Interview de Mme Nadia Hai, ministre de la ville, à France Bleu le 16 novembre 2021, sur l'action des femmes dans les quartiers sensibles et les questions de sécurité.

Texte intégral

MAGUED RABIA
Et on en parle avec notre invitée, ce matin, sur France Bleu Paris, la ministre de la Ville, qui a reçu hier plusieurs associations et collectifs.

JOURNALISTE
Bonjour Nadia HAI.

NADIA HAI
Bonjour à tous.

JOURNALISTE
Alors, on va parler du fonds, évidemment, mais avant, j'aimerais avoir votre impression sur ces femmes. Vous les avez rencontrées hier, vous avez entendu leurs témoignages, leurs combats, leurs craintes aussi peut-être. Qu'est-ce que vous en avez retiré ?

NADIA HAI
Eh bien, elles sont à l'image de ce que l'on voit sur le terrain, c'est-à-dire des femmes extrêmement courageuses, des femmes extrêmement motivées aussi, à changer d'une part l'image des quartiers, parce que souvent l'image que l'on renvoie, ce sont des quartiers qui… où il ne fait pas bon vivre, où il y a de l'insécurité, de la violence, mais il y a aussi tous ces talents, tous ces jeunes qui ont envie de s'en sortir, et donc leur volonté aussi c'est d'accompagner ces jeunes, à redonner du sens à leur vie, à avoir des perspectives, et donc voilà, elles sont à l'image de ce qu'elles sont sur le terrain, ces femmes courage, qui imposent un certain respect, de par leur statut de femmes et de mamans.

JOURNALISTE
Le fonds d'appelle Gilets roses, ce n'est pas anodin pour vous l'engagement du mouvement créé par Fatimata SY dans le quartier des Tarterêts à Corbeil-Essonnes, est emblématique, justement.

NADIA HAI
Il est emblématique justement de ce qu'elles font, c'est-à-dire que ce gilet rose, c'est le symbole de l'apaisement, c'est le symbole de la sérénité, c'est aussi quelque part un message qu'elles envoient, qu'elles renvoient, à cette jeunesse dans les quartiers, que l'avenir n'est pas fait de violences, l'avenir n'est pas fait d'échecs, l'avenir peut être fait de réussites, et donc l'idée c'est d'accompagner justement cette démarche et d'accompagner la jeunesse dans nos quartiers.

JOURNALISTE
Alors, Nadia HAI, concrètement, le fonds Gilets roses, c'est deux millions d'euros, pour qui exactement, comment ça va être réparti, pour faire quoi ? Voilà, dites-nous un petit peu comment ça va se passer.

NADIA HAI
Alors, ce fonds, d'abord leur est dédié, pour valoriser cette action, pour rentre les actions invisibles jusque-là, visibles, et donc pour cela il leur faut un accompagnement financier…

JOURNALISTE
Donc, concrètement, elles vont recevoir l'argent.

NADIA HAI
Alors, concrètement, elles doivent se structurer en…

JOURNALISTE
En associations.

NADIA HAI
Pour une subvention, il faut être doté d'une personnalité, enfin constituer une personnalité morale, donc une association, et donc elles vont être accompagnées dans le cadre de leurs actions associatives. Et pour toutes celles qui sont en collectif spontané, qui n'ont pas de personnalité juridique, elles peuvent s'associer avec des associations et créer justement des actions sur le terrain, qui seront financées par l'association qui portera le projet et la subvention.

JOURNALISTE
Il y en a 50 à 100 il me semble, des associations.

NADIA HAI
Exactement. Il y en a une trentaine en Ile-de-France et entre 50 et 100 sur le territoire national.

JOURNALISTE
Comment ça va être réparti justement en fonction des régions et en fonction des associations ? Comment vous allez faire le tri ?

NADIA HAI
Alors, c'est un fonds qui est à l'échelle nationale, donc on va attendre justement que les préfectures nous remontent les demandes. Et là…

JOURNALISTE
Donc il faut faire une demande pour avoir le fonds.

NADIA HAI
Il faut faire une demande, évidemment, et c'est pourquoi il est extrêmement important de diffuser cette information à toutes celles et ceux, parce que ça concerne aussi des hommes qui peuvent être des Gilets roses, des jeunes également, eh bien ça concerne tout le monde, pour qu'ils soient informés de ce fonds et qu'ils puissent aller justement le solliciter auprès des préfectures, parce que ce sera évidemment le point central, comme tout le reste des subventions que nous distribuons.

JOURNALISTE
L'argent peut être utilisé donc dans les actions évidemment, par exemple l'association GHETT'UP, qui est basée dans le 93, aimerait un local, est-ce qu'elle peut utiliser l'argent pour avoir un local à elle ?

NADIA HAI
L'avantage en fait des financements du ministère de la Ville, c'est qu'on peut financer, et du budget d'intervention, d'investissement, et de fonctionnement, donc elles peuvent évidemment utiliser pour cela. Et je vais lancer un appel aux bailleurs sociaux aussi, pour venir s'associer avec nous dans cette démarche, pour accompagner ces collectifs, ces associations, à s'installer dans les quartiers.

MAGUED RABIA
Et tenter de pousser le curseur encore plus loin. Il est 08h19 heures sur France Bleu Paris et vous nous regardez aussi sur France 3 Paris Ile-de-France. L'Etat en fait-il assez pour aider ces mamans exemplaires ? C'est une question qu'on a posée ce matin aux auditeurs et auditrices de France Bleu. Paris, et pour l'instant ils nous disent non à 60%. Donc cela ne suffit pas en tout cas pour le moment.

JOURNALISTE
Qu'est-ce que vous répondez à ça, Nadia HAI?

NADIA HAI
Il y a évidemment, enfin l'action ne se limite pas à se fonds. Le ministère de la Ville a vu des budgets augmenter sur le soutien aux associations, donc nous avons mis en place plusieurs fonds, Quartiers solidaires, Quartiers solidaires jeunes, Quartiers d'été, pour aider ces associations à se structurer. Et évidemment il faut une mobilisation de l'ensemble des acteurs sociaux sur le terrain, dans les quartiers, je parlais tout à l'heure des bailleurs sociaux, mais également des collectivités territoriales, des mairies, de se mobiliser pour accompagner ces démarches bien souvent citoyennes, et qui justement répondent finalement à une certaine préoccupation et des besoins qu'on rencontre sur le terrain, donc ça ne peut être qu'une action collective, et l'Etat continue son investissement dans les territoires, et surtout en l'humain.

JOURNALISTE
Mais comment on peut régler, Nadia HAI, le problème de fond de l'insécurité dans les quartiers ? Là, il y a un sondage, le Baromètre des territoires, qui explique qu'en Ile-de-France c'est là qu'on se sent le moins en sécurité dans son quartier, ça parle quand même ces chiffres-là. 57% des Franciliens qui disent, enfin, des Français qui disent qu'ils se sentent mal dans leur quartier ou en insécurité en Ile-de-France, comment on peut faire finalement ? On voit ce qui se passe aussi à Argenteuil dans le quartier du Val d'Argent, mais pas uniquement, voilà, c'est un peu partout sur le territoire, qu'est-ce qu'on peut faire, là, pour régler ce problème ?

NADIA HAI
Pour lutter contre l'insécurité ou pour lutter contre le sentiment d'insécurité, eh bien il faut agir sur deux jambes. La première c'est évidemment sur la sécurité, et c'est ce que ce que fait mon collègue Gérald DARMANIN, en renforçant les effectifs de police sur le terrain, et Argenteuil et d'autres ont vu justement des effectifs supplémentaires pour multiplier les rondes, pour aller faire les contrôles en bas des tours, donc multiplier finalement les forces de l'ordre sur le terrain, leur visibilité, et puis agir sa question de la prévention ? C'est-à-dire qu'un groupe de jeunes à 23h00/minuit, n'a absolument rien à faire dans les rues à cette heure-là, dès lors que le lendemain il est censé être à l'école. Donc nous mettons en place les moyens de la prévention spécialisée, avec le déploiement des bataillons de la prévention, donc c'est finalement des binômes éducateurs spécialisés, et médiateurs, qui seront formés…

JOURNALISTE
On a déjà vu ça.

NADIA HAI
Non, alors, ce qu'on a vu, c'est soit une action d'un côté, soit de l'autre, c'est-à-dire soit on est sécuritaire, soit on est sur la prévention. Nous, ce que nous faisons, ce sont les deux, de manière concomitante, et qui vont travailler ensemble. Les médiateurs, les éducateurs, travailleront avec les forces de l'ordre pour justement travailler sur cette question de prévention spécialisée, qui bien souvent a été mise de côté, mais qui pour autant est un élément déterminant pour redonner du sens à cette jeunesse, des perspectives et surtout assécher ce vivier de recrutements que trouvent bien souvent des criminels, des délinquants, et donc c'est l'objectif que nous portons aujourd'hui au sein de ce gouvernement.

JOURNALISTE
Merci beaucoup Nadia HAI, d'avoir été l'invitée ce matin de France Bleu Paris. Je rappelle que vous êtes ministre de la Ville et que vous avez lancé ce fonds Gilets roses, donc, de 2 millions d'euros, pour aider ces femmes des quartiers d'Ile-de-France et d'ailleurs. Merci beaucoup.

NADIA HAI
Merci à vous.

MAGUED RABIA
Il est 08h23, sur France Bleu Paris. Madame la Ministre, avant de partir, vous n'envisagez pas de quitter la région Ile-de-France, comme ce sondage nous le montre, vous restez avec nous.

NADIA HAI
Non, je reste ici. J'ai quitté Paris pour retourner dans ma banlieue yvelinoise, mais je reste en Ile-de-France.

MAGUED RABIA
Ah, vous vivez encore à Trappes, là, aujourd'hui ?

NADIA HAI
Juste à côté.

MAGUED RABIA
Vous êtes où, dans quelle ville ?

NADIA HAI
Alors, pas loin de Trappes, voilà…

MAGUED RABIA
On ne va peut-être pas donner votre adresse.

NADIA HAI
Je tairai la ville, mon adresse, mais juste à côté, mais ma mère habite toujours à Trappes et j'y suis tous les week-ends en tout cas.

MAGUED RABIA
Vous êtes une amoureuse de l'Ile-de-France.

NADIA HAI
Je suis une amoureuse de l'Ile-de-France et je suis une amoureuse de la ville de Trappes.

MAGUED RABIA
Eh ben voilà.

JOURNALISTE
Très jolie ville.

MAGUED RABIA
Merci Madame la Ministre. Excellente journée.

NADIA HAI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2021