Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, à Public Sénat le 3 juin 2021, sur la vaccination des enfants et le projet de loi sur la protection de l'enfance, 14 décembre 2021.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et allez-y Adrien TAQUET. Je vais dire bonjour à Stéphane VERNAY. Bonjour Stéphane ! Stéphane qui dirige le bureau parisien de Ouest France, et qui va mener cette interview à mes côtés. Bonjour Adrien TAQUET.

ADRIEN TAQUET
Bonjour. Pardon, excusez-moi, on commençait les débats…

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être… voilà, vous commenciez les débats dans l'hémicycle avant l'heure.

ADRIEN TAQUET
Exactement. Avant l'heure.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être notre invité politique ce matin. Vous êtes secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance et des familles. On va bien sûr longuement parler de votre texte dont on a déjà parlé avec le rapporteur, mais c'est important évidemment d'en parler avec vous. Mais d'abord, l'actualité, c'est la crise sanitaire, et des questions qui se posent autour de la vaccination des enfants, on attend l'avis des autorités sanitaires dans les prochains jours. Est-ce que pour vous, la vaccination des enfants, elle est indispensable pour lutter contre l'épidémie ?

ADRIEN TAQUET
Alors le Premier ministre, vous l'avez entendu, a parlé de nécessité, je crois, en fin de semaine dernière, il y a déjà eu un avis de la Haute autorité de santé, notamment pour les enfants les plus vulnérables, et d'ailleurs, campagne de vaccination pour ces 360.000 enfants atteints de maladies chroniques, de cancers, débute aujourd'hui, il est important pour les protéger effectivement que cette vaccination puisse avoir lieu pour le reste des quasiment 6 millions d'autres enfants âgés de 5 à 11 ans, je pense effectivement qu'il est important de pouvoir les vacciner. On parle beaucoup, c'est même un critère important du bénéfice-risque, il y a le bénéfice-risque collectif qu'on met souvent en avant, il est important, parce que c'est vrai qu'on le sait, plus un virus circule, plus des variants peuvent se développer. Mais je crois quand même que s'agissant des enfants, c'est quand même une question du bénéfice-risque, et donc du bénéfice individuel pour eux, parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y a un certain nombre d'enfants quand même, très petit nombre, fort heureusement, qui développent des formes graves, il y a des enfants qui ont ce fameux PIMS, là, ces inflammations du myocarde, c'est quelques dizaines d'enfants, mais c'est quand même des enfants qui connaissent des formes sévères, il faut les protéger, et puis, on n'a pas de recul aujourd'hui sur les effets du Covid long, sur les enfants, on sait que sur les adultes, c'est le cas. Donc ce que je veux dire par-là, c'est que pour les protéger aussi eux, ce n'est pas juste un bénéfice altruiste, je pense que pour les protéger eux aussi, il est important effectivement de pouvoir vacciner les enfants entre 5 et 11 ans. Vous savez, moi, j'ai 2 enfants de moins de 11 ans, j'en ai parlé avec eux, et quand ça sera ouvert, on ira les faire vacciner avec ma femme, oui…

ORIANE MANCINI
Vous irez les faire vacciner.

STEPHANE VERNAY
Sauf que, précisément, quand vous parlez de bénéfice-risque, on sait que pour les petits, et a fortiori pour les plus petits d'entre eux, on peut se poser la question s'il n'y a pas plus d'inconvénients liés au vaccin potentiellement que de protection réelle contre la maladie, vous parlez de quelques dizaines de cas, on sait que les formes sévères, graves existent pour les enfants, mais elles sont vraiment très, très, très minoritaires…

ADRIEN TAQUET
Fort heureusement, absolument. Mais une fois encore, il y en a. Et puis…

STEPHANE VERNAY
Il n'y a pas plus de risques avec le vaccin de développer des effets secondaires que d'être protégé contre la maladie et ses formes graves pour les petits ?

ADRIEN TAQUET
Depuis le début, moi, le gouvernement, nous nous reposons sur les avis des autorités de santé, les autorités scientifiques.

STEPHANE VERNAY
Et elles parviennent à vous rassurer, vous êtes complètement…

ADRIEN TAQUET
Ah oui, effectivement, on suit, s'agissant des enfants, vous savez qu'il y a eu des premiers essais cliniques qui ont été faits, qui ont fondé les premiers avis des différentes autorités sanitaires, qu'elles soient américaines, européennes, françaises, avec la Haute autorité de santé, le Conseil d'orientation vaccinale, et puis, on attend, là, dans les jours à venir, d'autres résultats, un peu en population réelle, j'ai envie de dire, puisque, vous le savez, il y a un certain nombre de pays qui ont été plus en avance, pionniers sur la vaccination des enfants par rapport à la France, c'est le cas des Etats-Unis, d'Israël par exemple, et donc sur près de 4 millions d'enfants, je crois, s'agissant des Etats-Unis, on va avoir des données aussi réelles sur des très, très grandes cohortes sur les effets qu'il y aura, c'est ça qui va fonder aussi les décisions à venir des autorités de santé…

STEPHANE VERNAY
Mais on ne va pas se mentir, on y va tout droit, vous allez imposer la vaccination obligatoire pour les plus de 5 ans ?

ADRIEN TAQUET
Ah, écoutez, obligatoire…

STEPHANE VERNAY
Enfin, le pass sanitaire, pardon, excusez-moi…

ADRIEN TAQUET
Oui, oui…

STEPHANE VERNAY
Oui, oui, vous avez raison.

ADRIEN TAQUET
C'est très important. Obligatoire, non…

STEPHANE VERNAY
Mais vous allez demander à ce que les enfants de plus de 5 ans soient tous vaccinés, on y va direct ?

ADRIEN TAQUET
Je ne vais pas faire d'annonce avant les annonces et laisser la primeur d'annonces éventuelles, une fois encore, au ministre des Solidarités et de la santé, Olivier VERAN et au Premier ministre. Il a déjà été décidé d'ouvrir la vaccination pour les enfants fragiles, ça commence aujourd'hui, ça, c'est une certitude, on attend les décisions des autorités de santé…

STEPHANE VERNAY
On n'attendra pas beaucoup, c'est imminent…

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, je crois que… enfin, on a dit qu'on se mettait en capacité de pouvoir ouvrir la vaccination non obligatoire, volontaire, je me permets de ré-insister là-dessus, d'ici la fin de l'année, voilà, et puis, il y a déjà des…

ORIANE MANCINI
Ça veut dire une campagne qui va être lancée massivement, si elle est ouverte, est-ce qu'il faut pouvoir vacciner les enfants dans leurs écoles ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, la stratégie aujourd'hui qui est développée, d'une part, il y a la question des doses de vaccins, vous savez que ce ne sont pas les mêmes doses, on peut le comprendre, que les adultes, il y a des commandes de doses qui ont été effectuées pour les mois de décembre, de janvier, qui vont permettre de lancer une campagne de vaccination, si tant est, une fois encore, qu'elle soit actée. Et c'est dans un premier temps dans des centres de vaccination qui seront dédiés aux enfants, enfin, avec des files dédiées pour…

ORIANE MANCINI
C'est plus pratique pour vous, c'est plus pratique…

ADRIEN TAQUET
En tout cas, dans un premier temps, c'est la stratégie de vaccination qui a été mise en oeuvre.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot là-dessus, puisque le Conseil scientifique a annoncé quelques recommandations hier, en vue des fêtes, mais aussi, il redoute une croissance forte du variant Omicron en France dans les prochaines semaines. Est-ce que pour les enfants, les écoles pourront continuer à être ouvertes dans ces cas-là ?

ADRIEN TAQUET
Alors, vous savez que c'est une préoccupation de priorité même de ce gouvernement et du président de la République même, et du gouvernement tout entier, depuis le début de l'épidémie, de faire en sorte que les écoles puissent rester ouvertes, c'est…

ORIANE MANCINI
Mais là, on voit qu'il y a de plus en plus de classes fermées, est-ce que ce n'est pas compliqué pour les enfants ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, je pense que c'est une grande fierté que d'avoir pu laisser les écoles ouvertes, puisqu'on parlait de risque aussi, de désavantages pour les enfants liés à l'épidémie, eh bien, le fait de ne pas pouvoir aller à l'école en fait partie. Donc nous continuerons de tout faire pour que les écoles restent ouvertes, mais c'est en cela que la stratégie globale, pas que des enfants, globale de vaccination, vaccination, vaccination, d'une part, et puis, gestes barrières, parce que, mais là, on le sait très bien, la remontée de l'épidémie ces dernières semaines n'est pas liée au nouveau variant Omicron, elle est liée au fait qu'on a un peu relâché nos gestes barrières, et que c'est le variant Delta qui repart à la hausse, donc voilà, c'est pour ça que je porte ce masque, c'est pour ça qu'on doit retrouver nos distanciations physiques un peu plus raisonnables, c'est pour ça qu'on doit faire attention, profiter de ces fêtes de fin d'année, de façon heureuse, sereine, parce qu'on sort de 2 années compliquées, on est fatigué, mais il faut quand même être vigilant.

ORIANE MANCINI
On va parler de votre texte, le texte sur la protection des enfants qui arrive dont dans l'hémicycle du Sénat cet après-midi, l'objectif de ce texte, dites-vous, c'est d'améliorer la sécurité affective, matérielle et physique des enfants placés, qu'est-ce qu'il manquait jusque-là ?

ADRIEN TAQUET
Alors, vous l'avez évoqué avec Bernard BONNE juste avant, moi, ce texte, je l'inscris très volontiers dans la lignée des textes de deux sénateurs qui ont été ministres par le passé, Philippe BAS, qui a porté un texte en 2007, et Laurence ROSSIGNOL, qui a porté le la loi de 2016 avec Michelle MEUNIER, qui était sénatrice à l'époque. Donc on voit bien que c'est un sujet aussi qui est trans-partisan, je pense, ça fait deux ans d'ailleurs que je travaille avec le Sénat et avec le rapporteur BONNE, avec l'ensemble des groupes, pour essayer de faire avancer. Il y a un certain nombre de sujets d'effectivité des lois précédentes, et puis, il y a. certain nombre de choses à améliorer, il faut renforcer la sécurité physique, vous l'avez évoqué, il faut davantage de contrôle, il faut qu'il y ait une culture de la sécurité physique des enfants dans les établissements, dans la relation entre les départements et les établissements, il faut créer des référents externes, tiers, pour garantir la sécurité des enfants. On va créer une base nationale des agréments pour les assistants familiaux, pour éviter, ça n'arrive pas tous les quatre matins, c'est marginal, mais ça a pu arriver par le passé, et ça a conduit à des choses dramatiques, qu'un assistant familial qui avait commis des maltraitances change de département, et on sait que c'est une compétence départementalisée, donc il pouvait sortir des radars, bon, voilà, un certain nombre de choses pour ça, et puis, sécurité affective, on sait que c'est quelque chose d'important pour ces enfants-là, et à cet égard, il y a un certain nombre de dispositions importantes, une première disposition, c'est l'article 1er d'ailleurs qui peut vraiment changer notre système, sur le moyen terme, qui va consister à ce que les travailleurs sociaux et les juges, avant de placer un enfant, recherchent s'il n'y a pas ce qu'on appelle un tiers digne de confiance qui puisse prendre en charge l'enfant. Moi, vous savez, un tiers des courriers que je reçois au ministère qui concernent l'aide sociale à l'enfance, ce sont des tantes, des grands-parents, etc, qui disent : mais, moi, je ne comprends pas, mon petit-fils, mon neveu a été placé, alors que j'aurais pu m'en occuper, voilà, donc on va développer ça, il faut aussi l'encadrer, l'accompagner, parce que ce n'est pas rien, voilà, de s'occuper d'un enfant comme ça, comme si c'était son propre enfant. Voilà, mais ça, c'est quelque chose d'important. On interdit la séparation des fratries, ça aussi, c'est important en termes de… et on essaye de démultiplier, de renforcer ces liens, quand vous réagissez comment vous, vous vous êtes construit dans votre vie, vous vous êtes construit au travers de multiples liens d'attachement, il n'y avait pas que votre père, votre mère, il y avait plein d‘autres personnes, voilà. Donc on va rendre obligatoire par exemple le parrainage pour tous ces enfants, le mentorat aussi pour l'accompagnement scolaire, mais aussi l'Insertion professionnels, voilà, tout un ensemble de dispositifs pour renforcer cette sécurité affective…

ORIANE MANCINI
Mais juste, vous parliez d'effectivité des lois précédentes, il y a seul un tiers des départements qui mettaient en oeuvre un projet pour l'enfant alors que c'est inscrit dans les lois, pourquoi, comment vous expliquez de telles disparités entre les départements ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, ce que je vois en tout cas, c'est que depuis qu'il y a un secrétariat d'Etat à l'Enfance, depuis qu'on a remis ce sujet un peu en haut de l'agenda, nous, je dis les pouvoirs publics, d'autres, les associations, etc., moi, je ne prends aucun monopole de la chose, depuis qu'on a contractualisé aussi, parce que, vous savez, là, on parle de la loi, mais en fait, ce n'est que la brique législative d'une stratégie de prévention et de protection de l'enfance qu'on a co-élaborée avec les différents acteurs, les départements, les associations, il y a trois ans, et qu'on déploie depuis, sur laquelle, il y a notamment une phase, pardon, un volet de contractualisation un peu sur le modèle du plan pauvreté, où l'Etat contractualise avec les départements sur des objectifs, en 3 ans, l'Etat a mis plus de 600 millions, j'entends que vous parliez de financement, et je sais que Bernard BONNE va beaucoup me parler de financement…

ORIANE MANCINI
Et on va lui poser la question…

ADRIEN TAQUET
Cet après-midi, il ne sera pas le seul, et j'aurai des réponses à lui apporter, à cet égard, et une réponse déjà, en prévention, c'est que l'Etat, déjà, ces trois dernières années, a mis 600 millions d'euros sur la protection de l'enfance, dont 100 millions d'euros sur les PMI, Protections Maternelles et Infantiles, qui sont les instances du département, mais auxquelles, moi, je crois beaucoup, parce que c'est des instances de prévention, je dis prévention et protection. Donc depuis…

ORIANE MANCINI
Mais là, comment vous allez les financer ces mesures ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien, écoutez, je vais laisser la primeur, si vous m'y autorisez, de ces annonces aux sénateurs cet après-midi, donc vous écouterez…

ORIANE MANCINI
C'est prévu, parce que même si le budget a déjà été voté, c'est prévu ?

ADRIEN TAQUET
Une fois encore, il y a déjà des… je veux dire, il y a déjà des choses dans les 600 millions d'euros que j'évoque, par exemple, je vous parlais de parrainage, ça permet de financer le parrainage, ça permet de créer des places, donc pour notamment un certain nombre de départements qui n'ont pas de dispositif aujourd'hui pour ne pas séparer les fratries, eh bien, grâce à l'argent qu'on a mis dans le cadre de la contractualisation, ils vont pouvoir créer des places. Donc vous voyez, on anticipe, par anticipation, en quelque sorte, il y a déjà des financements, et puis, il y a quelques financements complémentaires qui seront apportés, notamment pour un aspect important du texte aussi, parce que j'ai entendu que vous l'aviez évoqué, que c'était un sujet critique, qui est celui de la question des sorties du dispositif de…

ORIANE MANCINI
On va y revenir, non, mais juste sur les financements, parce que vous avez entendu le rapporteur, lui, il dit : il ne faut pas que ça soit à la charge des départements, les départements, ils sont déjà exsangues, ils n'ont pas besoin de charges supplémentaires, il faut que ça soit l'Etat qui prenne en charge tout ça ; ça va dans ce sens ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien écoutez, déjà, sur la question des sorties, je vais répondre à votre question sur les financements, mais déjà, sur le fond, sur le dispositif, il faut en terminer avec le couperet des 18 ans, là, terminé, terminé, et donc il y a déjà eu des avancées à l'Assemblée, il y a eu des avancées en commission au Sénat, vous l'avez dit, le rapporteur a inscrit un droit au retour. Et on va aller encore…

ORIANE MANCINI
Donc là-dessus, vous allez le suivre ?

ADRIEN TAQUET
On va le suivre, et on va aller encore plus loin. Le gouvernement a déposé un amendement qui va consister, d'une part, à élargir, à systématiser l'accompagnement des jeunes de 18 à 21 ans, de façon systématique, voilà, et ça, on va l'inscrire dans la loi, et par ailleurs, à mettre en place un peu, vous parliez du projet pour l'enfant, une sorte de, moi, j'appelle ça pour l'instant comme ça, un projet pour l'autonomie, qui va consister de façon obligatoire à ce que, Etat et départements proposent pour chaque enfant, une espèce de projet pour l'autonomie qui consistera en 3 briques, brique d'accompagnement éducatif, social, voilà, pour suivre l'accompagnement, que ça ne s'arrête pas comme ça du jour au lendemain, une brique liée à l'hébergement, parce qu'on sait que c'est souvent quand même une problématique, et puis, une brique qui consiste, un volet qui consiste à tout ce qui est accompagnement à faire des études ou à l'insertion professionnelle. Et là, vous me parlez d'argent, eh bien, par exemple, les jeunes de l'aide sociale à l'enfance ont déjà un accès automatique à l'échelon 7 des bourses étudiantes. Ça, c'est 14 millions d'euros, que l'Etat met sur la table, les jeunes de l'aide sociale à l'enfance auront automatiquement accès systématiquement aux contrats d'Engagement jeune, ça, c'est près de 150 millions d'euros, ça concerne la moitié des jeunes…
ORIANE MANCINI

Mais est-ce qu'il y aura des charges supplémentaires pour les départements ?

ADRIEN TAQUET
Non, mais, vous dire déjà que l'Etat, déjà, de son côté, met, parce que ça correspond à ses compétences et à sa responsabilité, je veux dire, ce n'est pas un cadeau qu'on fait, moi, j'ai toujours dit que : protection de l'enfance, chacun devait être au rendez-vous de ses propres responsabilités, et que les défaillances, elles étaient parfois liées aux départements qui défaillaient, mais aussi parce que l'Etat n'était pas au rendez-vous de ses responsabilités…

STEPHANE VERNAY
Et justement, parlons-en, c'est-à-dire que, au-delà des questions d'argent, votre projet de loi, c'est une révolution culturelle qu'il propose, en fait, quand vous parlez du tiers digne de confiance, de la séparation des fratries, du couperet à 18 ans, là, on est au-delà des questions d'argent, on est dans des choses qui ont dysfonctionné pendant des années, ça paraît le bon sens, pourtant c'est ce qui s'est passé pendant des années, et qui ont conduit à des maltraitances, elles sont connues, on n'a pas su les résorber. Est-ce que vous allez réussir avec cette loi à remettre tout ça sur la table, rebattre les cartes, encore, autrement dit, est-ce que vous allez pouvoir aussi faire en sorte que tous les gens qui travaillent dans les services sociaux, que ce soit du côté de l'Etat ou des départements, changent aussi leur façon de faire et de voir et de prendre en charge ces enfants en fait ?

ADRIEN TAQUET
C'est l'ambition de ce texte, vous avez parlé de révolution culturelle, je ne sais pas si j'aurais été jusque-là, mais en tout cas, c'est l'ambition de ce texte, de mettre un terme effectivement à un certain nombre de dysfonctionnements que l'on constate jusqu'à présent…

STEPHANE VERNAY
Et qui datent d'il y a des décennies en fait, c'est des choses qu'on traîne depuis extrêmement longtemps quand même…

ADRIEN TAQUET
Oui, oui, bien sûr, absolument. Moi, je crois qu'il y a quelque chose de… je dirais, la question de se renvoyer les compétences au visage des uns des autres, je pense que ça ne fait pas avancer le débat, moi, je pense qu'il faut qu'on reconnaisse qu'en réalité, un peu à la française, on a un peu tendance à penser structures, compétences, et à oublier de penser bénéficiaire final. Et donc l'enjeu…

ORIANE MANCINI
Juste un mot sur un autre point de vue…

ADRIEN TAQUET
L'enjeu, justement, excusez-moi, c'est de mettre l'enfant au centre et de s'organiser autour, c'est la réforme de la gouvernance qu'évoquait, ça paraît un peu techno, mais c'est très important, Bernard BONNE…

ORIANE MANCINI
Un mot sur un point de ce texte…

STEPHANE VERNAY
Mais il y a un point quand même spécifique, c'est celui des mineurs non-accompagnés, les mineurs étrangers non-accompagnés, vous savez que dans un certain nombre de services sociaux, des départements sont totalement débordés parce qu'ils doivent aussi prendre les mineurs non-accompagnés en charge…

ADRIEN TAQUET
Bien sûr, ce sont des enfants…

STEPHANE VERNAY
Et donc ça a un coût terrible, les structures sont dépassées, qu'est-ce que vous pouvez faire pour résorber aussi ou résoudre cette problématique-là ?

ADRIEN TAQUET
Alors, d'une part, là, pour le coup, mais depuis quelques années déjà, l'Etat accompagne financièrement les départements sur cet aspect-là…

STEPHANE VERNAY
Mais au-delà l'accompagnement financier, par exemple, il y a beaucoup de ces jeunes qui sont reçus à l'hôtel, placés à l'hôtel, sans encadrement, sans suivi…

ADRIEN TAQUET
Absolument, alors, il y a un principe, enfin, plus qu'un principe, et d'ailleurs, le rapporteur BONNE va plus loin, ou en tout cas, propose un modèle, oui, il va un peu plus loin que ce qui était prévu à l'Assemblée, avec un principe d'interdiction, enfin, qu'on avait déjà posé, mais d'interdiction des enfants à l'hôtel, et ça, effectivement, ça concerne à 95 % des mineurs non-accompagnés. Ils étaient 10.000, je veux dire, ce phénomène-là, on le connaît depuis 10 ans, les enfants à l'hôtel, voilà…

STEPHANE VERNAY
Oui, sauf que le nombre des mineurs-non accompagnés n'a cessé d'augmenter…

ORIANE MANCINI
Mais juste, sur les enfants à l'hôtel, vous allez suivre le Sénat qui, effectivement, va un peu plus loin que l'Assemblée, vous allez suivre la position du Sénat ?

ADRIEN TAQUET
Oui, moi, ce texte, il est co-construit avec les parlementaires et notamment avec les représentants des collectivités locales que sont les sénateurs, voilà, il y a un certain nombre de choses qui ont été des vraies avancées à l'Assemblée nationale, le rapporteur BONNE a, sur cet aspect-là, une vision sensiblement différente, on travaille évidemment en parallèle avec, vous imaginez bien, avec l'association des départements de France, moi, avec les départements, je les ai tous, tous les jours au téléphone. Il y a un modèle différent qui consiste à interdire totalement, dans un délai, on va voir, 12, 24 mois, il va y avoir des débats en séance, moi, je suivrai ça si effectivement les sénateurs veulent avancer là-dessus. Il y a des départements, vous savez, qui ont réussi, qui ont supprimé les hôtels, la Moselle, le Nord, vous n'allez pas me dire que le Nord, c'est un département facile. Je parlais avec Stéphane TROUSSEL, Seine-Saint-Denis, il y a 15 jours, bon, il avait 800 jeunes à l'hôtel, essentiellement des mineurs accompagnés, il n'y en a plus que 200 aujourd'hui, d'une part, parce qu'il y en a moins qui sont arrivés dans notre pays du fait de la crise Covid, il faut l'admettre, et puis, par ailleurs, parce qu'il est dans cette dynamique-là, parce qu'il a compris qu'on ne pouvait plus laisser les gamins seuls à l'hôtel. Il y a d'autres dispositifs qui peuvent exister, voilà, il faut les créer, et on est là pour accompagner, et là aussi, financièrement, j'annoncerai un accompagnement de l'Etat pour accompagner, aider les départements à s'inscrire dans cette dynamique-là.

ORIANE MANCINI
On va parler de la présidentielle pour terminer, on connaît, ça y est, les propositions des différents candidats, au fur et à mesure ça arrive, Valérie PECRESSE notamment sur la question de la famille, puisque c'est ce sujet qui vous intéresse tout particulièrement, elle propose des allocations familiales universelles, allocation de 900 euros par an pour toutes les familles qui feront leur premier enfant, une hausse de l'allocation au deuxième et au troisième enfant, défiscalisation des pensions alimentaires pour les familles monoparentales, qu'est-ce que vous pensez de ces mesures ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, j'en pense trois choses, déjà, c'est un peu un catalogue quand même de toutes les mesures qui traînent depuis quelques années, je trouve que la droite a un peu de mal à renouveler son logiciel sur la politique familiale, je suis désolé de le dire, ça, ça a été ma première réaction. Ma seconde réaction, c'est que j'ai pris ma calculette, parce que j'avais entendu dire qu'on cramait la caisse, c'est ça, elle, elle crame la caisse des Allocations familiales, rien que cette allocation, là, pour le premier enfant, jusqu'aux 18 ans, j'ai calculé, je crois que c'est plus de 12 milliards d'euros. Donc quand vous commencez à additionner tout ce qu'elle propose, enfin, ça a fait chauffer ma calculette, voilà, il y avait trop de zéros, bon. Donc il y a un moment, il faudra qu'elle nous explique. Et puis, je pense qu'il y a une erreur d'analyse, en fait, en réalité…

ORIANE MANCINI
Laquelle ?

ADRIEN TAQUET
Je ne dis pas que la dimension économique n'est pas importante, mais il y a deux choses, 1°) : la corrélation entre le niveau des allocations, etc., et la fécondité, parce que c'est un peu ça qui est derrière, on sait que, mais ce n'est pas qu'en France, la France est plutôt bien positionnée, mais enfin, dans tous les pays, et en France y compris, il y a une baisse de la fécondité, la corrélation entre le niveau des allocations et la fécondité depuis 30 ans, dans tous les pays de l'OCDE, en fait, est de plus en plus ténue, voilà. Qu'est-ce que veulent les parents aujourd'hui, je ne dis pas une fois encore que la dimension économique n'a pas d'importance, mais qu'est-ce qu'ils veulent aujourd'hui, ils veulent globalement trois choses, ils veulent être mieux accompagnés, ils se sentent seuls, voilà, c'est la raison pour laquelle on investit, nous, autant sur les 1.000 premiers jours de l'enfant, c'est la raison pour laquelle on crée des parcours 1.000 jours pour tous les parents, avec un entretien prénatal au 4ème mois obligatoire, remboursé par la Sécu, avec un renforcement des moyens dans les maternités, avec la création pour la première fois d'un entretien postnatal entre la 5ème et la 12ème semaine pour lutter contre la dépression post-partum, qui touche 100.000 femmes dans notre pays ; vous savez que le suicide maternel, c'est la deuxième cause de mortalité chez les femmes après l'accouchement. Dans le programme de Valérie PECRESSE, rien là-dessus. Deuxième chose que les Français veulent, les parents, c'est pouvoir mieux concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle, mais c'est pour ça qu'on a doublé le congé paternité, de 14 à 28 jours, c'est la première fois depuis la création du congé paternité que ce congé paternité a été allongé avec une semaine obligatoire, c'est la réforme la plus connue, la plus appréciée des Français aujourd'hui…

ORIANE MANCINI
Bon, donc vous dites, Valérie PECRESSE, elle fait fausse route et en plus, elle prend une route qui coûte cher, c'est ça que vous dites ?

ADRIEN TAQUET
Et par ailleurs, on va, juste pour terminer, ce qu'il faut aussi, c'est créer un service public de la petite enfance, garantir à chaque Français, chaque parent, un mode d'accueil pour son enfant, c'est compliqué à faire, on est en train progressivement de le bâtir, voilà, c'est ça, c'est-à-dire créer les conditions d'accueil global favorable à l'arrivée d'un enfant, c'est ça qui peut jouer sur le taux de natalité, et c'est ça qu'attendent nos concitoyens, c'est ça la politique familiale qu'on est en train de mener depuis trois ans, elle ne s'en est pas rendu compte.

STEPHANE VERNAY
Une dernière question, le président de la République prendra la parole pour une grande interview de 2h demain soir, il l'a enregistrée dimanche, est-ce que vous savez ce qu'il va nous raconter ?

ADRIEN TAQUET
J'en suis désolé, mais pas le moins du monde.

STEPHANE VERNAY
Vous pouvez nous faire une petite confidence, il va nous annoncer sa candidature ? Non ?

ADRIEN TAQUET
Alors ça, je n'ai pas d'info, et j'en ai quelques doutes, voilà, je suis désolé…

STEPHANE VERNAY
Ah, pourquoi, alors, quand est-ce qu'il nous annoncera sa candidature ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien, ça, je ne sais pas, et ça, c'est une décision… alors, déjà, je ne sais pas s'il annoncera sa candidature, et c'est une décision qui effectivement… je suis désolé, vous trouvez que c'est langue de bois, mais c'est la réalité, c'est une décision qui n'appartient qu'à lui seul.

ORIANE MANCINI
Et Valérie PECRESSE, encore elle, elle va saisir le CSA pour que le temps de parole du chef de l'Etat demain soir soit décompté de sa campagne, est-ce qu'elle n'a pas raison de dénoncer une campagne sous couvert de présidentielle, de fonction présidentielle ?

ADRIEN TAQUET
Mais c'est assez traditionnel qu'en fin d'année, comme ça, le chef de l'Etat prenne la parole pour s'adresser aux Français, le président de la République l'avait déjà fait l'année dernière, sous d'autres formats, souvenez-vous, je crois qu'il y avait eu une interview dans La Croix ou dans L'Express…

STEPHANE VERNAY
Le contexte n'est pas le même…

ADRIEN TAQUET
Il avait parlé sur Brut, d'ailleurs, à l'époque…

ORIANE MANCINI
Là, on est à quatre mois de la présidentielle quand même…

STEPHANE VERNAY
C'est une année un peu particulière…

ADRIEN TAQUET
Oui, enfin, une fois encore, c'est assez traditionnel pour un chef de l'Etat de s'adresser aux Français en fin d'année, comme ça. Je pense que les présidents précédents l'avaient aussi fait d'ailleurs, je n'ai pas eu le temps de regarder, mais je ne serais pas étonné…

ORIANE MANCINI
Et cette interview qui a été enregistrée dimanche, elle est diffusée le soir où Valérie PECRESSE devait, elle, faire une grande émission, il y a un peu une inquiétude dans la majorité présidentielle vis-à-vis de la candidature de Valérie PECRESSE ?

ADRIEN TAQUET
Franchement, je ne pense pas que la date ait été fixée en fonction de ce que faisait Valérie PECRESSE sur une autre chaîne, c'est juste une coïncidence, mais je ne doute pas que cette grande interview de Valérie PECRESSE sera reprogrammée un autre jour ; il reste pas mal de soirées d'ici à l'élection présidentielle, Valérie PECRESSE aura tout loisir de s'exprimer…

STEPHANE VERNAY
Sur la question d'Oriane, sur la concurrence de Valérie PECRESSE vis-à-vis d'Emmanuel MACRON, qu'est-ce que vous en pensez ?

ORIANE MANCINI
Elle vous inquiète quand même, est-ce qu'elle n'est pas en train de ramener à elle l'électorat de droite qu'Emmanuel MACRON voulait conquérir ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, franchement

ORIANE MANCINI
Et sur lequel il compte d'ailleurs…

ADRIEN TAQUET
Franchement, écoutez, déjà, moi, je ne suis pas encore hyper au clair sur le positionnement politique réel de Valérie PECRESSE, pour l'instant…

ORIANE MANCINI
C'est-à-dire ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien, pour l'instant, il y a un petit écartèlement quand même entre… vous avez beaucoup parlé de Michel BARNIER, homme que je respecte, plutôt, qui bénéficiait du soutien de Bernard BONNE, eh bien, BARNIER d'un côté, et puis, Eric CIOTTI qui quand même semble…, avec ses 40 % au second tour de la primaire, qui m'ont étonné très sincèrement, je ne pensais pas qu'il serait aussi haut, et qui donc va peser de facto sur le positionnement politique de Valérie PECRESSE, qui risque donc d'être ramenée un peu plus vers sa droite, donc, non, je n'ai pas trop d'inquiétude, surtout, enfin, j'ai envie de vous dire, enfin, nous, pour l'instant, on bosse jusqu'au dernier quart d'heure, nous a demandé le président de la République, voyez, on a ouvert beaucoup de dossiers, merci de m'avoir invité pour en évoquer quelques-uns ce matin, et je pense qu'une des meilleures façons pour le président de la République de se faire élire s'il est candidat, c'est que nous fassions ce que nous avions dit que nous ferions, et que nous allions jusqu'au bout, que nous travaillions jusqu'au bout pour les Français, voilà, c'est ce qu'on s'évertue à faire.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup, merci Adrien TAQUET d'avoir été notre invité ce matin.

ADRIEN TAQUET
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 décembre 2021