Texte intégral
ALEXANDRE AUDABRAM
Bonjour Stéphanie RIST.
STÉPHANIE RIST
Bonjour.
ALEXANDRE AUDABRAM
Avant d'évoquer votre visite aujourd'hui à Taissy, on va revenir sur la loi relative à l'évolution du métier d'infirmier, promulguée en juin dernier. Quel est le sens de cette loi, et pourquoi est-elle importante pour la profession d'infirmier ?
STÉPHANIE RIST
Oui. C'était une loi que j'ai eu l'occasion de voter en tant que Députée, avant l'été, qui permet de redéfinir les missions des infirmières. Et donc, de faire évoluer le métier d'infirmier, le faire évoluer, à l'époque où on est, avec plus de prévention, plus d'autorisation de réaliser des actes en raison de leurs compétences, qui ont évolué dans le cadre de leur formation. Et donc, c'est une vraie attente de la part des infirmières. J'ai pu sortir le décret le 24 décembre, c'est-à-dire les textes qui vont permettre, là, les discussions sont en cours, d'appliquer cette loi.
ALEXANDRE AUDABRAM
C'était aussi une forme de reconnaissance du métier, du statut d'infirmier ?
STÉPHANIE RIST
Vous savez, sans infirmière, on ne peut pas soigner les gens. Je suis médecin moi-même, rhumatologue, je sais la place des infirmières dans le soin de nos concitoyens. Et il était temps de reconnaître le métier d'infirmier.
ALEXANDRE AUDABRAM
Alors, vous êtes ministre de la Santé depuis octobre dernier. Vous avez souhaité faire évoluer les choses. Vous avez parlé de ce décret, tout de suite, pour accompagner la mise en application de cette loi. Quelle est votre ambition aujourd'hui pour le métier d'infirmier, et qu'allez-vous annoncer aujourd'hui à Taissy ?
STÉPHANIE RIST
Clairement, je vais annoncer plusieurs choses. D'une part, comme on l'a dit, le renforcement de leurs compétences. Par exemple, demain, quand vous aurez une plaie, qu'elle soit aiguë, vous venez de vous faire une blessure, ou chronique, vous pourrez aller chez l'infirmière qui s'occupera, qui pourra prescrire ce qu'il y a besoin pour votre plaie. Ça, c'est une avancée. Ça va permettre d'améliorer l'accès aux soins en libérant du temps de médecin, et surtout un accès de tous nos concitoyens. Je vais aussi annoncer le renforcement de leurs compétences en termes de prévention. Vous savez que c'est vraiment important qu'on puisse s'occuper de la prévention. Par exemple, elles pourront avoir un rôle plus important dans la lutte contre le tabac ou délivrer des kits pour le cancer colorectal. Les infirmières sont nombreuses sur nos territoires, bien réparties. On a besoin de tous les infirmiers de notre pays pour pouvoir agir dans la prévention.
ALEXANDRE AUDABRAM
Vous parlez de la prévention du cancer colorectal. C'est vraiment une première. A partir de quand elles pourront utiliser ces kits ?
STÉPHANIE RIST
Alors, la campagne pour le cancer colorectal, vous savez, s'appelle Mars Bleu. C'est au mois de mars. Donc, dès le mois de mars. Nous travaillons en ce moment, et je tiens à remercier d'ailleurs les syndicats, les ordres des infirmiers, les étudiants infirmiers, avec qui nous travaillons tous les jours, pour que ces textes d'application, tout ce qui est nécessaire en termes juridique, soient pris d'ici le mois de mars.
ALEXANDRE AUDABRAM
Est-ce qu'on peut dire que c'est aussi une réponse au manque de médecins dans certains secteurs du territoire ?
STÉPHANIE RIST
Vous savez, ce travail d'amélioration des missions des infirmiers, elle se fait en très grande coopération avec les médecins. Et c'est ce que je vais voir tout à l'heure dans la maison de santé qui a été labellisée France Santé, à Taissy. C'est ce travail entre médecins, infirmières et autres professionnels de santé, qui fait que le malade est mieux soigné. Certes, ça libère du temps de médecin, donc, c'est un meilleur accès aux soins, mais c'est aussi une prise en charge de meilleure qualité.
ALEXANDRE AUDABRAM
Alors, se pose également la question de la formation des infirmières et des infirmiers : va-t-il y avoir, là aussi, des évolutions ?
STÉPHANIE RIST
On est en train de refondre la formation du métier d'infirmier, parce qu'il faut s'adapter aux nouvelles compétences, et puis aussi, parce qu'on voit qu'il y a beaucoup d'abandon dans le parcours des étudiants infirmiers. Et donc, nous voulons éviter ce nombre d'abandon pendant des études. Encore une fois, je le dis : tellement on a besoin d'infirmiers dans notre pays. Nous avons besoin d'améliorer leur formation. C'est ce que nous sommes en train de travailler avec, évidemment, les enseignants, infirmiers, mais aussi les étudiants. Sur le sujet de la formation, parce que vous êtes dans une région où il y a un très grand engagement de la région Grand-Est, sur le nombre d'infirmiers, puis vous savez que nous avons le budget qui est en train d'être adopté, et qui va augmenter l'intervention de l'État financier. Pour la région Grand-Est, c'est 22 millions de plus pour augmenter le nombre de places d'étudiants infirmiers dans la région Grand-Est. Et c'est plus de 5 000 places en France.
ALEXANDRE AUDABRAM
C'est ça, concrètement : il va y avoir un nombre de places plus important ? Vous pouvez l'annoncer aussi aujourd'hui, il y aura plus de places pour les infirmiers et les infirmières ?
STÉPHANIE RIST
C'est un travail que l'État fait avec les régions. Dans le budget, il y a 215 millions en plus pour le nombre de places d'étudiants infirmiers. Pour la région Grand-Est, c'est 22 millions, c'est 771 places de plus que ça va permettre dans cette région, qui est encore une fois, je le redis, et je les salue, parce que c'est très engagé sur la formation infirmière.
ALEXANDRE AUDABRAM
D'autant plus qu'il y a des vocations, 700 000 vœux PARCOURSUP. Ça fait partie des plus importantes demandes à PARCOURSUP. Ça veut dire qu'il faut répondre aussi à cela, et aussi, quelque part, convaincre les infirmières et les infirmiers d'aller vers cette profession.
STÉPHANIE RIST
Oui, je trouve ça très encourageant, parce qu'en fait, on a des jeunes qui ont envie de s'occuper des autres, contrairement à l'image qu'on peut donner sur nos jeunes. Vous savez, je suis ministre aussi des Familles, et je trouve qu'on ne le dit pas assez : nos jeunes s'engagent, et s'engagent dans ces métiers. Et donc, notre responsabilité, c'est, avec les régions, de faire que ces études se passent mieux qu'actuellement, pour qu'il y ait moins d'abandon lors des études.
ALEXANDRE AUDABRAM
On parle de la licence, on parle des études. Est-ce que c'est aussi important de faire en sorte que le diplôme soit un peu plus reconnu et valorisé ? Aller vers le grade de licence, par exemple, ça fait partie de vos objectifs ?
STÉPHANIE RIST
Alors, je suis très engagée depuis que j'ai commencé la politique, il y a huit ans, sur le fait de faire évoluer les métiers. Que ce soit le métier d'infirmier, mais les métiers en général, parce que nous sommes dans une société où, évidemment, nous allons évoluer. Et ces métiers d'infirmier, là, on renforce les compétences de socle, de base, du métier d'infirmier. C'est l'enjeu de la loi et des textes que nous sommes en train de prendre. Et vous savez qu'il y a tout un travail que j'ai pu porter sur les infirmières pratiques avancées. Mais là, je veux le redire aux infirmiers : demain, elles vont pouvoir s'occuper des plaies en accès direct. C'est-à-dire que les gens pourront directement aller se faire soigner.
ALEXANDRE AUDABRAM
Ça, ce n'était pas possible avant.
STÉPHANIE RIST
Non, ce n'était pas autorisé, il fallait passer par un médecin.
ALEXANDRE AUDABRAM
Ça peut paraître surprenant.
STÉPHANIE RIST
Et encore une fois, c'est vraiment en travaillant en coopération avec les médecins, pour que la qualité de prise en charge soit tout à fait correcte. C'est une vraie annonce, ce matin, que je vous fais.
ALEXANDRE AUDABRAM
C'est important ? C'est important dans cette évolution, dans cette loi qui est passée, de pouvoir donner cet accès, vraiment ?
STÉPHANIE RIST
C'est important pour les infirmiers, parce qu'en fait, c'est reconnaître leurs compétences. Donc, c'est important. Mais c'est important pour nos concitoyens, qui vont pouvoir simplement avoir accès plus facilement à des soins dans le cadre de ses plaies, par exemple.
ALEXANDRE AUDABRAM
Pour finir, madame la ministre, on a débuté cette interview en parlant de reconnaissance. C'est vraiment ce qui manquait aux infirmiers, aux infirmières. On a tous connu la crise Covid, évidemment, où ces personnes étaient très mises en avant, bien sûr, dans une grande difficulté. Aujourd'hui, cinq ans, presque six, après la crise Covid, c'est sympa aussi d'aller vers ça ?
STÉPHANIE RIST
C'est important de reconnaître la place des infirmiers dans notre pays, leurs compétences. Il y a aussi des reconnaissances financières, puisque vous savez qu'il y a, en cours, des négociations avec l'assurance maladie, qui sont en train d'être faites pour reconnaître aussi financièrement ces compétences.
ALEXANDRE AUDABRAM
Merci Stéphanie RIST, d'avoir été notre invitée ce matin. Je rappelle que vous vous rendez, donc, dans quelques minutes, maintenant, à Taissy, à la maison de santé pluriprofessionnelle Guttenberg. Merci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 février 2026