Interview de Mme Olivia Grégoire, secrétaire d'État, porte parole du Gouvernement, à France 2 le 24 mai 2022, sur les accusations de viol à l'encontre de Damien Abad, ministre des solidarités et de la santé, les mesures de lutte contre les violences sexistes et le pouvoir d'achat.

Texte intégral

CAROLINE ROUX
Bonjour Olivia GREGOIRE.

OLIVIA GREGOIRE
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Merci d'être avec nous ce matin. Damien ABAD a défendu son innocence, il affirme n'avoir jamais violé une seule femme de sa vie et conteste ces accusations de viol, c'est donc parole contre parole, vous choisissez de lui faire confiance à lui.

OLIVIA GREGOIRE
Moi je n'ai pas à faire de choix en tant que porte-parole du gouvernement, j'ai eu l'occasion de le rappeler hier. Le président de la République, la Première ministre Elisabeth BORNE, ont refait de la lutte contre les violences sexistes, sexuelles, une véritable priorité de ce quinquennat, premier point. Deuxième point, je l'ai redit aussi, vraiment cette tolérance c'est zéro. Aujourd'hui il y a une réalité, c'est que dans ces cas, dans ces situations, il y a l'enjeu de l'établissement de la vérité, l'établissement de la vérité c'est le rôle de la justice, ce n'est pas le rôle de la porte-parole du gouvernement, ce n'est pas le rôle du gouvernement de s'y substituer, et la justice, sur le cas ABAD, par deux fois, s'est exprimée et a classé sans suite.

CAROLINE ROUX
70 % de cas de plainte de viol sont classés sans suite, 60 % des cas de plainte pour viol sur mineures sont classés sans suite, 94 % des cas de plainte pour harcèlement sexuel sont classés sans suite, on peut vraiment s'en remettre à la justice, uniquement à la justice ?

OLIVIA GREGOIRE
Alors, on s'en remet à la justice dans les affaires qui concernent la parole de l'un contre la parole de l'autre, c'est le pilier de notre démocratie et je crois que c'est extrêmement important de le préserver, le cas échéant c'est le retour d'une société brutale, d'une société animale, la justice c'est le fondement de la démocratie. Les chiffres que vous citez sont très importants, Caroline ROUX, et c'est pourquoi, depuis cinq ans, le président de la République, et nous allons continuer, met autant d'argent, de financements et de travail. Nous formons, vous le savez, je n'aurai pas le temps de le détailler, les policiers dans tous les commissariats pour accueillir les femmes, nous formons les juristes, nous essayons de libérer cette parole, ça fait des années que ce problème existe, il prend des années à être réglé, il faut qu'il soit financé, il faut mieux accompagner, libérer, pour sortir de ces chiffres.

CAROLINE ROUX
Mais vous avez entendu ce que disent les féministes, on les entend depuis quelques jours…

OLIVIA GREGOIRE
Bien sûr que je les entends.

CAROLINE ROUX
Et qui disent, au fond, François de RUGY a démissionné pour trois homards et on a un ministre qui reste en responsabilité alors qu'il est accusé de viol, vous entendez…

OLIVIA GREGOIRE
J'entends.

CAROLINE ROUX
Que répondez-vous à ce qu'elles disent ?

OLIVIA GREGOIRE
J'entends qu'il ne faut pas tout mélanger, j'entends que nous avons…on me parle d'un cas où je n'étais pas porte-parole du gouvernement, les faits sont passés, on m'interroge aujourd'hui sur le cas ABAD, deux plaintes, une même plaignante, 2012, 2017, classées sans suite, au moment où je vous parle c'est la seule réalité. Après on peut parler des si. J'estime… si, on va aller au bout du si, s'il existait d'autres femmes victimes présumées, si le Parquet était saisi et se prononçait, ce qui est tout à fait possible, à la suite du signalement, si, alors je viendrai vous le commenter, mais je ne vais pas démarrer en commentant les hypothèses, ma fonction est de commenter l'action du gouvernement.

CAROLINE ROUX
Damien ABAD il dit, lui, « ce sont aux électeurs de trancher », alors c'est la justice ou les électeurs ?

OLIVIA GREGOIRE
C'est à la justice de trancher, Damien ABAD s'est exprimé, il est aussi candidat dans le cadre des législatives, il y met, en plus du travail de la justice, sa parole personnelle, c'est sa position, celle du gouvernement, c'est que ce n'est pas à un gouvernement de condamner à la place de la justice, la justice doit faire son travail, si d'autres victimes présumées s'expriment, et nous encourageons la parole, je veux le dire, avec Elisabeth BORNE, alors nous allons suivre, si c'était le cas, les décisions de justice.

CAROLINE ROUX
Une dernière question sur ces sujets-là, sur les règles, au fond, vous dites c'est la justice qui décide, il y a un ministre qui est Garde des sceaux qui est mis en examen, qui reste au gouvernement.

OLIVIA GREGOIRE
Sur les règles, les règles du jeu ?

CAROLINE ROUX
Les règles du jeu.

OLIVIA GREGOIRE
Alors, déjà, il ne s'agit pas d'un jeu, il n'y a pas une règle qui pourrait convenir à chaque spécificité de ces cas.

CAROLINE ROUX
C'est au cas par cas.

OLIVIA GREGOIRE
Ce sont des situations différentes, ce sont des objets différents, les raisons pour lesquelles la justice a été saisie sont différentes, et donc il n'y a pas une règle du jeu, qui plus est ce n'est pas en jeu.

CAROLINE ROUX
On parle du pouvoir d'achat. Sur le pouvoir d'achat, les mesures d'aides seront-elles adoptées avant les législatives ?

OLIVIA GREGOIRE
Alors, simple, précis. Sujet d'urgence des Français, à raison, communication, c'est-à-dire que la Première ministre et le président de la République, avec les ministres, vont s'exprimer sur les contours, sur l'esprit, sur ce qu'il y aurait dans ce texte avant, très certainement, le second tour des élections législatives, mais ce texte sera présenté en Conseil des ministres juste après, mais quelques jours après, les élections législatives, et il arrivera au Parlement.

CAROLINE ROUX
Pourquoi ne pas le faire plus vite ?

OLIVIA GREGOIRE
Parce que c'est un texte, peut-être même deux, pour tout vous dire ce matin, possiblement un texte financier, qui va porter des mesures financières, et un texte d'accompagnement, qui portera d'autres types de mesures. C'est un projet de loi très lourd avec le chèque alimentaire, avec le bouclier tarifaire, continuer à bloquer les prix, avec aussi le triplement de la prime Macron, avec les dispositifs de participation, d'intéressement, le dividende salarié, c'est un très gros texte…

CAROLINE ROUX
Il est très attendu, il ne fallait pas aller plus vite ?

OLIVIA GREGOIRE
On est déjà au travail, les consultations se mènent déjà, on a parlé d'une nouvelle méthode, nous l'appliquons déjà, Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie, hier a reçu l'ensemble des syndicats de dirigeants d'entreprise, pour parler rémunérations, salaires, très bientôt, avec le ministre du Travail…

CAROLINE ROUX
Il n'a pas été très bien reçu, entre parenthèses.

OLIVIA GREGOIRE
Mais vous savez, quand on concerte, on ne concerte pas pour entendre que des compliments, on concerte pour entendre des critiques, des oppositions, et c'est le sens de la concertation et de l'association que veut le président de la République, qu'il a rappelé encore hier.

CAROLINE ROUX
C'était de la concertation avec les chefs d'entreprise, il avait l'intention de leur dire, en gros, on a besoin de vous pour lutter contre l'inflation…

OLIVIA GREGOIRE
Oui, bien sûr.

CAROLINE ROUX
Il y a les aides, et puis il y a aussi l'augmentation des salaires ?

OLIVIA GREGOIRE
Mais il y a une réalité, et vous vous la connaissez, c'est que ce n'est pas l'Etat qui augmente les salaires, donc il faut bien qu'on concerte avec les dirigeants d'entreprise, qu'on les associe à ce qu'on va essayer de faire, nous côté Etat, sur le pouvoir d'achat, et qu'on voit quelles sont leurs marges de manœuvre. Encore une fois, Bruno LE MAIRE, je connais bien pour avoir travaillé avec lui, ne s'attend pas à ce qu'on lui jette des fleurs, on s'attend dans ces négociations, dans ces associations avec les acteurs, à trouver des solutions, parfois ça frotte, c'est normal.

CAROLINE ROUX
Sur les salaires ça pourrait être quoi la solution avec les entreprises, qu'est-ce qu'on peut concerter sur les entreprises à part leur dire il va falloir à un moment donné augmenter les salaires ?

OLIVIA GREGOIRE
En fait il y a des pans entiers de notre économie, des secteurs comme on dit, on appelle ça des branches, où il y a encore des négociations à mener sur les salaires minimums, dans certaines branches, dans certains secteurs de notre économie, on n'est pas encore au salaire minimum, donc on a tout un travail, branche par branche en gros, secteur par secteur, pour aider ces secteurs a augmenté le salaire…

CAROLINE ROUX
Sans contraintes ?

OLIVIA GREGOIRE
Sans contraintes et surtout…

CAROLINE ROUX
Sans injonctions ?

OLIVIA GREGOIRE
Vous savez, les injonctions, au plan économique, c'est souvent absurde. Enjoindre une entreprise à augmenter les salaires, si c'est pour la mettre en risques et qu'elle ferme derrière et qu'elle crée du chômage, ça n'a pas beaucoup de chance, donc l'idée c'est de leur dire nous on fait ce qu'on peut côté Etat, sur les dépenses dites contraintes, l'électricité, l'essence, il faut que les entreprises qui ont des marges de manœuvre prennent leurs responsabilités, augmentent les salaires.

CAROLINE ROUX
Elles vous font passer un petit message des entreprises en tout cas par la voix de Geoffroy ROUX de BEZIEUX en disant on ne peut pas payer collectivement le « quoi qu'il en coûte » permanent, notamment sur la question des aides, est-ce que dans ce texte les aides seront ciblées en direction de ceux qui en ont le plus besoin, quelle sera la stratégie ?

OLIVIA GREGOIRE
Alors, le « quoi qu'il en coûte » permanent, déjà je me permets de reprendre Geoffroy ROUX de BEZIEUX, ça n'existe pas, c'est un mythe, le « quoi qu'il en coûte » est terminé depuis maintenant plus d'une année, nous avons mis en place, et il a été fort utile, et Geoffroy ROUX de BEZIEUX le rappelle souvent, nous avons mis en place des aides ciblées déjà, rappelez-vous Jean CASTEX avec le chèque inflation, ça a démarré, mais après il y a eu des mesures très ciblées sur des catégories plus précaires, sur les Français qui souffrent le plus, c'est notre esprit, par exemple pour l'alimentaire, avec l'augmentation du prix de l'alimentation, on travaille sur le chèque alimentaire, vous le savez…

CAROLINE ROUX
Soixante euros ?

OLIVIA GREGOIRE
J'aurai plaisir à le dire dès que j'aurai des chiffres, on est en train de travailler, il faut que ce soit arbitré entre les différents ministres, on est au travail, mais le chèque alimentaire, probablement, sera ciblé sur les plus fragiles d'entre nous.

CAROLINE ROUX
La patronne du FMI a déclaré hier au Forum de Davos que l'année économique sera rude, c'est les mots qu'elle a utilisés. Tant qu'il y aura de l'inflation, il y aura donc des aides publiques ?

OLIVIA GREGOIRE
Non, la règle n'est pas celle-ci, tant qu'il y aura de l'inflation il va falloir qu'on soit extrêmement vigilant déjà sur la dépense publique, puisque vous savez aussi qu'au-delà de l'inflation nous assistons aussi à la remontée des taux d'intérêt, donc tout ça crée une dette qui va coûter de plus en plus cher. Je rappelle, au passage, que c'est quand même cette majorité, et le président de la République, avec le Parlement, en 2018, qui a fait sortir la France d'une procédure de déficit excessif, donc on est évidemment sur ce sujet de la dette, qui serait les impôts de demain, mais on a réussi un enjeu qui est d'accompagner les Français qui vont subir cette inflation sur des produits dits de première nécessité, donc je pense encore une fois à l'alimentation, à l'essence, à l'énergie.

CAROLINE ROUX
Mais ça va durer ?

OLIVIA GREGOIRE
Ça peut durer un peu…

CAROLINE ROUX
L'Etat sera aux côtés des Français, même si ça dure.

OLIVIA GREGOIRE
Déjà, l'Etat français est l'Etat européen le plus à côté des concitoyens, il n'y a pas un pays en Europe qui accompagnent autant. Combien de temps va durer l'inflation, je ne suis pas Madame Irma, mais il y a de fortes probabilités qu'elle continue quand même dans les mois qui viennent.

CAROLINE ROUX
On a l'impression en cette rentrée que la réforme des retraites, enfin pas cette rentrée, après la présidentielle, que le sujet des retraites est devenu secondaire, est-ce que c'est le cas ?

OLIVIA GREGOIRE
Absolument pas, mais on dit les choses et on les fait, et Elisabeth BORNE elle est comme ça. Une nouvelle méthode, ça se met en place, et quand on dit on va associer, on va concerter, eh bien ce n'est pas des mots avec Elisabeth BORNE et le président de la République, on fait, donc les concertations on les a déjà attaquées au précédent quinquennat, et nous allons les reprendre dans les semaines qui viennent…

CAROLINE ROUX
Mais le calendrier de la réforme des retraites c'est quoi ?

OLIVIA GREGOIRE
Le calendrier il est très probablement dans les prochains mois, mais sans brutalité et en tenant compte, comme on l'a dit, des acteurs sociaux, de leur point de vue, et en les intégrant, c'est une question de mois, on n'est pas du genre à reculer devant des réformes indispensables.

CAROLINE ROUX
C'était votre première matinale de porte-parole du gouvernement…

OLIVIA GREGOIRE
Oui, merci de m'avoir invitée.

CAROLINE ROUX
Il vous a donné des conseils Gabriel ATTAL ?

OLIVIA GREGOIRE
Il me soutient et on se soutient entre nous, et tous les conseils sont toujours avisés sur ce poste important et à forte responsabilité, j'en ai bien conscience.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Olivia GREGOIRE.

OLIVIA GREGOIRE
Merci à vous