Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à France Inter le 9 août 2021, sur le passe sanitaire et le port obligatoire du masque pour les transports de voyageurs.

Texte intégral

HELENE ROUSSEL
Notre invité est le ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, chargé des Transports. C'est le jour J, extension du pass sanitaire qui a été validée jeudi dernier par le Conseil constitutionnel, on attend toutes vos questions amis auditeurs, un numéro, le 01 45 24 7000. Jean-Baptiste DJEBBARI, bonjour.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour Madame ROUSSEL.

HELENE ROUSSEL
Merci d'être passé par nos studios, je crois que vous filez ensuite Gare de Lyon…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, à 10h.

HELENE ROUSSEL
Pour suivre les premiers contrôles, voilà. Le pass sanitaire obligatoire, donc à partir d'aujourd'hui pour prendre un ferry, un avion, même en lignes intérieures, un autocar trajet longue distance, ou un train donc, TGV, Intercités, trains de nuit. Comment ça va se passer concrètement, est-ce qu'il faut s'attendre à des contrôles massifs ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors d'abord la philosophie c'est de pouvoir continuer à concilier les déplacements pendant les vacances, et ils sont nombreux, on avait encore 750 000 voyageurs pour la SNCF ce week-end, et inciter à la vaccination, et là aussi on voit que la campagne de vaccination progresse, plus de 44 millions de Français ont déjà reçu une première dose. Et donc, vous l'avez rappelé, pour à la fois les vols intérieurs, et les trains longue distance essentiellement, c'est aujourd'hui que le pass sanitaire est mis en œuvre, je me rendrai Gare de Lyon, vous y avez fait référence tout à l'heure, essentiellement les contrôles vont être mis en place à l'abord des quais, c'est sur les grandes gares parisiennes, par exemple, où c'est le plus simple, il y aura aussi éventuellement des contrôles aléatoires à bord des trains, et puis possiblement des contrôles à l'arrivée d'un certain nombre de trains, donc ces contrôles ils seront massifs, ils ne seront pas systématiques puisque vous savez que nous avons 400 000 voyageurs par jour dans les trains, pour ne parler que des trains, et c'est donc tout à fait impossible de contrôler tout le monde en tous points, mais les contrôles seront massifs. Nous aurons l'occasion, à la SNCF, à la Gare de Lyon, avec la SNCF tout à l'heure, de rappeler les dispositifs qui sont mis en place. Nous avons beaucoup d'agents qui sont mobilisés, vous les verrez en gare, ils portent des gilets bleus et ils sont là pour donner de l'information et pour faciliter le passage de cette nouvelle procédure du pass sanitaire, et je fonde l'espoir que les choses se passent bien, comme cela s'est bien passé historiquement pour le port du masque.

HELENE ROUSSEL
Rappelez-nous d'abord les sanctions, les amendes, qu'est-ce qu'on risque ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, d'abord, vous devez présenter un pass sanitaire pour embarquer à bord du train, le pass, rappelons-le, c'est un certification de vaccination ou un test de moins de 72 heures, rappeler que pour ceux qui n'ont pas encore fait de test et qui ont leur voyage qui approche, qu'ils peuvent le faire dans les pharmacies et que les résultats sont très rapides et donc que la chose est possible, et effectivement il y a des sanctions prévues, si vous montez à bord d'un train sans pass sanitaire, l'amende forfaitaire c'est 135 euros.

HELENE ROUSSEL
C'est le contrôleur du train qui donne l'amende, que risquent les contrôleurs qui ne vont pas vouloir jouer le jeu, il y a déjà le syndicat SUD-RAIL qui les soutient, est-ce qu'ils peuvent être sanctionnés à leur tour ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, nous avons habilité un certain nombre d'agents à la SNCF, et notamment les contrôleurs, mais pas que, aussi ceux qu'on appelle la SUGE, qui est le service de la sécurité, de la sûreté de la SNCF, en pratique, effectivement, l'ensemble de ces personnels peuvent mettre des amendes. Nous avons une semaine de rodage, comme on dit, de montée… enfin, en tout cas une semaine de pédagogie et de souplesse…

HELENE ROUSSEL
Donc pas d'amendes cette semaine ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y aura peut-être des amendes cette semaine, en fonction aussi des comportements, mais l'idée c'est que d'abord cette nouvelle procédure elle doit susciter aussi l'adhésion, on l'avait vu pour le port du masque, on avait fait de la même façon une semaine de rodage, et honnêtement ça s'était très bien passé, on avait 95% des Français qui, des usagers du train, qui avaient bien porté le masque tout de suite, et donc moi je suis extrêmement confiant sur le fait que ça se passe bien.

HELENE ROUSSEL
Pourtant le port du masque ça ne se passe pas toujours si bien que ça, il y a eu une agression d'un contrôleur très très récemment à Avignon, un usager qui ne voulait pas porter le masque, on sait que le pass sanitaire ne fait pas l'unanimité complètement, vous n'êtes pas sans le savoir, est-ce que ce n'est pas un lourd de mettre tout ça sur les épaules du contrôleur ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Encore une fois, je l'ai dit, il y a beaucoup d'agents à la SNCF qui sont assermentés à, à la fois, contrôler et possiblement dresser une amende, les violences auxquelles vous faites référence, malheureusement elles ne se font pas seulement sur le port du masque ou sur le pass sanitaire, elles sont malheureusement trop nombreuses, et c'est pour ça d'ailleurs que nous avons encore renforcé les moyens du service de la sécurité, de la sûreté de la SNCF, et d'autres opérateurs de transport, c'est un sujet qui nous occupe depuis très longtemps et pas seulement dans le cadre de la crise sanitaire. Et, par ailleurs, à l'échelle du groupe, pour répondre à la question de tout à l'heure, la SNCF c'est un grand groupe, c'est plusieurs centaines de milliers de personnes, pour les contrôleurs qui ne souhaiteraient pas contrôler le port du masque, des solutions de reclassement peuvent être proposées et après entretien avec la hiérarchie, et donc, je le dis, les choses vont se dérouler avec fluidité.

HELENE ROUSSEL
Vous vous dites confiant. Plus globalement, quand on voit qu'en plein mois d'août les anti-pass rassemblent près de 240 000 personnes dans les rues, comme ce samedi dernier, l'extension du pass sanitaire est-ce que ça ne va pas exacerber encore plus les tensions, est-ce que l'intransigeance ce n'est pas aussi un pari risqué ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, moi je pense qu'il faut distinguer les revendications de ceux qui aujourd'hui sont effectivement dans les rues le samedi après-midi, d'abord en termes de nombre, vous dites 240 000 personnes, je rappelle que chaque jour on a plus de 400 000 personnes, en moyenne, qui se font vacciner.

HELENE ROUSSEL
Certes, mais une telle mobilisation en plein mois d'août c'est quasi du jamais vu !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et donc…moi quand j'écoute, je regarde évidemment, comme responsable politique, attentivement ce qui se dit, et j'observe qu'on a quand même des discours qui sont parfois très divergents, on a ceux qui sont profondément antivax, moi je pense que ces personnes-là il faut les combattre parce que je crois qu'ils se trompent et que nous en sortirons collectivement par la vaccination, il y a ceux qui ont des discours davantage anti-pass, pro-libertés, et là je pense qu'il y a place au débat et il s'agit plutôt de les convaincre, et puis il y a ceux qui se livrent à des actes de violence ou à des actes tout à fait abjects, comme cette pancarte aux relents antisémites que nous avons pu voir dans l'Est hier, et là je pense qu'il faut être absolument intraitable avec ce type de comportement.

HELENE ROUSSEL
Vous ne craignez pas que la mobilisation prenne encore de l'ampleur à sept mois de la présidentielle, pour la rentrée par exemple ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez, la crainte n'est jamais bonne conseillère en politique, il faut être lucide et déterminé, la campagne présidentielle c'est dans huit mois, le président de la République a eu l'occasion de le dire, nous gouvernerons jusqu'à la dernière minute de la dernière journée, y compris en prenant des décisions difficiles dès lors que nous pensons que c'est l'intérêt des Français et de la France, et c'est ce que nous faisons actuellement avec le pass sanitaire, parce que nous pensons que c'est la moins pire des solutions pour pouvoir concilier les libertés, d'aller et venir, d'aller dans des restaurants, d'aller profiter de la vie culturelle, et puis en même temps d'essayer de s'en sortir collectivement de cette crise sanitaire qui dure.

HELENE ROUSSEL
Revenons sur ce pass sanitaire, ses modalités, imposé donc dans les TGV, mais pas dans les TER, pourtant, par exemple, je peux très bien faire un Paris-Orléans en TER, je n'ai pas besoin du pass sanitaire, mais je peux faire aussi un Paris-Orléans Intercités, et là on va me demander mon pass sanitaire. Ce n'est pas très lisible.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors moi j'ai voulu une règle simple. D'abord rappeler que l'objectif du pass sanitaire dans les transports c'est l'incitation à la vaccination et la préservation des libertés, pour le protocole sanitaire, nous avons un protocole, et donc la sécurité sanitaire, nous avons le port du masque, le nettoyage, désinfection, tout ça marche très bien depuis mai dernier, quand on se compare notamment avec les autres pays à l'international, donc c'est l'incitation à la vaccination le maître mot de ce dispositif. Ensuite j'ai voulu une règle simple, vous savez que déjà rien que les trains longue distance, Intercités, trains de nuit, et TGV, c'est plus de 750 trains par jour, plus de 400 000 voyageurs par jour, et donc en termes de contrôles c'est tout à fait exigeant et ambitieux, et donc je n'ai pas souhaité aller dans un niveau de détail tel que celui que vous proposiez, parce que sinon on m'aurait fait exactement la critique inverse, on m'aurait dit c'est une usine à gaz, c'est trop compliqué, c'est technocratique, rappelez-vous les critiques qui ont déjà prévalu à une certaine époque. Donc, on a fait un dispositif simple, il y aura des contrôles massifs, ça commence effectivement aujourd'hui, et je me rendrai en gare tout à l'heure pour superviser tout cela.

HELENE ROUSSEL
Jean-Baptiste DJEBBARI, le masque obligatoire dans les transports encore pour combien de temps ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Tant que le virus circule activement, et vous savez que ce protocole il a été mis en place en mai 2020, je l'ai redit, le port du masque, depuis le début, est très bien porté, les études internationales nous montrent que c'est une bonne protection, parce qu'en général, y compris dans les transports en commun d'ailleurs, sur lesquels j'ai souvent la question, les personnes restent peu longtemps, portent bien le masque, parlent peu, etc., donc on a une bonne protection avec le masque, et moi j'ai souhaité que nous le maintenions pendant la période qui va de maintenant jusqu'à au moins la fin de l'été, le temps de voir comment évolue cette quatrième vague.

HELENE ROUSSEL
A partir du moment où il y a le pass sanitaire, Jean-Baptiste DJEBBARI, on ne risque pas de forme grave de Covid, donc pourquoi encore ce masque, est-ce que c'est protéger ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, à ce moment-là c'est les vaccinés qui vont être dans la rue ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord nous sommes dans une quatrième vague, avec plusieurs… on doit être à 22 000 cas par jour en moyenne sur une semaine, donc vous voyez que c'est quand même une quatrième vague qui est active, avec toujours une montée des hospitalisations, toujours une montée des réanimations, et donc moi je pense que le principe de précaution, en la matière, c'est bien d'avoir le port du masque obligatoire dans les transports, qui, encore une fois, est une mesure qui est acceptée, et d'étendre le pass sanitaire aux transports longue distance, qui permet effectivement d'être un puissant incitateur à la vaccination.

HELENE ROUSSEL
Alors, que vous le dites vous-même, ce ne sont pas des lieux de propagation du virus particuliers, les transports.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas quand on le compare. Nous, ce qu'on a regardé depuis mai dernier, mai 2020, on a évidemment regardé toutes les études, et il y a eu beaucoup beaucoup d'études, sur les transports en commun, ça a été le cas en Asie du Sud-est, en Corée du Sud, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France évidemment, et nous avons comparé la propagation du virus dans les transports en commun avec d'autres lieux, au travail, à domicile, et c'est vrai que, en relatif, c'est un lieu qui est moins propagateur que, par exemple le travail en entreprise, ou d'autres lieux confinés, mais nous avons quand même choisi de mettre un protocole très strict dans les transports, je le rappelais, nous désinfectons, nous nettoyons tous les véhicules de transport, les bus, les cars, les trains, les avions, chaque jour, avec des produits virucides très puissants qui permettent d'avoir une bonne protection, le masque est obligatoire. Et puis nous avons fait plein de choses nouvelles, nous affichons les quais un peu en avance pour éviter le croisement des flux de voyageurs, bref, nous essayons vraiment de lisser ce qu'on appelle les pointes pour éviter d'avoir beaucoup de personnes au même endroit et au même moment.

HELENE ROUSSEL
Pass sanitaire et masque dans les transports interrégionaux, jusqu'à quand ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pass sanitaire… alors, masque, pour l'instant ça demeure, ce protocole sanitaire, et tant que le virus circule activement, ce sera le cas.

HELENE ROUSSEL
Il n'y a pas de date.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et le pass, les uns et les autres se sont exprimés sur le sujet, le président a évidemment dit qu'il souhaiterait que cela cesse le plus tôt possible, mais c'est la crise sanitaire qui, malheureusement, de ce point de vue-là dicte la marche à suivre.

HELENE ROUSSEL
On parle du 15 novembre, c'est un minimum ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord la loi en fait le prévoit jusqu'au 15 novembre, mais elle peut être étendue et en général les lois sanitaires ont été étendues sur des périodes de trois ou quatre mois, mais dès que ce sera possible, évidemment que nous souhaitons que le pass sanitaire puisse être…

HELENE ROUSSEL
Et c'est une hypothèse que le pass sanitaire soit généralisé à tous les transports, y compris les métros, le tram, les TER ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez, quand vous faites une mesure, il faut qu'elle soit applicable et contrôlable. Je l'ai redit, les trains longue distance c'est 400 000 personnes par jour, quand vous prenez l'ensemble des trains, ne serait-ce que les trains, les Transilien et les TER, c'est plusieurs millions de personnes par jour.

HELENE ROUSSEL
Il faut avoir les moyens derrière.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Exactement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 août 2021