Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 11 février 2026, sur la feuille de route énergétique de la France, la nomination de Mme Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes et la réforme de l'audiovisuel public.

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Média : France 2

Texte intégral

GILLES BORNSTEIN
Bonjour à tous, bonjour Maud BREGEON. La feuille de route énergétique de la France doit être annoncée par le Premier ministre demain. Si j'ai bien compris, c'est le nucléaire, ça continue à fond, le renouvelable, pas de moratoire, mais enfin pas de relance non plus. Je précise que je parle à une ingénieure nucléaire ou civile.

MAUD BREGEON
Notre cap est extrêmement clair, il est constant depuis plusieurs années, on s'appuie tant sur les énergies renouvelables que sur l'énergie nucléaire. Pour une raison simple, il y a 60 pour 100 de l'énergie fossile que vous consommez, que je consomme, que nous consommons en France, qui provient du fossile importé, donc du gaz, du pétrole. C'est l'équivalent de 60 milliards d'euros par an d'import, donc, on voit que c'est considérable, qu'il y a des enjeux de souveraineté, d'indépendance, qu'il y a des enjeux de pouvoir d'achat aussi, parce que de l'électricité décarbonée que vous produisez en France, vous en maîtrisez davantage les coûts. Et donc, pour reprendre les mots du Premier ministre, l'urgence, c'est l'indépendance, et l'indépendance, c'est l'énergie.

GILLES BORNSTEIN
Si on comprend, que sur le terrain, sur le renouvelable, il ne va pas se passer grand-chose, est-ce qu'on va installer de nouvelles capacités de renouvelable ?

MAUD BREGEON
Oui, et nous avons été extrêmement clairs, il y a un développement ambitieux pour l'ensemble des filières, pour le solaire, pour l'éolien terrestre, pour l'éolien offshore, y compris pour l'éolien terrestre, parce que nous en avons besoin.

GILLES BORNSTEIN
Pardon, j'ai lu que les anciennes éoliennes allaient être réélectrifiées, mais enfin, je n'ai pas vu trace de nouvelles éoliennes. Il y aura de nouvelles éoliennes ?

MAUD BREGEON
Il y aura, et l'un et l'autre, la priorité sera donnée au changement des unités de production électrique, pour une raison que chacun peut comprendre, les premiers parcs, ils datent de 2001. Et donc, on voit que les technologies ont évolué. Le sujet, ce n'est pas le nombre de mâts qu'on a en tout et pour tous en France. Le sujet, c'est la capacité, c'est la puissance installée.

GILLES BORNSTEIN
Et cette puissance installée en éolien terrestre va augmenter ?

MAUD BREGEON
Et cette puissance installée va augmenter, de même que la part du photovoltaïque, que la part de l'éolien offshore, que la part du nucléaire va augmenter ? Encore une fois, à nous, on n'est pas dogmatique.

GILLES BORNSTEIN
La part de tout ? À la fin, ça fait 100 %, la part de tout ?

MAUD BREGEON
On n'est pas dogmatique sur la question. On dit une chose simple. On dit qu'en 2030, on doit arriver à 60 % d'énergie décarbonée. Et on doit progressivement sortir des énergies fossiles. Vous vous rappelez le discours de Belfort, peut-être du président de la République ? Suite à ça, on a fait voter deux lois. Une loi pour accélérer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, avec six nouveaux réacteurs. Une loi pour accélérer la construction de capacités d'énergie renouvelable. Et contrairement à ce que je peux entendre sur les bancs du Rassemblement national ou sur les bancs de l'extrême gauche, nous, on n'oppose pas les énergies décarbonées entre elles. Parce qu'on estime que si on veut sortir du gaz russe, du gaz algérien de monsieur TEBBOUNE, du GNL américain de monsieur TRUMP, on n'a pas le luxe de choisir entre les énergies renouvelables et l'énergie nucléaire.

GILLES BORNSTEIN
La nomination d'Amélie de MONTCHALIN à la présidence de la Cour des comptes passe mal. La Charte de déontologie des juridictions financières impose neutralité et impartialité. C'est monsieur CORBIERE qui le dit. Du fait de ses fonctions actuelles, Amélie de MONTCHALIN ne répond à aucune de ses exigences. De fait, Amélie de MONTCHALIN, présidente de la Cour des comptes, va devoir juger, commenter le budget d'Amélie de MONTCHALIN, ministre du budget. Y a-t-il impartialité ?

MAUD BREGEON
Oui, et pour comprendre ça, il faut se pencher sur le fonctionnement de la Cour des comptes. Le fonctionnement de la Cour des comptes, il est profondément collégial. Amélie de MONTCHALIN, elle sera première présidente, elle sera entourée de huit présidents de chambre, et donc, c'est une assemblée qui délibère, qui permet la confrontation de points de vue.

GILLES BORNSTEIN
Alors, quand il y a besoin de collégialité pour s'assurer de l'impartialité de la présidente, ce n'est quand même pas bon signe.

MAUD BREGEON
Le fonctionnement de la Cour des comptes, et il ne date pas d'hier, est intrinsèquement indépendant, intrinsèquement impartial et intrinsèquement collégial. Ce n'est pas la première fois, vous savez, qu'un président de la République nomme un de ses ministres pour accéder à la Cour des comptes.

GILLES BORNSTEIN
Nicolas SARKOZY avait nommé un opposant, Didier MIGAUD.

MAUD BREGEON
Et François MITTERRAND avait nommé Pierre JOX, qui en quatre jours était passé du ministère de la Défense à la Cour des comptes. Ça n'a pas posé…

GILLES BORNSTEIN
Les temps ont changé.

MAUD BREGEON
Mais ça n'avait pas posé de sujet d'indépendance. Et puis ensuite, je crois qu'on a vu qui était Amélie de MONTCHALIN lors des débats budgétaires. On a vu qu'Amélie de MONTCHALIN…

GILLES BORNSTEIN
Ce n'est pas du tout sa personne qui est en cause.

MAUD BREGEON
Non, mais tout de même, je voudrais le dire ici, on a vu qu'Amélie de MONTCHALIN, elle avait le sens de l'État et pas le sens des partis politiques.

GILLES BORNSTEIN
Personne ne remet ça en cause. Richard FERRAND au Conseil constitutionnel, Amélie de MONTCHALIN à la Cour des comptes. Ce sont deux postes qui demandent théoriquement une impartialité totale. Force est de constater que le Président de la République nomme des militants de la première heure du macronisme.

MAUD BREGEON
Il nomme des femmes et des hommes compétents, Amélie de MONTCHALIN. Et vous le savez, profondément compétente, elle l'a amplement démontré. Par ailleurs, je le redis, la Cour des comptes a un fonctionnement collégial qui la prémunit de ses accusations en partialité, précisément.

GILLES BORNSTEIN
Actualité parlementaire, est-ce que vous confirmez que la réforme de l'audiovisuel public est enterrée ? Des sourcières au sein de l'exécutif nous l'ont affirmé.

MAUD BREGEON
Je ne vous le confirme pas ce matin. Ce que je peux vous dire en revanche, c'est qu'il y a des consultations, des discussions qui sont menées par le Premier ministre, qui a reçu les présidents des groupes de l'Assemblée nationale de Renaissance, des Républicains, du Modem et d'Horizon avec la présidente de l'Assemblée nationale hier. Il fera la même chose avec les présidents de groupe du Sénat lundi. Et donc, c'est avec eux qu'on va dessiner la feuille de route parlementaire qui nous mènera à l'été.

GILLES BORNSTEIN
Donc, il n'est pas exclu que cette réforme soit quand même au menu avant la fin de la session ?

MAUD BREGEON
Ce n'est pas exclu, ça va être discuté, encore une fois, avec les présidents de groupe. Ce que je peux vous dire, en revanche, sur ce que l'on va faire d'ici à l'été et ce qui intéresse les gens, c'est ce qu'a annoncé le Premier ministre lors de son interview à la presse quotidienne régionale dimanche. Une priorité qui est donnée à la question du réarmement militaire et donc l'actualisation de la loi de programmation militaire. Priorité donnée à l'énergie, on en a parlé. Priorité donnée à l'agriculture avec une loi qui arrivera et qui sera présentée dans les semaines à venir au Parlement. Il y a les débats qui peuvent attendre 2027 et puis, il y a les urgences des Français, de la vie quotidienne des Français. Donc, c'est à ça qu'on veut s'atteler.

GILLES BORNSTEIN
Si je décrypte la réforme de l'audiovisuel, ça peut attendre 2027 et il y a des choses… Ce n'est pas ce que vous avez dit, c'est ce que je dis, moi. Justement, vous avez parlé de loi d'urgence agricole, le Premier ministre a exclu que la loi DUPLOMB, qui permet la réintroduction d'un certain nombre de pesticides, a exclu que cette réintroduction soit dans la loi, mais il y a une PPL sur la loi DUPLOMB, le Gouvernement la soutiendra-t-il ou pas ?

MAUD BREGEON
Nous, on dit une chose très simple. D'abord, nous n'avons, aujourd'hui, pas de certitude quant à la constitutionnalité de cette proposition de loi. Je le dis, le Président LARCHER a saisi le Conseil d'État pour éclaircir ce point, qui n'est pas un détail. La question de l'acétamipride et de la réintroduction de l'acétamipride est un enjeu que l'on entend pour les agriculteurs. Mais on ne peut pas faire comme si une pétition n'avait pas réuni deux millions de signataires. Il faut aussi entendre l'inquiétude de ces Français qui nous ont alertés. Vous savez qu'il y aura un débat aujourd'hui même à l'Assemblée nationale. Ce qu'on dit en revanche pour les agriculteurs, c'est que les urgences, selon nous, c'est la renégociation de la PAC parce que là, c'est les revenus des agriculteurs. C'est la question de l'eau et c'est sur quoi on va avancer dans la loi qui sera proposée dans les semaines à venir. Pour le reste, il faut aussi entendre quand deux millions de citoyens signent une pétition. Ce sont des messages.

GILLES BORNSTEIN
C'est là, pour le coup, ça veut dire clairement que le Gouvernement ne soutiendra pas cette PPL.

MAUD BREGEON
On va d'abord attendre de voir l'avis du Conseil d'État.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 février 2026