Texte intégral
ADRIEN GINDRE
Bonjour Maud BREGEON.
MAUD BREGEON
Bonjour.
ADRIEN GINDRE
Aujourd'hui à 13h30 s'ouvre le procès en appel de Marine LE PEN dans l'affaire dite des assistants parlementaires européens de l'ex-Front National avec en toile de fond, cette question : pourra-t-elle être candidate à la présidentielle de 2027 ? Hier, l'actuel président du parti, Jordan BARDELLA, a exprimé une forme d'inquiétude sur les conséquences que pourrait avoir ce jugement. Je propose de l'écouter.
JORDAN BARDELLA, PRÉSIDENT DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
Il serait profondément inquiétant pour la démocratie que la justice prive les Français d'une candidate à l'élection présidentielle déjà qualifiée à deux reprises pour le second tour. La démocratie suppose le libre choix du peuple, sans entrave ni acte de déloyauté.
ADRIEN GINDRE
Ce libre choix sans entrave, c'est aussi votre idée de la démocratie ?
MAUD BREGEON
Je rappelle une chose simple. D'abord, les magistrats appliquent la loi. Et la loi est votée par les parlementaires élus par les Français souverainement. Je rappelle ensuite que monsieur BARDELLA ferait probablement mieux de défendre les fondamentaux qui composent la République française et notamment l'indépendance des pouvoirs et l'indépendance de la Justice.
ADRIEN GINDRE
Une présidentielle sans Marine LE PEN, pour vous, ce ne serait pas un sujet ?
MAUD BREGEON
Marine LE PEN n'est ni au-dessus ni en-dessous des lois. Je n'ai pas plus de commentaires à faire sur une affaire judiciaire qui ne relève pas du politique.
ADRIEN GINDRE
Venons-en à une actualité, pour le coup, qui vous concerne tout directement, cette nouvelle mobilisation des agriculteurs. Ce matin, de premiers tracteurs sont entrés dans Paris. Alors au total, 350 véhicules ont été recensés par la préfecture, dans la capitale et aux abords. Certains sont déjà rassemblés dans le cœur de Paris, tout près des lieux de pouvoir, notamment l'Assemblée. Ils réclament de nouveaux actes de la part du Gouvernement. Est-ce que vous êtes en mesure de leur faire de nouvelles annonces ou est-ce que le Gouvernement considère que ça suffit, il a fait le travail ?
MAUD BREGEON
D'abord, c'est une manifestation qui a été déclarée. Il y a, à l'heure où on se parle, environ 150 tracteurs qui sont d'ores et déjà entrés dans Paris et qui sont encadrés par les équipes de la préfecture de police de Paris. Le Premier ministre a déjà fait un certain nombre d'annonces, a mis un certain nombre de sujets sur la table. Je pense à la question de l'importation des produits qui contiennent des substances interdites en France. Je pense à la question absolument majeure pour eux, de l'eau, en demandant au préfet de recenser et d'accélérer les projets locaux qui seraient freinés ou bloqués dans certains territoires. Vous avez vu la lettre qu'il a transmise aux agriculteurs. Et je le dis ici ce matin, tout ça n'est pas pour solde tout compte. Le dialogue et les échanges continuent et donc on doit pouvoir continuer à avancer avec eux. Il y a la question du Mercosur, mais il y a aussi bon nombre d'autres questions qui se posent à l'échelle nationale.
ADRIEN GINDRE
Donc il y aura de nouvelles annonces pour répondre à cette colère qui persiste ?
MAUD BREGEON
En tout cas, ce qui a été mis sur la table par le Gouvernement n'est pas pour solde tout compte, mais on a besoin de continuer à discuter, on a besoin de continuer à avancer avec eux. On sait que bon nombre de questions se posent sur la question de la transmission, sur la question des revenus, sur la question de l'eau, de l'adaptation aux changements climatiques. La liste est évidemment non exhaustive.
Je voudrais simplement rappeler ce matin qu'on ne s'est pas réveillé la semaine dernière en prenant en compte ces demandes des agriculteurs. La loi d'orientation agricole a été votée l'année dernière pour ne prendre que cet exemple-là et l'ensemble des engagements pris début 2024 par Gabriel ATTAL, je pense par exemple au contrôle administratif unique, ont été suivis et tenus par Annie GENEVARD.
ADRIEN GINDRE
Mais vous reconnaissez quand même, Maud BREGEON, que le Gouvernement a aussi en partie échoué sur l'agriculture, par exemple sur l'accord du Mercosur, ce fameux accord de libre-échange avec certains pays d'Amérique latine malgré l'opposition de la France. Il y aura d'ailleurs deux motions de censure qui vont être examinées à l'Assemblée nationale demain pour dénoncer l'impuissance française sur la scène européenne.
MAUD BREGEON
Trois choses. D'une part, la France a une position claire et constante d'opposition au Mercosur en l'état. Deuxièmement, le traité, quoi qu'on en dise, a considérablement évolué de par l'implication du Président de la République. Et troisièmement, il y a une forme d'hypocrisie et de cynisme électoral de la part de ceux qui déposent ces motions de censure. Déposer des motions de censure, ce n'est pas anodin dans la période que l'on traverse. Et ce n'est pas anodin pour les agriculteurs. Prenez l'exemple de La France insoumise. Je vous parlais de la loi d'orientation agricole, qui était tant attendue par les agriculteurs l'année dernière et qui a été décalée à plusieurs reprises, notamment du fait de la dissolution et de la censure de Michel BARNIER. Ils se sont opposés à cette loi d'orientation agricole dans l'hémicycle. Et aujourd'hui, main dans la main avec le Rassemblement National, ils bloquent des mesures de soutien aux agriculteurs qui sont comprises dans le budget et qui sont notamment demandées par Arnaud ROUSSEAU, le président de la FNSEA, lui-même. Donc, vous voyez bien qu'entre les paroles qui sont tenues sur les plateaux télé ou dans les manifestations, et les actes des uns et des autres dans l'hémicycle, il y a parfois un décalage béant. Vous parlez de la question de l'eau, ce sera mon dernier exemple. La France Insoumise et les écologistes étaient les premiers à encourager les manifestations à Sainte-Soline, qui piétinaient des terres agricoles, qui s'opposaient à des retenues d'eau qui sont pourtant, encore une fois, absolument nécessaires pour eux. Et les mêmes... Mais non, mais excusez-moi, encore une fois, c'est une question de cohérence.
ADRIEN GINDRE
Eh bien, parlons cohérence. Très bien.
MAUD BREGEON
Les mêmes viennent défiler, écharpes tricolores à l'épaule, dans les manifestations des agriculteurs.
ADRIEN GINDRE
Vous dites, il y a des mesures dans le budget. Donc, il faut un budget. Le Gouvernement a une carte en main pour conclure les discussions sur le budget, c'est le 49.3. Alors, aidez-nous à comprendre. Est-ce que le 49.3, c'est exclu, totalement exclu, pas vraiment exclu, un peu exclu ? On a du mal à savoir où vous vous situez.
MAUD BREGEON
Rien n'est exclu, mais personne ne pourra faire l'économie du compromis. Quel que soit le mode parlementaire que vous utilisez, la procédure législative, vous devez vous mettre d'accord sur le fond du budget. Et aujourd'hui, on a encore quelques points bloquants, quelques équations que nous n'arrivons pas à résoudre. Je pense à la question des grandes entreprises et de ce sur-impôt sur les sociétés. Il y a des discussions. Je pense à la question de la contribution des collectivités territoriales. Là encore, entre ce qu'avait proposé le Gouvernement et ce qu'a proposé le Sénat, il y a un écart qui est important. Le tout avec un déficit qui, je le redis, doit être inférieur à 5 %. Mais enfin, aujourd'hui commencent les discussions en hémicycle. Ça va être un moment absolument décisif pour pouvoir, en tout cas, c'est notre souhait, dénouer les quelques points bloquants qui perdurent aujourd'hui.
ADRIEN GINDRE
Mais donc, vous êtes prêts à de nouvelles concessions en direction, notamment, des socialistes pour arriver à ce compromis ?
MAUD BREGEON
Le sujet, ce n'est pas "quelles concessions fait le Gouvernement ?"
ADRIEN GINDRE
Bah, quand même.
MAUD BREGEON
C'est comment est-ce que ceux qui, aujourd'hui, acceptent de discuter, et les socialistes, et je les en remercie, acceptent de discuter avec Renaissance, avec Horizons, avec le MoDem, avec Les Républicains, arrivent à s'accorder. Je déplore, en revanche, que certains groupes parlementaires aient déserté les débats, en tout cas, déserté les discussions. Je pense notamment aux écologistes et aux communistes qui, lors du projet de loi de finances de la sécurité sociale ont réaccepté de discuter.
ADRIEN GINDRE
C'est la preuve que le compromis va passer.
MAUD BREGEON
Et aujourd'hui, ils refusent, ne serait-ce que de venir à la table des discussions.
ADRIEN GINDRE
Juste une dernière précision, Maud BREGEON. Pardon. En cas d'échec du budget, on n'a pas bien compris non plus, est-ce qu'on va vers de nouvelles législatives, les 15 et 29 mars, au moment des municipales ? Ou est-ce que c'était un coup de pression du Premier ministre et finalement, on oublie ?
MAUD BREGEON
Vous savez que c'est la prérogative du Président de la République. Enfin, la dernière fois que le Président de la République a eu à s'exprimer sur la question, j'étais présente, c'était en Conseil des ministres. Il a dit clairement qu'une motion de censure va à la motion de dissolution. Donc, les choses n'ont pas changé.
BRUCE TOUSSAINT
Juste pour avoir bien compris, quand vous dites : "Rien n'est exclu" à la question d'Adrien GINDRE, donc, le 49-3 fait partie de cet ensemble ?
MAUD BREGEON
La Constitution donne des outils.
BRUCE TOUSSAINT
Le 49.3 n'est pas exclu ?
MAUD BREGEON
La Constitution donne des outils au Gouvernement pour adopter un budget.
ADRIEN GINDRE
Ou les ordonnances.
MAUD BREGEON
Il y en a trois, en l'occurrence : le vote, le 49.3, et les ordonnances.
BRUCE TOUSSAINT
Donc, ces trois possibilités sont sur la table ?
MAUD BREGEON
En tout cas, la cause, je le redis, rien n'est exclu. Tant et si bien qu'on arrive à s'accorder sur un budget.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 janvier 2026