Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à RTL le 26 juillet 2021, sur le débat parlementaire à propos du projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire.

Texte intégral

STEPHANE CARPENTIER
Notre invité est donc en direct en studio, le porte-parole du Gouvernement, bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

STEPHANE CARPENTIER
[Un] Gouvernement qu'on imagine soulagé ce matin, car un compromis a été trouvé ce week-end, un accord trouvé au Parlement, concernant les fameuses mesures anti-Covid, par les sénateurs, par les députés. Ça n'a pas été simple, il a fallu lâcher du lest, c'est beaucoup moins répressif ?

GABRIEL ATTAL
La démocratie a joué son rôle à plein. Le président de la République avait annoncé un cap, des mesures fortes pour lutter contre cette quatrième vague de l'épidémie, pour protéger les Français, pour leur garantir un maximum de libertés dans ce contexte où le virus est liberticide, et ce virus peut nous priver d'un certain nombre de libertés, et les parlementaires ont précisé ces annonces, ont précisé les modalités, ont parfois ajouté plus de progressivité, et, je vais vous dire, c'est très bien. Une partie de l'opposition s'est ressaisie, puisque nous avons trouvé un accord large avec une partie de l'opposition, en tout cas la majorité sénatoriale, LR, qui finalement a fait le choix d'adopter ce texte après ces modalités précisées.

STEPHANE CARPENTIER
Le ministre de la Santé, Olivier VERAN, parlait d'unité nationale hier, on ne va pas trop loin quand même là ?

GABRIEL ATTAL
En tout cas force est de constater qu'il y a un consensus, large, autour des annonces du président de la République et des mesures qui sont portées par le gouvernement, et je crois qu'il faut s'en réjouir parce qu'il faut finalement ce rassemblement large pour lutter contre l'épidémie. Il n'y a pas de fatalité à ce que la quatrième vague déferle sur notre hôpital, on peut encore casser cette courbe, casser cette vague pour qu'elle ne déferle pas sur l'hôpital, ça dépend évidemment de notre vigilance, du respect des gestes barrières, du fait de faire attention au quotidien, mais aussi du déploiement de la vaccination, qui se poursuit très rapidement.

STEPHANE CARPENTIER
Gabriel ATTAL, vous êtes d'accord, c'est moins sévère à l'arrivée ?

GABRIEL ATTAL
Il y a plus de progressivité sur les sanctions, c'est comme ça…

STEPHANE CARPENTIER
Vous avez lâché du lest quand même !

GABRIEL ATTAL
C'est comme ça que je le résumerai, c'est vrai que pour ce qui est des restaurateurs, des patrons d'établissement recevant du public, qui ne respecteraient pas au départ le pass sanitaire, il y a plus de progressivité dans la sanction, ce sera d'abord une mise en demeure, ensuite une fermeture administrative de l'établissement, du restaurant ou autre, et puis s'il y a une réitération, des sanctions pénales, c'est un exemple. Il y a un peu plus de temps qui est donné pour ceux qui sont soumis à une obligation vaccinale pour avoir leur schéma vaccinal complet, on donne un mois de plus. C'est aussi pour ça qu'on a un Parlement qui peut préciser les modalités d'application du gouvernement.

STEPHANE CARPENTIER
Et il n'y aura pas de licenciement pour les personnes qui ne respecteraient pas l'obligation vaccinale du fait de leur profession, ce sera une suspension de salaire, ça on avance aussi ?

GABRIEL ATTAL
Il y a une suspension du contrat, effectivement, avec suspension de la rémunération. Vous savez, on reviendra sur ce sujet-là avant la mi-novembre puisque l'autre choix du Parlement c'est de mettre un terme dans la loi, à ces mesures, au 15 novembre, ce qui était prévu au départ c'était le 31 décembre, ce qui veut dire que plusieurs semaines avant le 15 novembre si la situation se poursuit, s'il faut continuer à prendre des mesures, le Parlement devra être ressaisi d'un texte, et donc cette question-là pourra être ré-abordée à ce moment-là, on verra à ce moment-là effectivement s'il y a beaucoup de salariés, ou non, qui ont fait le choix de ne pas respecter le pass sanitaire ou l'obligation vaccinale, pour ceux qui y sont soumis.

STEPHANE CARPENTIER
Comment ils vont gérer tout ça les patrons, s'ils ont des employés qui se mettent sur pause, comment ils font ?

GABRIEL ATTAL
D'abord moi je vais vous dire ma conviction, c'est qu'il y en aura très peu, parce que la réalité c'est…

STEPHANE CARPENTIER
Vous êtes sûr de ça ?

GABRIEL ATTAL
Depuis le début de cette crise, vous savez, on a toujours fait confiance à la responsabilité des Français. Evidemment qu'il faut prendre des mesures, qu'il faut qu'il y ait des sanctions pour que les règles soient respectées, mais on a toujours fait confiance à la responsabilité des Français, parfois on a été critiqués pour ça, parfois on ne nous a pas crus quand on a voulu faire confiance à la responsabilité des Français, on n'a jamais regretté de le faire. On a vu, aux fêtes de Noël par exemple, on nous avait dit "vous ne devriez pas laisser aux Français la possibilité d'aller fêter Noël en famille partout en France, ils ne vont pas respecter les règles de vigilance et on va avoir une vague très forte de l'épidémie début janvier", il n'y en a pas eue, parce que les Français ont été responsables, et moi j'ai la conviction que face à l'urgence de la situation, très massivement, les Français, et les salariés en l'occurrence, seront responsables en se faisant vacciner ou en respectant le pass sanitaire.

STEPHANE CARPENTIER
Gabriel ATTAL, dans ce nouveau texte les policiers n'iront pas chez les malades obligés de s'isoler, c'est l'Assurance maladie qui se chargera de tout ça en premier lieu, les sénateurs disent "on ne pouvait pas traiter les Français comme des délinquants."

GABRIEL ATTAL
Ça n'a jamais été notre intention, nous on a toujours précisément fait attention à ne pas infantiliser les Français, et moi j'entends les mêmes, dans les oppositions, qui disent d'un côté "il y a un risque, avec vos règles, que les Français fraudent, etc.", donc une forme d'infantilisation, et puis de l'autre "il ne faut pas les infantiliser." Bon ! Qu'est-ce qu'on prévoit avec cet isolement obligatoire ? Il y a deux niveaux de contrôle. Les Français qui seront détectés positifs recevront des appels de l'Assurance maladie, de l'Agence régionale de santé, qui vérifieront par téléphone qu'ils respectent bien leur isolement, ce qui est la situation qui existe aujourd'hui. aujourd'hui, si l'Assurance maladie appelait quelqu'un, n'arrivait pas à le joindre, et donc ne pouvait pas savoir si elle respectait bien son isolement, elle ne pouvait plus rien faire, finalement on passait à autre chose, eh bien demain, grâce au texte qui a été adopté, dans le cas où l'Assurance maladie cherchera à joindre une personne positive et ne réussira pas à le faire, elle pourra le signaler aux forces de sécurité, qui se rendront au domicile de la personne et qui pourront vérifier si la personne respecte bien son isolement obligatoire, voilà ce que prévoit ce texte, c'est une avancée dans la lutte contre l'épidémie.

STEPHANE CARPENTIER
Tout à l'heure on entendait un Français dans le journal de 7h30 sur RTL, qui se prénomme Olivier, qui dit "je n'ai pas envie d'une société où on est tous fichés", vous répondez quoi à ça ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, moi non plus, le gouvernement non plus, le président non plus, il ne s'agit pas de ficher qui que ce soit…

STEPHANE CARPENTIER
Le pass sanitaire, quelque part, c'est une façon de le faire, non ?

GABRIEL ATTAL
Mais, le pass sanitaire c'est ce qui nous permet de conserver des espaces de liberté, parce que le virus est liberticide, c'est un virus qui se transmet dans tous les moments de sociabilité qu'on peut avoir, donc, si on le laisse filer, à la fin, on l'a vu à plusieurs reprises, on est obligé de fermer tous ces lieux, il n'y a rien de plus liberticide que le confinement, on ferme tous les lieux, on empêche les Français d'aller et venir, on leur fait signer une attestation pour faire 3 kilomètres autour de chez eux, ça c'est liberticide, et donc avec ces nouvelles mesures et le pass sanitaire, précisément, on construit un cadre qui permet de maintenir des espaces de liberté ouverts. Oui, c'est vrai, avec une contrainte, le pass sanitaire, qui doit montrer qu'on s'est fait vacciner ou qu'on a un test négatif, mais je crois que c'est un moindre mal, je le crois profondément. Et je crois aussi profondément que si la vaccination se poursuit au rythme que nous connaissons, il y a eu plus de 5 millions d'injections la semaine dernière, c'est historique, nous pourrons en sortir de ces mesures et en sortir de cette épidémie.

STEPHANE CARPENTIER
Je voudrais vous entendre sur le pass sanitaire qui est maintenu pour les mineurs, il sera obligatoire pour les 12-17 ans à compter du 30 septembre, pas avant, ça veut dire que tous ces jeunes ils vont retrouver, à la rentrée, collèges et lycées dans cet état-là, sans pass sanitaire ?

GABRIEL ATTAL
D'abord il y a beaucoup de jeunes, de 12-17 ans, qui se font vacciner, je crois qu'on est à près de 30% qui se sont fait…qui ont reçu une première dose…

STEPHANE CARPENTIER
Il en reste 70%, ça fait beaucoup !

GABRIEL ATTAL
Oui, mais c'est aussi ceux qui ont eu le droit de commencer à se faire vacciner le plus tard, je crois que c'était au 15 juin, donc c'est compliqué de pénaliser des jeunes qui n'avaient de toute façon pas le droit de se faire vacciner auparavant.

STEPHANE CARPENTIER
Mais ce n'est pas les pénaliser forcément s'ils peuvent faire la rentrée avec le pass sanitaire, ça protège tout le monde, non ?

GABRIEL ATTAL
Oui, mais ce que je veux dire c'est que, si là, cet été, on leur demandait un pass sanitaire, comme pour les adultes, une grande majorité d'entre eux ne pourraient pas le présenter, seraient contraint de se faire des tests tous les deux jours, alors même qu'ils n'avaient pas la possibilité, du fait du calendrier, d'avoir un pass sanitaire validé. Ce qui est certain c'est qu'on donne davantage de possibilités, pour eux, pour se faire vacciner, vous saviez qu'auparavant il fallait l'accord des deux parents pour se faire vacciner quand on est mineur, ça passe à un seul parent pour les 12-15 ans, et puis ensuite pour les 16-18 ans, c'est dans le texte qui a été adopté cette nuit, il n'y a plus besoin de l'autorisation parentale, si vous avez entre 16 et 18 ans, et que vous voulez vous faire vacciner, vous pouvez le faire sans l'autorisation de vos parents.

STEPHANE CARPENTIER
D'une façon globale vous nous dites depuis tout à l'heure qu'on avance avec ce texte-là, qu'on est progressiste, si je reprends bien votre terme. La loi elle est quand même vidée en partie de sa substance, de la version que vous vouliez au départ, non ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne crois pas du tout. Profondément, je pense que les modalités d'application des mesures sont précisées, mais, quand vous regardez, toutes les mesures qui ont été annoncées par le président de la République, le pass sanitaire, l'obligation vaccinale pour les soignants, l'isolement obligatoire et contrôlé, elles sont validées par le Parlement et elles sont même validées par un consensus assez large, beaucoup large qu'au départ de l'examen de ce texte. Moi, ce qui me frappe, c'est que nous avons dans l'hémicycle, et notamment au Sénat, un groupe les Républicains, une majorité sénatoriale, qui s'est ressaisie, qui accompagne ces mesures, mais que les ténors, comme on dit, des Républicains, de l'opposition, on ne les entend pas, où sont les Xavier BERTRAND, Valérie PECRESSE, Laurent WAUQUIEZ, et même Anne HIDALGO…

STEPHANE CARPENTIER
Ça veut dire qu'ils sont contents de ce que vous faites peut-être, non ?

GABRIEL ATTAL
Qu'ils le disent à ce moment-là, on a besoin d'être tous unis et mobilisés pour lutter contre cette quatrième vague et pour accompagner la vaccination, et moi, je vous le dis, je suis surpris du silence assourdissant des ténors de l'opposition, des candidats à la présidentielle, ils ont le droit d'être candidats à la présidentielle, mais dans des moments difficiles, et des moments graves comme ceux que nous traversons avec l'épidémie, on a besoin de la voix de tout le monde.

STEPHANE CARPENTIER
On va les entendre après votre appel du matin Gabriel ATTAL. Ils étaient un peu plus de 160.000 personnes à manifester ce week-end un peu partout dans le pays contre, pêle-mêle, l'extension du pass sanitaire, la vaccination obligatoire, la vaccination tout court d'ailleurs, près de 50.000 de plus que le week-end précédent. Est-ce que vous ne craignez pas que ce mouvement de contestation prenne encore plus d'ampleur au fil des semaines là, voire qu'il se radicalise ?

GABRIEL ATTAL
Moi je fais la part des choses, et faire la part des choses c'est d'abord regarder, oui, peut-être, 160.000 personnes qui ont manifesté sur une journée un samedi, et plus de 5 millions de personnes qui sont allées recevoir une injection la même semaine, je veux dire c'est important de mettre les choses en balance. Moi, je vais vous dire, il y a une très grande majorité des Français qui s'est fait vacciner, ou qui a prévu de le faire dans les prochaines semaines, on atteindra aujourd'hui les 40 millions de personnes ayant reçu une première dose, ce qui est massif, il y a ensuite des Français qui doutent sincèrement, il y a ces Français-là, évidemment qu'il faut leur parler, qu'il faut répondre à leurs questions, répondre à leurs interrogations.

STEPHANE CARPENTIER
Ce n'est pas un échec de ne pas les avoir convaincus ?

GABRIEL ATTAL
Moi je pense qu'il faut les convaincre jusqu'au bout, il y a des Français qui sont plus difficiles à convaincre que d'autres, et c'est notre responsabilité, quand on fait de la politique, c'est pour convaincre, et donc il faut échanger avec eux, les convaincre c'est ce que je m'emploie à faire. Et puis vous avez une infime minorité qui est dans l'instrumentalisation de tout ça, qui instrumentalise pour des raisons politiques, politiciennes, pour des raisons médiatiques, qui joue avec les peurs, qui raconte n'importe quoi, parfois qui relaie des slogans outranciers, on a vu des images absolument scandaleuses avec des comparaisons absolument honteuses qui salissent notre mémoire collective, et avec eux il faut être intraitable.

STEPHANE CARPENTIER
Face à ces Français-là, qui contestent, quand le président parle d'irresponsables et d'égoïstes à propos de ceux qui refusent le vaccin, il ne va pas trop loin, est-ce qu'il n'attise pas un petit peu tout ça ?

GABRIEL ATTAL
Mais, le président dit exactement ce que je vous disais à l'instant, et il l'a dit d'ailleurs à l'occasion de son déplacement en Polynésie, il entend ceux qui doutent…

STEPHANE CARPENTIER
Mais c'est de la pédagogie ça, franchement ?

GABRIEL ATTAL
Mais, le président, il entend ceux qui doutent, il a eu l'occasion de le redire, il faut échanger avec les Français qui doutent sincèrement, qui se posent des questions et parfois qui sont inquiets, mais oui, quand on est un militant, anti-vaccin, qu'on fait tout pour priver les Français de la solution vaccinale, on est égoïste, on est irresponsable, et moi je suis 100% d'accord avec ça. Vous savez, on voit des pays dans le monde où il y a des situations sanitaires qui sont devenues des situations humanitaires, avec des situations dramatiques, où les personnes ne peuvent pas être prises en charge à l'hôpital, ces pays-là, ils rêveraient de disposer d'un vaccin, ils en rêveraient. Vous avez parfois des centres de vaccination dont les portes sont cassées dans ces pays parce que les citoyens se battent pour pouvoir bénéficier d'une injection. Moi, quand je vois que, dans notre pays, on a des centres de vaccination qui sont dégradés, parfois où il y a des tentatives d'incendie, ou des tags, par des personnes qui veulent priver les autres Français du vaccin, je me dis qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

STEPHANE CARPENTIER
Le pays qui vous inquiète en ce moment c'est la Tunisie en particulier ?

GABRIEL ATTAL
Oui, la Tunisie, effectivement il y a une situation sanitaire et humanitaire qui est très difficile, qui est dramatique, on se tient évidemment aux côtés des Tunisiens, on leur a livré près d'un million de doses de vaccins, du matériel médical pour les hôpitaux, pour les réanimations, évidemment on les accompagne.

STEPHANE CARPENTIER
Chez nous, en France, juste pour terminer Gabriel ATTAL, on prend plein de mesures Anti-Covid et actuellement les hôpitaux ne se remplissent pas, qu'est-ce que vous dites aux gens qui se posent des questions là-dessus ?

GABRIEL ATTAL
C'est précisément ce que je disais au début de cette interview, c'est-à-dire que, il n'y a pas de fatalité à ce que la quatrième vague déferle sur l'hôpital. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le vaccin permet de limiter le nombre de formes graves et que…

STEPHANE CARPENTIER
Vous pensez qu'on va pouvoir l'éviter cette quatrième vague ?

GABRIEL ATTAL
Je crois qu'on peut l'éviter évidemment, on peut l'éviter. On a aujourd'hui une hausse très forte des contaminations, on est dans une quatrième vague en termes de contaminations, il y a une augmentation de 150% de l'incidence sur une semaine, l'incidence en France aujourd'hui trois fois le seuil d'alerte, c'est-à-dire plus de 150 pour 100.000 habitants, mais on peut encore éviter la vague sur l'hôpital précisément en faisant attention, en restant vigilant, et en se faisant vacciner, parce que quand on est vacciné on a beaucoup moins de risques de faire une forme grave, on a aussi beaucoup moins de risques de transmettre l'épidémie, et donc le vaccin c'est la clé contre cette quatrième vague.

STEPHANE CARPENTIER
Le vaccin c'est la clé, on reste là-dessus, merci de nous avoir accompagnés ce matin, ce lundi, Gabriel ATTAL, le porte-parole du Gouvernement.

GABRIEL ATTAL
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juillet 2021