Texte intégral
ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Laurent PANIFOUS.
LAURENT PANIFOUS
Bonjour.
ALIX BOUILHAGUET
Le budget, effectivement, fait son retour en débat à l'Assemblée nationale aujourd'hui. Le texte a été rejeté en commission la semaine dernière. Ce qui était impossible avant Noël l'est-il toujours ? Est-ce que vous êtes optimiste ? Je sais que vous avez rencontré différents groupes parlementaires hier. Quel est l'état d'esprit ?
LAURENT PANIFOUS
L'état d'esprit est assez constructif. Alors oui, la commission s'est déroulée avec un résultat négatif, c'était assez prévisible. Mais hier, autour de la table, il y avait, comme l'année dernière avec Amélie De MONTCHALIN, nous avons reçu les représentants des groupes, de ces six groupes qui souhaitent essayer de trouver un budget avec une ambition claire : réduire le déficit de manière raisonnable mais réelle, et avec une répartition de cet effort entre la hausse des recettes et la baisse des dépenses selon la volonté des uns et des autres, mais un travail de compromis qui se fait, qui avance, une volonté commune que nous ayons un budget à la fin de ce mois.
ALIX BOUILHAGUET
Sur le fond, on parle désormais d'une surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, au moins 6 milliards, d'une augmentation de la prime d'activité – c'est ce que veut notamment le Parti Socialiste – et de la réindexation du barème de l'impôt sur le revenu pour la première tranche seulement. Est-ce qu'il se trouve dans ces points-là, le compromis ?
LAURENT PANIFOUS
Alors, effectivement, ce sont des points qui font l'objet de longs débats que nous avons pu avoir à Bercy lundi dernier et hier. Il faudra trouver ce point de chute assez rapidement, ce point d'atterrissage pour un texte global qui comportera ces mesures ou, en tout cas, des réglages encore peut-être à faire pour certaines, et qui sera ce texte de compromis qui ne sera satisfaisant pour personne – disons-le tout de suite – mais qui permettra aux députés de ces six groupes qui font une majorité à l'Assemblée nationale de faire en sorte que, malgré les compromis qu'ils ont pu faire et que je veux saluer, et qu'ils feront demain, je l'espère, notre pays sera doté d'un budget, et c'est notre objectif.
ALIX BOUILHAGUET
Donc, à vous entendre, vous pensez qu'il y a quand même une voie de passage vers un pacte, ce qu'on appelle de non-censure, avec les Socialistes. On sait que les Socialistes ne voteront pas le budget. Est-ce que ce pacte de non-censure, avec les éléments dont on vient de parler, est possible ?
LAURENT PANIFOUS
Moi, je crois au regard des travaux que j'ai pu mener aux côtés d'Amélie De MONTCHALIN. Je crois que c'est possible. Aujourd'hui, vous savez, nous avons un premier objectif : c'est construire un texte, un texte qui soit acceptable pour une majorité. Et ensuite nous verrons bien dans un second temps quelle est la manière de l'adopter. Mais on a un objectif commun également, je vous l'ai dit, c'est les 5 % (c'est important), c'est-à-dire de réduire, de commencer à réduire notre déficit qui est très important, et collectivement nous souhaitons avoir un budget avant la fin du mois.
ALIX BOUILHAGUET
Donc, on a compris, un texte de compromis. Sur la méthode, est-ce qu'on n'échappera pas au 49.3 ? Est-ce qu'il va le faire, Sébastien LECORNU, et quand ?
LAURENT PANIFOUS
Écoutez, à ce stade, je ne peux pas vous dire quelle sera la méthode définitive pour faire en sorte que le budget soit adopté. Mais oui, le Gouvernement prendra ses responsabilités pour que ce budget soit adopté à partir du moment où les députés eux-mêmes, mais ils le font, font ce travail de compromis pour construire un texte acceptable. Et encore une fois, ce texte acceptable qui sera construit, je l'espère, dans les heures, dans les jours qui viennent, pourra être ou soumis au vote, ou effectivement soumis à un accord de non-censure ou toute autre méthode. Il n'y a que trois méthodes pour adopter le budget : le vote, le 49.3 ou les ordonnances. Ce sera forcément une de ces trois hypothèses. Mais au préalable, quelle que soit la méthode choisie à la fin, il va falloir avoir un budget pour soumettre ce budget à cette méthode. Donc d'abord le budget, et après la méthode.
ALIX BOUILHAGUET
Quel calendrier ? Est-ce qu'on peut se dire ce matin : "écoutez, d'ici la fin janvier, quelle que soit la méthode, la France aura un budget" ?
LAURENT PANIFOUS
Oui, c'est ça, c'est l'idée. Se mettre d'accord pour que nous ayons un budget quelle que soit la méthode à la fin du mois de juin. Nous en avons besoin. Chacun sait aujourd'hui, beaucoup entendent parler, que la loi spéciale ce n'est pas une loi qui a vocation à durer, il y aurait des conséquences assez lourdes pour notre économie, pour nos collectivités, pour beaucoup de Françaises et de Français. Donc le plus vite possible, il faut que nous dotions notre pays d'un budget.
ALIX BOUILHAGUET
Vous avez évoqué le recours éventuel aux ordonnances, qui reste une voie possible. C'est vraiment sur la table ou c'est quand même une méthode qui pourrait être d'ores et déjà exclue ?
LAURENT PANIFOUS
Écoutez, toutes les méthodes restent sur la table. Le choix de la méthode relèvera du Premier ministre, donc je ne prendrai pas cette décision à la place. En tout cas, le travail qu'il nous a demandé, lui, à Amélie De MONTCHALIN, à moi et à d'autres ministres de ce Gouvernement, c'est de faire en sorte qu'un texte soit compris… construit pardon, et que ce texte soit acceptable pour une majorité de députés. Ensuite, c'est à lui, Premier ministre, de faire ce choix.
ALIX BOUILHAGUET
Vous avez compris la sortie d'Éric LOMBARD, l'ancien ministre de l'Économie, qui dit que la méthode LECORNU ne marche pas ?
LAURENT PANIFOUS
Ecoutez, je suis assez surpris par cette sortie. Le budget de la Sécurité sociale a été voté malgré le contexte extrêmement compliqué qu'on connaît à l'Assemblée nationale. C'est quand même quelque chose d'assez positif et je crois qu'il en serait d'accord. Nous verrons bien dans 15 jours, à la fin du mois, si le budget pour la France a été adopté, de quelle manière et si le Gouvernement de la France est toujours là. C'est à la fin du marché qu'on compte vous savez quoi.
ALIX BOUILHAGUET
… Qu'on compte les bouses, c'est ça. Le Premier ministre qui a évoqué aussi, agité, brandi la menace d'une dissolution. Pourquoi il a fait ça ? Ce n'est pas un peu contre-productif ? Vous nous parlez d'un état d'esprit qui est plutôt positif ; pourquoi agiter un bâton ?
LAURENT PANIFOUS
Je pense en réaction d'abord aux motions de censure qui ont été déposées, les motions de posture, je dirais, par les groupes RN et LFI sur le Mercosur. Parce que le Gouvernement qui a dit non au Mercosur, l'aurait dit de manière trop faible ou pas assez claire. Nous aurions dit oui au Mercosur, il y aurait eu une motion de censure ; nous nous serions abstenus, il y aurait eu une motion de censure ; nous avons dit non, il y a une motion de censure. J'appelle ça une motion de posture, voilà.
ALIX BOUILHAGUET
Vous redoutez ces deux motions de censure déposées par le RN et par LFI, qui vont être étudiées, débattues demain ?
LAURENT PANIFOUS
Parfaitement. Elles n'ont pas de sens, elles sont parfaitement cyniques et, de plus, elles nous font perdre du temps sur le sujet qui, lui, est majeur. Ce qui était important, c'est que la France dit non, la France a dit non. Vouloir censurer et perdre du temps dans cette phase budgétaire pour notre pays qui est majeur, je trouve ça… Encore une fois, c'est de la posture qui est regrettable et c'est du cynisme.
ALIX BOUILHAGUET
Vous dites "la France a dit non", et pourtant les agriculteurs sont toujours dans les rues. Il y a à peu près 150 tracteurs qui seraient entrés dans Paris, qui sont entrés dans Paris ce matin. Vous êtes aussi député de l'Ariège. Comment on sort de cette crise qui est une crise existentielle aussi ? Il y a le Mercosur, mais il n'y a pas que ça.
LAURENT PANIFOUS
Oui, oui, la crise est bien plus profonde et large que le Mercosur ou même que la DNC dont on a pu parler à d'autres reprises.
ALIX BOUILHAGUET
La dermatose nodulaire.
LAURENT PANIFOUS
C'est une profession qui traverse des crises multiples à la fois sanitaires, à la fois économiques, à la fois climatiques, et qui a besoin d'être accompagnée de manière globale. Ce dont cette profession a besoin, ce sont des actes et pas des déclarations.
ALIX BOUILHAGUET
Il y a trop de déclarations ? Annie GENEVARD fait…
LAURENT PANIFOUS
Non, non, il y a eu, par le passé, beaucoup trop de déclarations. Et maintenant, ce qui est bien, c'est qu'on déclare ce qu'on fait, et pas ce qu'on va faire. Et je crois que c'est ce que fait le Gouvernement en annonçant par exemple des interdictions d'importation. C'est concret. C'est-à-dire que tel ou tel produit ne pourra plus être importé. Pourquoi ? Parce qu'il utilise des produits interdits chez nous. Jusqu'à maintenant, ça n'était pas très clair. Ce qui est important, c'est que les choses soient claires. Si c'est utilisé avec des produits interdits chez nous, ils ne rentreront pas chez nous. Et ce qui est important, c'est de le vérifier pour le croire, et donc qu'il y ait des contrôles.
ALIX BOUILHAGUET
Mais est-ce qu'il n'y a pas eu de la démagogie de la part d'Emmanuel MACRON – et pas que lui, de toute la classe politique – sur le fait qu'il y a aussi beaucoup de gagnants du Mercosur parmi les Français ? La filière du fromage, du lait notamment, viticulture…
LAURENT PANIFOUS
Oui, c'est vrai, il y avait des gagnants dans le Mercosur, il y avait des perdants. Et par solidarité les uns envers les autres, nous avons dit globalement non à ce projet de Mercosur.
ALIX BOUILHAGUET
Un tout dernier mot sur le procès en appel de Marine LE PEN qui s'ouvre aujourd'hui. Elle joue gros, c'est sa candidature à la présidence. Est-ce qu'il n'y a pas une forme d'injustice à ce qu'elle pourrait être empêchée de se présenter à cause d'une inéligibilité à exécution provisoire alors qu'elle n'a pas épuisé toutes les voies de recours ?
LAURENT PANIFOUS
Moi écoutez, il y aurait une injustice vis-à-vis des Françaises et des Français si elle n'avait pas le même droit que les autres. Donc madame LE PEN a droit à la présomption d'innocence comme les autres, mais le droit est appliqué et les juges appliquent le droit à madame Le Pen. Le droit est fait par les parlementaires, les juges l'appliquent. Si nous voulions que le droit soit modifié, il faudrait que le Parlement change ce droit. Les juges ne font qu'appliquer le droit voté par les députés.
ALIX BOUILHAGUET
Donc malgré les sondages, malgré tout ça, vous trouveriez ça légitime finalement qu'elle ne soit pas candidate si elle était condamnée ?
LAURENT PANIFOUS
Si le juge en décide ainsi, je ne discuterai pas une décision de justice. Elle serait la même quelle que soit la personne dans notre pays.
ALIX BOUILHAGUET
Merci beaucoup Laurent PANIFOUS. Bonne journée à vous.
LAURENT PANIFOUS
Merci.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 janvier 2026