Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à LCI le 30 décembre 2021, sur la situation sanitaire, le télétravail, l'isolement des cas contact et la situation de emploi.

Texte intégral

BERNARD POIRETTE
Merci d'être avec notre invitée, Elisabeth BORNE, la ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion, si on veut donner son titre complet, elle est avec nous en plateau, bonjour Madame BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

BERNARD POIRETTE
Madame, un Français sur dix, c'est ce qu'a dit monsieur VERAN hier à la commission des lois, un Français sur dix est désormais cas contact, ça fait 6,5 millions d'individus dont beaucoup sont des travailleurs qui sont cas contacts et qui donc normalement doivent s'isoler, y a-t-il un risque d'arrêt net de l'économie ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'il ne faut pas inquiéter inutilement les Français, évidemment on a une épidémie qui se propage très vite avec le nouveau variant Omicron, c'est pour ça qu'on a réuni un conseil de défense en début de semaine, il faut accélérer sur les rappels, sur la vaccination et puis on a aussi annoncé une série de mesures pour limiter la diffusion du virus. On pourra y revenir notamment sur le télétravail.

BERNARD POIRETTE
Bien sûr on va en parler.

ELISABETH BORNE
Le Premier ministre a également annoncé qu'on allait revoir les règles sur l'isolement en tenant compte des différents variant et avec un objectif aussi de faire peser moins de contraintes sur les vaccinés, donc ces nouvelles règles sur l'isolement devraient être annoncées…

BERNARD POIRETTE
Aujourd'hui ou demain ?

ELISABETH BORNE
D'ici la fin de la semaine. Je pense que ce sera peut-être demain mais je ne sais pas…

BERNARD POIRETTE
Dans les toutes prochaines heures.

ELISABETH BORNE
Voilà, c'est imminent.

BERNARD POIRETTE
L'Espagne par exemple hier a réduit de 10 à 7 le nombre de jours d'isolement, nous on est à 10, les Américains sont déjà descendus à 5. Vous, vous imaginez que ce serait bien qu'on arrive à combien ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas vous donner…

BERNARD POIRETTE
Vous n'êtes pas médecin.

ELISABETH BORNE
Mon opinion personnelle, je ne suis pas médecin et vous savez qu'on définit ces règles en lien avec les autorités sanitaires, donc les échanges ont lieu avec le Conseil scientifique, avec le Haut Conseil de la santé publique et c'est sur la base aussi de leurs recommandations qu'on reprécisera ces règles en termes d'isolement.

BERNARD POIRETTE
Il a tout de même un risque Madame BORNE très net que de plus en plus de gens qui sont cas contact mais qui n'ont pas de symptômes particuliers ne le disent pas finalement et restent cas contacts discrets de manière à ne pas sortir de la vie sociale et de ne pas être enfermés chez eux.

ELISABETH BORNE
Évidemment ce n'est pas ce qu'on préconise et c'est pour ça qu'il faut avoir des règles qui soient aussi proportionnées, donc c'est le sens des échanges qu'on a avec les autorités sanitaires. Vous savez qu'au départ quand on un nouveau variant, on a forcément des règles qui font, voilà, que l'on prend beaucoup de précautions. Maintenant on avait un peu de retour sur ce qui se passe chez nos voisins et c'est sur cette base-là, sur la base des avis des autorités sanitaires qu'on pourra définir les nouvelles règles.

BERNARD POIRETTE
Vous souhaitez madame BORNE que, dès le 3 janvier, 3 jours par semaine dans les entreprises qui le peuvent soit instauré le télétravail, c'est assez trois, c'est suffisant ? C'est déjà pas mal.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'il faut encore trouver un bon équilibre. On a effectivement décidé qu'à partir de lundi et pour les trois prochaines semaines il y aurait une règle sur un télétravail obligatoire 3 jours par semaine pour les postes qui le permettent et on préconise d'aller jusqu'à 4 jours quand c'est possible. Avant les vacances l'enquête qu'on avait fait montre que 60 % des Français qui peuvent facilement télétravailler le faisaient, en moyenne 3 jours par semaine, ça montre qu'on doit faire beaucoup plus et donc c'est le sens du protocole sanitaire en entreprise qu'on mettra en ligne dans les prochaines heures qui impose effectivement ces 3 jours de télétravail pour tous les postes qui le permettent.

BERNARD POIRETTE
Vous ne vous interdisez pas aux vues de l'évolution de la pandémie d'aller au-delà des fameuses trois semaines, c'est-à-dire que le 21 janvier…

ELISABETH BORNE
On verra évidemment ce que l'évolution de la pandémie, pour l'instant toutes les règles qui ont été annoncées par le Premier ministre lundi sont valables pour trois semaines, évidemment on évaluera en fonction de l'évolution de l'épidémie.

BERNARD POIRETTE
Je voudrais que vous confirmiez Madame BORNE, un salarié à qui son patron demande de télétravailler, est-il obligé de s'y plier ?

ELISABETH BORNE
Quand on a un protocole qui impose ces 3 jours de télétravail évidemment si le poste est télétravaillable alors le salarié doit respecter ces règles.

BERNARD POIRETTE
Il est obligé donc de télétravailler.

ELISABETH BORNE
Oui, je confirme.

BERNARD POIRETTE
D'accord et si il n'y a pas le compte, si finalement, soit il y a pas assez de salariés qui télétravaillent, soit il n'y a pas assez de jours télétravaillés, il y aura des amendes pour les patrons ?

ELISABETH BORNE
L'objectif, c'est que ce soit les postes télétravaillables qui le soient, on ne va pas demander aux entreprises de changer leurs activités, enfin je pense que chacun peut comprendre qu'aujourd'hui c'est important de réduire les interactions entre les salariés, de réduire aussi des interactions dans les déplacements, à l'heure des repas, donc c'est pour ça qu'on veut imposer ces règles et qu'on a décidé d'imposer ces 3 jours minimum. Évidemment il faut que les postes le permettent et que l'activité d'entreprise puisse continuer.

BERNARD POIRETTE
Mais pourquoi envisagez-vous une amende, il n'y a pas moyen de négocier ça avec le patronat, parce que j'ai parlé, j'ai entendu dire 2000 euros d'amende par salarié.

ELISABETH BORNE
Alors moi j'ai demandé, évidemment quand on met en place des règles, on doit s'assurer qu'elles sont respectées, c'est pour ça que j'ai demandé à l'inspection du travail de renforcer ses contrôles depuis ces dernières semaines. On est maintenant à un rythme de 5000 contrôles par mois, ce qu'on constate dans ces contrôles et je rappelle que l'objectif c'est d'abord de faire de la pédagogie, d'accompagner la mise en place des nouvelles règles, on constate que la plupart des entreprises jouent très bien le jeu, comme elles le font depuis le début de la crise. On a quelques entreprises qui ne le font pas, qui ne suivent pas les recommandations de l'inspection du travail et qui profitent de la longueur de la procédure de sanction pour effectivement ne pas respecter des règles. Donc c'est pour ça que j'ai indiqué aux organisations patronales et syndicales que j'ai réuni lundi, que je souhaite un système qui soit plus rapide et donc plus dissuasif en permettant à l'inspection du travail de pouvoir prononcer des sanctions sans attendre la procédure judiciaire. Donc on va introduire un amendement dans le projet de loi qui sera discuté la semaine prochaine prévoyant la possibilité pour l'inspection du travail de prononcer des sanctions jusqu'à 1000 euros par salarié dont la situation n'est pas conforme.

BERNARD POIRETTE
1000, pas 2000.

ELISABETH BORNE
1000 euros, jusqu'à 1000 euros, jusqu'à 1000 par salarié dont la situation n'est pas conforme dans la limite de 50000 euros et je le redis, c'est évidemment une mesure qui s'adresse aux entreprises qui ne respectent pas du tout des règles, vous savez il y a certains cas où il y a pas de respect des distances, il n'y a pas de port du masque, il n'y a pas de prise en compte des règles qu'on demande en termes de télétravail, donc c'est ces entreprises qu'on pourrait qualifier de récalcitrantes que nous voulons cibler et pas l'écrasante majorité des entreprises qui jouent le jeu.

BERNARD POIRETTE
Je ne vous demande pas de cafter Madame BORNE, mais vous avez l'air de savoir très bien quelles sont ces entreprises dites récalcitrantes. Alors sans donner de nom, elles bossent dans quels champs ces entreprises ? Elles sont identifiables, identifiées, elles travaillent dans quels domaines particulièrement ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas spécifique à un domaine. On a pu constater effectivement et moi, quand j'échange avec les inspecteurs du travail, vous savez, ils consacrent beaucoup de temps pour accompagner la mise en oeuvre de ces règles, très souvent ils peuvent rencontrer des entreprises qui n'avaient pas forcément bien en pris en compte les différentes règles et qui se remettent en conformité après les conseils de l'inspection du travail. Et puis parfois on tombe sur des entreprises qui n'appliquent aucune de ces règles, qui ne répondent pas non plus aux préconisations de l'inspection du travail quand on leur envoie une lettre d'observation et donc là je pense que c'est important et, y compris par équité avec les entreprises qui jouent le jeu, qu'il puisse y avoir des sanctions rapides et donc dissuasives.

BERNARD POIRETTE
Madame BORNE, l'Etat, le Gouvernement a tenu à bout de bras depuis 18 mois l'économie française en aidant en particulier tous ceux qui étaient obligés de mettre la clé sous la porte ou de travailler partiellement à cause du Covid, là actuellement l'aide de l'Etat est conditionnée à une baisse de 65 % du chiffre d'affaires mensuel. Si la baisse est inférieure à 65 %, il y a pas d'aide, bon et le patronat dit ben ce serait bien quand même de modifier ça, vous l'envisagez ?

ELISABETH BORNE
Alors d'abord, on a en début de semaine prochaine avec Bruno LE MAIRE une rencontre avec les différents secteurs dont l'activité peut être perturbée par les restrictions sanitaires qui ont été mises en place, qui ont été annoncées lundi par le Premier ministre. Il y a effectivement la possibilité, enfin une prise en charge à 100 % de l'activité partielle pour les secteurs dont le chiffre d'affaires baisse de plus de 65 %, on avait notamment en tête tout du secteur de l'événementiel ou les traiteurs. évidemment quand on a demandé de supprimer des moments festifs de fin d'année, ça a eu un impact très important sur ces secteurs, donc c'est à eux que s'adresse cette règle qui permet d'être pris en charge à 100 % par l'activité partielle quand on a une baisse de plus de 65 % du chiffre d'affaires, mais moi je voudrais aussi rassurer les secteurs qui font l'objet de nouvelles restrictions, par exemple l'interdiction de consommer debout dans les bars, une certaines jauge, quand on a des restrictions sanitaires comme on le fait depuis le début de la crise, il y a un accompagnement qui sera prévu et pour ce qui concerne les aides du ministère du Travail, une prise en charge de l'activité partielle à 100 %. Donc quand on a des restrictions sur son activité, alors on a une prise en charge à 100 % de l'activité partielle.

BERNARD POIRETTE
Oui mais ces restrictions ne font pas forcément fermer le commerce en question, ça peut lui entraîner par exemple une baisse de 50 % de son chiffre d'affaires seulement et alors ceux-là, vous allez les aider ?

ELISABETH BORNE
Je vous confirme. Vous savez quand on a eu par moment par exemple des restrictions, des fermetures plus tôt des commerces on avait pris en charge l'activité partielle à 100 % et de la même façon les restrictions qui vont s'imposer notamment sur la consommation debout dans les bars peuvent donner lieu à une prise en charge à 100 % de l'activité partielle.

BERNARD POIRETTE
D'accord est-ce que Madame BORNE, vous redoutez quand même que cette affaire Omicron qui nous est tombé dessus il y a 6 semaines à peine en provenance d'Afrique du Sud joue sur la croissance ? Là on est toujours sur un train de 6 %, 6,5 % de croissance en 2021. En 2022, le premier trimestre va être beaucoup plus mauvais mécaniquement, non ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on est évidemment très vigilant sur l'impact que cette nouvelle vague peut avoir, c'est aussi pour ça qu'on cherche les meilleures règles pour à la fois permettre la poursuite de l'activité économique et en même temps ralentir la diffusion du virus. Donc on a quelques secteurs qui sont impactés et on va évidement les accompagner comme on le fait depuis le début de la crise. L'objectif, c'est naturellement de ne pas ralentir la croissance économique qui nous a permis de créer de nombreux emplois, qui fait qu'on a eu beaucoup d'embauche, qui fait qu'on a une baisse par exemple de 500000 demandeurs d'emploi sans aucune activité au cours des 6 derniers mois. Donc ce sont des choses qui sont très positives et on va évidemment faire le maximum pour continuer aussi à soutenir notre économie.

BERNARD POIRETTE
Alors justement à propos des chiffres de l'emploi, on aura les nouveaux chiffres dans quelques jours j'imagine, à la fin du mois de décembre, vous allez avoir des statistiques ou pas ?

ELISABETH BORNE
Alors on a déjà eu les chiffres sur la baisse des demandeurs d'emploi, enfin inscrits à Pôle emploi, on a eu une nouvelle baisse de ces demandeurs d'emploi sans aucune activité d'un peu plus de 50000.

BERNARD POIRETTE
Catégorie A.

ELISABETH BORNE
Catégorie A, c'est pour ça qu'effectivement sur 6 mois, on est à plus de 500000 demandeurs d'emploi sans aucune activité de moins, donc c'est une bonne nouvelle.

BERNARD POIRETTE
Dans le contexte oui.

ELISABETH BORNE
Ça montre aussi que les embauches continuent, qu'on a effectivement une activité économique et dynamique et il faut effectivement trouver le bon équilibre pour, à la fois, ralentir la diffusion du virus et en même temps ne pas casser cette bonne dynamique.

BERNARD POIRETTE
Et d'ailleurs hier matin sur cette antenne même on disait que le nombre de créations d'entreprises en 2021 en France a été absolument phénoménale, donc ce qui prouve que la mécanique économique continue de fonctionner.

ELISABETH BORNE
Absolument on a battu l'année 2020 qui était déjà un record et on souhaite évidemment continuer à soutenir tous ceux qui veulent créer leurs entreprises, notamment les jeunes, vous savez qui bénéficient d'une aide quand ils veulent créer leur entreprise et je pense qu'on a vraiment de très beaux exemples de Français en général, de jeunes en particulier qui créent leur entreprise, c'est aussi effectivement une bonne façon d'avoir sa propre activité.

BERNARD POIRETTE
Alors il y a des chiffres donc plaisants comme ceux-là par exemple les créations d'entreprises et puis il y en a d'autres qui sont beaucoup plus inquiétants, le nombre d'arrêts de travail par exemple entre début novembre et mi-décembre a été multiplié par sept, ce qui est logique puisque les gens tombent malades, ils deviennent cas contact, donc on s'arrête de bosser. Donc tout ça est en partie payé par la Sécurité sociale, ça va être terrible en termes de chiffre.

ELISABETH BORNE
Alors c'est aussi pour ça, je vous dis, qu'on revoit les règles en termes d'isolement parce que dans les gens qui sont effectivement en arrêt maladie, il y a les gens qui sont malades, il y a les gens qui sont cas contact et il faut maintenant adapter ces règles, ce sera fait très prochainement, dans les prochaines heures pour effectivement avoir des règles proportionnées à la fois évidemment isoler suffisamment ceux qui le nécessitent et en même temps ne pas aller trop loin et éviter de perturber l'activité économique.

BERNARD POIRETTE
Mais nous sommes bien d'accord, Elisabeth BORNE, ceux qui auront le « Final cut », la main, ce sont les scientifiques et les médecins ?

ELISABETH BORNE
Je vous le confirme.

BERNARD POIRETTE
S'ils vous disent, non on ne peut pas aller en dessous de 8, vous direz ok, on va aller à 8.

ELISABETH BORNE
Depuis le départ, depuis le début de la crise, on écoute évidement les autorités scientifiques, c'est ce qu'on va continuer à faire et donc c'est pour ça qu'il y a des échanges qui se poursuivent avec le conseil scientifique, avec le Haut conseil de la santé publique, c'est sur cette base qu'on pourra définir les nouvelles règles en matière d'isolement.

BERNARD POIRETTE
Est-ce que vous avez une religion Elisabeth BORNE en ce qui concerne les jauges dans les meetings de campagne ? Vous savez qu'il y a une polémique depuis quelques jours puisque les meetings de campagne n'obéissent pas aux mêmes règles que les grandes réunions festives, par exemple sportives ou les concerts etc, donc certains, La France Insoumise, le Rassemblement national disent, nous, il n'est pas question de mettre des jauges dans nos meetings de campagne, faut-il que chacun s'y astreigne même si la Constitution ne l'oblige pas ?

ELISABETH BORNE
Alors je pense que c'est important parce qu'effectivement il peut y avoir un malentendu, ça n'est pas simplement la volonté du Gouvernement si on n'a pas défini des jauges pour les meetings, pour les rencontres effectivement politiques, c'est que la Constitution ne le permet pas de le faire. Et je pense que c'est une bonne chose, notre démocratie a vraiment des bases très solides et donc on ne peut pas imposer des règles pour tenir des meetings. Ensuite je pense que c'est à chaque organisateur de faire preuve de responsabilité dans la période qu'on connaît en réduisant les jauges, en tout cas c'est ce que fera La République En Marche pour les différentes rencontres qu'elle va organiser.

BERNARD POIRETTE
C'est une démarche volontaire, ce n'est pas du tout forcé.

ELISABETH BORNE
C'est une démarche volontaire, c'est une démarche de responsabilité, moi je déplore évidement que le Rassemblement national et La France Insoumise aient annoncé qu'ils ne mettraient pas de jauge dans leurs meetings.

BERNARD POIRETTE
On est toujours bien d'accord, je reviens aux histoires de pass puisque le pass vaccinal va prendre la main sur le pass sanitaire dans quelques jours, à la mi-janvier bien évidement, pas de pass vaccinal dans l'état actuel des choses pour se rendre au travail, ce n'est pas prévu.

ELISABETH BORNE
Pas de pass vaccinal et pas de pass sanitaire, moi j'ai eu des échanges avec les organisations patronales et syndicales, beaucoup d'échanges sur ces questions parce que vous savez que c'est un système qui existe chez nos voisins allemands ou italiens, ce que moi j'ai pu constater c'est que ni les organisations syndicales, ni les organisations patronales n'y sont favorables, donc dans ce contexte on a considéré que c'était…

BERNARD POIRETTE
Vous n'allez pas au bras de fer.

ELISABETH BORNE
que ce n'était pas pertinent et pas efficace quand personne n'est d'accord donc c'est pour ça qu'on n'a pas prévu cette mesure de pass sanitaire dans le projet de loi qui a été présenté lundi dernier en conseil des ministres, ensuite les débats vont se poursuivre la semaine prochaine au Parlement, la position que portera le Gouvernement, c'est que ça n'est pas pertinent dans ce contexte et je suis confiante sur le fait que les députés entendront aussi ce message.

BERNARD POIRETTE
En tout cas, le pass de manière générale n'est pas forcément très populaire parmi une frange de la population importante, d'ailleurs, Monsieur DARMANIN, votre collègue, demande aux forces de police de renforcer la protection des élus dans la période là justement pendant qu'on discute du pass vaccinal, vous vous sentez en danger Madame BORNE, vous, en tant qu'élue de la République, enfin bon ?

ELISABETH BORNE
Alors moi je ne me sens pas en danger. Je pense qu'on ne peut évidemment que condamner les actes de violence, les menaces dont un certain nombre de députés ont pu être victimes ces derniers jours, enfin je pense qu'on peut ne pas être d'accord, c'est le propre d'une démocratie, mais rien ne justifie de proférer des menaces comme ça a été le cas pour plusieurs de nos députés.

BERNARD POIRETTE
Voilà donc dans leur tournée de Nouvel An en particulier les policiers seront priés de se rendre au proche des domiciles des élus locaux de manière à voir ce qui en est. Je voudrais également vous parler parce que c'est dans votre champ de compétence Madame BORNE, la SAM, la SAM de Decazeville en Aveyron, donc 37 jours d'occupation, l'usine est toujours occupée, je précise que c'est une entreprise d'électromécanique qui travaille essentiellement pour le groupe RENAULT, il y a 300 salariés en jeu. Voilà la boîte va être liquidée, qu'est-ce qu'ils peuvent espérer ces 300 salariés au point où en est le dossier ?

ELISABETH BORNE
Alors évidemment moi je ne peux que regretter qu'on en soit là, qu'il n'y ait pas eu de repreneur, que les discussions n'aient pas permis effectivement de trouver un repreneur, mes équipes se sont rendues sur place et je peux vous assurer qu'on va mettre en place un accompagnement pour les salariés.

BERNARD POIRETTE
Mais juste un accompagnement financier ou du reclassement ?

ELISABETH BORNE
Non évidement un accompagnement pour leur permettre de retrouver un emploi, on est dans un bassin d'emploi qui est très dynamique, moi je comprends vraiment le choc des salariés dont l'entreprise va s'arrêter et je peux vous assurer que mes équipes qui se sont rendues sur place ont pu le mesurer, maintenant on mettra en place un accompagnement exemplaire pour permettre à ces salariés de retrouver un emploi à proximité dans le bassin d'emploi, avec si c'est nécessaire des formations, donc cet accompagnement qui est valable en fait pour toutes les entreprises du secteur automobile, qui est un secteur qui est très affecté par la transition écologique, cette transition écologique, elle est indispensable, en même temps, elle transforme aussi toute la chaîne de production de ce secteur et il faut permettre des accompagnements le plus possible en amont, c'est pour ça qu'on a notamment construit avec les partenaires sociaux un dispositif transition collectif pour permettre à des salariés de se former, de rebondir vers d'autres secteurs, malheureusement quand c'est le cas de la SAM, d'accompagner les salariés pour qu'ils puissent être formés, pour qu'ils puissent retrouver un emploi dans le même bassin d'emploi.

BERNARD POIRETTE
Mais votre rôle n'est pas de faire pression sur RENAULT, groupe semi-public pour lui dire non il faut continuer à passer commande à la SAM ?

ELISABETH BORNE
Aujourd'hui il n'y a pas de repreneur pour cette entreprise et donc de fait, l'entreprise s'arrête et le rôle du ministère du Travail dans ce contexte, c'est d'accompagner au mieux les salariés pour qu'ils puissent retrouver au plus vite un emploi à proximité.

BERNARD POIRETTE
Je reviens une dernière fois sur les affaires de pandémie, les autotests Madame sont disponibles là très bientôt dans les grandes surfaces, ça fait des mois et des mois qu'ils le demandent, ils n'ont pas eu gain de cause, c'est juste à la fin du mois de janvier, vous pensez qu'il y a aucune raison que ça ne perdure pas ou c'est juste pour faire…

ELISABETH BORNE
Je pense que c'était important au moment où on recommande aux Français de se tester notamment quand ils vont dans des rencontres familiales à l'occasion des fêtes de fin d'année, donc qu'ils puissent accéder facilement à des autotests. Ensuite les autotests on peut aussi en avoir besoin notamment au regard des règles d'isolement que je mentionnais, dans ce cas-là ils peuvent être remboursés et dans ce cas-là ils sont vendus par les pharmaciens, il faut trouver le bon équilibre aussi entre les pharmaciens et les grandes surfaces pour que les Français accèdent le plus facilement possible à ces autotests qui sont très utiles dans la période actuelle.

BERNARD POIRETTE
Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'être venue en cet avant-dernier jour de l'année sur LCI ce matin, notamment pour nous dire qu'effectivement il pourra y avoir des amendes au cas où le télétravail ne serait pas correctement respecté dans certaines entreprises, jusqu'à 1000 euros par salarié maximum, c'est bien ce que vous nous avez dit.

ELISABETH BORNE
Absolument.

BERNARD POIRETTE
Merci beaucoup Madame BORNE et bonne fin d'année à vous. Bon courage pour la suite.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 décembre 2021