il est infiniment moins important qu'en intérieur, c'est pour ça qu'on fait les choses très progressivement, y compris avec des jauges en extérieur. J'entends que c'est très progressif, et qu'on aimerait que ça soit plus tout de suite, mais si on fait les choses en douceur et progressivement, c'est précisément pour éviter ce type de risque.

LEA SALAME
Même réponse pour les événements sportifs qui s'annoncent, le Tour de France aura lieu normalement, a dit le Premier ministre hier, et il y aura des fans zones pour l'Euro de football, est-ce que là aussi vous ne prenez pas le risque d'importants brassages de population, certes on est en extérieur, mais tout de même, quand on regarde un match sportif, on éructe, on crie, voilà, on n'est pas calme et muet ?

GABRIEL ATTAL
C'est humain évidemment, c'est pour ça que pour les fans zones le Premier ministre a dit qu'on n'allait pas les empêcher, mais qu'il y aurait un protocole sanitaire adapté, donc il y a des choses qui vont être précisées, peut-être en fonction du nombre de personnes, etc., et là aussi… alors c'est vrai que dans un match de foot on a la joie au moment du but, c'est quand même difficile de dire aux gens qu'ils ne peuvent pas crier ou célébrer, mais, voilà, là aussi je pense que la responsabilité de chacun jouera, mais il y aura aussi un protocole sanitaire pour éviter qu'il y ait des cohues monstres à l'occasion de ces fans zones.

NICOLAS DEMORAND
Alors entrons dans un autre sujet important, les aides aux commerces, aux restaurants, aux entreprises, ce sera du cas par cas a dit Jean CASTEX, du sur-mesure, mais quand on regarde les chiffres en détail, tels que les publie "Le Parisien" ce matin, on s'aperçoit que les aides vont baisser fortement au fil de l'été, juillet, août, septembre, est-ce qu'on peut considérer que le "quoi qu'il en coûte" est là en train de s'arrêter après la saison estivale ?

GABRIEL ATTAL
On passe au "quoi qu'il arrive", ça veut dire que, quelle que soit votre situation et votre reprise d'activité, vous continuez à être accompagné, et oui on fait du sur-mesure parce que la reprise de l'activité elle ne va pas se faire pareil partout. Je vous donne deux exemples. En fonction des secteurs d'activité vous avez peut-être des commerces qui vont rouvrir, qui vont reprendre tout de suite une activité importante, et puis vous avez d'autres secteurs, je pense à l'évènementiel, où, parce qu'il y a peu de salons, peu de foires, l'activité va être moins forte au début, donc il faut adapter en fonction de ça. Et puis même au sein d'un même secteur, je vous donne un exemple, prenez le secteur de l'hôtellerie, un hôtel à La Baule, ou dans le Sud de la France, à l'occasion des vacances d'été, il va peut-être reprendre, probablement, très fort, très vite, un hôtel qui est à côté de Roissy, à un moment où vous avez très peu de trafic aérien, il reprendra moins vite. Donc, concrètement ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous êtes une entreprise, aujourd'hui vous êtes accompagnée avec le Fonds de solidarité, en mai rien ne change, quelle que soit votre reprise d'activité, si vous êtes un restaurant, que vous rouvrez votre terrasse, que vous faites un peu d'activité, vous recevrez en mai le même Fonds de solidarité que vous avez reçu dans les mois précédents, c'est-à-dire 10.000 euros ou 20% de votre chiffre d'affaires. Et ensuite, qu'est-ce qu'on fera chaque mois ? Je vous donne l'exemple du mois de juin, on regarde votre chiffre d'affaires en juin, on le compare au chiffre d'affaires que vous aviez fait en juin 2019, évidemment on ne prend pas 2020 puisque c'était déjà la crise, on fait le delta, et là on vous verse 40% du delta, donc oui il y a une dégressivité, pour inciter aussi à la reprise de l'activité, mais on continue à vous accompagner, sur-mesure, en fonction de votre activité.

LEA SALAME
C'est vrai que c'était le point un peu compliqué de cette longue interview dans "Le Parisien" du Premier ministre, c'est-à-dire que, on a du mal à comprendre comment vous allez faire pour les aides au cas par cas, si par exemple je suis – pour reprendre votre exemple - j'ai un hôtel en bordure de Roissy et que le trafic aérien ne reprend pas, en août prochain il se passe quoi pour moi ?

GABRIEL ATTAL
En août vous continuez à être accompagné, encore une fois il y a le…

LEA SALAME
Mais ça diminue ?

GABRIEL ATTAL
Oui, ça diminue, mais vous êtes accompagné évidemment jusqu'à 20% de votre chiffre d'affaires, et ensuite, évidemment si la situation devait se poursuivre, et Bruno LE MAIRE l'a dit, il y a une forme de clause de revoyure à la fin de l'été, pour évidemment continuer à adapter nos dispositifs, vous avez vu qu'on a toujours adapter nos dispositifs en fonction de la situation, parce que celles et ceux qui aujourd'hui sont empêchés de travailler, d'ouvrir leur commerce, leur restaurant, leur hôtel, ce n'est pas par choix, c'est à cause du virus, et donc évidemment il faut qu'on continue à les accompagner.

NICOLAS DEMORAND
Samedi Jean CASTEX encourageait les Français à se faire vacciner avec tous les vaccins disponibles, en particulier l'AstraZeneca, Emmanuel MACRON a lui déclaré dimanche que pour répondre aux variants on voit aujourd'hui que d'autres vaccins sont plus efficaces que l'AstraZeneca. Premier ministre et président de la République ne disent pas exactement la même chose, est-ce que vous pouvez clarifier la ligne du gouvernement, Gabriel ATTAL, et nous dire s'il y a oui ou non, selon vous, un problème AstraZeneca aujourd'hui ?

GABRIEL ATTAL
Alors, deux choses, d'abord ils ont dit la même chose, puisque j'ai écouté le président de la République, il a appelé les Français, qui sont évidemment dans les publics cibles, à se faire vacciner avec AstraZeneca pour sortir de la crise, comme le Premier ministre.

NICOLAS DEMORAND
Mais pour répondre aux variants on voit aujourd'hui que d'autres vaccins sont plus efficaces.

GABRIEL ATTAL
Oui, mais le président était interrogé sur le fait que la Commission européenne vous pouvait ne pas renouveler un contrat avec AstraZeneca, et donc il a expliqué pourquoi, et c'est important d'expliquer les choses en transparence, sinon les gens se disent ils ne vont peut-être pas renouveler le contrat, pourquoi, est-ce que ça veut dire que c'est dangereux, etc., tout simplement parce que vous avez aujourd'hui une demande de notre part d'avoir des vaccins de deuxième génération, on anticipe, en fonction des variants, sur la question de la vaccination des enfants aussi, et qu'aujourd'hui vous avez des laboratoires qui sont plus avancés que le laboratoire AstraZeneca sur les essais cliniques sur la question des variants et des enfants, par exemple AstraZeneca n'a pas démarré d'essais cliniques sur la question des enfants. Et donc, effectivement aujourd'hui c'est les contrats avec les laboratoires qui ont démarré ces essais qui sont privilégiés. Deuxième question que vous avez posée, est-ce qu'il y a un problème avec AstraZeneca ? Il y a évidemment un sujet de confiance, on le voit, il y a un problème de confiance. Moi je veux quand même mettre en avant le fait qu'il y a beaucoup de Français qui sont vaccinés avec AstraZeneca, on parle régulièrement de ceux qui ne le font pas ou du fait qu'on n'utiliserait pas toutes les doses, il y a chaque jour plusieurs dizaines de milliers de personnes qui se font vacciner avec AstraZeneca. Je crois que vendredi dernier c'était 60 000 personnes sur la journée. Il y a plusieurs dizaines de millions de personnes qui ont été vaccinées avec AstraZeneca dans le monde, et on voit que c'est un vaccin qui fonctionne, qui est très efficace pour lutter contre les formes graves et donc oui il faut rappeler que c'est un vaccin qui est utile.

LEA SALAME
Gabriel ATTAL, vous l'avez mentionné, les États-Unis vont commencer à vacciner les adolescents dès l'âge de 12 ans, à partir d'aujourd'hui. A partir de quand en France on va commencer à vacciner les enfants de plus 12 ans ?

GABRIEL ATTAL
C'est une décision qui n'a pas été prise. Je rappelle qu'aujourd'hui notre objectif c'est d'abord de vacciner tous les adultes qui le souhaitent, on a indiqué qu'ont souhaitait le faire d'ici à la fin de l'été. Evidemment que ça fait partie des travaux et des réflexions, comme c'est le cas dans le monde entier, mais aujourd'hui il n'y a pas de décision rendue en ce sens.

NICOLAS DEMORAND
Allez, on file au standard d'Inter. Nombreux auditeurs pour de nombreuses précisions demandées.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 mai 2021