Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France 2 le 19 juin 2019, sur l'assurance chômage et le déploiement du service national universel.

Texte intégral

LAURENT BIGNOLAS
Place aux 4V, vous retrouvez tout de suite Caroline ROUX. Bonjour Caroline.

CAROLINE ROUX
Bonjour.

LAURENT BIGNOLAS
Vous recevez Gabriel ATTAL ce matin.

CAROLINE ROUX
Oui, alors, Gabriel ATTAL, vous le savez, il a en charge le Service national universel. 2 000 jeunes ont déjà endossé l'uniforme et rejoint des centres dans 13 départements de France.

-Jingle-

CAROLINE ROUX
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Nous allons parler du SNU, mais d'abord, naturellement, un mot sur l'assurance chômage. Des syndicats sont en colère après l'annonce de la réforme par le Premier ministre hier. Le patronat aussi parle d'économie punitive. Est-ce que vous pensez, vous, que les Français attendent cette réforme ?

GABRIEL ATTAL
Oui, je crois que les Français l'attendent, et je crois que c'est une réforme qui est courageuse. Elle est courageuse, parce qu'elle s'adresse à des enjeux dont on parle depuis maintenant plusieurs années, la multiplication des travailleurs pauvres, avec des entreprises qui abusent, qui abusent des contrats courts. Vous avez maintenant des CDD qui sont parfois de moins d'un jour, qui se multiplient. Ce nombre de personnes concernées, de salariés concernés par ces pratiques, il a doublé en cinq ans. Elle est courageuse parce qu'elle s'attaque aussi à des chantiers nouveaux, notamment des droits nouveaux ouverts pour les salariés qui démissionnent et qui ont un projet professionnel, pour qu'ils puissent toucher le chômage pour pouvoir se lancer dans ce projet. Les travailleurs indépendants qui jusqu'à maintenant n'avaient pas de filet de sécurité lorsqu'ils se retrouvaient sans activité, ils auront maintenant droit à la solidarité via le chômage.

CAROLINE ROUX
Elle est courageuse parce qu'elle met à contribution les cadres ? Est-ce que vous considérez Gabriel ATTAL qu'on est riche à 4 500 € ?

GABRIEL ATTAL
Moi je ne fais pas de considérations comme ça.

CAROLINE ROUX
C'est-à-dire que c'est le seuil à partir duquel, donc 4 500 €, que les chômeurs verront donc leur allocation baisser de 30 % au bout de sept mois.

GABRIEL ATTAL
Au bout de sept mois, oui. Ce qu'on constate…

CAROLINE ROUX
C'est rude.

GABRIEL ATTAL
Ce qu'on constate c'est que plus votre indemnisation chômage est élevée, plus vous restez longtemps au chômage, alors que pour les cadres dont vous parlez, et ce niveau de rémunération, aujourd'hui le taux de chômage il est entre 3 et 4 %, il est bien inférieur au taux de chômage général. Ensuite, ce qu'on constate, c'est que pour ces personnes, il y a une reprise d'emploi quasiment systématiquement, juste à la fin des droits, juste avant que les droits s'arrêtent. Donc oui, il y a une forme d'incitation à la reprise d'emploi, pour ceux qui le peuvent, par exemple les seniors dont on sait qu'ils sont plus concernés par le chômage, ils ne sont pas concernés, au-dessus de 55 ans vous ne serez pas concerné par cette…

CAROLINE ROUX
Par cette dégressivité.

GABRIEL ATTAL
Dégressivité. Mais c'est important aussi d'envoyer ce signal-là, et c'est vrai que ça fait maintenant plusieurs années aussi qu'on en parle de ce sujet-là.

CAROLINE ROUX
Ça a déjà été essayé, la dégressivité, ça jamais conduit à un retour à l'emploi plus rapidement. Pourquoi est-ce que vous avez choisi cette option-là plutôt que de baisser le barème, le plafond de cotisations…

GABRIEL ATTAL
La durée.

CAROLINE ROUX
… le plafond de cotisation qui est très élevé, aux alentours de 7 000 € brut pour les plus hauts salaires, pourquoi est-ce que vous avez pris cette option-là ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien on a pris l'option de la dégressivité parce qu'on veut mesurer si ça fonctionne, s'il y a une incitation. Parce qu'on ne voulait pas prendre de mesures brutales qui auraient pour conséquence tout d'un coup de baisser les droits au chômage. Il peut arriver, y compris pour un cadre supérieur qui a une rémunération importante, de se retrouver au chômage. Il doit pouvoir avoir le temps de retrouver un emploi. Donc au bout de sept mois il y aura une diminution de 30 %, encore une fois pour les salariés qui touchent plus de 4 500 €.

CAROLINE ROUX
C'est la mesure qui est la plus critiquée, parce qu'en réalité elle rompt avec un système qui a toujours été le principe de la cotisation, la même pour tous, et voilà, de l'indemnité. Est-ce que vous êtes à l'aise avec l'idée que les cadres cotisent, qui cotisent le plus, soient confrontés à la dégressivité des indemnités ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, depuis 2018, les règles de cotisations elles ont un peu changé, puisque 2018, par définition, la CSG elle finance l'assurance chômage, donc tout le monde finance l'assurance chômage, ça devient un filet de sécurité global, c'est pour ça qu'on ouvre des nouveaux droits aussi aux travailleurs indépendants, parce qu'ils doivent pouvoir en bénéficier.

CAROLINE ROUX
C'est une réforme financière ? Le but c'est faire 3,5 milliards d'économies ?

GABRIEL ATTAL
Non, le but…

CAROLINE ROUX
Quel est l'autre but de cette réforme ?

GABRIEL ATTAL
Le but de cette réforme c'est de faire baisser le nombre de chômeurs entre 150 000 à 250 000 d'ici à la fin du quinquennat. C'est un but qui est très clair. Encore une fois, oui il y a de nouvelles règles pour inciter à la reprise d'emploi, mais aussi de nouveaux droits. Un nouveau, un chômeur qui arrive et qui pointe à Pôle emploi, il aura une journée complète d'accompagnement par Pôle emploi, aujourd'hui c'est 45 minutes. Donc on veut aider les personnes qui se retrouvent au chômage, à trouver un emploi, à se former, on augmente la formation, on met en place des formations personnalisées, on crée 1000 postes dans les agences Pôle emploi pour qu'il y ait plus d'accompagnement pour les personnes qui sont au chômage, donc c'est une réforme d'équilibre.

CAROLINE ROUX
Et réforme courageuse avez-vous dit en début d'interview. La CGT dit : il y a un chômeur sur deux qui est indemnisé aujourd'hui avec le système actuel, après la réforme il y aura un chômeur indemnisé sur trois.

GABRIEL ATTAL
Alors d'abord, la réforme elle ne change rien aux règles d'indemnisation, pour les personnes qui sont aujourd'hui au chômage…

CAROLINE ROUX
Elles seront plus difficiles, pour être indemnisé il faudra travailler davantage.

GABRIEL ATTAL
Oui, mais c'est important de dire que pour les personnes qui aujourd'hui sont au chômage, il n'y aura pas de changement, la réforme, c'est une question qui est posée régulièrement…

CAROLINE ROUX
Ah oui, d'accord.

GABRIEL ATTAL
La réforme elle s'applique à partir du 1er janvier 2020 pour ces règles-là auxquelles vous faites référence. Ensuite, oui, il y a de nouvelles règles, il faudra maintenant avoir travaillé 6 mois sur les 24 derniers mois, pour pouvoir accéder au chômage, jusqu'à maintenant c'était 4 mois sur les 28 derniers mois. Mais ce que je veux dire, c'est que l'on garde, y compris avec cette réforme, l'un des systèmes les plus avantageux de l'OCDE. En Allemagne, il faut avoir travaillé 12 mois sur les 24 derniers mois, pour pouvoir accéder au chômage, nous on sera sur six mois sur les 24 derniers mois. Donc on voit qu'on garde des règles favorables, parce que c'est le modèle social de la France, et parce que c'est important pour nous.

CAROLINE ROUX
Alors le SNU, le Service National Universel, c'est parti, en tout cas 2 000 jeunes ont rejoint des centres dans toute la France, dans 13 départements français. Vous avez dit : ce n'est pas le retour du service militaire. Vous avez dit : ce n'est pas une kermesse. C'est une classe verte ?

GABRIEL ATTAL
Non, ce n'est pas une classe verte non plus. C'est un moment de cohésion. Moi depuis trois jours je suis allé à la rencontre des jeunes. Je suis allé dans le centre du Nord, du Cher, de l'Eure, je serai dans le Val-d'Oise aujourd'hui, dans le Morbihan et dans le Vaucluse en fin de semaine. Et ce que je constate, c'est qu'on a des jeunes qui sont venus à la recherche de partage, avec des jeunes qui viennent d'horizons sociaux, d'horizons géographiques totalement différents. La plupart des jeunes qui sont aujourd'hui au Service national universel, ils prenaient le train pour la première fois. Ils ont changé de région pour la première fois. C'est aussi un élargissement du champ des possibles pour ces jeunes, parce qu'on sait que beaucoup de jeunes s'autocensurent dans leurs choix d'orientation, ils n'osent pas aller faire une formation, des études, saisir un emploi, un apprentissage dans un autre territoire, parce qu'ils n'ont jamais eu d'expériences de mobilité. Donc c'est très important d'avoir déjà cette première expérience. Et ensuite, il y a une recherche de sens autour des valeurs de la République, de cohésion autour des valeurs de la République, qui sont importantes pour les jeunes qui souhaitent se les approprier.

CAROLINE ROUX
Comment vous allez tirer les leçons de cette première expérience ? Comment est-ce qu'on va savoir si ça marche, si c'est à la hauteur de vos attentes ?

GABRIEL ATTAL
Ça c'est très important, c'est pour ça que j'ai souhaité qu'il y ait une évaluation scientifique de ce dispositif. Concrètement, j'ai missionné l'Institut de recherche et d'études statistiques du ministère de la Jeunesse l'INJEP, et il y a des chercheurs qui sont présents dans tous les centres du Service national universel, qui échangent avec des jeunes…

CAROLINE ROUX
Mais qu'est-ce qu'ils vont apprécier ?

GABRIEL ATTAL
Ils vont apprécier si les objectifs du Service national, c'est-à-dire la cohésion, la formation sur un certain nombre de réflexes et la levée des freins à l'engagement, pour qu'il y ait plus de jeunes qui s'engagent, eh bien ils se retrouvent…

CAROLINE ROUX
Qui s'engagent dans quoi ?

GABRIEL ATTAL
Qui s'engagent dans une association, qui s'engagent chez les pompiers volontaires, qui s'engagent dans la réserve opérationnelle, qui s'engagent en service civique, qui est un très beau dispositif qui fonctionne, qui a fait ses preuves, il faut qu'il y ait plus de jeunes qui puissent y participer. Donc ils vont évaluer si les contenus apportés aux jeunes correspondent à ces objectifs. Et puis il va y avoir des échanges avec les jeunes, mesurer si ça a été un moment important dans leur émancipation, si ça leur a ouvert des portes, si ça élargit le champ de leurs possibles. Et puis il y aura ensuite une évaluation à moyen et à long terme. Par exemple vous avez là dans les 2 000 jeunes, des décrocheurs. On va prendre un décrocheur qu'il aura fait son Service national universel, le suivre sur un an, sur deux ans, et regarder avec un décrocheur qui n'a pas fait son Service national universel, les différences entre le deux.

CAROLINE ROUX
Comme vous allez apprécier scientifiquement, si ça ne marche pas, est-ce que vous reviendrez sur ce qui était prévu, à savoir la généralisation ?

GABRIEL ATTAL
Si ça ne marche pas, mais j'en doute puisqu'on voit aujourd'hui que c'est très puissant…

CAROLINE ROUX
C'est pour ça que vous faites une évaluation pour savoir si ça marche.

GABRIEL ATTAL
Oui. On corrigera, on fera des adaptations. L'objectif c'est d'avoir ce moment de creuset citoyen, et de le généraliser dans les années qui viennent, et la phase pilote elle sert à nous permettre de l'adapter pour nous permettre d'atteindre nos objectifs.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Gabriel ATTAL.

LAURENT BIGNOLAS
Merci Caroline, bonne journée à vous deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juin 2019