Interview de Mme Agnès Firmin Le Bodo, chargée de l’Organisation territoriale et des Professions de santé, à Public Sénat le 13 juillet 2022, sur le rejet du Pass sanitaire aux frontières (projet de loi sanitaire), la réintégration des soignants non vaccinés et la crise des urgences.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invitée politique ce matin c'est Agnès FIRMIN LE BODO, bonjour.

AGNES FIRMIN LE BODO
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, vous êtes la nouvelle ministre déléguée chargée de l'Organisation territoriale et des Professionnels de santé, on verra ce que regroupe votre ministère évidemment dans quelques instants, nous sommes ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Christelle BERTRAND du groupe La Dépêche, bonjour Christelle.

CHRISTELLE BERTRAND
Bonjour Oriane, bonjour Agnès FIRMIN LE BODO.

AGNES FIRMIN LE BODO
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Et on va évidemment longuement parler des questions de santé, Agnès FIRMIN LE BODO, et d'abord ce qui s'est passé cette nuit à l'Assemblée où les députés ont donc voté le texte sur la crise sanitaire, voté, mais largement remanié, ils ont notamment rejeté la possibilité de rétablir le pass sanitaire aux frontières, ainsi que pour les voyages vers les Outre-mer et la Corse. C'est un échec pour le gouvernement ?

AGNES FIRMIN LE BODO
C'est un échec pour la santé des Français de voir une partie des LR s'allier avec le Rassemblement national et la NUPES pour voter contre la santé des Français, parce que c'était bien l'objectif de ce pass frontières, de donner la possibilité, ce n'était pas de le rétablir, c'est de donner la possibilité au cas où…

ORIANE MANCINI
Si la situation sanitaire s'aggravait plus.

AGNES FIRMIN LE BODO
Si un variant arrivait dans les pays frontaliers, ou très proche de nos territoires d'Outre-mer, la possibilité de, ce n'est pas contre le gouvernement que les personnes qui ont voté contre ont voté, c'est contre la santé des Français.

CHRISTELLE BERTRAND
Mais qu'est-ce qui s'est passé, le texte a pas été suffisamment préparé en amont, discuté avec ces groupes ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Ce texte a fait l'objet d'avancées, puisqu'en commission le gouvernement avait proposé la progression jusqu'au 31 mars, après discussion et la volonté de partager, se caler sur six mois, nous sommes arrivés au 31 janvier…

CHRISTELLE BERTRAND
A l'unanimité en commission.

AGNES FIRMIN LE BODO
A l'unanimité dans la commission. Le député GOSSELIN avait proposé, justement sur l'histoire de ce pass frontières, que cela soit discuté avec les exécutifs locaux, l'amendement qu'il a proposé a été voté, Madame KARAMANLI avait proposé aussi une avancée sur l'évolution du Conseil scientifique, donc des propositions et des avancées ont été faites et discutées, je rappelle que ce texte, qui est le 13e texte que l'Assemblée examine, permettait justement de, puisque nos concitoyens, et puisque les Français sont massivement vaccinés, nous pouvons vivre avec le virus, nous avons appris à vivre avec le virus. Ce texte avait deux articles, l'un qui permettait de continuer à vérifier l'évolution de l'épidémie, et c'est nécessaire, et l'autre qui permettait au gouvernement, si besoin, et en fonction de l'évolution de l'épidémie, de pouvoir continuer à protéger les Français.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que ce n'est pas la preuve, quand même, que votre majorité relative elle ne va pas suffire à faire passer vos réformes, malgré votre volonté de compromis et le fait que vous essayez de trouver des majorités texte par texte, on voit bien que ça ne marche pas ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Ce qu'on peut constater c'est que sur un sujet, qui doit être transpartisan, qui concerne tout le monde, la santé, sur un sujet comme la santé, certains profitent de ce premier texte, de ce sujet, pour en faire, j'allais dire une espèce de jeu contre le gouvernement. Je le répète, c'est bien…

ORIANE MANCINI
C'est tout le monde pour vous, les Républicains, tous dans le même panier ?

AGNES FIRMIN LE BODO
J'ai dit une partie des Républicains, qui a voté contre le texte, et puis je rappelle que nous sommes dans une situation aussi où il manque encore des députés, puisque certains ont été nommés ministre…

ORIANE MANCINI
Il en manque 22.

AGNES FIRMIN LE BODO
Il en manque 22, mais je le redis, sur un sujet comme celui-là, qui était un texte de loi qui permettait aussi de montrer que nous avons appris à vivre avec le virus, qui, justement on n'avait que deux articles, je le répète, qui permettaient de…

CHRISTELLE BERTRAND
Vous dites quoi, c'est un coup politique ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Je pense que certains ont voulu montrer, et notamment quand on voit le RN et la NUPES se féliciter, de façon très démonstrative, de fêter une victoire contre le gouvernement, ce n'est pas une victoire contre le gouvernement, c'est…

CHRISTELLE BERTRAND
Est-ce que ce n'est pas la preuve que vous ne pouvez pas vous appuyer sur le groupe LR comme vous sembliez l'espérer ces premières semaines ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Eh bien écoutez, c'est le premier texte, nous allons apprendre à travailler ensemble, et il le faut, et moi…

ORIANE MANCINI
Donc ça veut dire revoir la méthode avec les LR ?

AGNES FIRMIN LE BODO
J'ai toute confiance, j'ai toute confiance, dans le fait que nous puissions, texte par texte, arriver à trouver, j'allais dire des compromis, et avancer ensemble, mais une fois que les compromis ont été décidés il faut les respecter jusqu'au bout.

ORIANE MANCINI
Sur le fond du texte, vous le disiez, il n'y avait deux articles dans ce texte, est-ce que ce n'est pas un peu léger alors que la septième vague déferle sur le pays et qu'on voit que les cas augmentent et que les hospitalisations repartent à la hausse ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Non, justement, nous avons, comme je le disais, appris à vivre avec le virus, une très grande majorité de nos concitoyens sont vaccinés, le deuxième rappel, donc ce qui correspond à la quatrième dose, pour les plus de 60 ans, est ouverte, nous allons continuer, notamment dans les EHPAD, à expliquer qu'il est important de faire ce deuxième rappel pour continuer à se protéger contre le virus, et puis les Français ont aussi appris à, j'allais dire réenclencher les gestes barrières lorsque c'est nécessaire, nous arrivons peut-être au pic de cette septième vague puisque, voilà, les chiffres, on est plutôt sur un plateau, remettre le masque dans les transports, remettre le masque lorsque nous sommes dans des endroits fermés et que nous sommes…

ORIANE MANCINI
Vous misez sur le civisme, comme dit le ministre de la Santé.

AGNES FIRMIN LE BODO
Je crois que la responsabilité de nos concitoyens elle a été démontrée et on voit bien que, instinctivement, certains le remettent, ou certains ne l'ont jamais enlevé d'ailleurs.

CHRISTELLE BERTRAND
Alors, un des sujet clivant hier a été la réintégration des soignants non vaccinés, plusieurs groupes des oppositions vous le demandent, pourquoi ne pas le faire aujourd'hui ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Le ministre de la Santé, hier soir, a répondu à une question du député GOSSELIN juste sur ce sujet. D'abord moi je tiens à féliciter les soignants, très nombreux, 99, plus de 99 % des soignants se sont vaccinés, donc on parle de 0,5 % des soignants qui ne le sont pas…

ORIANE MANCINI
A peu près 12.000.

AGNES FIRMIN LE BODO
Près de 12.000 soignants. Le ministre, hier soir, à une question du député Philippe GOSSELIN, a eu une réponse très claire, il va consulter dans les prochaines semaines la Haute autorité de santé, le Conseil d'éthique, et après, en fonction des avis de la Haute autorité et du Conseil d'éthique, pouvoir travailler avec les syndicats, les professionnels, et savoir quelle réponse on peut apporter à cette question.

ORIANE MANCINI
Donc ils pourraient être réintégrés, parce que jusqu'à quand on les suspend, sachant qu'on voit que les vagues se succèdent et que finalement le Covid ne part pas ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Pour l'instant la vaccination pour les professionnels reste obligatoire, c'est très clair…

ORIANE MANCINI
Donc tant qu'ils ne sont pas vaccinés, c'est ça la limite.

AGNES FIRMIN LE BODO
Pour l'instant la vaccination reste obligatoire, le ministre hier soir a annoncé une méthode, laissons-nous le temps de la mettre en oeuvre.

CHRISTELLE BERTRAND
Mais qu'est-ce que vous en pensez, vous, ça fait des mois et des mois qu'ils ne sont pas payés, est-ce que finalement ils n'ont pas suffisamment été mis à l'écart ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Ce n'est pas une question d'être mis à l'écart ou pas, il y a une loi, qui a été décidée, qui a été votée à l'Assemblée nationale, où on faisait appel à la responsabilité individuelle de chaque personnel soignant de pouvoir se vacciner, d'abord pour se protéger, et pour protéger les personnels de l'hôpital, et aussi pour protéger les personnes malades qui arrivaient dans les lieux… cette loi, elle s'applique. Aujourd'hui nous sommes…

CHRISTELLE BERTRAND
Et aujourd'hui que le virus est devenu moins virulent, est-ce qu'elle ne peut pas changer ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Le virus est moins virulent, mais le virus est toujours là, donc cette loi s'applique toujours, je le redis, le ministre, hier soir, a annoncé vouloir prendre l'avis de la Haute autorité de santé et du Conseil national d'éthique, et en fonction de cet avis, de pouvoir discuter avec les professionnels…

CHRISTELLE BERTRAND
Donc il ouvre une porte.

AGNES FIRMIN LE BODO
Donc la porte est ouverte à une méthode de concertation et de consultations sur ce sujet.

ORIANE MANCINI
Et justement, puisque vous parlez du ministre de la Santé, François BRAUN, on va parler de la crise des urgences puisqu'il avait dirigé la mission flash qui avait été commandée par Emmanuel MACRON, après il est devenu ministre de la Santé. Est-ce que cette mission flash finalement ce n'est pas retarder la mise en oeuvre de solutions alors que les constats, on les connaît, notamment le Sénat avait déjà rendu plusieurs rapports sur ce sujet ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Donc, la Première ministre, Elisabeth BORNE, avait demandé, avec Brigitte BOURGUIGNON, alors ministre de la Santé, une mission flash, il se trouve que c'est François BRAUN qui avait rendu son rapport et est devenu ministre quelques jours plus tard. Cette mission flash a fait 41 propositions, la Première ministre les a retenues toutes, elles vont être mises en place. Pourquoi une mission flash ? Parce qu'effectivement, pour cet été, il y avait urgence à apporter des réponses pour les urgences. Ces 41 propositions vont être mises en oeuvre très rapidement puisque, j'allais dire les décrets ont été signés dès ce week-end, pour que sur tous les territoires les ARS puissent les mettre en oeuvre en fonction de la situation de chacune des urgences.

CHRISTELLE BERTRAND
Toutes les propositions vont être mises en oeuvre, notamment l'idée de fermer les urgences la nuit ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Ce n'est pas l'idée de fermer les urgences la nuit, c'est, je le redis, et je crois qu'il faut le dire et est très clair, à tous nos concitoyens, toute personne en situation d'urgence vitale sera prise en charge.

CHRISTELLE BERTRAND
Et les autres ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Les autres, à partir du moment où les urgences sont fermées on peut faire le 15, et le 15 répond et réoriente. Au Havre nous avons, lors de ma première visite la semaine dernière, visité le service d'accès aux soins, on appelle le 15, tout de suite, en fonction de la situation qui est décelée par l'agent régulateur, on envoie soit vers la médecine de ville, soit vers les urgences lorsque c'est nécessaire.

ORIANE MANCINI
Donc ça veut dire qu'il faut généraliser ce système, qui est une sorte finalement de tri, de filtre en tout cas, avant les urgences, pour vous il faut le généraliser ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Pour cet été c'est solution est proposée et je sais que beaucoup d'urgentistes le demandent, mais en tout cas, faites le 15 avant de vous déplacer, ça permet d'éviter…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais le 15 qui est déjà aujourd'hui surchargé dans certaines régions, donc est-ce qu'il va y avoir des apports d'effectifs pour le SAMU, ou pas, ou comment vous, parce que ça va être une surcharge énorme ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Le maillage des SMUR est maintenu, je le repère, il s'agit bien de répondre à tous besoins d'un concitoyen qui a besoin d'un soin, une solution sera apportée, et je le redis, toutes les personnes en situation d'urgence vitale seront bien sûr prises en charge.

ORIANE MANCINI
Alors vous dites, Madame la ministre, que l'on appelle le 15 et qu'on peut être réorienté vers la médecine de ville, mais le problème c'est que dans beaucoup de territoires les gens ils vont aux urgences parce qu'il n'y a pas de médecine de ville, comment vous allez résoudre ce problème ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Les gens vont aux urgences parce qu'ils n'ont pas pu trouver une réponse, donc je le redis, avec le 15, et le système des services d'accès aux soins, qui sont testés dans plusieurs départements français, on voit bien qu'on arrive à apporter des réponses. D'abord, 30 % des appels ne nécessitent pas la visite chez un médecin ou un passage aux urgences, et après on voit bien qu'en se réorganisant, avec la médecine de ville, d'où l'intérêt de travailler avec les médecins de ville, mais aussi, pour cet été, il y a possibilité de travailler avec des infirmières, avec d'autres professionnels de santé, pour pouvoir apporter une réponse aux besoins de soins de nos concitoyens.

CHRISTELLE BERTRAND
Madame la ministre, justement, comme le disait Oriane, des médecins de ville qui sont déjà surchargés, donc comment faire en sorte d'ouvrir des créneaux ?

AGNES FIRMIN LE BODO
C'est une, j'allais dire une co-construction, et une collaboration ville-hôpital, c'est quelque chose dont on parle depuis très longtemps, et si vous voulez venir voir, ça marche, c'est-à-dire que des médecins de ville donnent des créneaux, à ce fameux numéro, et tout de suite on a une réponse.

ORIANE MANCINI
Mais ça marche partout ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Pour l'instant c'était en test dans plusieurs régions, donc l'idée c'est pouvoir, en fonction de l'évaluation, et c'est ce qui va être fait à la rentrée, d'évaluer, et de pouvoir…

ORIANE MANCINI
Pour les urgences, c'est en test dans plusieurs régions, mais cette articulation entre médecine de ville et médecine hospitalière, c'est un problème notamment qui a été mis en lumière durant la crise du Covid.

AGNES FIRMIN LE BODO
Elle se co-construit…

ORIANE MANCINI
Et c'est un problème que vous allez avoir à régler.

AGNES FIRMIN LE BODO
Eh bien on va essayer de le régler.

ORIANE MANCINI
Vous avez déjà des solutions ?

AGNES FIRMIN LE BODO
On va pouvoir… je ne vais pas tout de suite vous donner les solutions alors que la méthode que nous souhaitons mettre en place c'est bien de travailler ensemble pour apporter des solutions.

CHRISTELLE BERTRAND
Quand est-ce que vous allez discuter de tout ça justement et quand est-ce que tout ça va concrètement se mettre en place ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Eh bien écoutez, nous sommes en place depuis une semaine…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais l'été est là, donc les urgences sont en train de…

AGNES FIRMIN LE BODO
L'été est là, les urgences, il y a ces 41 mesures qui sont mises en place, et déjà les décrets ont été signés par le ministre ce week-end pour être mis en application, je vais rencontrer, moi, très rapidement, toutes les associations d'élus, on va rencontrer tous les professionnels de santé, on va aussi rencontrer les associations de patients, parce que l'idée de construire ensemble c'est bien de trouver des solutions qui puissent mailler le territoire. Les territoires ont des solutions à nous proposer, mais les professionnels ont aussi à apprendre, et on voit bien, dans les parcours coordonnés de soins, que les professionnels ont beaucoup appris à travailler ensemble pendant la crise sanitaire, et l'idée c'est bien de pouvoir continuer à inculquer cette méthode.

ORIANE MANCINI
On va parler des déserts médicaux avec Christelle, mais d'abord, parce que votre ministère il a un intitulé qui est quand même un peu inédit, chargée de l'organisation territoriale et des professionnels de santé, qu'est-ce que ça recouvre exactement ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Vous l'avez dit vous-même, et d'ailleurs lorsque l'intitulé du ministère dont j'ai l'honneur d'avoir la charge, à cette nomination tout le monde l'a résumé à déserts médicaux, c'est à peu près tous ce que les concitoyens m'ont dit, tous les collègues…

CHRISTELLE BERTRAND
Donc la ministre des déserts médicaux.

AGNES FIRMIN LE BODO
Voilà, c'est à peu près… mais, je l'espère, pas que de ça.

ORIANE MANCINI
Il y aura d'autres sujets on imagine.

AGNES FIRMIN LE BODO
Ma feuille de route va bientôt arriver sans aucun doute. C'est un sujet qui a été entendu par le président de la République, le fait qu'il nomme une ministre déléguée en charge de l'organisation territoriale, c'est un sujet sur lequel déjà le gouvernement précédent avait commencé à travailler, et qu'il faut accélérer parce que la situation est urgente, c'est un sujet sur lequel tous les candidats, dernièrement, d'abord à l'élection présidentielle, et ensuite aux élections législatives, nous avons été confrontés, que ce soit en milieu urbain, ou que ce soit en milieu rural. Donc, de nombreuses pistes ont été mises en oeuvre lors du dernier quinquennat, elles ne portent pas encore leurs fruits. Le numerus clausus, il faut plusieurs années pour former un médecin, donc la suppression du numerus clausus, qui était la première des mesures à prendre, et elle a été prise, ne peut pas encore produire ses effets. Les infirmières de pratique avancée sont en train d'être mises en place, les assistants médicaux, qui permettent de décharger les médecins d'une partie des charges administratives, sont en train de se mettre en oeuvre, donc voilà, des pistes sont déjà là, mais en plus il nous faut apporter, avec les collectivités territoriales, avec tous les professionnels de santé, une autre façon peut-être de travailler ensemble, et, avec François BRAUN, nous avons bien l'intention de faire en sorte que le ministère de la Santé soit ouvert à toutes les collectivités.

CHRISTELLE BERTRAND
Justement, avant que toutes ces propositions ne portent leurs fruits, le député mayennais Yannick FAVENNEC, qui siège sur les bancs de la majorité, a proposé une loi pour réguler l'installation des médecins dans les déserts médicaux, est-ce que vous y êtes favorable, et est-ce que ça doit passer par l'Assemblée… ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Ce sujet-là fera partie bien sûr des discussions que nous aurons à avoir, à la fois avec tous les professionnels, avec les médecins, on ne peut pas, je ne peux pas, vous dire oui ou non tout de suite, mais la problématique, et on le sait bien, si cette solution avait marché elle aurait été mise en oeuvre il y a déjà bien longtemps, donc on voit bien que ce sujet il revient de façon périodique, mais comme…

ORIANE MANCINI
Pour vous la contrainte ce n'est pas la solution.

AGNES FIRMIN LE BODO
Je répète, les déserts médicaux, ils ne sont pas qu'en milieu rural, ils sont maintenant partout, dans toutes les villes, et donc le sujet ce n'est pas de savoir si on impose à un médecin de s'installer à un endroit, le sujet c'est de savoir si sur tout le territoire français on a une solution et on offre une réponse à nos concitoyens pour pouvoir avoir accès aux soins.

ORIANE MANCINI
Mais pas par la contrainte ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Non, moi je dis que c'est quelque chose qu'il faut discuter, à titre personnel, puisqu'il est d'habitude de ressortir ce qu'on dit, donc je vais assumer clairement mes propos, je dis bien qu'à titre personnel je n'y suis pas favorable, mais c'est quelque chose dont on va devoir discuter, parce que si elle peut…

CHRISTELLE BERTRAND
Alors si pas de contrainte, comment on fait, incitation, incitation financière ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Si elle peut apporter une réponse à certains territoires, pourquoi pas, mais c'est quelque chose qu'il faut discuter et co-construire avec les professionnels eux-mêmes, je crois que c'est important de partager cette idée avec les professionnels eux-mêmes.

ORIANE MANCINI
Justement, puisque vous parlez des élus, il y a certaines collectivités qui salarient des médecins, ça ça vous paraît être la bonne solution, vous allez encourager ?

AGNES FIRMIN LE BODO
C'est une des réponses, ça marche très bien dans certains départements, parce que certains médecins, et notamment des jeunes médecins, souhaitent pouvoir avoir ce mode d'exercice, d'autres ne le veulent pas, donc je crois qu'on ne peut pas avoir une réponse unique, si on a une réponse unique ça veut dire qu'on ne travaille pas avec les territoires, les territoires sont différents, les situations, selon les territoires, sont très différentes.

CHRISTELLE BERTRAND
Quand est-ce que vous allez commencer vos discussions avec les élus, avec les professionnels ?

AGNES FIRMIN LE BODO
J'ai déjà lancé une invitation à venir au ministère de la Santé…

CHRISTELLE BERTRAND
Quand ?

AGNES FIRMIN LE BODO
L'invitation est partie hier, donc…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais pour quelle date ?

AGNES FIRMIN LE BODO
J'attends les…mais dès que se faire se peut, si c'est cette semaine, cette semaine ça me paraît un peu compliqué…

ORIANE MANCINI
Puisque vous parlez beaucoup de travailler, d'une nouvelle façon de travailler avec les élus, est-ce qu'il faut leur donner plus de compétences en matière de santé aux élus locaux, est-ce qu'il faut par exemple revoir le mode de gouvernance des agences régionales de santé ?

AGNES FIRMIN LE BODO
J'ai fait, il y a quelque temps, un rapport d'évaluation sur les agences régionales de santé, qui, à mon avis, ont été, de façon très injuste, alors qu'elles ont fait vraiment face lors de la crise sanitaire, mais tout le monde a découvert ce qu'était une agence régionale de santé, elles n'ont que 10 ans ces agences régionales de santé, elles ont subi à la fois une crise sanitaire de plus de 2 ans, et en même temps un élargissement de leur champ géographique, donc elles sont devenues des très grosses machines, je pense que les agences régionales de santé vont aussi devoir, peut-être, avoir à travailler un peu plus en lien, et de façon presque permanente, en lien direct avec les élus locaux. On voit que c'est ce qui a été fait pendant la crise sanitaire, et c'est ce qui a permis d'apporter des réponses.

CHRISTELLE BERTRAND
Donc là on sent le désir de tout remettre à plat, de tout re-coordonner, en en discussion avec le maximum de gens, le candidat MACRON avait souhaité que la question de la santé soit inclus au Conseil national de la refondation, est-ce qu'il en est toujours question et est-ce que ce Conseil national de la refondation est e, train d'être mis en oeuvre ou pas ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Sur le Conseil national de la refondation je laisserai le président de la République apporter la réponse, en tout cas la mission qui nous a été confiée c'est, dès la rentrée, de faire la conférence des parties prenantes. La conférence des parties prenantes c'est bien quelque chose que nous allons construire, avec François BRAUN, sur justement les parties prenantes, elles sont très larges, et ça concerne tout le monde, la santé concerne tout le monde, elle concerne d'abord les concitoyens, elle concerne bien sûr tous les professionnels, et je dis bien tous les professionnels, et elle concerne aussi les territoires.

CHRISTELLE BERTRAND
Ça veut dire que des citoyens participeront à ces discussions ?

AGNES FIRMIN LE BODO
On va voir comment on organise ça, mais l'idée c'est bien sûr ça, et je le redis, la démocratie sanitaire ça veut dire, à nos yeux, quelque chose, et donc faire participer aussi les associations de santé, et donc ceux qui représentent nos concitoyens, quelque chose qui me semble important.

ORIANE MANCINI
Agnès FIRMIN LE BODO il nous reste quelques minutes, on va parler d'autres sujets et notamment des révélations de la presse concernant un pacte entre Emmanuel MACRON et UBER. On va écouter, puisqu'Emmanuel MACRON a réagi hier justement pour la première fois, on l'écoute.

EMMANUEL MACRON
Mais je l'assume à fond, et on vous regardant. J'ai vu des chefs d'entreprise étrangers, l'horreur, je les ai vus, ça a toujours été officiel, avec des collaborateurs, j'en suis fier, s'ils ont créé des emplois en France, je suis hyper fier de cela. Et vous savez quoi ? Je le referais demain et après-demain. Très sincèrement, comme disait un de mes prédécesseurs, ça m'en touche une sans bouger l'autre, je vous le dis en toute franchise.

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'un président peut dire Agnès FIRMIN LE BODO ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Un autre l'a déjà dit.

ORIANE MANCINI
C'était Jacques CHIRAC.

CHRISTELLE BERTRAND
Il ne l'avait pas dit publiquement.

ORIANE MANCINI
Il ne l'avait pas dit publiquement.

CHRISTELLE BERTRAND
Ce sont des propos rapportés.

AGNES FIRMIN LE BODO
Non mais, sur le fond du sujet, moi aussi je suis fière qu'un ministre de l'Economie ait fait ça, c'est le rôle d'un ministre de l'Economie. Comment peut-on reprocher à un ministre de l'Economie de rencontrer des entreprises et de se battre pour que des entreprises investissent en France ? Et d'ailleurs on peut se réjouir du succès de Chooz France qui a eu lieu avant-hier à Versailles…

ORIANE MANCINI
C'est le sommet sur les investisseurs étrangers. UBER c'est quand même une entreprise avec des règles sociales qui sont un peu particulières, c'est peut-être aussi ça ce qui est reproché à Emmanuel MACRON.

AGNES FIRMIN LE BODO
Ce n'est pas du tout ça qui est reproché à Emmanuel MACRON, c'est le fait d'avoir rencontré des entreprises, et d'ailleurs nous avons…

CHRISTELLE BERTRAND
De façon secrète, sans en informer les autres membres du gouvernement. François HOLLANDE a dit qu'il n'était pas au courant.

AGNES FIRMIN LE BODO
Est-ce que parfois il ne faut pas avoir des négociations secrètes pour aboutir ? C'est le rôle… franchement qu'un ministre de l'Economie souhaite faire venir des entreprises en France, souhaite des investissements en France, c'est pleinement son rôle, en tout cas, moi je le redis, je suis fière que le président de la République, ministre de l'Economie, l'ait fait.

CHRISTELLE BERTRAND
Votre premier déplacement en tant que ministre était au Havre, dans votre ville, mais c'est aussi la ville d'Edouard PHILIPPE, j'ai envie de vous demander quel rôle pour lui dans la future majorité ? On le voit peu depuis le second tour des législatives.

AGNES FIRMIN LE BODO
On l'a beaucoup vu faire campagne pour le président de la République, on l'a beaucoup vu faire campagne pour tous les candidats de la majorité…

CHRISTELLE BERTRAND
Et maintenant, j'ai envie de dire ?

ORIANE MANCINI
Et maintenant on le voit appeler les Français à adhérer à son parti Horizons, c'est le début de l'émancipation ?

AGNES FIRMIN LE BODO
D'abord je vais revenir sur mon premier déplacement au Havre, il est de coutume qu'on se déplace dans sa ville. Il se trouve que j'ai la grande chance d'habiter au Havre et que le maire de la ville du Havre, qui accueille le ministre en déplacement, soit Edouard PHILIPPE, donc autant vous dire que sur l'ascenseur émotionnel c'était très fort, et c'est important de le signaler. Edouard PHILIPPE a créé un parti politique, il n'est pas complètement anormal qu'après avoir fait, je le redis, campagne, pour le président de la République, et pour tous les candidats de la majorité, maintenant il fasse « campagne », une campagne d'adhésion, et lance la campagne d'adhésion…

ORIANE MANCINI
Pour lui.

AGNES FIRMIN LE BODO
Non, non, pour son parti politique, parce que, pour le coup, je peux vous le dire puisque je participe à l'animation d'un des 430 comités municipaux au Havre, il y a une forte volonté de nos concitoyens à vouloir partager, à vouloir construire.

CHRISTELLE BERTRAND
A quoi va servir ce parti pendant cinq ans, produire des idées, quelle est sa vocation ?

AGNES FIRMIN LE BODO
Vous venez d'apporter vous-même la réponse. Lorsqu'Edouard PHILIPPE a lancé son parti politique il a dit qu'il souhaitait partager et construire un projet pour la France, c'est ce que nous faisons, dans les tous comités municipaux qui travaillent, et je peux vous le dire, pour le voir…

CHRISTELLE BERTRAND
Pour construire un projet alternatif à celui qui existe aujourd'hui.

AGNES FIRMIN LE BODO
Un projet alternatif, un projet sur lequel les Français ont voté, c'est le projet qui va être mis en place par le gouvernement auquel deux ministres Horizons appartiennent, il y a un groupe Horizons, à l'Assemblée, qui est dans la majorité, je vous le rappelle, et Edouard PHILIPPE a créé un parti politique, que le parti politique puisse continuer à vivre sa vie me semble être tout à fait naturel et tout à fait sain pour la démocratie.

ORIANE MANCINI
Merci Agnès FIRMIN LE BODO, merci beaucoup…

AGNES FIRMIN LE BODO
Merci.

ORIANE MANCINI
D'avoir été notre invitée ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2022