Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la culture, à BFMTV le 10 décembre 2021, sur la situation sanitaire et les restrictions pour les entreprises du secteur de la culture face à la 5ème vague de Covid-19.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Roselyne BACHELOT, bonjour.

ROSELYNE BACHELOT
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. On va parler évidemment du Covid pour commencer, il y aura d'autres sujets, mais forte reprise de l'épidémie. Est-ce un coup dur pour le monde de la culture ? Est-ce que les entrées sont en train de baisser actuellement ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, effectivement Jean-Jacques BOURDIN. Vous avez raison. La situation se tend dans la culture. Il y a des secteurs qui sont particulièrement touchés. La musique où les chiffres seront clairs, le deuxième semestre marquera une baisse de chiffre d'affaires de 60 %. Les cabarets où on note un double phénomène. D'abord des réservations qui s'annulent, en particulier des réservations de groupe, et le fait que les troupes d'artistes sont touchées et obligent à des annulations. Le syndicat, l'organisation professionnelle, le CAMULC, nous le signale. C'est pour ça que nous avons pris avec les autres ministres, ministre du Travail et à Bercy, la décision que la mesure coûts fixes qui s'adressait aux entreprises quand elles perdaient 80 % de leur chiffre d'affaires, nous avons décidé de baisser à 65 %, ce qui devrait permettre de prendre en compte les difficultés du secteur. Mais je surveille ça évidemment avec beaucoup de difficultés, pour adapter les aides aux besoins.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Le ?quoi qu'il en coûte? est réactivé pour la culture si je comprends bien.

ROSELYNE BACHELOT
Exactement, exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous réactivez le ?quoi qu'il en coûte? pour la culture.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà. J'ai des crédits qui permettent par exemple d'affronter les difficultés du cinéma ou du théâtre, mais il faut vraiment adapter de façon continue ces aides et je me bats pour ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cinéma, théâtre, musées, concerts, masque obligatoire ?

ROSELYNE BACHELOT
Masque obligatoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Absolument ?

ROSELYNE BACHELOT
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pendant un film, par exemple, je suis au cinéma, je garde mon masque.

ROSELYNE BACHELOT
Vous gardez le masque. J'étais hier à regarder, si vous voulez passer un bon moment Jean-Jacques BOURDIN, allez voir « Les producteurs » au Théâtre de Paris, mise en scène de MICHALIK, tout le monde était masqué. Et il faut aérer les locaux, se laver les mains. Vous connaissez les mesures barrières.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il y aura des contrôles ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, bien sûr, il y a des contrôles. Les contrôles, ils sont effectués par les responsables de ça. Je peux vous garantir que tout le monde respecte ces consignes. On critique beaucoup les Français, moi je trouve qu'ils ont quand même le sens des responsabilités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils sont responsables. Des jauges ou pas ?

ROSELYNE BACHELOT
Pour l'instant, il n'est pas question de jauge. J'ai même obtenu que la jauge à 75 % dans les concerts debout soit abolie si on respecte les consignes de sécurité, et puis il y a tout le reste qui fait qu'on est en train de maîtriser l'épidémie. C'est la troisième dose de vaccin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le rappel.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, le rappel avec la troisième dose. Il faut y aller, il faut se vacciner. Ce n'est pas suffisant, on le sait, mais c'est déjà une très bonne protection.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il faut se vacciner. Partout en Europe, il y a des restrictions pour les non-vaccinés sauf en France. Vous le regrettez ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, parce que je pense qu'on est un pays de liberté et qu'on peut maîtriser l'épidémie parce qu'avec notre politique de vaccination et de précautions, on est aussi le pays où finalement on maîtrise le mieux la pandémie. Donc vraiment, moi je veux qu'on passe des vacances de fin d'année en allant au théâtre, en allant au cinéma, en allant aux concerts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et en prenant les précautions requises. Fermeture des discothèques, en même temps les clubs échangistes restent ouverts. On ne comprend pas très bien pourquoi.

ROSELYNE BACHELOT
Je n'interviendrai pas sur ce débat. Les clubs échangistes ne relèvent pas du ministère de la Culture. Vous pouvez le regretter Jean-Jacques BOURDIN, mais enfin pour l'instant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je ne regrette rien du tout, je constate.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, c'est ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, je constate.

ROSELYNE BACHELOT
Pour parler plus sérieusement des discothèques, effectivement on comprend pourquoi. Parce que certes le pass sanitaire est demandé, la plupart des patrons de discothèque respectent cela mais à l'intérieur des discothèques, soyons sérieux, on ne porte pas le masque et c'est un lieu de contamination. Nous prendrons évidemment en charge les discothèques qui sont obligées de fermer comme nous l'avons fait auparavant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comme vous l'avez fait auparavant. On ne dansera plus dans les bars et restaurants non plus.

ROSELYNE BACHELOT
C'est la même chose, ce qu'on appelle les bars dansants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On danse dans les concerts

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, prenons les précautions. Moi j'ai un secteur qui est le secteur de la culture, ce n'est pas la même chose un concert et un bar dansant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Mais enfin on danse dans les deux.

ROSELYNE BACHELOT
Vous êtes allé dans les deux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je suis allé dans les deux.

ROSELYNE BACHELOT
On drague peut-être un peu moins dans les concerts que dans les bars dansants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, le concert-test d'Indochine à Paris au mois de mai, on n'a pas eu vraiment… Si, on a eu les résultats ?

ROSELYNE BACHELOT
Si, si, si. On a eu les résultats. Les résultats ont été très clairs, c'est-à-dire que quand on est vacciné et quand on porte le masque, il n'y a pas de contamination. Mais il faut dire aussi, il faut être raisonnable Jean-Jacques BOURDIN, c'est que nous étions dans une configuration où les variants n'étaient pas arrivés. Donc le concert, il est à apprécier dans un contexte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est vrai. Vous êtes pharmacienne et quand on a été pharmacien on est pharmacien à vie.

ROSELYNE BACHELOT
Je mourrai docteure en pharmacie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement. Vous mourrez docteure en pharmacie. J'ai vu et j'ai écouté les pharmaciens protester parce qu'on leur demandait peut-être d'ouvrir le dimanche. Enfin ‘peut-être' : on leur demande, on ne leur impose pas mais on leur demande d'ouvrir le dimanche pour des tests, pour de la vaccination et ils protestent. Vous comprenez cette protestation ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi je suis persuadée qu'à terme, les pharmaciens prendront leurs responsabilités et qu'ils ouvriront le dimanche pour permettre de vacciner et de tester. À partir du moment où ils auront un espace de liberté sur les horaires d'ouverture, sur la faculté d'ouvrir ou de ne pas ouvrir, ils ont du personnel ou ils n'en ont pas, écoutez, si j'étais dans ma pharmacie j'ouvrirais le dimanche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ouvririez le dimanche. Vous êtes la deuxième personnalité politique préférée des Français derrière Edouard PHILIPPE et devant Valérie PECRESSE, que vous connaissez bien Valérie PECRESSE.

ROSELYNE BACHELOT
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez été dans le gouvernement Fillon avec elle.

ROSELYNE BACHELOT
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elle a la stature d'une présidente de la République ?

ROSELYNE BACHELOT
Je ne pose pas la question comme ça, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment la posez-vous alors ?

ROSELYNE BACHELOT
Je me demande sur le plan des principes, sur le plan du programme. Sur le plan des principes, je considère que Valérie PECRESSE et dans une sorte de seringue puisque n'oublions pas qu'elle n'a pas été en tête de la primaire des Républicains, c'est Eric CIOTTI. Que monsieur CIOTTI au deuxième tour de cette primaire a quand même séduit quatre militants sur dix et qu'elle va avoir beaucoup de mal à réunir cette famille, sauf à abdiquer un certain nombre de valeurs qui étaient les siennes - je ne sais pas si elle les a encore - qui étaient les siennes au moment où nous étions ensemble au gouvernement. En tout cas, j'ai regardé son programme culture : il y a du travail à faire encore.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'il n'y a rien, quoi.

ROSELYNE BACHELOT
C'est-à-dire il y a deux choses qui sont intéressantes. Il y a faire une grande commande publique, c'est ce que nous avons fait il y a un mois, et avoir des crédits pour faire des studios d'enregistrement. C'est exactement le programme France 2030. Je ne sais pas, elle pourrait là sur le plan culture…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Travailler ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, non. Pourquoi pas être la ministre de la Culture d'Emmanuel MACRON.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ? Vous serez toujours ministre de la Culture si Emmanuel MACRON est réélu, s'il est candidat. Vous voterez pour Emmanuel MACRON s'il est candidat sans hésiter, vous ne voterez pas pour Valérie PECRESSE.

ROSELYNE BACHELOT
S'il est candidat, non seulement je voterai pour Emmanuel MACRON mais je ferai sa campagne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous irez vous ranger dans le parti d'Edouard PHILIPPE ? Vous y avez songé ou pas ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, parce que j'ai décidé de ne plus faire partie d'un parti politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fini ça.

ROSELYNE BACHELOT
Ce n'est plus de mon âge.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est fini.

ROSELYNE BACHELOT
C'est fini.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous gardez votre liberté. Eric ZEMMOUR était mardi dernier ici-même à votre place, et à propos d'Emmanuel MACRON il a été très dur. Je cite : ? C'est un adolescent qui se cherche. On a l'impression d'un type qui n'est pas fini. Ce type n'est pas fini, ce type dit tout et le contraire de tout, c'est le vide. ?

ROSELYNE BACHELOT
Je trouve que ces propos sont absolument inqualifiables. Parce que c'est l'attaque, non pas une attaque politique, c'est l'attaque d'une personne dont on dit qu'il n'est rien. Et véritablement ce genre de propos de négation de la dignité d'un être humain est absolument insupportable. Ce n'est pas digne, ce n'est pas un combat politique digne. Monsieur ZEMMOUR est un falsificateur, c'est un usurpateur et véritablement il se découvre à travers ces attaques qui sont ignobles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous dites à votre frère qui est le porte-parole d'Eric ZEMMOUR ?

ROSELYNE BACHELOT
Je n'ai pas… Dans une famille, il y a des ruptures qui sont définitives.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, d'accord. Les sociétés des rédacteurs des grands médias demandent à ce que la liberté de travailler soit respectée. Est-ce que le droit d'informer était en danger dimanche dernier ?

ROSELYNE BACHELOT
De quoi parlez-vous ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je parle du meeting d'Eric ZEMMOUR.

ROSELYNE BACHELOT
J'avais déjà oublié, j'étais dans le déni sans doute. Est-ce que le droit d'informer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est menacé.

ROSELYNE BACHELOT
À partir du moment où des militants politiques chauffés à blanc sont amenés à vilipender la presse, oui la liberté est menacée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La liberté est menacée, le droit d'informer est en danger.

ROSELYNE BACHELOT
La liberté d'informer est menacée, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que faire alors ? Le rappeler ?

ROSELYNE BACHELOT
Le rappeler. D'ailleurs c'est ce que nous avons fait avec Gérald DARMANIN lundi dernier, pour à la fois protéger les journalistes, protéger leur liberté d'informer. Il y a eu un travail qui a été mené de façon très approfondie. D'ailleurs l'ensemble des organisations professionnelles ont salué le travail que nous avons fait avec Gérald DARMANIN. On a évidemment remis sur le principe fondamental que c'est la carte de presse qui authentifie le journaliste, le fait que, évidemment on doit aussi protéger les accompagnateurs des journalistes - les cameraman, les stagiaires, les étudiants journalistes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les journalistes devront bientôt aller dans un meeting protégé. On en est là ? On en serait là en France ?

ROSELYNE BACHELOT
Je le regrette mais quand on voit ce qui s'est passé, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. La presse : Eric ZEMMOUR attaque la presse en disant que les journalistes sont majoritairement de gauche, mais il y a aussi… Oui, ça vous fait lever les yeux au ciel.

ROSELYNE BACHELOT
Oui, passons. Non mais l'attaque contre les journalistes a toujours été le premier palier des gens qui attaquent la démocratie. Si vous regardez l'histoire du XXème siècle et de ce début du XXIème, c'est toujours la même façon, c'est toujours le même processus qui est à l'oeuvre. Et d'ailleurs, il est tout à fait intéressant de voir que monsieur ZEMMOUR et d'autres préconisent de supprimer le service public de l'audiovisuel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

ROSELYNE BACHELOT
Eh bien ça, je défends. Je serai la défenseuse du service public de l'audiovisuel, c'est une garantie de la liberté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la presse d'opinion existe, Roselyne BACHELOT.

ROSELYNE BACHELOT
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eric ZEMMOUR est soutenu par un groupe de presse important.

ROSELYNE BACHELOT
La presse d'opinion existe, bien entendu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, donc on ne remet rien en cause.

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, moi je ne suis pas la ministre de la censure. Je suis défenseur de la liberté de la presse évidemment, même celle qui ne me plaît pas. Heureusement !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Roselyne BACHELOT, Emmanuel MACRON et l'Europe. Hier, conférence de presse du président de la République. Je vais y revenir mais au cours de cette conférence de presse, il a parlé de la création d'un comité d'historiens, de différents pays européens pour bâtir une histoire européenne …

ROSELYNE BACHELOT
Une académie …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une histoire mondiale de l'Europe, oui, une académie européenne en quelque sorte qui permettrait quoi ? De contrer le révisionnisme historique qui remet en cause notre Histoire et nos responsabilités dans cette Histoire. Ca se présenterait comment ? Vous avez des détails ou pas ?

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, non, pas encore. Je trouve cette idée d'académie très intéressante, elle relève plutôt du ministère de la Recherche et de l'Enseignement supérieur. Bien sûr je demanderai à être associée à …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment, j'imagine !

ROSELYNE BACHELOT
… à cette affaire parce que c'est aussi une affaire culturelle mais voyez-vous, je crois que ce qui est très intéressant, il faut avoir le courage de regarder la vérité historique en face, c'est exactement la décision que j'ai prise par un arrêté qui fait que j'ouvre en avance les archives, les archives nationales puisque je suis la ministre, je suis la ministre des Archives …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous annoncez que vous ouvrez les Archives ?

ROSELYNE BACHELOT
J'annonce que j'ouvre avec 15 ans d'avance les archives sur les enquêtes judiciaires de gendarmerie et de police qui ont un rapport avec la guerre d'Algérie ; je veux que sur cette question qui est une question qui est troublante, qui est irritante où il y a des falsificateurs de l'Histoire qui sont à l'oeuvre, je veux qu'on puisse la regarder en face. On ne construit pas un roman national sur le mensonge et c'est la décision que j'ai prise en ouvrant ces archives avec 15 ans d'avance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des risques ! Imaginons que l'on découvre que l'armée française a torturé, enfin que l'on découvre …

ROSELYNE BACHELOT
Ça, ce n'est pas une « décou … »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas une découverte mais que l'on ait confirmation !

ROSELYNE BACHELOT
Mais je crois que c'est l'intérêt du pays que de le reconnaître. Quand Emmanuel MACRON a rendu justice sur l'affaire AUDIN, il avait ainsi, je dirais, mis la France en face de la vérité. Quand Jacques CHIRAC est au Vel d'Hiv', et qu'il reconnaît la responsabilité de l'Etat, il fait une oeuvre utile, je crois qu'on ne doit jamais avoir peur de la vérité, il faut la contextualiser. Tout ça s'est passé il y a déjà un certain nombre d'années mais il faut la regarder en face.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi est-ce que le monde de la culture ne dit rien en écoutant Eric ZEMMOUR ? Vous avez vu le silence du monde de la culture !

ROSELYNE BACHELOT
Demandez-leur !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez remarqué ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, il y a, comment dire, il y a une excuse, c'est que le monde de la culture vit une tragédie avec cette pandémie où des gens ont été empêchés de s'exprimer, de jouer, de chanter, de communiquer avec le public et je pense qu'il y a un effet parfois de sidération mais il y a des intellectuels aussi dont je regrette, pour lesquels j'avais de l'estime, qui sont furieusement muets, on peut les interpeller, leur demander de prendre position !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais lesquels ?

ROSELYNE BACHELOT
Ah non, les listes, ah non, ça va !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, d'accord, oui, on ne va pas dresser de liste !

ROSELYNE BACHELOT
Voilà !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pour en revenir à la guerre d'Algérie, vous avez dit : la colonisation est un crime, une barbarie. Nous y avons pris notre part.

ROSELYNE BACHELOT
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous maintenez ces propos !

ROSELYNE BACHELOT
Bien sûr qu'on a y pris notre part mais dans toute les guerres, quand on regarde l'histoire de la France, bien sûr il y a eu des choses – on ne va pas parler du massacre de la Saint-Barthélemy ou d'autres crimes épouvantables ou c'est des croisades ou d'autres ou d'autres faits historiques – et on les regarde, on les analyse. On se dit qu'est ce qui s'est passé, il ne s'agit pas trouver les responsabilités chez untel ou untel aujourd'hui mais bien sûr qu'il faut regarder ; la France a été une nation esclavagiste, oui c'est vrai, pourquoi le nier ? Pourquoi ne pas le reconnaître ? C'est ce que nous faisons en restituant les 26 oeuvres d'art du palais d'Abomey qui ont été pris au moment de cette guerre au Bénin, bien sûr, on le reconnaît et c'est bien parce que, aussi, on se réconcilie à travers cette …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, justement est-ce que nous allons restituer certaines oeuvres d'art que certains pays réclament ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui alors il y a une procédure qui est très particulière parce que vous savez que les biens contenus dans les musées français sont inaliénables, donc sur chaque demande, il y a une analyse, il y a évidemment la reconstitution de l'histoire : à quel moment elles ont été acquises, est-ce qu'elles ont été acquises normalement, achetées pillées ? Est-ce que ces oeuvres seront accueillies dans de bonnes conditions ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous dis ça parce que les Grecs demandent la restitution des marbres du Parthénon aux Britanniques !

ROSELYNE BACHELOT
Oui piquées par Lord ELGIN !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, je laisse les Anglais en tête-à-tête avec les Grecs !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec les Grecs mais nous, nous allons restituer !

ROSELYNE BACHELOT
Bien sûr !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous restituons régulièrement ?

ROSELYNE BACHELOT
Nous restituons et d'autres oeuvres sont en cours de restitution comme la couronne de la reine malgache ou d'autres encore.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La couronne de la reine malgache, c'est extraordinaire, ça !

ROSELYNE BACHELOT
Ranavalona III !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ça, c'est extraordinaire mais pour en revenir à cette déclassification des archives de la guerre de l'Algérie, quelle idée au fond ? Pourquoi ? Pour réconcilier les Français avec leur histoire, c'est quoi l'idée ?

ROSELYNE BACHELOT
Pour faire en sorte qu'il n'y ait pas de falsificateurs de l'histoire parce que c'est la falsification qui amène toutes les errances et tous les troubles et toutes les haines. A partir du moment où les faits sont sur la table, où ils sont reconnus, qu'ils sont analysés c'est à partir de ce moment-là qu'on peut construire une autre histoire, qu'on peut construire une réconciliation. Tant que les choses ne sont pas dites et ne sont pas éclairées, on est emporté par ses passions, on est emporté par ses haines. On a des choses à reconstruire avec l'Algérie, elles ne pourront se reconstruire que sur la vérité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Roselyne BACHELOT, soyons contemporains. Miss France, élection de Miss France demain soir, vous aimez cette élection ?

ROSELYNE BACHELOT
Eh bien, j'aime bien le concours de Miss France, alors je sais bien que certains reprochent et vous savez à quel point je suis une militante féministe et où je me bats pour l'égalité entre les entre les hommes et les femmes, entre les femmes et les hommes mais c'est un concours sympathique, c'est un concours amusant, c'est un concours glamour. Je ne serai pas de ceux qui boudent leur plaisir devant le concours de Miss France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous comprenez mal ces critiques des féministes !

ROSELYNE BACHELOT
A un moment, détendons-nous !

JEAN-JACQUES BOURDIN
On en a besoin.

ROSELYNE BACHELOT
Oui, on en a besoin en ce moment, il y a d'ailleurs beaucoup de progrès qui ont été faits dans le concours de Miss France, en particulier sur le plan social puisqu'elles seront rémunérées, ce qui n'était pas ou peu le cas jusqu'ici ; les choses se sont éclairées sur le plan du droit du travail et elles sont loin d'être des potiches et elles sont très jolies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'y touchons pas !

ROSELYNE BACHELOT
Voilà !

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous dites !

ROSELYNE BACHELOT
N'y touchons pas, on a besoin d'un peu de légèreté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci beaucoup Roselyne BACHELOT d'être venue nous voir ce matin


source : Service d'information du Gouvernement, le 13 décembre 2021