Interview de M. Gabriel Attal, ministre chargé des comptes publics, à France Inter le 23 novembre 2022, sur le meurtre d'un agent du fisc, l'état des finances publiques de la France, la taxation des superprofits, les réformes fiscales, les services publics, la taxe foncière à Paris et le droit des animaux.

Texte intégral

 

NICOLAS DEMORAND
Gabriel ATTAL, bonjour.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Et bienvenue sur France Inter. Revenons d’abord sur ce drame survenu lundi, un agent du fisc de 43 ans séquestré et tué dans le cadre d’un contrôle fiscal dans le Pas-de-Calais, son assassin, brocanteur, s’est donné la mort par la suite. Vous vous êtes rendu hier à la Direction départementale des Finances publiques d’Arras, une minute de silence à midi précise aura lieu aujourd’hui dans tous les centres des impôts du pays, ainsi qu’au ministère de l’Economie à Bercy. Quels mots avez-vous ce matin pour les proches, les collègues de la victime, et plus généralement pour les agents des finances publiques que ce drame peut inquiéter et bouleverser ?

GABRIEL ATTAL
Ce qui s’est passé à Bullecourt dans le Pas-de-Calais en début de semaine est un drame atroce, un homme, qui se rendait chez un chef d’entreprise pour un contrôle fiscal a été tué dans le cadre de sa mission et de ses fonctions, il y a une enquête en cours mais le procureur de la République hier a indiqué que la piste s’orientait vers une préméditation, c'est-à-dire que l’auteur aurait préparé son acte. J’ai évidemment une pensée pour la famille, pour les collègues, et notamment pour la collègue qui l’accompagnait, qui a été ligotée, séquestrée, qui a assisté au meurtre de son collègue. Hier je me suis rendu au centre des finances publiques d’Arras, j’ai échangé avec les collègues et avec l’équipe, puisqu’il était chef de brigade, la victime, qui étaient évidemment bouleversés, choqués, émus, et ce matin je pense aux 100.000 agents des finances publiques qui se lèvent ce matin en se disant " ça aurait pu être moi. "

LEA SALAME
Les syndicats appellent à tirer les leçons de cette tragédie pour renforcer concrètement la protection des personnels aujourd’hui, ils sont en danger dans l’exercice de leur mission ?

GABRIEL ATTAL
Je rencontrerai les syndicats des finances publiques juste après cette émission, à 9h au ministère. C’est un métier dans lequel il peut y avoir des tensions, évidemment, on parle de contrôles fiscaux, de redressement fiscal, moi le message que je veux adresser ce matin à mes 100.000 agents c’est de leur dire que leur travail a du sens, sans agents des finances publiques il n’y aurait pas de services publics, parce qu’il n’y aurait pas de moyens pour les financer, ceux qui permettent à nos services publics de tourner, ce qui nous permet d’avoir du financement pour financer notre Etat, nos finances publiques, nos services publics, ce sont les agents des services publics, ceux qui permettent de lutter contre la fraude, et donc pour notre pacte social ce sont les agents des finances publiques, et le message que je veux leur passer c’est qu’évidemment, évidemment, on agira toujours dans le sens de leur protection pour qu’ils n’aient pas peur d’aller travailler.

NICOLAS DEMORAND
Venons-en Gabriel ATTAL au coeur de vos dossiers. Le FMI s'est inquiété hier de l'état des finances publiques de la France craignant un décrochage de notre pays, notamment par rapport à l'Allemagne, en raison de notre endettement beaucoup trop important, le FMI juge le gouvernement trop optimiste et l'exhorte à accélérer les réformes structurelles pour diminuer la dépense publique. Comment avez-vous reçu, pour commencer, ce rappel à l'ordre ?

GABRIEL ATTAL
D’abord ce que j’ai vu c’est que le FMI juge crédibles l'atteinte de nos objectifs en matière de croissance.

NICOLAS DEMORAND
Pas en matière de déficits.

GABRIEL ATTAL
En matière de croissance, il nous prévoit une croissance à 0,75, notre prévision est à 1, vous faisiez la comparaison avec l'Allemagne, il prévoit une récession en Allemagne, et il nous prévoit une croissance supérieure à celle des autres pays de la zone euro. Je le dis, je vais répondre à votre question, mais je pense que c'est important aussi de voir ce qui peut nous rendre optimiste, les Français, je pense, en ont besoin en ce moment, et surtout ça s’appuie…

LEA SALAME
Alors vous avez raison, vous avez raison, c’était la seule bonne nouvelle du rapport du FMI, de dire qu’effectivement la croissance devrait être positive pour la France, à 0,7, vous vous prévoyez 1…

GABRIEL ATTAL
Contrairement à nos voisins.

LEA SALAME
Contrairement à nos voisins, et ça vous avez raison de le dire.

GABRIEL ATTAL
On a une économie qui résiste, on a des Français qui travaillent, des entrepreneurs qui investissent, qui embauchent, une économie qui tourne, je veux dire c’est quand même, il faut le dire, alors je ne dis pas que tout va bien dans le meilleur des mondes, mais je veux dire c’est quand même positif.

LEA SALAME
Non, mais vous avez quand même un rapport du FMI qui dit attention la France est en train de décrocher, le niveau d'endettement est délirant, dit le rapport du FMI, ils emploient des mots qui sont très sévères, vous le savez, vous l'avez lu, il dit notamment vos prévisions de déficit, de retour à un déficit à 5% l’année prochaine ça ne sera pas tenable, vous serez au-dessus, et vous demande d'aller beaucoup plus vite sur les réformes.

GABRIEL ATTAL
Depuis deux ans on réduit la dépense publique et on réduit les déficits. Il y a deux ans, en 2020, le déficit c’était 9 %, l'année dernière c'était 6,5%, cette année c'est 5% et notre objectif c'est de revenir sous les 3% d'ici à 2027…

LEA SALAME
Ils ne vous croient pas, ils croient que ce n’est pas possible.

GABRIEL ATTAL
Je ne dirais pas ça, je pense que ce qu’ils disent c’est qu’on pourrait aller plus vite, et c'est vrai que sur le papier on pourrait se dire, brutalement on va rétablir les finances publiques et baisser beaucoup plus brutalement les déficits. On a une crise précédente où ça a été tenté, où ça a été fait, c'est la crise de 2008-2010, où effectivement il y a eu cette volonté de rétablir les finances publiques très brutalement, et on a vu l'impact que ça a eu, ça a tué la croissance, ça a augmenté les déficits à la fin, ça a augmenté le chômage, et à la fin le gouvernement de l'époque, c'était à la fin du quinquennat de Nicolas SARKOZY, a dû augmenter les impôts, ce n’est pas notre souhait, donc nous on assume d'aller à un rythme qui nous permet, un de rétablir nos finances publiques, mais aussi de continuer à investir dans nos services publics, le budget que je porte en ce moment au Parlement avec Bruno LE MAIRE pour 2023 c'est un budget de réinvestissement dans nos services publics, parce qu'on ne veut pas, pour rétablir les finances publiques…

LEA SALAME
On va y venir.

GABRIEL ATTAL
On ne veut pas sabrer nos services publics et augmenter les impôts des Français, mais notre trajectoire est crédible.

LEA SALAME
Mais une dette française, Gabriel ATTAL, une dette française qui l'année prochaine, en 2023, sera à un niveau stratosphérique, alors que la dette en Allemagne va baisser, comment vous expliquez ça ?

GABRIEL ATTAL
Si on suit la trajectoire qu’on a fixée, et encore une fois je vous ai donné les chiffres des dernières années, on suit la trajectoire qu'on a fixée, on aura stabilisé notre dette en 2026, et en 2027 on sera de retour sous les 3 %. Moi, encore une fois, je me méfie des solutions brutales, dont on a vu par le passé qu'à la fin elles sont contre-productives, ce dont on a besoin aujourd'hui c'est que l'activité économique continue à se développer, encore une fois c'est les prévisions du FMI, parce que ce qui permet de tenir nos finances publiques c'est aussi d'avoir des recettes, et pour avoir des recettes c'est d'avoir des Français qui travaillent et une croissance positive.

NICOLAS DEMORAND
Le FMI vous demande par ailleurs des mesures de soutien au pouvoir d'achat, mais beaucoup plus ciblées, et si ce n'était pas suffisant il conseille, à la France, à l'exécutif, de reporter la baisse des impôts de production prévue en 2023, et c'est notamment ce que les sénateurs viennent de voter par amendement lors de l'examen du budget 2023, ils sont revenus sur la suppression par l'exécutif de la fameuse CVAE, la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, suppression qui représente une perte de 8 milliards de recettes en 2023 et 2024. Est-ce que ça, par exemple, vous pourriez y renoncer ?

GABRIEL ATTAL
Non.

NICOLAS DEMORAND
Pourquoi ?

GABRIEL ATTAL
Non, parce que je le dis, on a besoin si on veut rétablir nos finances publiques qu’il y ait de l'activité économique. Aujourd'hui les impôts de production ils sont quatre fois plus élevés en France qu'en Allemagne, donc imaginez, vous êtes un groupe international, un investisseur…

LEA SALAME
Mais vous les avez baissé de manière drastique les impôts sur les sociétés.

GABRIEL ATTAL
Oui, et avant qu’on les baisse l’an dernier ils étaient sept fois supérieurs à ceux de l'Allemagne. Vous êtes un investisseur, un groupe, vous voulez investir, construire une usine en Europe, vous regardez deux pays, la France et l'Allemagne, vous voyez qu’il y en a un où les impôts de production sont sept fois plus élevés, ou quatre plus élevés aujourd'hui, la France, où est-ce que vous décidez d'investir ? Eh bien évidemment vous allez plus vous tourner vers l'Allemagne. Donc oui, il faut baisser nos impôts de production, pour développer notamment l'industrie en France, et cette baisse d'impôts elle va bénéficier majoritairement à l'industrie et à 75% pour des petites et moyennes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire. C’est sûr que budgétairement, quand on regarde en termes de budget, c’est 8 milliards d'euros de baisse d'impôts et c'est vrai qu'on a des déficits importants, mais il faut regarder aussi à moyen et à long terme, c’est un investissement parce que ça va développer encore l’activité économique…

LEA SALAME
Mais, Gabriel ATTAL, j’entends, mais ce n’est pas, pour le coup ce ne sont pas des gauchistes qui vous disent n’allez pas trop vite sur la baisse des impôts de production, c'est le FMI qui vous dit ça, qui en général encourage ce genre de réforme, vous ne les entendez pas, en disant " les 8 milliards vous en avez besoin pour vos finances publiques ", est-ce qu’on peut attendre deux ans avant de baisser les impôts des entreprises, que vous avez déjà nettement baissé ?

GABRIEL ATTAL
Par définition, quand vous faites un rapport budgétaire, et que vous regardez le solde, en l'occurrence les experts du FMI ils voient 8 milliards d'euros de recettes en moins, qui sortent, parce qu'on baisse les impôts de production, nous ce qu'on regarde c'est l'impact économique. Vous l'avez dit, on a baissé les impôts de production ces dernières années, qu'est-ce qui s'est passé ? Pour la première fois depuis des années on a ouvert plus d’usines qu'on en a fermées en France, ce n’est pas moi qui le dit, c'est toutes les statistiques, on a créé plus d'emplois industriels qu'on en a détruit, ce n’était pas arrivé depuis des années. Le baromètre indépendant EY dit que pour la troisième année consécutive la France est redevenu le pays le plus attractif en Europe pour les investissements étrangers. Cette politique elle a un sens, il ne s'agit pas de faire des cadeaux pour le plaisir de baisser des impôts de production, c’est rattraper le retard qu’on a avec nos voisins…

NICOLAS DEMORAND
Oui, mais en même temps vous pourriez chercher de l’argent à certains endroits, dans les très grandes entreprises, dans une contribution exceptionnelle des plus riches, chez ceux qui ont versé des dividendes énormes à leurs actionnaires, on a appris hier que la rémunération des patrons du CAC 40 avait bondi de 52% en 2021, mais ça depuis l'arrivée d'Emmanuel MACRON au pouvoir c'est une constante, vous n'y touchez pas. Pourquoi ?

GABRIEL ATTAL
On fait une taxation des superprofits, 26 milliards d'euros…

LEA SALAME
Ah bon ?

GABRIEL ATTAL
Oui, on vient de la voter au Parlement, au Sénat, nous ce qu'on a toujours dit c'est qu’on voulait aller chercher les rentes indues, donc les superprofits, dans les entreprises qui font des profits parce qu'elles bénéficient de la spéculation et de l'inflation, c'est-à-dire le secteur de l'énergie.

LEA SALAME
Oui, mais ça c'est par la contribution européenne, vous n'avez pas demandé une taxe…

GABRIEL ATTAL
Contribution européenne qu’on a quand même poussée…

LEA SALAME
Oui, qui va revenir…

GABRIEL ATTAL
On a poussé, je veux dire c’est à notre initiative aussi qu’on a…

LEA SALAME
Oui, mais ce que je veux dire c’est qu’au niveau national, vous avez plusieurs pays, le Portugal encore hier, qui ont fait des taxes nationales, en plus de la contribution européenne sur ces superprofits, ce que vous vous refusez à faire.

GABRIEL ATTAL
Je pense qu'il faut aussi se méfier des comparaisons européennes, surtout avec des pays qui ont un niveau d'imposition qui est inférieur au nôtre. Je rappelle qu'on est le deuxième pays de l'Europe en termes de prélèvements obligatoires, je crois même deuxième pays de l'OCDE, il n’y a que le Danemark qui est devant nous, sinon on est le pays où il y a le plus d'impôts. Il y a des pays effectivement qui font des contributions exceptionnelles, mais qui n’ont pas le même niveau d'impôts, y compris sur les plus aisés, qu'on a nous en France. La deuxième chose, encore une fois, c'est qu'on va chercher les profits, là où on considère qu'ils sont indus parce qu'ils sont liés à la crise de l'énergie, 26 milliards d'euros l'an prochain, et donc on taxe les énergéticiens, que ce soit dans le fossile, ou dans le renouvelable, parce qu’il y a des profits qui sont immédiatement issus de cette spéculation.

LEA SALAME
Mais quand vous lisez hier que la rémunération des patrons du CAC 40 a bondi de 52 % en 2021 ans, vous réagissez comment, vous dites c’est normal, ça va créer des emplois, c'est bien, c'est dynamique ?

GABRIEL ATTAL
Non, moi ce que je dis c’est que quand une entreprise va bien et qu'elle peut augmenter un certain nombre de rémunérations, notamment de sa direction, il faut qu'elle partage la valeur dans l'entreprise et qu'elle intéresse aussi ses salariés.

LEA SALAME
Est-ce que c’est assez fait ?

GABRIEL ATTAL
Ce n’est pas assez fait, c’est pour ça qu'on veut développer un mécanisme d'actionnariat salarié, de dividende salarié, qu'on va porter en 2023, qui est une règle simple, c'est quand vous versez des dividendes à vos actionnaires vous devez aussi en verser à vos salariés, vous devez aussi intéresser vos salariés. C’est un chantier d'ampleur, c'est une vraie révolution, et évidemment qu’on y travaille, notamment parce qu’il faut bien ficeler les choses, parce que ça a un impact évidemment aussi sur nos PME, et que vous avez des PME, ce n’est pas pareil qu'un grand groupe, et donc il faut bien organiser les choses, mais on y travaille pour le porter en 2023, c'était un engagement de campagne du président de la République, il sera tenu.

LEA SALAME
Gabriel ATTAL, malheureusement pour vous, ça tombe mal, mais aujourd'hui c'est vrai qu'il y a à la fois le rapport du FMI, qui est très sévère avec la France, et il y a ce rapport de l'INSEE, qui est sorti hier, et qui affirme que les réformes fiscales pérennes d'Emmanuel MACRON ont rapporté beaucoup plus aux riches qu'aux pauvres, c’est l’INSEE qui le dit, soyons clairs, qui évalue l'impact des baisses d'impôts et des aides mises en oeuvre en 2020 et en 2021 sur le revenu disponible des ménages. Pour être très clairs, les 50% des Français les plus aisés ont gagné 420 euros de niveau de vie, en moyenne, alors que les 50% des Français les moins aisés n'ont gagné que 130 euros par an, c'est trois fois moins que les plus aisés, c'est quand même un gros différentiel, qu'est-ce que vous répondez à cette enquête de l'INSEE, et comment vous évitez le sparadrap qui va vous revenir, qui revient déjà, sur « Président des riches » ?

GABRIEL ATTAL
Ma réponse est en partie dans votre question. Vous avez parlé des 50% les plus aisés, par définition cette étude elle regarde les impôts, il y a 50% des Français qui payent des impôts, et donc statistiquement, quand on regarde les impôts et ce que fait l'INSEE, on est aisé à partir de 2000 euros par mois, en France. C’est sûr qu'on a voulu baisser, notamment l'impôt sur le revenu, parce qu'on veut favoriser ceux qui travaillent, mais quand vous baissez les premières tranches de l'impôt sur le revenu, pour des gens qui gagnent 2000 euros par mois, vous êtes déjà dans ce que l'INSEE qualifie d’aisés, ça c’est la première chose. La deuxième chose c’est que l'étude regarde les impôts, et encore une fois vous avez 50% des Français qui n'en payent pas, donc quand vous les baissez, par définition ça bénéficie à l'autre moitié, il faut regarder aussi les transferts et les augmentations d'allocations que nous avons décidées depuis deux ans, on a fait une revalorisation exceptionnelle de tous les minima sociaux, on a versé des aides…

LEA SALAME
Mais vous avez raison, et on ne dit pas le contraire, en revanche sur les réformes fiscales, vous pouvez dire que vous avez fait, et vous avez fait, par exemple sur le minimum vieillesse vous l’avez fait…

GABRIEL ATTAL
En l’occurrence, Léa SALAME, c’est une étude qui regarde les impôts.

LEA SALAME
Qui regarde les réformes fiscales pérennes d’Emmanuel MACRON, c'est-à-dire pas…

GABRIEL ATTAL
Mais, encore une fois, vous avez 50% des Français qui ne payent pas d’impôt sur le revenu.

LEA SALAME
Et là ce sont les plus riches qui en profitent.

GABRIEL ATTAL
Mais, vous avez 50% des Français…

LEA SALAME
D’accord, donc on balaye…

GABRIEL ATTAL
Non, je ne balaye pas.

LEA SALAME
L’étude ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois je ne balaye rien du tout, ce que je dis c’est qu’il faut regarder les choses dans leur globalité, et que pour les Français qui ne payent pas d'impôts c'est compliqué de baisser les impôts, et que ce qu'on a fait c'est qu'on a versé des allocations exceptionnelles, pérennes aussi en revalorisant de manière importante les minima sociaux, qu'on a augmenté la prime d'activité, c'est une étude qui ne tient pas compte de ce qui a été dépensé pendant le Covid, qui très majoritairement est allé vers les Français les moins aisés, que ce soit en matière d'aides exceptionnelles, en matière de chômage partiel, et toutes ces dépenses-là, que aujourd'hui dans le cadre de l'inflation on a quand même des mesures qui bénéficient à tous les Français, le bouclier énergétique, le versement du chèque exceptionnel, il y a 12 millions de ménages, les plus modestes, qui vont recevoir un chèque énergie exceptionnel dans les prochaines semaines, par définition ce n’est pas regardé dans l’étude puisqu’elle ne regarde que les impôts.

LEA SALAME
Vous avez raison. Dans la France d’Emmanuel MACRON le niveau de vie des 50% les plus riches a augmenté de 430 euros, celui des 50 % les plus pauvres a augmenté de 120 euros…

GABRIEL ATTAL
Pardon, mais quand on…

LEA SALAME
Les chiffres sont têtus…

GABRIEL ATTAL
Quand on ne regarde que les impôts, avec une partie des Français qui n’en paient pas, regardez l’étude de l'Institut des politiques publiques qui regarde les impôts et qui regarde aussi ce qui est versé en matière d'allocations sociales et de transfert, ça ne dit pas la même chose, et je pense qu'il faut regarder l'ensemble des choses.

NICOLAS DEMORAND
Après l'INSEE, retour au FMI, qui pose une question intéressante tout de même, à propos du niveau d'instruction des élèves français, le FMI juge insuffisant ce niveau malgré des dépenses élevées, en dépit des milliards investis par le gouvernement dans la justice, l'hôpital, la sécurité ou l'éducation, l'Etat est perçu comme de plus en plus inefficace par les Français, sondage IFOP pour le JDD, 61% des Français considèrent que les services publics fonctionnent mal, 18% qu'ils fonctionnent très mal. Comment expliquez-vous qu'en dépit des efforts budgétaires parfois considérables, la qualité des services publics soit perçue comme si mauvaise ?

GABRIEL ATTAL
J'écoutais votre invité de 7h50…

NICOLAS DEMORAND
Le Professeur SALOMON.

GABRIEL ATTAL
Le Professeur SALOMON, et quand il parlait de l'hôpital public, il parlait d'une situation très difficile et très dure, il reconnaissait qu'il y a un investissement budgétaire inédit et majeur, et il disait, je crois, je cite, qu'on rattrape 15 ans ou 20 ans de retard, et je dirais que sur l'ensemble des services publics, il y a beaucoup de ça, oui, il y a un réinvestissement massif et un réarmement de nos services publics, mais dans bien des domaines, on rattrape beaucoup de retards, et donc, forcément et nécessairement, ça ne se voit pas immédiatement.

LEA SALAME
Mais ça va se voir quand, parce que, quand on regarde les différents services publics, par exemple, la justice, là, c’est notable, parce que vous avez augmenté très sensiblement de la justice…

GABRIEL ATTAL
De 40 % en 5 ans.

LEA SALAME
Oui, oui, oui, oui, donc, je vous dis les choses, je vais dans votre sens. Et en même temps, c'est l'item qui est le plus catastrophiquement vu par les Français, 77% des Français estiment que le service public de la justice ne fonctionne pas, et quand est-ce que ça va commencer à marcher, même chose pour l'hôpital, même chose pour le l'école. Le ressenti, le sentiment de déclassement, le sentiment que ça va plus mal aujourd'hui qu'il y a 3 ans ou qu'il y a 5 ans ou qu'il y a 10 ans, est très palpable. Donc comment faire ?

GABRIEL ATTAL
Sur la justice, on commence à avoir des résultats intéressants, notamment en termes de délais de traitement et de délais de jugement des dossiers, mon collègue Garde des sceaux, s’il était là, vous donnerait les chiffres précis, mais c'est assez spectaculaire sur la réduction des délais, évidemment, il faut poursuivre, et notamment, on va recruter 8.500 personnels de justice supplémentaires dans les 5 ans qui viennent, après déjà en avoir recruté beaucoup ces dernières années. Sur l'hôpital public, moi, je veux dire que l'an prochain, pour la première fois dans l'histoire, le budget de l'hôpital public va dépasser les 100 milliards d'euros, il y a une partie importante qui est une partie d'investissement, pour refaire des hôpitaux, pour rénover des hôpitaux, pour reconstruire des hôpitaux. Par définition, ça ne se fait pas en un claquement de doigts, mais je peux vous dire que les moyens, ils sont là, je le vois en tant que ministre du Budget. Et sur l'Education, il y a un enjeu budgétaire qui est réel, et on a annoncé l'an prochain une hausse de 3,7 milliards d'euros, très concrètement, ça va permettre d'achever la revalorisation de 10 % de l'ensemble des enseignants, faire en sorte qu'aucun enseignant ne débute en dessous de 2.000 euros par mois. Il y a aussi tout un volet pédagogique, donner plus de liberté pédagogique aux enseignants, plus de liberté aux établissements, mieux tenir compte de l'environnement dans lequel se trouvent les établissements scolaires. Ça, c'est le chantier qui est mené par mon collègue Pap NDIAYE, qui anime une concertation au niveau national et au niveau local avec tous les acteurs de l'Education. Et on attend beaucoup évidemment de ce travail, je le dis, il y a des enjeux budgétaires, et honnêtement, les moyens sont là, le budget 2023, c'est un budget de service public. Et puis, ensuite, il y a des enjeux d'organisation, de sens aussi pour les agents du service public. Et là, je pense qu'on n’est pas au bout du travail qui doit être mené.

LEA SALAME
Gabriel ATTAL, encore un mot, vous avez sévèrement critiqué Anne HIDALGO pour sa décision de revenir sur sa promesse de campagne de ne pas augmenter les impôts, elle a en effet décidé d'augmenter de 52 % la taxe foncière à Paris, et elle s'est justifiée, pour garder les services publics, pour accélérer la transformation écologique, nous n'avons d'autre choix que d'augmenter la taxe foncière, et elle explique que toutes les communes de France sont aujourd'hui confrontées à une situation très difficile, qui malheureusement n'a pas été prise en compte par le gouvernement. Qu’est-ce que vous répondez à ça ?

GABRIEL ATTAL
Ce que je réponds, c'est qu’on a depuis le début de cette crise de l'inflation et de l'augmentation des prix de l'énergie, massivement accompagné les collectivités locales. Hier, j'ai réuni une dizaine de maires de toute la France, qui sont là pour le Congrès des maires, qui bénéficient du filet de sécurité. On a voté cet été 430 millions d'euros pour payer une partie de la facture d'électricité ou d'alimentation, puisqu'il y a une inflation aussi pour les cantines, des collectivités locales, une dizaine de maires, tous niveaux de villes, toute la France, qui percevront entre 1.000 euros, c'est le plus bas, et 3 millions d'euros pour les aider à boucler leur budget 2022. Ce que je peux vous annoncer ce matin, c'est qu'on est à plus de 3.500 communes qui ont bénéficié d’un acompte sur ce filet de sécurité. On travaille en ce moment, je suis au Sénat en ce moment pour le budget, sur un filet de sécurité pour 2023, on va tripler le montant, passer de 500 millions à 1,5 milliard d'euros. On revalorise la dotation globale de fonctionnement des communes. Ce n'était pas arrivé depuis 13 ans. On met 320 millions d'euros. Et on met aussi en place un fonds vert à 2 milliards d'euros pour aider les communes à faire leur transition. Parce que la réalité, c'est que si on veut durablement aider les collectivités à baisser leurs factures, et notamment leurs factures d'énergie…

LEA SALAME
Donc vous ne comprenez pas qu'elle ait augmenté la taxe foncière ?

GABRIEL ATTAL
Ah, non, je ne le comprends pas, et je pense par ailleurs qu'il y a un enjeu de réformes aussi à la Ville de Paris. Moi, quand je suis arrivé au ministère du Budget, j'ai découvert qu'il y avait un système absolument délirant appelé " loyers capitalisés ", qui avait été mis en place de manière dérogatoire à l'époque de François HOLLANDE, négocié avec Anne HIDALGO, qui avait autorisé la Ville de Paris à endetter la ville en préemptant des logements, en demandant à des bailleurs sociaux de les convertir en logements sociaux, et en contrepartie, en demandant à ces bailleurs sociaux de verser à la ville des décennies de loyers à venir, pour que la ville puisse équilibrer son budget de fonctionnement. Il faut se rendre compte de ce système, ça veut dire que chaque année, depuis 5 ou 6 ans…

LEA SALAME
C’est illégal ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, c'est devenu légal en 2015, puisqu’à l'époque, Anne HIDALGO avait négocié avec le gouvernement de l'époque une dérogation, c'était la seule ville en France, dans les règles de comptabilité publique, pour pouvoir mettre sur son budget de fonctionnement et l’équilibrer sur une année des décennies de loyers à venir, alors même qu'elle endettait la ville en préemptant ces logements. Moi, j'ai mis fin à ce système, parce que ce n’est pas sain. La réalité, c'est qu'il y a plus d'un milliard d'euros désormais d'endettement en plus pour la Ville de Paris lié à ce système, honnêtement, ça relève du Ponzi.

NICOLAS DEMORAND
Témoignage…

LEA SALAME
C’est grave ce que vous dites, ça relève du Ponzi, c’est…

GABRIEL ATTAL
Non, c’est-à-dire que c’est un système où vous endettez la ville sur des années…

LEA SALAME
… C’était l’escroc qui a…

GABRIEL ATTAL
Je ne fais évidemment pas de comparaison avec ça, mais vous endettez la ville sur des années, et vous récupérez les loyers de décennies à venir pour équilibrer un budget aujourd’hui.

NICOLAS DEMORAND
Un mot, un témoignage de Philippe sur l'application de France Inter, il parle au nom de sa femme, qui est inspectrice des impôts, et qui va visiter les entreprises, il nous dit qu'elle est dans le doute, qu'il y a une perte de sens dans son travail, liée notamment à la dématérialisation d'un certain nombre de tâches. Internet, dit-il, et il parle en son nom, il dit qu’elle rencontre de la violence dans les entreprises, et que cette violence est parfois due à la multiplication des textes, parfois, à leur incohérence les uns envers les autres, comment recevez-vous ce témoignage d'une inspectrice des impôts ?

GABRIEL ATTAL
Je le disais hier, j’échangeais avec les collègues de l'Inspecteur des impôts qui a été tué, et c'est vrai qu'ils le disent, il peut y avoir des tensions, je vois les syndicats à 9h. On va échanger ensemble et regarder ce qui peut, dans l'organisation du travail, dans les règles pour les contrôles, être amélioré ou évolué, mais je le dis, il y a à la fois les règles et l'organisation des contrôles, mais il y a aussi ensuite un enjeu sociétal, qui est celui des tensions qui peuvent exister dans la société, d’une société et de sociétés, puisque je crois que c'est propre aux sociétés occidentales aujourd'hui, qui peuvent être à fleur de peau, à cran, et ça peut se ressentir, y compris, et rejaillir sur des agents publics qui représentent l'Etat ; c'est aussi un enjeu d'autorité de l'Etat, on doit respecter les agents publics qui représentent l'autorité de l'Etat.

LEA SALAME
Petite question, pour terminer, vous vous êtes souvent engagé pour le droit des animaux, Gabriel ATTAL, Aymeric CARON, le député Insoumis, veut faire interdire la corrida. Vous le soutenez ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Non, c'est vrai que, y compris, quand j'étais député, et à l'époque contre le gouvernement, je me suis beaucoup battu pour le bien-être animal, et d'ailleurs, on a obtenu à la fin l'interdiction du broyage des poussins mâles, la fin de la castration à vif des porcelets…

LEA SALAME
Et la corrida alors ?

GABRIEL ATTAL
L’interdiction des élevages de visons en France, non, mais, je vais au bout. La mise en place d'un certificat pour avoir un animal de compagnie, l'augmentation massive des budgets…

LEA SALAME
Non, mais je sais que le sujet vous passionne, c’est pour ça que je vous pose la question…

GABRIEL ATTAL
Pour les refuges et pour la SPA, la mise en place des caméras dans les abattoirs. Donc évidemment, je…

LEA SALAME
La corrida ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, moi, écoutez, vous imaginez bien pour ces raisons-là que je ne suis pas fan de la corrida, je ne me rends pas dans les corridas. Voilà, et c'est vrai…

LEA SALAME
Donc à titre personnel, qui n'engage pas le gouvernement, vous, vous seriez pour l'interdiction ?

GABRIEL ATTAL
Je ne suis pas député, donc, je n’ai pas à voter cette loi…

LEA SALAME
Heureusement…

GABRIEL ATTAL
Après, je pense que chacun aussi a des rapports personnels sur ce sujet-là.

LEA SALAME
Merci.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 24 novembre 2022