Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à Europe 1 le 3 février 2026, sur les refus d'obtempérer, l'adoption du projet de loi de finances pour 2026, l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, l'antisionisme, les élections municipales et la soumission chimique.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Aurore Bergé - Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ;
  • Sonia Mabrouk - Journaliste

Média : Europe 1 - CNews

Texte intégral

SONIA MABROUK
La grande interview sur Cnews et Europe 1. Mon invitée, ce matin, est la ministre en charge de la lutte contre les discriminations, de l'égalité entre les femmes et les hommes. Bonjour et bienvenue, Aurore BERGE,

AURORE BERGE
Bonjour,

SONIA MABROUK
Merci de votre présence ce matin. Beaucoup de sujets abordés. Et tout d'abord, 5 refus d'obtempérer en moins de 72 heures. Au total, ce sont 10 policiers qui ont été blessés. On imagine aussi le traumatisme psychologique. De quoi cette haine de la police est-elle le symbole et le signe selon vous ?

AURORE BERGE
Déjà, je veux avoir un mot, évidemment, de soutien aux forces de l'ordre et à leurs familles parce qu'à chaque fois qu'ils interviennent, ils interviennent pour protéger les Français, pour les mettre en sécurité. Et c'est inacceptable de se dire qu'ils peuvent, eux, être pris pour cibles parce qu'un refus d'obtempérer, c'est finalement foncer sur la police. Et c'est donc, les prendre pour cibles. Donc, je pense qu'il faut réaffirmer tout simplement l'ordre, l'ordre républicain et donc garantir la sécurité des Français. C'est ce qu'ils font chaque jour dans notre pays.

SONIA MABROUK
Et rappeler que souvent, ce sont les policiers qui sont la cible. Contrairement à ce qu'une partie de la classe politique, de la police tue, on voit bien…

AURORE BERGE
Ah non, mais ça, je pense qu'on doit être extrêmement clair sur le sujet. D'ailleurs, on l'a vu encore récemment dans l'hémicycle à l'Assemblée nationale avec un certain nombre de slogans comme si la police, par principe dans notre pays, était anti-républicaine. Non, on a une police qui est profondément républicaine, profondément attachée à nos principes et à nos valeurs et qu'il faut évidemment défendre.

SONIA MABROUK
Alors, défendre, c'est la défense du budget. Vous l'avez fait hier, en tout cas, le Premier ministre. Les motions de censure ont été rejetées. Le budget, finalement, Aurore BERGE, adopté. Sébastien LECORNU épargné. Mais il faut bien le reconnaître, la politique, au sens large, un peu abîmée par un tel épisode. Et est-ce que vous diriez que notre pays est aussi déclassé, malheureusement ?

AURORE BERGE
Ouh là, ça fait beaucoup d'un coup.

SONIA MABROUK
Qu'est-ce qui est beaucoup ?

AURORE BERGE
Déjà, je pense qu'il était temps. Le premier sujet, il est là. Je pense que les Français avaient aussi... Au-delà du Gouvernement, les Français avaient envie qu'on passe à autre chose, qu'on réussisse à ouvrir d'autres pages qu'uniquement la question budgétaire. Parce que ça fait 18 mois. Ça fait 18 mois, de Michel BARNIER, François BAYROU, Sébastien LECORNU, qu'on ne parle que de la question budgétaire. Parce que c'est vrai qu'elle est essentielle et que sans budget, vous ne pouvez pas, ensuite, avancer dans le pays. Mais le budget, c'était la condition de la stabilité. Mais la stabilité, c'est la condition de l'action. Non, je ne crois pas.

SONIA MABROUK
Vous l'avez tous reconnu.

AURORE BERGE
Je me souviens du moment où on a commencé à entrer dans le budget. On nous parlait que d'une chose, la taxe Zucman. Est-ce qu'elle est dans le budget ? Non. Donc, ça veut dire qu'il y a des choses qui ont été évitées. Ça veut dire qu'il n'y a pas eu de folie fiscale. Ça veut dire qu'il y a de la stabilité fiscale. Est-ce que c'est totalement le budget qu'on aurait voulu ? Non.

SONIA MABROUK
Que veut dire le totem stabilité ?

AURORE BERGE
Les patrons ne vous disent pas merci, Aurore BERGE, sur le budget.

SONIA MABROUK
Ce qui est dit, c'est qu'il y a une véritable rupture avec…

AURORE BERGE
Non, mais ce que j'entends, c'est deux choses. Est-ce que c'est le budget dont ils auraient rêvé ? La réponse, c'est non. Mais pas plus le Gouvernement et pas plus, d'ailleurs, le Parti socialiste. C'est le budget que personne n'aurait fait en majorité absolue. Mais personne n'a de majorité absolue.

SONIA MABROUK
Le Parti socialiste a obtenu ce qu'il voulait, tout ce qu'il voulait.

AURORE BERGE
Non.

SONIA MABROUK
Pourquoi alors, ils n'ont pas arrêté la censure ?

AURORE BERGE
Regardez la taxe Zucman dont on parlait. Est-ce qu'il a obtenu ? La réponse est "Non". Les questions fiscales, est-ce qu'il a obtenu ? La réponse est "Non". Donc, c'est le budget que personne n'aurait fait en majorité absolue, sauf que personne n'a de majorité absolue. Et ça suppose donc un budget qui est un budget de compromis. Donc, c'est vrai que c'est un mot qui a été difficile à accommoder avec la vie politique française.

SONIA MABROUK
Est-ce que ça ne parle pas de compromission plutôt ?

AURORE BERGE
Non, je ne crois pas. Je pense qu'il y avait la nécessité d'avancer et la nécessité de donner de la stabilité. Le premier sujet dont on nous parle, les artisans, les commerçants, des patrons d'entreprises, c'est quoi ? C'est qu'on veut savoir les règles pour l'année à venir parce que tant qu'on ne connaît pas les règles pour l'année à venir, on a peur. On a peur d'investir, on a peur d'embaucher. Et donc maintenant, les règles, elles sont connues, elles sont installées, elles ne changent pas en matière fiscale, ni pour les Français, ni pour les ménages, ni pour les retraités qui peut-être nous écoutent, ni pour les entreprises. Et ça, je crois que c'était absolument essentiel.

SONIA MABROUK
Quand on cède malgré tout à Olivier FAURE, comment alors est-ce qu'on peut être craint à l'international ? Aurore BERGE, à ce sujet, le président du RN, Jordan BARDELLA, attaque vertement le bilan d'Emmanuel MACRON, affirmant que la France est sortie des grandes affaires du monde. Il prend, pour exemple, notamment l'Iran, où on cherche la voie de la France. En quoi il est d'accord ?

AURORE BERGE
Je crois qu'on n'a pas de leçon de politique et de diplomatie, surtout à recevoir du Rassemblement national. Il ne faut quand même pas oublier ce que le Rassemblement national disait au moment de la réélection de Donald TRUMP. C'étaient les premiers à faire des pieds et des mains pour être à l'investiture de Donald TRUMP. Le RN y était reconquête avec Sarah KNAFO et Eric ZEMMOUR, étaient présents et se félicitaient de la réélection. Or, aujourd'hui, on voit quoi ? On voit que Donald TRUMP, il cherche à servir, justement, à la fois le continent européen et notamment la France. Et est-ce que la France s'est laissée faire ? La réponse est non. Est-ce que l'Europe s'est laissée faire ? La réponse est non. Regardez l'exemple du Groenland.

SONIA MABROUK
Il vaut mieux attendre ce qu'il va se passer.

AURORE BERGE
Vous aviez carrément le président des États-Unis qui, à grand renfort de communication sur ses réseaux sociaux, disait qu'il allait planter le drapeau américain sur le Groenland. La réponse a été claire. La réponse a été claire parce qu'elle a été puissante et parce que la France, parce que l'Europe ont affirmé de la puissance. Et quand on est face à des prédateurs, parce que les États-Unis, comme la Russie, comme la Chine…

SONIA MABROUK
Vous mettez sur le même plan Donald TRUMP et Vladimir POUTINE ?

AURORE BERGE
Je ne mets pas sur le même plan institutionnel les trois, évidemment, mais il y a une volonté impérialiste. Il y a une volonté de prédation. Et face à cette prédation, il faut de la puissance. Donc, il faut de la puissance en France.

SONIA MABROUK
Il faut de la puissance économique pour avoir la puissance diplomatique. Où est-elle, véritablement ? Je vous ai dit, quand on n'est pas craint par Olivier FAURE, est-ce qu'on peut être craint par Donald TRUMP ?

AURORE BERGE
Oui, mais vous voyez bien que, objectivement, la comparaison ne se vaut pas parce que le sujet n'est pas là. Le sujet, c'est avec qui vous composiez, avec qui vous composiez d'autres au sein de l'Assemblée nationale. Il y avait la nécessité d'avancer, donner de la stabilité, on l'a fait. Parce que, justement, quand on a ce niveau de désordre mondial, on a d'autres choses à faire que de passer 18 mois sur une question budgétaire. Et quand on aspire, soi-disant, à diriger le pays, comme le Rassemblement national prétend le faire, alors peut-être que le principal objet ne devrait pas être de déstabiliser la politique intérieure, mais de nous donner les armes communes pour être puissants à l'extérieur. Et ce n'est pas ce qu'ils ont fait, et je pense que chacun peut en juger.

SONIA MABROUK
Restons sur certains votes et certains textes, Aurore BERGE, ce matin, sur Cnews et Europe 1. Parlons des suites de l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Alors, la ministre en charge du numérique a dit elle-même que ce n'était qu'un début. Est-ce que vous niez vraiment, totalement, fermement, ce matin, une possible interdiction des fameux VPN, qui sont les garants de la liberté en ligne ? Et puis, comment vous croire ?

AURORE BERGE
Alors déjà, l'interdiction des réseaux sociaux, on a un exemple très concret qui est celui de l'Australie, qui démontre que c'est possible, qui démontre que des applications, elles ont tout simplement été désactivées, ce qui fait que les jeunes, là-bas, ne peuvent plus, à moins de 15 ans, là-bas, c'est 16 ans, y avoir accès. Je pense qu'il n'y a pas une famille qui nous écoute, ce matin, qui n'a pas un conflit dans sa famille sur l'usage du téléphone portable, sur l'usage des réseaux sociaux, sur les angoisses que ça génère chez les parents, sur ce à quoi nos enfants peuvent avoir accès. Et je peux vous dire que je suis malheureusement, dans ce ministère, bien placée pour savoir ce à quoi ils ont accès, que ce soit l'antisémitisme, que ce soit le racisme, que ce soit la haine à l'encontre des femmes, que ce soit la question de la pornographie, voire de la pédopornographie. Donc, on a des enjeux majeurs. Ce sont des enjeux de protection.

SONIA MABROUK
Nous sommes d'accord sur ce sujet.

AURORE BERGE
Oui, mais tout le monde n'était pas d'accord. Pardonnez-moi, mais c'est obstruction massive de la France insoumise à l'Assemblée nationale, refus de reconquête aussi sur le sujet.

SONIA MABROUK
Mais il faut dire pourquoi, parce qu'in fine, c'est la fin de l'anonymat.

AURORE BERGE
Non, mais attendez. Déjà, c'est une vraie question qui peut se poser. Non, mais c'est une vraie question qui peut se poser. Et sans doute qu'elle se posera en 2027, pendant la campagne présidentielle, savoir si oui ou non, on considère qu'on peut continuer à déverser de la haine sous couvert d'anonymat dans notre pays. Je pense que vous en faites l'objet de manière quotidienne, moi aussi, comme des milliers et des milliers de Français. Est-ce que c'est légitime ?

SONIA MABROUK
Est-ce que vous voulez tomber dans l'autre côté de la surveillance généralisée hors budget, Aurore BERGE ?

AURORE BERGE
Mais ce n'est pas une question de surveillance généralisée. C'est une question de quelle liberté voulons-nous exercer. La liberté d'expression n'a jamais été la liberté de nier n'importe quoi, ni la liberté de nuire, ni la liberté de déverser de la haine. Il y a des règles dans un État de droit. Elles sont pleinement respectées. Elles doivent pouvoir l'être. On parlait de puissance. Eh bien, je crois que c'est aussi une question de puissance vis-à-vis de ces grandes plateformes internationales qui, parfois, donnent le sentiment de s'extraire de la question du droit et du droit international, de rappeler qu'il y a des règles et que la France entend les faire respecter.

SONIA MABROUK
Mais ces règles sur lesquelles nous devrions tous être d'accord de la protection de l'enfance ne sont pas le fauné ou le paravent d'une surveillance…

AURORE BERGE
Mais bien sûr que non. Mais attendez. Moi, je vois bien ensuite…

SONIA MABROUK
La question peut se poser. Les inquiétudes sont légitimes.

AURORE BERGE
Non, je pense que certains ont envie de la poser sous un air de complotisme. Un peu quand même, mais parce que regardez... Regardez qui énonce ces idées-là. Le sujet, ce n'est pas d'interdire à quiconque de prendre la parole, la question n'est pas là. Chacun sera libre de pouvoir s'exprimer dans le respect tout simplement de l'État de droit et des règles qui sont celles de notre pays, qui est un pays, justement, de démocratie. Mais je pense que face à ce que vivent nos enfants, on parle d'enfants qui ont été jusqu'à se suicider parce qu'aujourd'hui, leur livre de chevet, c'est devenu TikTok. C'est ça qui se passe. Et je pense que là, on a une responsabilité qui est une responsabilité individuelle, citoyenne et politique qu'on doit impérativement affirmer.

SONIA MABROUK
Vous parlez de liberté d'expression. Vous défendez la proposition de loi de la députée, Caroline YADAN, adoptée en commission qui vise à caractériser les nouvelles formes d'antisémitisme en pénalisant l'antisionisme. Et vos détracteurs, là encore, vous reprochent de vouloir... On est tous d'accord, évidemment, sur la lutte contre l'antisémitisme, du moins, je l'espère, mais d'empêcher toute critique, et là, je parle de la liberté d'expression, de la politique d'Israël. Reconnaissez-vous que ce serait légitime de pouvoir critiquer…

AURORE BERGE
Mais ce sera toujours possible.

SONIA MABROUK
Qui le garantit dans le temps ?

AURORE BERGE
Ce sera toujours possible. Le Conseil d'État qui a rendu un avis est qu'on suit strictement et le débat parlementaire et le Gouvernement, évidemment. Pourquoi ? Parce qu'on mélange volontairement les notions. L'antisionisme, c'est un signe égal, aujourd'hui, avec l'antisémitisme. Il faut quand même être très au clair là-dessus. C'est-à-dire que si on refuse de le voir, c'est au mieux de la naïveté, au pire de la complicité. Et aujourd'hui, quand des Français juifs sont pris pour cible, ils sont pris pour cible avec quel cri ? Avec la haine d'Israël à la bouche et avec des critiques en disant qu'ils sont, je cite, "Génocidaires". Donc, on voit bien le type de critiques, aujourd'hui, qu'ils subissent, le type d'attaques qu'ils subissent. Donc les mots ont changé, mais les cibles, elles, elles n'ont pas changé.

SONIA MABROUK
Ça veut dire que l'antisionisme ne veut plus simplement dire la critique de l'État d'Israël. Pour vous, ça veut dire l'anéantissement d'Israël.

AURORE BERGE
L'antisionisme n'a jamais voulu dire ça, Sonia MABROUK. L'antisionisme, ce n'est pas la critique libre de la politique menée par un Gouvernement. Chacun est libre, sur ce plateau comme ailleurs, d'avoir l'avis qu'il veut et qu'il entend donner sur la politique menée par le Premier ministre israélien. Et les premiers qui sont critiques, c'est qui ? Ce sont les Israéliens eux-mêmes, d'ailleurs. L'antisionisme, c'est quoi ? L'antisionisme, c'est la négation de la légitimité d'Israël à exister en tant qu'État, qui est le seul État refuge au monde pour l'égide.

SONIA MABROUK
C'est l'État qui sera pénalisé.

AURORE BERGE
Oui, c'est l'interdiction d'appeler à la destruction d'un État.

SONIA MABROUK
Alors, pourquoi toutes ces inquiétudes ?

AURORE BERGE
Mais ce ne sont pas des inquiétudes. C'est une volonté d'instrumentalisation d'une proposition de loi par ceux qui n'ont pas envie, justement, que demain, ils n'aient plus le droit, tout simplement, d'appeler à la destruction l'État d'Israël. C'est quand même le seul État au monde dont on appelle à la destruction. C'est le seul État au monde où on trouve légitime que des parlementaires appellent à sa destruction. Donc, il y a une obsession de la part de la France insoumise à l'encontre d'Israël et il se trouve qu'Israël est le seul État refuge au monde pour les Juifs. Je pense que les deux ne sont malheureusement pas à dissocier et donc si on veut combattre l'antisémitisme, on combat l'antisionisme, on combat l'islamisme et on combat aussi dans notre pays la France insoumise.

SONIA MABROUK
Et on sanctuarise la liberté d'expression et la liberté d'enseigner. Je dis cela parce qu'une école juive primaire a été attaquée, dégradée. Heureusement, en pleine nuit, parce que les enfants n'y étaient pas, on imagine le traumatisme et les inquiétudes des parents. Voilà pour le contexte. Est-ce que vous pourriez encore, dans quelques jours, défendre ces dossiers très importants et très brûlants, puisqu'un remaniement, l'a dit tout à l'heure Maud BREGEON, la porte-parole du Gouvernement, est prévue dans les prochains jours. On se souvient, Aurore BERGE, que Sébastien LECORNU avait dit qu'il fallait désormais faire partir les prétendants pour 2027. Donc vous et monsieur DARMANIN êtes sur le départ ?

AURORE BERGE
Écoutez, c'est le Premier ministre et le Président de la République qui décident quoi qu'il arrive, de qui est au Gouvernement, qui y reste, mais parce que c'est vrai. Parce qu'à la fin, en dernier ressort, il y a quand même deux personnes qui décident. Ça s'appelle un Premier ministre, un Président de la République. Et j'ai l'impression, en effet, que les sujets que j'ai évoqués, ce matin, devant vous, que ce soit sur la question de la protection de nos libertés fondamentales, de la lutte contre l'antisémitisme, de la lutte contre toutes les formes de violences, sont des sujets qui méritent toute notre attention. En tout cas, ils ont toutes la mienne, c'est la raison pour laquelle je suis au Gouvernement. Et j'espère évidemment pouvoir continuer à porter ces sujets qui, je crois, comptent pour les Français.

SONIA MABROUK
Une sortante, et ce n'est pas une surprise, ce sera Rachida DATI. Elle l'a annoncée elle-même, évidemment, en vue de la campagne des municipales, qui vraiment démarre fort à Paris. Tout peut arriver, vous avez soutenu sans ambiguïté Rachida DATI. Si Sarah KNAFO et Rachida DATI finissent par nouer une alliance, aura-t-elle…

AURORE BERGE
Rachida DATI a dit elle-même qu'il n'y aurait aucune alliance. Donc, il n'y aura pas de si, parce que ça ne peut pas arriver.

SONIA MABROUK
Vous ne soutiendrez pas une telle configuration.

AURORE BERGE
La candidate elle-même, Rachida DATI, a dit clairement qu'il n'y aurait aucune alliance.

SONIA MABROUK
Ça peut arriver que les alliances se fassent à second tour.

AURORE BERGE
Vous savez, pour connaître un peu Rachida DATI, je crois qu'en général, quand elle dit quelque chose, elle le fait.

SONIA MABROUK
Pour connaître un peu la politique, ça peut changer, non ?

AURORE BERGE
Non, ça ne changera pas, parce que c'est une question de valeurs, c'est une question de compatibilité de ces valeurs.

SONIA MABROUK
Ce n'est pas les mêmes valeurs entre les deux candidatures.

AURORE BERGE
Non. C'est peut-être comme ça qu'il y a les deux candidatures.

SONIA MABROUK
Et pourquoi ?

AURORE BERGE
Si Sarah KNAFO a décidé de se présenter, c'est peut-être parce qu'elle a considéré qu'elle avait justement des valeurs différentes à défendre. Sinon, il n'y aurait peut-être pas eu ces candidatures supplémentaires.

SONIA MABROUK
Qu'est-ce qui les différencie, par exemple ?

AURORE BERGE
Moi, ce qui les différencie surtout, c'est qu'il y en a une qui peut gagner. Et une seule.

SONIA MABROUK
Oui, mais il y en a une qui peut faire gagner l'autre, non ?

AURORE BERGE
Non, il y en a une qui peut faire perdre.

SONIA MABROUK
Ah, c't la différence. Doncc vous l'appelez à se désister ?

SONIA MABROUK
Déjà, on verra, pour l'instant, les Parisiens ne se sont même pas prononcés. Il y a un vote, les 15 et 22 mars. Je les appelle à voter, à voter massivement. Je crois que les Parisiens, et au-delà, les Franciliens. Moi, je suis élue de grande couronne dans les Yvelines, donc je peux vous dire que les Franciliens, et peut-être même les Français, attendent un changement à Paris. La seule qui peut incarner le changement à Paris, la seule qui est en situation de gagner, c'est Rachida DATI.

SONIA MABROUK
Mais on voit bien dans les législatives partielles, je reste dans les élections, que les électeurs, comme en Haute-Savoie, veulent l'union des droites. En tous les cas, semble-t-il, dans les sondages, et si je tiens compte de cette élection partielle, il rejette, Aurore BERGE, tous ceux qui s'associent de près ou de loin au macronisme. Macroniste comme les LR. Est-ce que vous avez obtenu un épouvantail, un repoussoir ? Pardonnez-moi on peut en tirer des conséquences.

AURORE BERGE
Parce qu'il y a eu une seule législative, on peu faire confiance à 577 circonscriptions, il y a des élections présidentielles qui arriveront bien assez tôt. Elles vont arriver. Je pense que tout le monde en parle, depuis même le lendemain de la réélection du Président de la République, en 2022. Donc, il y aura des élections présidentielles en 2027. Et c'est à ce moment-là, qu'il y aura un arbitrage à faire. Moi, ce que je dis, c'est que je pense qu'il faut de l'unité. Et que l'unité, ce n'est pas l'union des droites. Que l'unité, c'est celle qu'on essaye d'avoir au sein du Gouvernement. Ça ne veut pas dire que c'est toujours facile. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des nuances. Mais ça veut dire qu'il y a la nécessité de continuer à avancer ensemble.

SONIA MABROUK
Mais avancer sur quoi ?

AURORE BERGE
Si on ne veut pas que les Français soient pris dans une tenaille identitaire entre le RN et la France insoumise. Et si on ne veut pas se réveiller avec ça…

SONIA MABROUK
On connaît votre combat sans faille sur la France insoumise.

AURORE BERGE
Moi, je ne répondrai jamais à cette question.

SONIA MABROUK
Pourquoi ?

AURORE BERGE
Parce que je me bats pour que ce ne soit pas le second tour qui s'écrive.

SONIA MABROUK
Vous êtes une responsable politique, vous savez bien que tout peut arriver.

AURORE BERGE
Non, ma responsabilité, ce n'est pas de commenter. Et ma responsabilité, c'est de faire en sorte que nous n'ayons pas ce duel à commenter. Moi, je ne veux pas commenter. Je veux être actrice. Et je veux garantir qu'on n'ait pas cette espèce de tenaille identitaire.

SONIA MABROUK
C'est la meilleure façon de ne pas répondre.

AURORE BERGE
Mais c'est surtout que si je réponds, j'accrédite l'idée que ça va arriver. Et je ne veux pas accréditer l'idée que ça va arriver.

SONIA MABROUK
Dans les sondages, c'est possible qu'il y ait Jean-Marie LE PEN, Jordan BARDELLA et monsieur MELENCHON.

AURORE BERGE
Je dis juste aux Français, et je dis juste à mes amis politiques que si nous ne voulons pas que ça arrive, ça suppose qu'on travaille, ça suppose qu'on reste utiles et au travail jusqu'au dernier moment. Ça veut dire au sein du Gouvernement et au sein du Parlement, parce qu'on a aussi des choses à faire, ça veut dire sans doute, moi en tout cas, je crois, une primaire du Bloc central jusqu'à la droite républicaine, parce que je pense que nous avons un projet de société que nous pouvons défendre ensemble, parce que nous avons une vision de société que nous pouvons défendre ensemble et parce que si nous n'arrivons pas à nous rassembler, alors nous serons responsables d'avoir laissé choisir les Français entre, d'un côté, le Rassemblement national et la France insoumise. Et je ne veux pas être responsable de cela.

SONIA MABROUK
Alors dans vos dossiers également, et bientôt pour conclure, Aurore BERGE, après la condamnation à 4 ans de prison, dont 18 mois ferme, de l'ex-sénateur Joël GUERRIAU, reconnu coupable d'avoir drogué en 2023 la députée, Sandrine JOSSO, en vue de la violer, vous souhaitez généraliser le remboursement des tests de détection. Est-ce que vraiment c'est suffisant face à l'ampleur du défi ? Évidemment c'est un premier pas, personne ne veut le rendre proche.

AURORE BERGE
Alors, on parle de la soumission chimique. La soumission chimique c'est le fait d'avoir été drogué à son insu, et contrairement à ce que pendant très longtemps on a pensé, on est drogué à son insu par quelqu'un qu'on connaît, par un proche, et c'est ce qui s'est passé, et je veux vraiment saluer, encore une fois, le courage de Sandrine JOSSO, par un ami. Et donc, il y a eu une condamnation, une condamnation très claire et qui était nécessaire et qui a permis aussi d'alerter la société sur le fléau de la soumission chimique. Aujourd'hui on est en train de mettre en place, avec les professionnels de santé, des protocoles pour garantir que des tests fiables soient réalisés, qu'ils soient immédiatement analysés dans les heures qui suivent, parce que c'est dans les heures qui suivent qu'il faut analyser de manière à savoir si vous avez été ou pas drogué. Aujourd'hui en plus, ces tests ils coûtent cher, ils coûtent cher aux victimes, et c'est évidemment intolérable de se dire qu'en plus c'est aux victimes de continuer à payer le coût de ce qu'elles ont subi. Donc, c'est pour ça qu'on est en train de mettre en place ces protocoles dans trois régions. L'objectif c'est évidemment de généraliser pour mieux accompagner.

SONIA MABROUK
À quel horizon ?

AURORE BERGE
Là, on est vraiment en train de faire les protocoles sur la nécessité de valider la manière avec laquelle ces tests sont réalisés et sont analysés. Donc ce sont les médecins qui nous diront, une fois que les protocoles sont établis, pour qu'on puisse généraliser au plus tôt.

SONIA MABROUK
Et je sais que c'est un sujet que vous portez depuis longtemps et qui vous tient à cœur. Je vais conclure avec ce scandale tentaculaire, celui des EPSTEIN Files, document déclassifié de Jeffrey EPSTEIN, pédocriminel en lien avec les grands de ce monde. Et il y a un volet français qui pose question. Il est très difficile, il faut le reconnaître, d'analyser plus de 3 millions d'échanges, de mails. Malgré tout, certains noms apparaissent avec insistance, notamment celui de Jack LANG, de sa fille. Est-ce qu'à tout le moins, pour faire la lumière sur tout cela, vous réclamez une commission d'enquête parlementaire ?

AURORE BERGE
Je ne sais pas si c'est une commission d'enquête qui est légitime. Je pense qu'à partir du moment où les analyses vont être faites, peut-être que la justice sera saisie, la justice directement. S'il y a matière, ce n'est pas parce qu'un nom apparaît que pour autant, c'est-à-dire que le nom est associé à quelque chose qui serait délictuel ou criminel.

SONIA MABROUK
Jack LANG a reconnu et assumé des liens avec Jeffrey EPSTEIN.

AURORE BERGE
Ce n'est pas parce que vous avez eu un lien, parce qu'il y a des milliers de personnes qui, à l'époque, ont eu un lien avec quelqu'un qui était extraordinairement puissant. La question, c'est la nature de ces liens. Et c'est ça que la justice doit déterminer. Je pense que c'est son travail à elle et à elle seule de pouvoir le faire.

SONIA MABROUK
En attendant la justice, je vois que la fille de Jack LANG a déjà pris ses responsabilités. Est-ce que lui-même peut vraiment se maintenir à la présidence de l'Institut du Monde Arabe ? Ce n'est pas un problème d'exemplarité.

AURORE BERGE
Ce n'est pas à moi d'en juger parce que je ne sais pas, sincèrement aujourd'hui, ce qu'il y a ou ce qu'il n'y a pas dans ces ligues, dans ce qui est sorti. Je ne me prononce pas à partir du moment où je ne sais pas la caractérisation des faits. S'il y a des faits, ils seront établis et la justice sera évidemment saisie.

SONIA MABROUK
Merci, Aurore BERGE, pour votre grande interview, ce matin. Passez une bonne journée.

AURORE BERGE
Merci à vous. Permettez-moi, peut-être juste pour conclure, Sonia MABROUK, d'avoir un mot vous concernant. C'est peut-être un peu inhabituel dans le cadre d'une émission politique, mais je voulais saluer les mots que vous avez eus. Les mots pour les victimes de violences sexuelles. Je crois que c'étaient des mots importants. Je l'ai dit tout à l'heure, je suis dans un ministère où il y a, à la fois, le pire et le meilleur de la nature humaine. Permettez-moi de vous dire que, pour moi, vous avez incarné le meilleur et je suis très émue de vous le dire Je pense que vous avez touché beaucoup de monde.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 février 2026