Texte intégral
JÉRÔME CHAPUIS
Bonjour Jean-Pierre FARANDOU.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bonjour.
JÉRÔME CHAPUIS
Ministre du Travail et des Solidarités. Une aide de 20 centimes par litre de carburant, aide ciblée sur des catégories précises. J'ai parlé des transporteurs, des pêcheurs, 70 millions d'Euros au total. L'État n'a vraiment pas les moyens de faire plus Jean-Pierre FARANDOU ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On est face à une crise effectivement qui nous touche. Ce qui passe en Iran a des conséquences économiques sur les entreprises françaises. Bon, on a fait les choses dans l'ordre. D'abord on a pris des mesures d'urgence, et le ministère du Travail, par exemple, a accepté que les entreprises versent en retard les cotisations patronales qu'elles doivent aux URSSAF, donc déjà première décision pour sauvegarder la trésorerie des entreprises.
JÉRÔME CHAPUIS
Et il n'y avait pas moyen de les annuler purement et simplement ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Ah non, on ne peut pas, parce que derrière vous avez quoi ? Vous avez l'équilibre de la sécurité sociale, il faut faire attention. Elle est toujours en déficit, cette sécurité sociale. Elle a 80 ans, il faut y faire attention. On va finir l'année 2025 à 21 milliards d'Euros de déficit, donc non, on ne peut pas faire de cadeau. La notion de cadeau n'existe pas. Il faut être clair, il faut payer les cotisations si vous voulez payer les retraites. Je pense que les retraités ont besoin d'avoir leurs pensions à la fin du mois, ils ont besoin d'être financés par les cotisations, c'est ça le système. Deuxièmement, je suis prêt bien sûr aussi à mettre en place des mesures de chômage partiel, pour soulager les entreprises qui ont une baisse d'activité. Il y en a assez peu d'ailleurs, c'est-à-dire que pour le moment l'activité ne tient pas trop mal, pourvu que ça dure bien évidemment.
JÉRÔME CHAPUIS
Chômage partiel, pour quel secteur ? On a entendu tout à l'heure un représentant d'une organisation de transporteurs, on a une question précise à ce sujet, mais il nous parlait des 400 000 emplois de son secteur, ça peut concerner le secteur des transports routiers ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, le chômage partiel peut considérer toutes les entreprises qui font face à une baisse d'activité brutale, qui serait liée directement à la crise quand même, il faut qu'il y ait un lien direct avec la crise, et on est à peu près sûr qu'une fois la crise passée, l'entreprise va redémarrer. Pour sauvegarder l'emploi, pour sauvegarder les compétences des salariés, on met en place des mesures de chômage partiel. Et ça, toutes les entreprises sont éligibles. Bien sûr, on regardera avec encore plus d'attention les entreprises qui souffrent à cause de ce qui se passe en Iran.
JÉRÔME CHAPUIS
Un détail, c'est 70 millions d'Euros, il touche également, il concerne aussi également, cette mesure de chômage partiel ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, les 70 millions d'Euros de soulagement du coût de la facture des carburants, non, non, ne concerne pas le budget du chômage partiel, qui est une ligne dans le budget de l'État, donc on va l'engager. On verra ce que ça donne en avançant dans l'année, mais ça se rajoute. L'effort que fait l'État en matière de chômage partiel, qui est d'ailleurs payé par le ministère du Travail, se rajoute à l'effort qui est fait pour réduire la facture carburant dans certains secteurs, comme vous l'avez dit, qui sont particulièrement consommateurs de carburant.
JÉRÔME CHAPUIS
Et qu'on ait une idée des ordres de grandeur, ça va coûter combien au ministère du Travail, cette mesure de chômage partiel ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Le chômage partiel, la ligne qui est dans le budget, elle est aussi autour de 70 millions d'Euros, donc on va l'engager et on verra ce que ça donne en avançant au fur et à mesure dans l'année.
JÉRÔME CHAPUIS
Alors je voudrais qu'on écoute justement le secrétaire général d'Île-de-France de l'Organisation des transporteurs routiers européens, Bruce AIGLEHOUX, lui considère que ce que vous avez annoncé vendredi est insuffisant. Il explique pourquoi, écoutez.
BRUCE AIGLEHOUX, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL D'ÎLE-DE-FRANCE DE L'ORGANISATION DES TRANSPORTEURS ROUTIERS EUROPÉENS
Si une entreprise a 20 camions à 2 000 Euros, elle a 40 000 Euros de surcoût. Elle fait 10 000 Euros de bénéfices dans le mois, donc elle a 30 000 Euros de pertes sur un mois. C'est très compliqué. Ce qu'on avait obtenu en 2022 en 18 jours, on avait obtenu une aide forfaitaire de 1 500 Euros par poids lourd, pour aider justement à la hausse qui a été subie précédemment.
JÉRÔME CHAPUIS
Jean-Pierre FARANDOU, aide forfaitaire de 1 500 euros par poids lourd, comme ça a été fait en 2022, il n'en est pas question aujourd'hui ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Il faut comprendre, il faut que les Français comprennent que quoi qu'il arrive, on va se tenir la réduction du déficit, c'est très important. Sinon les taux d'intérêt augmentent et vous savez, la charge de la dette, c'est-à-dire les taux d'intérêt, la charge des intérêts qu'on paie va devenir le plus gros budget de l'État. Donc il faut rester sérieux, c'est très important. Deuxièmement aussi, on passe des réformes structurelles. C'est important aussi. Moi, par exemple aujourd'hui, je vais aller à l'Assemblée nationale pour défendre une loi qui va permettre de lutter contre la fraude sociale et fiscale. Ce sont des centaines de millions d'Euros qu'on peut récupérer qui vont permettre de financer d'éventuelles mesures d'accompagnement de l'économie. Donc franchement, quoi qu'il arrive aussi, on restera dans le social. A partir du 1er avril, c'est très bientôt, on va augmenter la prime d'activité pour 3 millions de personnes. Donc on a des équilibres à avoir, il faut être très conscient que cette crise, on la suit de manière ajustée, de manière agile. On fait des points de tous les jours. Il y a à Bercy, au ministère des Finances et de l'Économie, une équipe qui suit avec les secteurs tout ce qui se passe et le ministère du Travail y est associé.
JÉRÔME CHAPUIS
On fait des points tous les jours, dites-vous, Jean-Pierre FARANDOU, ça veut dire que ce qui est prévu pour le moment, pour le mois d'avril, pourrait être prolongé si la situation perdure au-delà du mois d'avril ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
En tout cas, c'est une situation qui peut être prise en fonction de ce qui se passe et on voit bien qu'il y a beaucoup d'incertitudes. Est-ce que ça va durer, pas durer ? Quel va être le coût du baril de pétrole ? On a beaucoup d'inconnus. Et à partir de là, et des contacts réguliers que nous avons avec tous les secteurs, cette cellule de suivi, économie, travail, décident des mesures à donner.
JÉRÔME CHAPUIS
Justement, la question des secteurs, il en a beaucoup été question depuis vendredi. On a dit les transporteurs, les pêcheurs. Il y a d'autres catégories, notamment les infirmières libérales, qui ont été oubliées selon Michel PICON, le président de l'Union des entreprises de proximité.
MICHEL PICON, PRÉSIDENT DE L'UNION DES ENTREPRISES DE PROXIMITÉ
Ce sont des gens qui ont des tarifs contraints. Il faut que vous sachiez qu'une infirmière, quand elle se déplace auprès d'un patient, c'est moins de 3 Euros l'indemnité de déplacement. Et pour ces 3 Euros, parfois, elle fait 40 kilomètres. Donc ce sont des gens qui subventionnent sur leur argent personnel les soins qu'ils vont donner à leurs patients. Ce n'est pas supportable pour eux. En plus, dans une période où des infirmières, on en aura de plus en plus besoin, parce que le vieillissement de la population nécessite qu'on maintienne à domicile des personnes âgées, et donc, c'est un secteur, évidemment, qu'il faut soutenir.
JÉRÔME CHAPUIS
Jean-Pierre FARANDOU, je rappelle que vous êtes ministre du Travail et des Solidarités. Des infirmières qui, on l'entendait selon Michel PICON, subventionnent sur leur denier personnel les soins pour leurs patients du fait de la hausse des carburants. Qu'est-ce que vous leur dites ce matin à ces infirmières libérales ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On peut dire deux choses. Monsieur PICON le dit sur vos antennes. Je pense qu'il va le dire aussi dans ces fameux comités de suivi, puisque l'U2P fait partie des secteurs que nous consultons. Donc je pense que ce qu'il a exprimé ce week-end, il va le dire certainement ce matin. Et là-dessus, je vous l'ai dit, ce comité de suivi et les ministres qui vont avec, le Gouvernement qui supervise tout ça est prêt à suivre l'activité. Donc on aura une sensibilité, bien sûr, pour les infirmières. On regardera ce qu'il est possible de faire. Je crois que le social, on ne l'oublie pas. Je le reçois.
JÉRÔME CHAPUIS
Mais je vous pose la question parce que tout à l'heure, encore une fois, la personne qu'on a entendue qui représentait les transporteurs, je lui ai posé la question des infirmiers, des infirmières. Ils ont dit : "Ils n'ont qu'à se mobiliser, se manifester, ils obtiendront quelque chose". Si les infirmières se mobilisent, elles obtiendront quelque chose ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, mais il y a un effort national. Il faut bien voir quand même la situation dans laquelle on est. Je veux dire, l'argent de l'État n'est pas extensible. Il faut faire très attention à ça. D'ailleurs, l'argent de l'État, il n'existe pas. On est en déficit. Donc on emprunte un peu plus. C'est ça que ça veut dire. Il faut être très clair. D'ailleurs, on l'a dit, on était vendredi avec le ministère des Finances et le ministère des Comptes publics. Chaque Euro qu'on va dépenser, il faut savoir le faire. Pour aider les entreprises du secteur en difficulté, il faudra trouver des économies en face. Et moi, j'amène deux économies. Ça tombe bien, vu les circonstances. Mieux lutter contre la fraude pour rattraper, parce que la fraude, c'est du vol. Et en ce moment, encore plus, c'est inadmissible. Il y a des entreprises qui ont du travail dissimulé, ce n'est pas normal. Des entreprises qui trichent sur la formation, ce n'est pas normal. Voilà, donc il faut faire ça. Et deuxièmement, je vais aussi, à partir de mercredi au Sénat, on a une réforme de l'assurance chômage qui peut rapporter plus de 400 millions d'Euros aussi aux finances de l'État. C'est un effort national. Tout le monde doit faire des efforts pour aider le Gouvernement, je veux dire, à aider les secteurs en difficulté.
JÉRÔME CHAPUIS
En tout cas, je retiens de ce que vous nous dites, qu'aujourd'hui, tout le monde doit faire un effort et que dès lors qu'on doit payer un petit peu plus, parce que les carburants augmentent, en fait les Français n'ont pas d'autre choix que de se serrer un peu la ceinture ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Il n'y a pas d'argent magique, je crois qu'il faut le comprendre. Je veux dire, le Gouvernement n'est pas assis sur une cagnotte, ce n'est pas vrai du tout. Au contraire, il faut se mettre dans la tête que l'État français, il est en déficit. Il gagne moins d'argent que ce qu'il dépense. Donc toute dépense supplémentaire qu'on va lui demander va donc alourdir le déficit, dont les intérêts, et c'est un cercle vicieux dont on veut sortir. On est d'ailleurs très satisfait d'avoir terminé l'année à seulement, entre guillemets, 5,1 % de déficit, c'est mieux que les 5,4 % qui étaient prévus. Donc on fait des efforts, il faut poursuivre ces efforts, parce que la dette affaiblit notre pays, et nous empêche justement de demander des politiques d'ajustement à certains facteurs comme la crise.
JÉRÔME CHAPUIS
Donc il n'est pas question d'aller au-delà des 70 millions, plus 70 millions que vous venez de nous évoquer de baisse de cotisation, et donc hors de question d'aller vers les 2 milliards de baisse de TVA que réclame par exemple le Rassemblement national ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Écoutez, on n'en est pas là. Je vous le dis, c'est un suivi quotidien avec les secteurs concernés. Il y a un effort national à réaliser tous ensemble, je pense qu'il faut… c'est par la solidarité nationale qu'on s'en sortira, ce n'est pas en s'opposant les uns contre les autres.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mars 2026