Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à Sud Radio le 27 mai 2021, sur l'assouplissement des règles sur le télétravail à 100%, le port du masque qui reste obligatoire et le lancement du plan "1 jeune, 1 solution".

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

PATRICK ROGER
Vous venez sonner la fin du télétravail à 100 % en quelque sorte, c'est ça, à partir du 9 juin ?

ELISABETH BORNE
A partir du 9 juin, effectivement, on va assouplir les règles en entreprise, et en particulier le télétravail, dont vous savez que depuis le mois de novembre, la règle, c'est le télétravail systématique pour toutes les activités qui le permettent. Donc là, il ne s'agit pas de passer de tout à rien, parce que le télétravail, ça reste quelque chose d'important pour limiter la diffusion du virus. Mais effectivement, on sait qu'il y a aussi beaucoup de lassitude chez ceux qui télétravaillent à 100 % maintenant depuis des mois. Donc grâce à l'amélioration de la situation sanitaire, à partir du 9 juin, on va redonner des marges de manoeuvre aux entreprises pour définir entre la direction et les représentants des salariés un nombre minimum de jours de télétravail…

PATRICK ROGER
C'est quand même compliqué, parce que vous êtes en train dire que vous avez adressé aux syndicats, et puis, aux entreprises donc, ce protocole…

ELISABETH BORNE
Un projet de protocole…

PATRICK ROGER
Voilà, un projet de protocole. Sur quoi ça peut bloquer ?

ELISABETH BORNE
Non, je pense que tout le monde souhaite effectivement qu'on assouplisse ces règles, parce que je le redis, pour ceux qui sont à 100 % en télétravail depuis maintenant des mois, on sait que ça pose des difficultés, qu'il y a beaucoup de salariés qui souffrent d'isolement. Donc on attend cet assouplissement, mais effectivement, il faut aussi que ce soit progressif, et c'est pour ça qu'on va diffuser, mettre en ligne ce protocole dès la semaine prochaine pour qu'il y ait du temps pour discuter au sein des entreprises sur le retour progressif sur site au bureau.

PATRICK ROGER
Oui, est-ce qu'il y aura un modèle type ou ça va être un peu à la carte ?

ELISABETH BORNE
C'est au sein de chaque entreprise qu'il faut définir ce nombre minimum de jours de télétravail, si on peut donner un repère, dans la Fonction publique, donc l'Etat en tant qu'employeur, va passer à 3 jours de télétravail par semaine à partir du 9 juin, et ensuite, ça évoluera progressivement…

PATRICK ROGER
Oui, c'est-à-dire, c'est 3 jours minimum, c'est ça ?

ELISABETH BORNE
C'est dans chaque entreprise, en fonction de la situation, on peut définir un nombre minimum de jours de télétravail, moi, je vous dis en termes de repère, voilà, l'Etat, il fera 3 jours par semaine.

PATRICK ROGER
Et quelles seront les marges de manoeuvre aussi des directions, là, je pense plus aux entreprises dans le privé, mais ça peut être le cas aussi dans la Fonction publique, si des salariés ne veulent pas revenir au bureau comme avant ?

ELISABETH BORNE
Ça se discute vraiment dans l'entreprise, on a, à la fois…

PATRICK ROGER
Parce que c'est ce qui ressort de certains sondages…

ELISABETH BORNE
En fait, on a, à la fois, des salariés qui n'en peuvent plus, et qui veulent absolument revenir au bureau, il y en a d'autres qui ont pris un nouveau rythme et qui n'ont pas forcément envie de changer leur rythme, eh bien, il faut que ça se discute dans les équipes, vraiment en proximité avec les salariés pour trouver le bon rythme de télétravail.

PATRICK ROGER
Oui, concernant, cette fois-ci, l'aménagement des locaux, est-ce qu'il va y avoir de nouvelles règles qui rentreront en application le 9 juin prochain ?

ELISABETH BORNE
Ce sont les mêmes règles qui continuent à s'appliquer, le port du masque reste obligatoire quand vous êtes dans un espace de travail à plusieurs, et puis, évidemment, il faut continuer à respecter la distance, on peut reprendre davantage de réunions, mais là encore, en respectant les gestes barrières avec des jauges de 4 mètres carrés par personne.

PATRICK ROGER
Alors c'est ça, oui, sur les distances, parce qu'on disait bien souvent qu'il fallait cette jauge de 4 mètres carrés ou alors 2 mètres entre les personnes, est-ce qu'il y aura des règlements très précis ?

ELISABETH BORNE
Ces règles sont dans le protocole, elles ne changent pas, donc, il faut porter le masque, il faut des distances, quand vous avez des moments où vous n'avez pas le masque, il faut rester à 2 mètres de distance ; donc ces règles-là ne changent pas.

PATRICK ROGER
Oui, l'organisation du travail ne va plus être comme avant.

ELISABETH BORNE
Alors, effectivement, moi, j'ai discuté avec beaucoup de DRH notamment, effectivement, je pense qu'on ne va pas revenir à la situation d'avant crise, on a découvert le télétravail, je rappelle qu'au départ, au printemps 2020, beaucoup ont trouvé que c'était aussi une nouvelle forme de liberté, le télétravail, ça évite de prendre les transports tous les jours, ça permet de regagner du temps personnel, il faudra maintenant trouver le bon équilibre, garder ce qui est positif dans le télétravail, et en même temps, sortir du 100 % télétravail qui conduit aussi beaucoup de salariés à avoir un sentiment d'isolement.

PATRICK ROGER
Oui, est-ce que vous êtes inquiète aussi alors que la reprise s'amorce dans beaucoup de secteurs, et qu'on manque énormément de personnels, et que beaucoup d'entreprises n'arrivent pas à recruter ?

ELISABETH BORNE
Alors Pôle emploi est très mobilisé, notamment sur des secteurs qui sont en tension, comme on dit, que ce soit par exemple le bâtiment, les travaux publics, on a demandé, moi, j'ai demandé à Pôle emploi de regarder parmi les demandeurs d'emploi ceux qui ont déjà travaillé dans ce secteur, qui peuvent être formés pour pouvoir aller travailler dans ces secteurs, c'est pareil aussi pour les restaurants, les cafés et les restaurants ; vous savez qu'il y a un certain nombre de salariés qui sont passés à autre chose, donc là aussi, on regarde avec Pôle emploi si on a des salariés qui connaissent ce métier, qu'on peut former pour qu'ils puissent retourner vers ce secteur.

PATRICK ROGER
Oui, vous avez lancé l'opération, avec Jean-Michel BLANQUER, « 1 jeune, 1 mentor » c'est ça, pour accompagner 100.000 jeunes vers le marché du travail, en quoi ça va consister précisément ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez que la jeunesse, c'est vraiment la priorité du président de la République, on avait lancé dès juillet dernier un plan massif pour aider les jeunes, « 1 jeune, 1 solution », 9 milliards d'euros pour aider les jeunes à trouver un emploi, une formation ou pour les accompagner vers l'emploi ; il y a un certain nombre de jeunes qui ne connaissent pas les codes du monde professionnel, qui n'ont pas de réseau, donc il faut les aider pour construire leur projet, et puis, les accompagner pour le mettre en oeuvre…

PATRICK ROGER
Mais c'est quoi alors, c'est quoi précisément ?

ELISABETH BORNE
Eh bien, donc, c'est précisément une personne qui est plus expérimentée qui prend sur son temps bénévolement pour aider un jeune, faire partager son expérience, et c'est très efficace. On a des associations en France qui sont déjà sur ces sujets, on veut effectivement accélérer, à la fois, en leur donnant des moyens financiers, on va mobiliser 30 millions d'euros pour les soutenir financièrement, et puis, sur le site « 1 jeune, 1 solution », un jeune qui cherche un mentor ou une personne qui veut aider un jeune pourront être mis en relation justement avec une association, et on veut passer de 20, 30.000 jeunes accompagnés en 2020 à 100.000 en 2021 et 200.000 en 2022.

PATRICK ROGER
Est-ce qu'il n'y aurait pas une possibilité de mobiliser davantage les plus de 55 ans, et on sait que le taux d'activité au-delà de 55 ans, 60 ans, est minime, en France, quand on regarde les autres pays européens, mais les inciter en fait davantage, mais ceux qui n'ont pas d'emploi aussi peut-être…

ELISABETH BORNE
En fait, ça peut être un étudiant, ça peut être un salarié, mais ça peut aussi être un retraité, je pense que quand on est à la retraite effectivement…

PATRICK ROGER
Mais ce n'est pas qu'à la retraite, ce sont des gens qui n'ont pas d'emploi et qui cherchent aussi une utilité, quoi, un sens…

ELISABETH BORNE
Non, non, mais je pense que c'est une très bonne chose quand vous avez eu toute une vie professionnelle d'aider un jeune à mieux comprendre les codes de l'entreprise, à trouver son orientation, à l'accompagner, enfin, à l'aider, le soutenir dans son parcours professionnel, je pense que c'est effectivement une très bonne chose.

PATRICK ROGER
Oui, où en êtes-vous du recrutement des saisonniers d'une façon en fait générale, puisqu'on sait qu'il y avait eu cette demande avec des stations de montagne, que c'est la même chose qui a été observée avec d'autres professions, notamment portées vers le tourisme, aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Alors, on a permis aux entreprises de recruter les saisonniers à la date habituelle et de les placer en activité partielle, le temps que l'activité démarre, on n'a pas encore exactement les chiffres, mais je pense que ça permet effectivement de ne pas perdre le saisonnier avec lequel on a l'habitude de travailler, il peut être placé en activité partielle le temps que l'activité démarre.

PATRICK ROGER
Oui, un dernier mot, l'Académie de mettre de médecine a rendu enfin un avis, elle dit que dans certaines professions, pour certains secteurs, la vaccination pourrait être obligatoire, quel est votre sentiment ?

ELISABETH BORNE
Non, je crois que ce n'est pas du tout d'actualité, vous savez, on a vu que notamment chez les personnels soignants, on a maintenant un très bon taux de vaccination, dans les professions qui sont plus exposées, vous savez que dès cette semaine, on a permis à tous les salariés de se faire vacciner, et je pense que les Français, aujourd'hui, ils ont envie de se faire vacciner ; donc je pense que c'est la bonne voie.

PATRICK ROGER
Oui, avec l'objectif, combien, toujours 30 millions cet été ?

ELISABETH BORNE
Ah oui, 30 millions à la mi-juin, et là, je pense qu'on est sur la bonne route pour atteindre cet objectif.

PATRICK ROGER
Merci Elisabeth BORNE, ministre du Travail, de l'emploi et de l'insertion, donc avec notamment cette opération, donc « 1 jeune, 1 mentor ».


source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mai 2021