Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 5 janvier 2026, sur les victimes de l'incendie à Crans-Montana en Suisse, les réactions en France à l'intervention militaire américaine au Venezuela, le projet de loi de finances pour 2026, la grève des médecins libéraux et l'accord UE-Mercosur.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : BFM TV

Texte intégral

MAUD BREGEON
Bonne année.

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour à vous, vous êtes porte-parole du Gouvernement. Toujours pas de budget, une crise agricole qui n'est pas apaisée, des médecins en grève et des Français qui pensent que 2026 ne sera sans doute pas meilleure que 2025. Bonne année quand même.

MAUD BREGEON
Bonne année à vous Apolline De MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
On va évidemment analyser tous ces points, mais je voudrais commencer par évoquer la mémoire des victimes françaises de Crans-Montana, ce drame, neuf victimes françaises confirmées. Ce matin, quelles sont les informations dont vous disposez, à la fois sur ces victimes qui ont donc désormais toutes été identifiées, mais aussi sur les blessés ?

MAUD BREGEON
D'abord, je voudrais évidemment commencer à m'associer à la tristesse et l'émotion des proches, de leur famille, de leurs amis. Ça nous a tous saisis. Je pense que c'est le cas de l'ensemble des Français qui nous écoutent ce matin, ça a été évidemment le cas de l'ensemble du Gouvernement. Et la France s'est immédiatement mobilisée. Vous savez que 18 victimes ont été prises en charge sur le sol français, dans les hôpitaux français. Et donc nous sommes à leurs côtés, nous resterons à leurs côtés. Vous savez aussi qu'il y a un hommage qui sera rendu en Suisse le 9 janvier, vendredi prochain, jour de deuil national en Suisse. Et donc bien sûr, le Gouvernement sera présent et sera représenté.

APOLLINE DE MALHERBE
"Sera représenté", vous savez qui ira ?

MAUD BREGEON
Et bien sûr, nous aurons l'occasion de le dire dans les heures ou dans les jours à venir, mais c'est bien normal.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais le Gouvernement français s'associera.

MAUD BREGEON
Le Gouvernement français s'associera, le Gouvernement français sera représenté au bon niveau, parce qu'encore une fois, c'est un drame abominable qui a coûté la vie à neuf de nos compatriotes et qui a fait de nombreux blessés.

APOLLINE DE MALHERBE
Les blessés, il y en a un certain nombre qui sont pris en charge dans les hôpitaux français, on en est où ?

MAUD BREGEON
Écoutez, leur état est évidemment suivi de près. Je ne suis pas en mesure de vous donner le détail pour chacun d'eux. Ce que je peux vous dire, c'est que les équipes soignantes sont pleinement mobilisées et j'en profite d'ailleurs pour les remercier ce matin.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors il y a eu évidemment le drame, il y a eu l'attente, il y a eu l'angoisse des familles. Je voudrais que vous écoutiez les mots de ce père, le père de Gaëtan. Gaëtan a été terriblement blessé. Il s'appelle Jean-Michel GILBERT. Il a témoigné ce matin sur BFM TV et voilà ce qu'il dit de ce moment d'attente et aussi du sentiment d'avoir été très, très seul.

JEAN-MICHEL GILBERT, PERE DE GAËTAN, SERVEUR AU CONSTELLATION ET GRAVEMENT BLESSE DANS L'INCENDIE
Personne. On a fait tous les hôpitaux un par un au téléphone jusqu'à ce que par chance on tombe sur lui. Le chef de Lausanne nous a dit : "Votre fils va être transféré sur Paris de la nuit du vendredi au samedi. Ne vous inquiétez pas, on ne peut pas vous dire quel hôpital parce que c'est les autorités françaises qui ont décidé où on va dispatcher ce transfert." On a quelqu'un sur Paris qui a fait le tour des hôpitaux et qui a retrouvé notre enfant à 10 heures du matin dans quel hôpital il était.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils ont cherché eux-mêmes et d'ailleurs pendant les premiers jours le Gouvernement français a même évoqué l'idée que peut-être leur fils était décédé parce qu'ils ne le trouvaient pas. Ils ont vraiment le sentiment à ce moment-là d'avoir dû faire le boulot tout seul. Est-ce que vous entendez ça ?

MAUD BREGEON
Oui je l'entends. Alors je ne connais pas les détails de cette situation mais ce qui s'est passé, tel qu'ils le décrivent et tel que je le découvre ce matin, est évidemment, évidemment anormal. Évidemment anormal. Je me mets à la place de ce papa qui a cherché son fils qu'il a peut-être cru décédé pendant un instant... On imagine tous, quand on est parent, ce qu'il a pu ressentir à ce moment-là. Ça a été le cas. Je ne remets aucunement en doute sa parole et je le dis comme je le pense : ce n'est pas normal.

APOLLINE DE MALHERBE
Son fils Gaëtan est hospitalisé à Paris et il est dans le coma. Il y a aussi la question de la sécurité. Le personnel des bars, des boîtes de nuit se pose la question aujourd'hui en France des normes de sécurité qui sont infiniment plus strictes et en réalité, disent-ils, tout à fait respectées. Mais est-ce qu'il faut davantage de contrôles ? Est-ce qu'il faut officiellement interdire les bougies incandescentes ? Certains disent qu'on ne les utilise plus depuis cette nuit-là.

MAUD BREGEON
La sécurité incendie en France est extrêmement encadrée, est extrêmement contrôlée. Ce que je peux vous dire ce matin, c'est que Laurent NUNEZ a demandé à l'ensemble des préfets vendredi dernier via un télégramme de s'assurer que ces exigences et que l'effectivité de ces contrôles, que la périodicité de ces contrôles qui doivent être faits régulièrement par les mairies et par l'État, sont bien réalisés. Donc il y a une vigilance particulière qui est celle de chaque instant et ce depuis des années parce qu'encore une fois on a une réglementation, on a une législation qui est de très haut niveau mais qui a été rappelée eu égard au drame qui s'est produit. Donc l'État est pleinement mobilisé, les collectivités territoriales, les mairies le sont également.

APOLLINE DE MALHERBE
Maud BREGEON, vous le dites donc, vendredi le Gouvernement sera présent à cet hommage.

MAUD BREGEON
Oui, le Gouvernement sera présent. Je crois que c'est en fait attendu, c'est normal, encore une fois il y a des victimes, il y a des blessés et donc, c'est normal que le Gouvernement soit présent, soit représenté en Suisse pour ce qui est, je le rappelle, un jour pour eux de deuil national.

APOLLINE DE MALHERBE
On va revenir dans un instant sur le budget, toujours pas de budget, et on se demande d'ailleurs pourquoi ça passerait cette fois-ci alors que ça ne passait pas en décembre, mais un mot aussi sur le Venezuela et notamment sur les réactions en France, les réactions politiques. Emmanuel MACRON est visé par Jean-Luc MÉLENCHON qui dit que la prise de position d'Emmanuel MACRON, je cite officiellement, "N'est pas la voix de la France, il nous fait honte, il abandonne le droit international, jour sombre pour notre pays", dit Jean-Luc MÉLENCHON. Dominique DE VILLEPIN qui parle à propos d'Emmanuel MACRON d'une réaction aveugle. Olivier FAURE lui-même qui dit : "La déclaration du président de la République n'est pas à la hauteur de la voix de la France, la voix que la France porte dans le monde et des valeurs qu'elle doit continuer à défendre".

MAUD BREGEON
Alors d'abord je voudrais rappeler ce qui a été dit par le président de la République et par le Quai d'Orsay, par la voix de Jean-Noël BARROT. Nous avons dit trois choses. Premièrement, il y a une responsabilité implacable de Monsieur MADURO dans ce qui s'est passé. Et non, nous n'allons pas pleurer le départ d'un dictateur qui a confisqué la liberté à son peuple et qui a volé les élections. Deuxièmement, bien sûr que ça contrevient au droit international. Nous n'avons jamais dit le contraire. Et troisièmement, il faut maintenant permettre au Venezuela de se projeter dans l'après-MADURO avec une transition qui doit être pacifique et qui doit être démocratique. Ça commence par la libération des prisonniers politiques et ça doit ensuite se traduire par une prise en compte réelle des élections de 2024. J'en viens ensuite aux réactions politiques.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce que vous répondez à Jean-Luc MÉLENCHON, à Dominique DE VILLEPIN ?

MAUD BREGEON
Et notamment à Monsieur MÉLENCHON. Je vais vous dire, j'aurais aimé que Monsieur MÉLENCHON organise la même manifestation de soutien au peuple ukrainien lorsque l'Ukraine a été envahie par POUTINE. Et j'aurais aimé que Madame LE PEN rappelle avec la même vigueur l'importance du droit international lorsque ce même Vladimir POUTINE a envahi la Crimée en 2014. Il y a de toute évidence de leur part un deux poids, deux mesures. Et pour revenir sur Monsieur MÉLENCHON, quand on organise une manifestation, comme ça a été le cas, pour demander le retour dans son pays d'un dictateur…

APOLLINE DE MALHERBE
Il a demandé la libération et le retour immédiat de Nicolas MADURO au Venezuela.

MAUD BREGEON
Quand on sait ce qu'a fait subir Nicolas MADURO au Venezuela, ça interroge quant à son propre rapport à la démocratie.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous vous interrogez sur le rapport à la démocratie de Jean-Luc MÉLENCHON ?

MAUD BREGEON
Quand on demande la libération immédiate et le retour dans son pays d'un dictateur qui encore une fois a confisqué la liberté de son peuple et lui a volé les élections, oui, ça interroge dans un rapport au moins trouble à la démocratie de sa part.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous estimez, est-ce que vous allez jusqu'à dire que Jean-Luc MÉLENCHON…

MAUD BREGEON
Je rappelle par ailleurs que Jean-Luc MÉLENCHON avait lui-même dit que le régime de Monsieur MADURO était pour lui, je cite, "une inspiration".

APOLLINE DE MALHERBE
Je vous sens…

MAUD BREGEON
Une inspiration, oui, ça me met en colère. Bien sûr que ça me met en colère. Ça me met en colère parce qu'on parlait d'un dictateur qui a fait subir des choses absolument terribles à son peuple. Et donc se porter comme grand défenseur de Nicolas MADURO, organiser sur la place de la République, quand on sait la symbolique de cette place de la République, un rassemblement pour demander son soutien immédiat et son retour dans son pays, quand on voit ce qu'est devenu le Venezuela depuis plusieurs années, et après que Monsieur MÉLENCHON ait lui-même dit que Nicolas MADURO était une source d'inspiration, ça a de quoi nous mettre en colère, Apolline DE MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Maud BREGEON, vous irez juste après cette interview à Beauvau pour le traditionnel, chaque année ça commence pareil, traditionnel petit déjeuner au ministère de l'Intérieur avant de vous rendre tous ensemble à pied de l'autre côté de la rue, du côté de l'Élysée pour le premier Conseil des ministres. Mais avec quel projet ? C'est-à-dire qu'on se dit : vous avez quitté décembre sans budget, vous commencez l'année sans budget et sans réelle perspective. Quand on demande aux Français, et c'est ce que nos partenaires d'ELABE ont fait, s'ils estiment que 2026 sera meilleure que 2025, ils répondent non.

MAUD BREGEON
D'abord, moi, je comprends les Français parce qu'on a passé 18 mois de politique nationale extrêmement difficile. Ma conviction c'est qu'à l'heure où le monde avance à mille à l'heure, on le voit encore avec ce qu'il se passe en Amérique latine, nous ne pouvons pas nous permettre d'être bloqués. Et donc nous, nous avons je dirais a minima trois responsabilités. La première c'est de faire atterrir le budget. Il est temps, il est temps de passer à autre chose et donc c'est ce à quoi on s'attellera dans les prochaines semaines : il faut un budget en janvier, il y aura un budget en janvier. La deuxième urgence, vous savez, c'est celle des agriculteurs qui attendent beaucoup de nous, qui souffrent, qui sont face à des difficultés extrêmement importantes. Et le Premier ministre recevra les organisations agricoles cet après-midi. Et la troisième c'est les priorités du quotidien des Français. Le Gouvernement n'est pas cantonné au budget, j'ai eu l'occasion de le dire chez certains de vos confrères, le premier trimestre sera porté sur le régalien. Le régalien sera la priorité des premiers mois de l'année une fois passé le budget.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous dites le régalien c'est quoi ? C'est l'armée, c'est la sécurité ?

MAUD BREGEON
C'est l'ensemble, c'est l'augmentation du budget de l'armée avec l'actualisation de la Loi de programmation militaire, c'est le renforcement des moyens de la police municipale. Vous savez qu'un projet de loi va être examiné rapidement au Parlement. C'est le projet de loi de justice sur lequel travaille Gérald DARMANIN, de réforme de la justice pénale pour avoir davantage de simplicité et davantage de fermeté dans l'organisation de la justice pénale. Ça c'est des éléments extrêmement concrets sur lesquels les Français nous attendent.

APOLLINE DE MALHERBE
Les questions d'insécurité en ce début d'année sont aux yeux des Français à nouveau la première priorité avant le pouvoir d'achat.

MAUD BREGEON
Et c'est pour ça qu'on s'y attelle, c'est pour ça qu'on s'y attelle encore une fois avec ce paquet régalien qui comprend à la fois l'armée, qui comprend à la fois l'intérieur, qui comprend à la fois la justice avec un certain nombre de projets de loi, avec le déploiement de lois qui ont déjà été votées. Je pense à la loi narcotrafic, c'est un sujet dont on parle beaucoup sur vos antennes et à juste titre. Elle a été votée il y a un an, il faut maintenant continuer à la déployer. Et puis il y a les moyens qui sont prévus dans le budget. 1 600 postes supplémentaires pour la justice, 1 400 pour l'intérieur, raison de plus pour le voter.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur cette question de l'insécurité, ce matin sur RMC, on a consacré de nombreux reportages à ces lieux désormais pour femmes. Parce que les femmes disent avoir peur dans les transports, il y a désormais des applications pour pouvoir prendre un taxi ou un Uber uniquement femmes, être sûre d'être conduite par une femme, il y a désormais des vacances pour femmes, il y a désormais même des clubs de sport pour femmes. C'est bien ou c'est inquiétant ?

MAUD BREGEON
C'est très inquiétant. C'est très inquiétant parce que ça revient à dire qu'au fond, la seule façon qu'il y aurait de protéger les femmes, c'est de les faire vivre en parallèle des hommes. Ça ne peut pas être la solution. Ça c'est une résignation. Une résignation, c'est une capitulation face aux agressions sexistes et sexuelles que de nombreuses femmes ont vécues et que de nombreuses femmes vivent encore. Donc ce n'est aucunement, aucunement la solution.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc la solution c'est quoi ? La solution c'est de continuer à dire à ces femmes qui sont tentées de prendre ces applis ou de se retrouver dans des salles de sport désormais séparées…

MAUD BREGEON
Je leur dis à elles que je les comprends. Je ne blâme aucunement les femmes qui ressentent ce besoin-là, qu'on soit extrêmement clair. Mais ça nous est arrivé à toutes d'avoir peur à certains moments dans les transports, dans la rue.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça vous est arrivé à vous ?

MAUD BREGEON
Ça m'est arrivé à moi, ça vous est probablement arrivé à vous. C'est arrivé à beaucoup de femmes qui nous écoutent aujourd'hui. Pour autant, en tant que responsable politique, cette solution-là ne peut pas en être une. Notre responsabilité, c'est de continuer à déployer des moyens de sécurisation nécessaires dans les transports, des caméras de vidéoprotection. Des moyens pour mieux les accompagner, mieux former les policiers quand elles vont porter plainte. C'est ce qu'a fait Gérald DARMANIN. Mieux permettre à la justice de répondre, de répondre plus rapidement. Voilà, c'est sur ça qu'on doit agir.

APOLLINE DE MALHERBE
L'insécurité, le régalien dites-vous. Et puis la question du budget. Quel deadline vous dites ? Il y aura un budget en janvier. Mais comment vous faites ?

MAUD BREGEON
Il y aura un budget en janvier.

APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi ça passe là alors que ça ne passait pas en décembre ?

MAUD BREGEON
Parce que la France a besoin. Parce que la France a besoin d'un budget. Parce qu'on ne peut pas se permettre de tenir avec une loi spéciale. On a parlé déjà en décembre dernier. Une loi spéciale, c'est une rustine. C'est ce qui vous permet de continuer quelques mètres supplémentaires, quelques dizaines de mètres supplémentaires.

POLLINE DE MALHERBE
Le budget, ça veut dire aussi que si ça ne passe pas par le vote, vous ferez en sorte que ça passe.

MAUD BREGEON
La première étape, c'est de s'accorder sur la question de fond. Avant de parler des outils de procédure qui permettent de faire passer ce budget, il y en a. Et il y en a dans la Constitution.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous ferez usage de tout ce que la Constitution vous propose.

MAUD BREGEON
Il y en a dans la Constitution, mais aujourd'hui…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous ne vous interdirez rien ?

MAUD BREGEON
Aujourd'hui, la seule question à laquelle nous demandons aux forces politiques de répondre, c'est ce qu'on met dans le budget de l'État et des collectivités territoriales.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce qui bloque ?

MAUD BREGEON
Notamment l'effort que demandent les collectivités territoriales. Entre ce qu'on avait proposé initialement, ce qu'a proposé le SÉNAT, il y a aujourd'hui un écart important. Il faut qu'on arrive à faire converger les uns les autres. Il y a la question de l'effort qu'on demande aux grandes entreprises, aux 300 grandes entreprises qui paieraient la surtaxe d'impôt sur les sociétés. Vous savez qu'elle était de huit milliards l'année dernière. On a proposé quatre milliards. L'Assemblée l'a porté à six. Le Sénat, à 0. Bon, entre le tout ou rien, on doit probablement pouvoir trouver…

APOLLINE DE MALHERBE
Le problème, c'est la droite ?

MAUD BREGEON
On doit probablement pouvoir trouver... Le SÉNAT a demandé à revenir, à supprimer cet effort exceptionnel. Nous, on pense qu'un effort exceptionnel demandé, encore une fois, à 300 grandes entreprises eu égard au contexte qu'on traverse, c'est légitime.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc là, vous vous adressez aux députés de droite, vous leur dites…

MAUD BREGEON
Vous savez, les députés de droite, ils ont largement contribué à faire aboutir et voter le projet de loi de finances pour la sécurité sociale. Je sais qu'on peut compter sur eux. Par ailleurs, cette surtaxe d'impôt sur les sociétés, elle a été portée par Michel BARNIER. J'étais dans son gouvernement à hauteur d'huit milliards d'euros l'année dernière. Donc ça, ça devrait passer.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce qui bloque encore ?

MAUD BREGEON
On doit pouvoir... Aujourd'hui, on n'a pas convergé dessus, mais on doit pouvoir trouver un chemin de convergence. Et puis, il y a une question centrale qui est celle du déficit. Nous disons une chose simple. Nous tiendrons et nous devons tenir le cap d'un déficit inférieur à 5 %.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est absolument léger.

MAUD BREGEON
Le budget, quand il est sorti du Sénat, était à 5,3 %. Ce n'est pas acceptable. En parallèle, les socialistes demandent 10 milliards d'euros de fiscalité supplémentaire. C'est trop important. Et donc, les uns et les autres doivent continuer à se parler. Amélie DE MONTCHALIN et Roland LESCURE recevront d'ailleurs les chefs de file de l'ensemble des groupes hors LFI-RN cette semaine pour faire aboutir, encore une fois, ces discussions le plus rapidement possible.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites avoir confiance dans le fait qu'on trouve un moyen. Si ce n'est pas le cas, vous dites aussi qu'il faut qu'il arrive un budget avant la fin janvier. Donc, si fin janvier, il n'y a pas d'issue favorable à un vote, vous passerez par le.

MAUD BREGEON
Je dis qu'il y a des outils dans la Constitution qui permettent de passer un budget, qu'il faudra en tout état de cause un budget pour le pays, mais qu'à l'heure où on se parle, il est secondaire de parler des questions de procédures parce que ça revient à contourner le problème de fond. Prenez l'exemple de Bruno RETAILLEAU et François HOLLANDE. Tous deux nous demandent d'utiliser le 49.3. Quand ils nous disent ça, sur quel budget ? Je doute que le budget imaginé, même via un 49.3 par Bruno RETAILLEAU, soit exactement le même que celui imaginé par François HOLLANDE. Donc, vous voyez bien qu'il faut d'abord répondre à la question de fond.

APOLLINE DE MALHERBE
Maud BREGEON, deux colères : les médecins, le monde agricole. Le monde agricole, est-ce que vous pouvez nous affirmer ce matin que l'accord sur le Mercosur ne sera pas en l'état appliqué à la France ?

MAUD BREGEON
Oui, notre position est claire et constante. L'accord n'est pas acceptable en l'état. Nous voulons un accord équitable et nous voulons un accord juste. En l'état, il n'est ni équitable ni juste.

APOLLINE DE MALHERBE
Les médecins, est-ce que vous allez leur tendre la main ? Ils commencent une grève d'une heure, aujourd'hui et pour dix jours.

MAUD BREGEON
Bien sûr, ma collègue ministre de la Santé, Stéphanie RIST, leur a d'ailleurs adressé un courrier. Ce que je veux dire ce matin, c'est que le projet de loi de finances pour la sécurité sociale, la loi de finances pour la sécurité sociale qui a été votée en décembre dernier, n'est pas une loi de régression. Elle prévoit une hausse de l'Objectif National de Dépenses d'Assurance Maladie.

APOLLINE DE MALHERBE
Y aura-t-il une rente ?

MAUD BREGEON
Ce n'est pas un budget de régression sanitaire. Ce n'est pas un budget de régression sanitaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils s'inquiètent également, par exemple, sur la question de la limitation des arrêts maladie. Les quotas d'arrêts maladie, pour certains.

MAUD BREGEON
Les arrêts maladie, entre 2019 et aujourd'hui, indemnisés par l'Assurance maladie, ont augmenté de 25 %. C'est une raison qui, je pense, permet à tout le monde de comprendre qu'il faut les encadrer. On ne les limite pas. On pose un cadre, mais on ne les limite pas. On ne contrevient pas à la liberté médicale. Il y a un dialogue qui doit se poursuivre.

APOLLINE DE MALHERBE
Si je vous entends, vous ne comprenez pas très bien.

MAUD BREGEON
J'entends parce que c'est une profession qui fait face à des difficultés majeures. La première difficulté, c'est le nombre de médecins qu'on forme. Beaucoup de Français savent qu'il y a, en France, des déserts médicaux. Ils le vivent au quotidien. La difficulté pour trouver un rendez-vous, la difficulté pour trouver des spécialistes dans certains endroits. C'est à ces questions-là qu'on doit arriver à répondre ensemble.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 janvier 2026