Déclaration de Mme Annick Girardin, ministre de la mer, sur l'océan "bien commun" et la nécessaire évolution du droit international de la mer et du concept de zone économique exclusive, Marseille le 7 septembre 2021.

Intervenant(s) :

Circonstance : Congrès mondial de la nature de Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Marseille du 3 au 11 septembre 2021

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames et Messieurs,


C'est  la première fois que l'océan fait l'objet d'un traitement spécifique avec une session de haut niveau dédiée au congrès mondial de la nature de l'UICN. Oserai-je dire qu'il était temps ?

« Restaurer la santé des océans », c'est fondamental, c'est même une évidence tant l'on connaît le rôle capital joué par les écosystèmes marins et côtiers dans la régulation du climat et l'atténuation des impacts des dérèglements climatiques. Les océans produisent la moitié de l'oxygène que nous respirons. Ils constituent une réserve majeure de biodiversité sur la planète. Ils sont essentiels à notre sécurité alimentaire.  Mais ils sont soumis à d'intenses pressions, et pollutions, nous le savons.

La promesse de l'océan, c'est celle d'en prendre soin, de le soigner. La promesse de l'océan, c'est celle de nos solutions pour atteindre l'objectif de développement durable n°14 des Nations Unies : Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable. C'est le cœur de l'action de mon ministère.

Pour restaurer durablement la santé des océans, il est impératif de s'accorder sur la manière de le faire.

Et j'ai une conviction : les femmes et les hommes de mer (et vous en faites partie par votre présence aujourd'hui) sont animés de l'esprit du marin, de cet esprit d'équipage fait de solidarité et d'entraide.

La pandémie nous l'a encore démontré avec l'extraordinaire résilience de tous les marins du monde. Nos sociétés n'ont pas assez pris conscience de la capacité de résilience du transport maritime. Cette gestion de la crise Covid éprouve tous les systèmes de gouvernance mondiaux. Elle a démontré l'interdépendance de nos modèles de sociétés et de nos économies aux flux maritimes. Avec leur lot d'impacts négatifs identifiés. Les ports et le transport maritime, comme toutes les activités maritimes, doivent limiter leurs impacts : limiter le bruit sous-marin, limiter les émissions atmosphériques polluantes ou celle des gaz à effet de serre. Nous devons agir pour la qualité des eaux, améliorer celle de l'air, accélérer nos actions. En France nous nous sommes fixés l'objectif zéro déchet plastique en mer en 2025. Tous les secteurs sont concernés. À nous de les accompagner.

D'autres plus experts que moi vous parleront science et solutions. Je tenais pour ma part à vous adresser quelques mots sur l'enjeu crucial de réussir à améliorer la gouvernance internationale des océans.

Notre représentation du monde est un premier défi. Centré sur les terres immergées, sur nos pays, cette représentation du monde oublie que celui-ci est un immense lac qui permet de relier par la mer toutes nos côtes. La mer n'est pas une discontinuité pour nos sociétés, mais bien le lien indéfectible qui unit plus qu'il ne sépare.

Dans cette représentation, l'océan en tant que « bien commun » que défend la France dans le cadre des négociations sur le futur traité de protection de la biodiversité en haute mer dit BBNJ, prend tout son sens.

La mer n'appartient à personne mais nous en sommes tous responsables : personne n'a de droit sur la haute-mer mais nous avons tous des devoirs. C'est une obligation morale, parfois plus efficace qu'une obligation juridique. 

La France reste aussi très attachée aux libertés des mers consacrées par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, la Convention de Montego Bay, et en particulier la liberté de navigation. Nous fêterons d'ailleurs les 40 ans de la signature de cette convention l'année prochaine. Soyons au rendez-vous.

Car je suis persuadée que Montego Bay demeure la pierre angulaire du développement pacifique des activités des États en mer.

Il nous faudra mieux coopérer sur les nouvelles routes maritimes. Chacun a désormais bien compris que l'Arctique, en particulier, jouera un rôle déterminant et que son écosystème particulièrement fragile doit être protégé.

Le ministère de la Mer français promeut un approfondissement du droit international de la mer, équilibré et juste.

Nous appelons également à une meilleure coordination entre les accords internationaux, régionaux et sectoriels. Nous prônons enfin une amélioration du suivi et du respect des mesures décidées dans le cadre de la gouvernance mondiale des océans.

Sans un droit international de la mer universel, qui suscite la reconnaissance et l'acceptation du plus grand nombre d'États possible, alors la mer sera un espace de tensions, de conflits et de confrontation des puissances.

J'ai également à cœur de faire évoluer le concept de zone économique exclusive. Je défends l'idée qu'elles deviennent des zones économiques et écologiques.

Toujours pour améliorer la gouvernance, il faut mettre en œuvre, dans chaque pays et même dans chaque région côtière, une gouvernance nationale et territorialisée de la mer.

Après 30 ans d'absence en France, le ministère de la mer a été recréé ! Je mesure le défi de faire cohabiter les usages et les usagers, les espaces et les espèces. La planification locale est la clef d'une bonne gouvernance des océans ! Parce que chaque groupe d'acteurs détient une partie de la solution.

Au fil des mois, j'ai acquis la conviction qu'il me faudrait un homologue dans chaque pays maritime !

Nous serions ainsi mieux organisés pour répondre aux immenses défis d'un développement maritime durable.

Gouverner c'est prévoir, et c'est d'autant plus vrai en mer. Ce qui me permet de préciser ma pensée sur la question clé de la planification des usages. Le ministère de la Mer est celui de tous les usages et de tous les usagers, celui de l'écoute, car c'est l'un de mes marqueurs forts d'une gouvernance sachant construire des consensus. Je pense notamment à l'essor des énergies marines renouvelables, mais aussi à notre ambition de protéger 30 % de nos espaces dont un tiers sous protection forte.

Cela nécessite une planification de l'espace maritime dans une concertation réelle.

Pour planifier les usages, comme pour la bonne gouvernance des océans, il est indispensable de beaucoup mieux connaître les océans. L'agenda est donc également scientifique. Les Nations Unies ont lancé la Décennie de l'océanographie, l'Union européenne a mis en place une océanographie opérationnelle avec EMODNET et le Copernicus Marine Service : connaître et surveiller l'état de l'océan, et surtout restaurer sa santé doivent être nos objectifs collectifs.


Mesdames et Messieurs,

Le président de la République française a annoncé hier un One Ocean Summit avant la fin de l'année. Nous avons tous une responsabilité pour tenir la promesse de l'océan, celle de que nous lui faisons pour le bien-être de l'humanité. Le climat, la nature et l'humanité sont inséparables. L'océan les unit ! Mobilisons-nous.


Je vous remercie.


Source https://mer.gouv.fr, le 16 septembre 2021

Thématiques :