Interview de Mme Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement, à RMC le 26 mai 2021, sur la mise en œuvre des expulsions de squatters, la fin de la trêve hivernale et les élections régionales en région Ile-de-France.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
L'invitée de l'actu, c'est vous, Emmanuelle WARGON. Bonjour.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être dans ce studio. Vous êtes la ministre déléguée au Logement. Et vous venez nous révéler en exclusivité pour RMC le bilan de l'Observatoire des squats, le premier bilan. Vous allez nous donner les chiffres, mais d'abord, je voudrais qu'on revienne sur des cas très concrets, cette famille notamment dans l'Aude, à Carcassonne, on en a montré un reportage tout à l'heure sur RMC, à Carcassonne, la maison d'un retraité est squattée depuis le mois d'avril, cinq adultes et douze enfants qui vivent dans sa maison. Et le propriétaire voulait vendre sa maison, elle a d'abord été cambriolée, ce qui fait que les portes étaient finalement déjà forcées. Il dit qu'il n'en peut plus. Est-ce que vous avez une solution pour lui ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, j'ai une solution pour lui, la nouvelle loi s'applique, et je peux vous dire ce matin que d'ici ce soir, soit les squatteurs seront partis d'eux-mêmes, soit la force publique sera intervenue, parce que moi, je me mets à la place de ce propriétaire et des quelques-uns que nous avons vus, là, au fil des derniers mois, c'est insupportable d'avoir un squat et que sa maison, sa résidence, qu'elle soit principale, secondaire, soit squattée. Donc sur ce cas très précis, à Carcassonne, d'ici ce soir, la maison aura été évacuée si des squatteurs ne sont pas partis d'eux-mêmes, et nous leur avons quand même proposé, il y a des enfants, une solution d'hébergement pour qu'ils ne soient pas à la rue. Mais ça n'est pas à eux de décider où ils habitent.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas à eux de dire : voilà, parce que dans leur situation, il y a des enfants, comme vous dites, leur maison elle-même a brûlé, et finalement, ils se sont installés spontanément dans cet endroit, qu'ils se sont mis à squatter.

EMMANUELLE WARGON
Exactement. Donc nous leur avons proposé une solution d'hébergement pour que personne ne soit à la rue, soit, ils l'acceptent, et c'est très bien, ils y vont spontanément, soit, sinon, il y aura, ce qu'on appelle le concours de la force publique, donc la maison sera évacuée.

APOLLINE DE MALHERBE
La maison sera évacuée d'ici ce soir, voilà qui est très précis. Combien de maisons squattées en France ?

EMMANUELLE WARGON
Alors moi aussi, c'est une question sur laquelle je voulais absolument avoir des chiffres, parce qu'on a beaucoup d'affaires emblématiques, mais finalement, c'est une donnée qu'on ne suivait pas. Donc j'ai monté un Observatoire, et j'ai mobilisé tous les préfets pour avoir des chiffres. Et donc, ce que je sais aujourd'hui, c'est que nous avons eu 124 affaires lors des quelques derniers mois, 124 affaires de squat…

APOLLINE DE MALHERBE
Depuis le 1er janvier ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, c'est ça. 124 affaires de squat, qui peuvent être réglées par la nouvelle loi et qui sont remontées aux préfets. Et sur ces 124, on en a traité un tout petit peu moins de 100, et on en a un peu, entre 25 et 30, qui sont encore en instance, typiquement, celle de Carcassonne, elle va se régler aujourd'hui, il y en a encore quelques-unes qui sont toujours en cours de traitement.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous dites 124, c'est 124 procédures ou c'est 124 maisons squattées ?

EMMANUELLE WARGON
124 maisons…

APOLLINE DE MALHERBE
Même hors procédure, c'est-à-dire, même celles qui sont hors des radars, parce que, pour une raison ou pour une autre, aucune procédure n'a été enclenchée ?

EMMANUELLE WARGON
124 qui ont été signalées et pour lesquelles on regarde si on peut appliquer la nouvelle loi, et on peut appliquer la nouvelle loi dans la très, très grande majorité des cas, il y a quelques cas…

APOLLINE DE MALHERBE
Quels sont les cas où ça bloque encore ?

EMMANUELLE WARGON
Il y a quelques cas où, en fait, ça n'est pas applicable, parce que ce sont des locaux commerciaux, or, la loi, elle protège vraiment les maisons, les résidences ou parce qu'en fait, ce sont des conflits entre un propriétaire et un locataire, or, cette loi, elle n'a pas vocation à se substituer à la justice quand on parle de la relation propriétaire/locataire, on parle vraiment de squat. Donc sur les 125, 124 dossiers qui nous ont été présentés, quelques-uns en fait ne sont pas dans le champ de la loi, ce n'est pas du tout la majorité. Pour les autres, les procédures se déroulent, et que ce soit les dossiers très emblématiques, je pense par exemple à ce retraité à Toulouse qui, je ne sais pas si vous vous souvenez…

APOLLINE DE MALHERBE
Bien sûr, on en avait beaucoup parlé à l'antenne…

EMMANUELLE WARGON
Qui souhaitait pouvoir se rapprocher de sa femme qui était en maison de retraite, ou l'affaire de Carcassonne aujourd'hui, maintenant, nous sommes en capacité de les régler ces cas, et c'est ce que nous disent les préfets ; avec la nouvelle loi, on a maintenant les moyens de traiter ces cas avec humanité pour les squatteurs, mais en rendant leurs biens aux propriétaires, et c'est vraiment mon objectif, rendre leurs biens aux propriétaires.

APOLLINE DE MALHERBE
Emmanuelle WARGON, est-ce que vous avez déjà tapé sur Internet : comment squatter une maison, parce que c'est assez saisissant, on y trouve des kits, vraiment, des kits de : comment squatter une maison, alors en trois clics, j'ai imprimé celui-ci, qui vous donne absolument toute la procédure, tous les conseils pour squatter, alors, ouvrir un squat, observer si les lieux sont bien vides et s'il n'y a pas de passage, ensuite, comment préférer... quels logements préférer, préférer les instances d'héritage, les problèmes de succession, et puis, il y a même des conseils sur comment se faire une fausse attestation de domicile, une lettre timbrée, donc datée, avec vos noms et la nouvelle adresse peut s'avérer très utile, il y a même tous les conseils aussi sur la manière de remettre l'eau et l'électricité. Ne vous laissez pas faire, mettez en place un rapport de force pour les empêcher de vous couper l'eau et l'électricité, par exemple, vous pouvez aussi mouiller le technicien lors de son passage, couler du béton après avoir ouvert l'eau s'il y a une coupure générale, pirater l'électricité est un délit, mais ne vous inquiétez pas, ENEDIS se contente en général de juste couper.

EMMANUELLE WARGON
Mais c'est pour ça qu'on a changé la loi, et j'espère bien, et je pense que ces kits ne sont pas à jour. Maintenant, même si toutes ces manœuvres sont mises en place, le préfet, et je le dis aux propriétaires, vraiment, vous avez des droits, vous portez plainte et vous saisissez la préfecture, le préfet, face à ça, peut dire : peu importe qu'il y ait une quittance d'eau et d'électricité, peu importe que ce soit un bien en instance d'héritage, peu importe le moment de l'année où on est, le préfet a les moyens de mettre en demeure les squatteurs de partir, et s'ils ne partent pas, de mobiliser la police ou la gendarmerie, parce qu'il faut que le droit reste du côté des propriétaires. Après sur le volume de cas, c'est intéressant, on a compté 124 dossiers, donc c'est 124 situations terribles, 124 familles, 124 personnes qui sont placées dans une situation extrêmement difficile qu'on règle, mais c'est 100 fois moins que les cambriolages. Et donc, il faut faire attention à ce qu'on n'ait pas d'instrumentalisation politique de ce sujet, parce que, on a finalement peu de cas, chaque cas est un cas en trop. Et moi, je m'engage, avec cette loi, et avec les préfets, je veux les saluer, parce qu'ils se mobilisent vraiment, à ce que chaque situation particulière, quand on est bien dans une situation de squat, de squat d'une résidence particulière, se règle. Et le guide des squatters, j'espère bien qu'ils passeront à une autre arnaque, une autre fraude, un autre sujet, et que, voilà, ils se rendront compte que ça n'est plus possible…

APOLLINE DE MALHERBE
Ou pas d'arnaque ou pas de fraude…

EMMANUELLE WARGON
Ou pas d'arnaque du tout…

APOLLINE DE MALHERBE
Je vous souhaite en tout cas…

EMMANUELLE WARGON
Je ne suis pas très optimiste sur ces gens-là, c'est pour ça…

APOLLINE DE MALHERBE
De ne pas le permettre. Une question sur la trêve hivernale. La fin de la trêve hivernale, normalement, c'est le 1er juin. Mais dans les faits, ça n'aura pas véritablement de conséquences, expliquez-nous, ça veut dire qu'en fait, la trêve hivernale, la différence entre ce moment-là et la fin de la trêve hivernale va disparaître ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, c'est une année très exceptionnelle, en fin de trêve hivernale, normalement, on ferme les places d'hébergement, avec quelque chose de bizarre dans lequel on se dit : on n'a plus besoin de loger, d'héberger les personnes sans domicile fixe entre la fin de la trêve, traditionnellement, qui est fin mars, et octobre, cette année, on maintient toutes les places ouvertes, c'est un énorme effort, 700 millions d'euros, pour maintenir, voilà, avec un toit sur leur tête les personnes en situation d'hébergement, les plus fragiles d'entre nous, et leur permettre d'accéder vraiment au logement avec une meilleure prise en charge et un meilleur accompagnement social. Et puis, la fin de la trêve hivernale, c'est aussi le début des expulsions locatives, là, nous allons maintenir la possibilité d'expulser à partir du 1er juin, mais en demandant aux préfectures d'évaluer les dossiers au cas par cas, de proposer systématiquement un relogement ou un hébergement, de prioriser et d'étaler tout ça dans le temps, pour qu'on n'ait pas une explosion des expulsions locatives…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ça ne tombera pas comme un couperet.

EMMANUELLE WARGON
Et on indemnise les propriétaires, parce que du point de vue du propriétaire, si l'expulsion tarde, le propriétaire, c'est un loyer qui n'est pas versé, et donc ça peut mettre le propriétaire en difficulté. Donc nous allons mieux indemniser qu'habituellement les propriétaires.

APOLLINE DE MALHERBE
Emmanuelle WARGON, vous êtes ministre déléguée au Logement, mais vous êtes aussi candidate vous-mêmes, comme cinq autres ministres, cinq ministres candidats en Ile-de-France, dont vous donc, vous êtes numéro 2 dans le Val-de-Marne. Globalement, vous vous êtes exprimée en faveur d'accord avec d'autres sensibilités, d'autres partis, vous étiez favorable à l'accord qui s'est trouvé en PACA, vous auriez pu y être favorable y compris en Ile-de-France, vous pourriez tendre la main ou travailler avec Valérie PECRESSE ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, la situation est très différente entre Provence-Alpes Côte d'Azur et Ile-de-France, parce que, en PACA, le risque Rassemblement national est extrêmement élevé, et c'est ce qui nous a conduit à un accord avec le président de région sortant Renaud MUSELIER, ça n'est pas le cas en Ile-de-France, donc en Ile-de-France, nous défendons nos valeurs et notre programme. Et Valérie PECRESSE, sur le logement par exemple, moi, je l'ai entendue faire des propositions hier, elle propose de soutenir plus le logement social, elle a divisé par plus de deux le budget de la région sur le logement social. Elle propose de s'intéresser à la rénovation énergétique, moi, je suis en charge de ce sujet, c'est la seule région, l'Ile-de-France, avec laquelle je n'ai pas pu contractualiser, elle ne finance rien aujourd'hui, elle se réveille aujourd'hui sur des sujets logement ou rénovation sans n'avoir rien fait pendant 5 ans. Donc on peut toujours, voilà, on peut toujours travailler ensemble, le gouvernement travaille avec les présidents de région, mais là, avec Laurent SAINT-MARTIN, notre tête de liste, nous sommes là pour montrer qu'on peut gérer cette région en étant le plus efficace possible.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que c'est une campagne avec l'idée de vous engager pleinement, est-ce que si vous n'êtes pas élue, vous démissionnerez ?

EMMANUELLE WARGON
Je m'engage pleinement dans cette campagne, parce que je pense que c'est très important que les ministres qui souhaitent faire de la politique et rester en politique aillent devant le suffrage universel, après, il n'y a pas de jurisprudence sur ce sujet. Valérie PECRESSE elle-même d'ailleurs avait été candidate aux régionales, battue, elle était restée ministre. Donc je pense que ces deux engagements sont compatibles.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Emmanuelle WARGON d'être venue dans ce studio. Vous êtes ministre déléguée au Logement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 mai 2021