Texte intégral
Madame la présidente du CNOUS, chère Bénédicte,
Madame la rectrice, chère Sophie,
Mesdames, messieurs les directeurs généraux des CROUS,
Mesdames et Messieurs,
CONTEXTE
Il y a un peu plus de 70 ans, le 16 avril 1955, le journal Le Monde donnait la parole à René Pfilmin qui commentait le déficit budgétaire de la France et appelait à réduire les dépenses de l'État.
Le même jour, Jacques Perret, professeur de lettres, inventait le mot "ordinateur", à la demande d'IBM qui voulait franciser le "computer" américain.
Et c'est le 16 avril 1955 qu'était publiée au journal officiel la loi portant réorganisation des services des œuvres sociales en faveur des étudiants, qui donnait naissance au centre national des œuvres universitaires et scolaires, le CNOUS, et aux CROUS.
70 ans déjà.
Dix ans après la fin de la guerre, le réseau des œuvres universitaires remplit déjà un rôle que tous considèrent comme essentiel.
Il incarne pour le monde étudiant les promesses de la République sociale, dans une France qui se reconstruit encore : une République qui accompagne sa jeunesse et permet sa réussite académique en garantissant les conditions de vie et d'études favorables.
Lorsque cette loi est publiée, la France compte à peine 150 000 étudiants à l'université.
Et aujourd'hui, le réseau représente 13 000 agents engagés au quotidien, au service de près de 3 millions d'étudiants.
Le "Crous" est, lui, devenu un mot du vocabulaire quotidien des étudiants, qu'il désigne la cantine étudiante ou l'interlocuteur pour les sujets de la vie quotidienne, du logement aux aides.
Il paraît même qu'on peut aller "crousser" : le Crous est ainsi devenu non seulement un nom commun, mais un verbe !
Ce n'est pas étonnant tant il est devenu essentiel dans la vie des étudiants.
Car les Crous aujourd'hui, ce sont 43,5 millions de repas servis chaque année, 265 000 entretiens sociaux, et un accueil renouvelé dans plus de 800 résidences.
MERCI AUX AGENTS
Je voudrais remercier les agents du réseau pour leur travail au quotidien, un travail souvent accompli dans l'ombre.
Je me réjouis d'ailleurs de l'exposition au Crous de Paris de 10 portraits des agents du resto U Maret de Dijon, peints en 1992 par Yan Pei-Ming, qui donne des visages à votre engagement.
Chacun de vous incarne le service public dans sa dimension la plus concrète, au plus près des étudiants.
Cet anniversaire est aussi le vôtre !
Vous faites vivre et grandir ce modèle créé par les étudiants pour les étudiants ; un modèle que l'État a porté et consolidé avec constance.
70 ANS DE CHANGEMENT
Avec constance, pour répondre à des réalités toujours changeantes.
Le nombre d'étudiants est incomparable avec celui d'il y a 70 ans, je l'ai dit.
Mais ce n'est là qu'un aspect de la transformation de notre système d'enseignement supérieur.
Les étudiants sont plus nombreux, ils sont aussi plus divers que dans cette France de 1955, qui vit les derniers temps de la Quatrième République.
Nous sommes passés d'une population étudiante issue très largement des couches les plus aisées de la population française, à une ouverture sociale sans précédent.
Les étudiants sont plus nombreux, plus divers socialement, et aussi géographiquement.
Cette ouverture sociale signifie aussi que les étudiants de 2025 sont mécaniquement plus susceptibles de rencontrer des difficultés financières.
Cette diversification géographique, cette mobilité qui a crû depuis 70 ans, veut dire aussi qu'il faut répondre aux besoins en logement des étudiants venus de loin pour étudier dans des villes de plus ou moins grandes tailles, qui ont connu des changements profonds.
Ces transformations de la population étudiante, de ses modes de vie, n'ont pas cessé.
Et c'est pour y répondre que le réseau des œuvres étudiantes a sans cesse évolué.
Pour que la France puisse tenir son ambition : former sa jeunesse et lui donner les moyens concrets de sa réussite.
LOGEMENT
Si le logement est devenu un des champs d'action prioritaires des Crous, c'est parce que c'est un sujet de préoccupation particulièrement aiguë pour les étudiants.
Pour le dire simplement, c'est devenu un facteur central du coût des études.
Et l'État, avec les Crous, n'est pas resté sans réagir.
En 2024, nous avons atteint 175 000 places dans les résidences étudiantes.
Deux ans d'efforts ont permis la rénovation de milliers de chambres, dans un contexte où la demande reste extrêmement forte, notamment en Île-de-France où 730 000 étudiants sont présents, et où le parc privé peine souvent à répondre à la demande dans des conditions abordables.
Ces rénovations ont permis de faire baisser les émissions de 9 % pour chaque logement rénové.
Il faut aller plus loin, et c'est la raison pour laquelle je déploie, avec mon collègue ministre du logement, le plan de construction de 45 000 logements étudiants à prix abordable en trois ans, annoncé en janvier dernier.
Il suit les objectifs prévus, avec une implication forte des recteurs et des préfets, des CROUS bien sûr, ainsi que des services des ministères.
Un partenariat renforcé avec la Banque des territoires doit aussi permettre de nouveaux logements par le biais d'un financement dédié de 5 milliards d'euros.
Malgré les défis que cela représente, ce plan tient ses objectifs et ses ambitions.
Il vient ainsi compléter les 35 000 logements sociaux étudiants en plus construits depuis 2018.
RESTAURATION
Mais, je l'évoquais, les Crous, ce sont aussi des repas servis tous les jours par dizaines de milliers, comme "un grand organe central battant furieusement, jetant le sang de la vie dans toutes les veines".
Car c'est une préoccupation majeure des étudiants, dont je sais bien que tous n'auraient pas les moyens de se nourrir correctement sans les repas du Crous.
Je n'ignore pas que certains Crous ont particulièrement bonne réputation et qu'on se donne le tuyau entre étudiants !
Mais même en-dehors de ces tables d'excellence, la restauration offerte par les Crous est accessible et de qualité.
Cela est permis par près de 1 000 points de restauration, qui servent notamment chaque année plus de 23 millions de repas à 1 euro aux étudiants boursiers.
Très concrètement, tout cela permet de garantir à chaque étudiant un accès à une alimentation de qualité, durable et abordable.
Je sais aussi que cela a accru votre charge de travail, et je vous remercie pour votre mobilisation qui a des effets directs pour le bien-être des étudiants.
La loi Levi est venue compléter les dispositifs existants pour ceux qui n'ont pas un accès direct à des repas à tarif modéré.
Ainsi pour les étudiants dans les zones sans restauration universitaire, la carte d'aide à la restauration étudiante, la CARE, assure depuis 2025 un soutien précieux.
ACCOMPAGNEMENT SOCIAL
Vos missions vont bien au-delà de ces aspects matériels, aussi incontournables soient-ils. Les Crous ont, depuis des années, assumé de plus en plus un rôle de repérage des situations de rupture.
Des situations qui ont des conséquences pour la réussite académique, mais aussi pour la vie et la santé des étudiants.
Des situations qui sont aussi, en partie, les conséquences des conditions dans lequel vivent les étudiants, parfois loin de leur famille, de leurs repères antérieurs.
Et les Crous se sont transformés pour améliorer l'accueil, les démarches et la relation aux étudiants en facilitant chaque étape de leur parcours.
UN RÔLE CENTRAL
Oui, depuis soixante-dix ans, le service aux étudiants est devenu une politique publique absolument centrale.
Chacun reconnaît aujourd'hui que la qualité de vie des étudiants est une condition nécessaire et un déterminant majeur de leur réussite académique.
C'est donc un investissement dans le succès des étudiants, donc de notre pays.
La qualité de vie des étudiants est par ailleurs un critère d'attractivité.
Notre modèle français, qui allie excellence académique et solidarité, est, je crois qu'il est important de le redire, un atout important à l'international.
D'ailleurs, les universités en ont bien conscience : la vie étudiante est pour elles, aujourd'hui, un enjeu majeur pour leur attractivité et la réussite de leurs étudiants.
L'articulation des politiques entre établissements et CROUS en la matière ne peut que gagner à devenir encore plus étroite.
Il ne doit pas être question de concurrence, mais de complémentarité.
Et pour cela, les rôles de chacun doivent être clairement définis, territoire par territoire, en fonction des forces et faiblesses des uns et des autres.
ÉVOLUTIONS DEPUIS 10 ANS
Certaines étapes ont été plus marquées, durant les soixante-dix dernières années.
Et depuis 10 ans, les politiques de soutien à la vie étudiante ont profondément évolué.
L'investissement budgétaire de l'État est loin d'être négligeable, avec une hausse de 263 millions d'euros consacrés à la vie étudiante depuis 2017.
Avec des effets sur le logement et la restauration, je l'ai dit.
Mais aussi en termes de soutien aux publics qui traversent des difficultés.
L'effort de l'État a permis un accès facilité à la santé et un meilleur accompagnement en matière de santé mentale.
Cela s'est traduit dans la réforme des services de santé étudiante en 2023, ou encore la création de Santé psy étudiant qui a bénéficié à plus de 140 000 étudiants depuis sa création, dont plus de 50 000 depuis le début de l'année et les dernières évolutions du dispositif.
Cet engagement a aussi permis une multiplication par trois des étudiants en situation de handicap qui sont accompagnés dans leurs études.
Ils sont aujourd'hui 63 000.
Mais au-delà des seuls moyens, cela a été permis par des changements structurels importants : de la déconcentration des politiques de vie étudiante pour plus de réactivité à création de la CVEC, qui a donné de nouvelles ressources aux acteurs pour décider eux-mêmes des projets qu'ils souhaitent financer.
Rien qu'en 2024, plus de 10 000 projets ont pu être financés, au plus près des campus et des énergies, des porteurs locaux.
TERRITORIALISATION
Car un des grands atouts de notre réseau, c'est qu'il s'efforce de répondre de manière spécifique aux besoins des étudiants, où qu'ils se trouvent.
Je ne vous apprendrai rien si je vous dis que les besoins des étudiants ne sont pas les mêmes à Paris, à Nancy, à Saint-Denis de La Réunion ou à Limoges, à Caen ou à Avignon et qu'on n'y répond pas de la même façon. Nous devons en tenir compte.
Depuis 1955, quasiment tout a changé dans le rapport aux territoires.
L'équilibre entre villes et campagnes – il y a 70 ans, 40% de la population française était encore rurale !
Mais aussi la manière de se déplacer, ou la physionomie des villes, sans parler de celle des établissements eux-mêmes.
Et dans l'organisation territoriale de l'Etat, qu'est-ce qui n'a pas changé ?
Plus de 25 ans avant les lois de 1982 sur la décentralisation, plus de 50 ans avant la loi LRU, l'articulation entre établissements et collectivités n'avait évidemment rien à voir avec ce qu'elle est aujourd'hui.
Pas plus d'ailleurs que le lien entre Paris, les métropoles et les régions, entre le ministère et les établissements.
Là aussi, le changement se poursuit.
Et il ne paraît pas absurde, dans la continuité des transformations des dernières décennies, de se demander comment doit se transformer le réseau des œuvres universitaires.
Il n'est pas hors de propos de s'interroger sur la manière d'articuler au mieux les différents acteurs, au service de la réussite des étudiants d'aujourd'hui.
L'enseignement supérieur, qui est par définition un ministère d'opérateurs et un ministère des territoires, ne peut pas rester en-dehors de ce mouvement en ce qui concerne la vie étudiante.
C'est tout le sens de la démarche de transformation engagée par les Crous, qui vise à renforcer les bassins de vie étudiante, à améliorer la coordination des acteurs et à dépasser les découpages administratifs qui trop souvent, nuisent à la meilleure prise en charge des étudiants.
J'entends, çà et là, fleurir des propositions de réorganisation du réseau.
Je ne vais pas me prononcer à ce stade sur l'architecture institutionnelle à laquelle nous aboutirons.
C'est un sujet compliqué, il faut prendre le temps de la concertation avec tous les acteurs concernés : collectivités, représentants des étudiants et des personnels, Crous et CNOUS évidemment.
J'ai néanmoins une conviction : renforcer l'ancrage dans les territoires, au plus près des étudiants, c'est améliorer le service public des œuvres aux étudiants, c'est se donner les moyens de mieux répondre aux besoins de tous dans leurs spécificités.
Cela étant posé, faut-il revoir le périmètre actuel des CROUS ? La gouvernance doit-elle faire plus de place aux acteurs locaux ?
Quelle doit être la bonne articulation entre national et territorial ?
Autant de questions dont je sais que vous les posez déjà, et qui seront au cœur du prochain COP du CNOUS.
CONCLUSION
Madame la présidente,
Mesdames et Messieurs,
Le modèle des œuvres universitaires n'est pas un héritage statique.
Depuis 70 ans, il n'a cessé d'évoluer pour répondre aux transformations massives du paysage de l'enseignement supérieur et aux réalités de la vie étudiante.
Dans les années et décennies qui viennent, il aura encore à s'adapter pour maintenir et développer ce qui fait la force de ce réseau : proximité, solidarité, efficacité, cohérence nationale.
C'est un grand défi, que, je le sais, nous saurons relever ensemble.
Bon anniversaire à toutes et à tous !
Source https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr, le 6 février 2026