Texte intégral
GILLES BORNSTEIN
Bonjour à tous. Bonjour Jean-Pierre FARANDOU. Merci de passer par le plateau des 4V. Hier, à votre place, Laurent WAUQUIEZ estimait que l'État avait gagné entre 2 et 3 milliards d'Euros grâce à la TVA supplémentaire, grâce à la hausse des prix du pétrole. Ça rapporte beaucoup moins, a répondu la porte-parole du Gouvernement. Ça rapporte combien, cette hausse des taxes ? Ça se compte en millions, en milliards, en dizaines de millions ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Surtout, la crise économique qui est consécutive à ce qui se passe en Iran va coûter de l'argent au pays, notamment par les taux d'intérêt. Les taux d'intérêt vont monter. Vous savez que c'est quasiment le premier poste, maintenant, budgétaire de l'État. Donc, au grand total, les finances publiques vont perdre de l'argent, bien sûr, par cette crise économique. Donc, ce sont des mauvaises querelles. Et en plus, de l'argent, s'il faut en mettre, il faut en mettre pour aider les entreprises à traverser cette crise de manière ciblée. Et puis aussi, il faut mettre de l'argent pour accélérer... Il faut arrêter la dépendance aux énergies fossiles. On le voit bien. On est trop dépendant du pétrole. On est trop dépendant du gaz. Il faut accélérer l'électrification de l'industrie, l'électrification des usages. Et la programmation pluriannuelle de l'énergie va nous aider à le faire.
GILLES BORNSTEIN
Jean-Pierre FARANDOU, ça rapporte à court terme, puisque Sébastien LECORNU lui-même, le Premier ministre, a dit à vous, les ministres, que d'éventuels surplus de recettes fiscales devaient effectivement servir pour un plan d'électrification. L'électrification, c'est bien, mais c'est à long terme. C'est-à-dire que l'État va quand même voir un peu ses recettes augmenter et ne va pas s'en servir pour aider les Français qui vont travailler là tout de suite.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Les Français, on les aide. D'ailleurs, le ministère du Travail a contribué tout de suite, dès que la crise est arrivée, à soulager les entreprises sur leur trésorerie, puisque j'ai accepté que les entreprises diffèrent le paiement des cotisations patronales. Donc c'est un effort important de trésorerie. Vous savez que la BPI va consentir des prêts. C'est aussi important.
GILLES BORNSTEIN
La Banque publique d'investissement.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, la Banque publique d'investissement. Moi aussi, j'ai accepté que sur les entreprises des secteurs les plus concernés, on mette en place des mesures de chômage partiel. Ça, c'est pour aider l'emploi, aider les salariés et ne pas perdre les compétences dans les entreprises qui vont repartir dès que la crise sera terminée. Donc il y a un gros effort qui est fait. Et en fait, il y a des lois qui sont structurelles qui vont dégager des économies, notamment la loi sur la fraude ou la loi sur les ruptures conventionnelles. Donc il y a un gros effort qui est fait par l'État pour dégager des finances publiques.
GILLES BORNSTEIN
Il y a quand même un petit surplus de recettes. Le Premier ministre l'a dit lui-même. Et vous assumez le fait qu'on s'en sert pour du long terme, mais pas pour du court terme.
JEAN-PIERRE FARANDOU
On veut investir. Enfin je crois que la solution de fond, c'est effectivement de changer le mix énergétique de notre pays. D'ailleurs, c'est tout le sens de la programmation pluriannuelle, c'est davantage d'électricité. Grâce au nucléaire, on a de la chance en France…
GILLES BORNSTEIN
Mais ça, ça ne va pas aider... Je comprends très bien. Mais ça ne va pas aider celui qui fait 40 km par jour pour aller travailler et qui voit son plein augmenter, là, tout de suite.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Je rappelle les mesures qui ont été prises. On a pris les mesures pour les entreprises les plus touchées, les plus ciblées. Quand on prend des mesures pour les entreprises, on prend des mesures pour les salariés de ces entreprises. Il ne faut pas l'oublier.
GILLES BORNSTEIN
D'accord. Mais quand on prend des mesures pour les salariés, on prend aussi des mesures pour les salariés.
On ne sait pas vraiment ce qui va se passer en Iran. On a compris que le détroit d'Ormuz pourrait rester bloqué longtemps. Est-ce que vous avez commencé à essayer de chiffrer les conséquences de cette crise internationale sur la croissance et sur l'emploi ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Pour le moment, les nouvelles prévisions de l'INSEE montrent un petit fléchissement de la croissance, mais qui n'est pas énorme. On est passé de 1 point à 0,9. Donc ce n'est pas énorme.
GILLES BORNSTEIN
Vous ne craignez pas que ça soit pire ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Ah si. Mais c'est toute l'incertitude sur la durée. Il y a deux paramètres très importants pour essayer d'évaluer la crise et l'impact de la crise, c'est la durée, tout simplement, et le bien malin qui peut savoir combien de temps ça va durer. On voit les déclarations un peu erratiques du Président TRUMP. Un coup, ça s'arrête, un coup, ça continue. On ne sait pas exactement où on en est. Et deuxièmement, c'est le coût du baril de pétrole, selon qu'il est à 100 Dollars, à 120 Dollars, à 150 Dollars. Ça ne fait pas le même effet sur notre économie, bien sûr.
GILLES BORNSTEIN
Franchement, vous, ministre du Travail, vous redoutez qu'à la fin, il y ait des conséquences sur l'emploi ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On est attentifs, bien évidemment. S'il n'y avait pas eu l'Iran, on était plutôt confiants. On savait qu'on avait une petite poussée du chômage, on l'avait vu à la fin de l'année dernière, à des niveaux qui restent quand même très raisonnables, puisqu'on était autour de 8 points. Souvenons-nous que 8 points, en France, c'est bien. On était plutôt à 10 en chômage structurel.
GILLES BORNSTEIN
Le plein emploi, c'est 3-4.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Le plein emploi, avec d'un côté les Américains qui ne veulent pas qu'on exporte chez eux et de l'autre côté les Chinois qui veulent nous amener plein de produits, c'est difficile.
GILLES BORNSTEIN
Est-ce que ce taux de chômage à 8 %, vous craignez qu'il augmente à cause de la guerre ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On va voir. On va voir. C'est sûr que tout dépendra, bien évidemment, de la durée de la crise et de l'ampleur de la crise. Si ça s'arrête vite, il n'y aura pas trop d'effet sur l'activité. Si ça devrait durer plus longtemps, oui, au bout d'un moment, il peut y avoir un effet sur l'activité.
GILLES BORNSTEIN
Hier, le Sénat a modifié les règles d'indemnisation concernant les ruptures conventionnelles. Ce sera 15 mois maximum au lieu de 18. Est-ce que vous voulez faire des économies au détriment de ceux qui cherchent un emploi ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, d'abord, de quoi on parle ? On parle d'un accord pris par les partenaires sociaux. Trois organisations patronales, trois organisations syndicales, dont la plus importante, se sont mis d'accord en gestion paritaire, d'ailleurs, de l'assurance-chômage pour, effectivement, deux choses. Un, effectivement, réduire le déficit de l'assurance-chômage en réduisant la durée d'indemnisation des chômeurs venant d'une rupture conventionnelle. Et deuxièmement aussi – et France Travail, d'ailleurs, va aider – intensifier l'accompagnement notamment des seniors pour qu'ils retrouvent plus rapidement un emploi. Parce que c'est ça, l'enjeu principal. C'est que quand vous avez négocié une rupture conventionnelle, c'est qu'on vous aide à retrouver le plus vite possible un emploi. Donc ça, ce sont les termes de cet accord. Cette loi, elle ne fait que transposer cet accord social. Et je rends hommage aux sens et responsabilités des organisations sociales.
GILLES BORNSTEIN
Vous en attendez combien d'économies pour le régime ? C'est de l'ordre de 1 milliard, 900 millions ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui. Enfin l'accord au grand total, ce n'est pas loin d'un milliard d'Euros par an en régime de croisière. Donc c'est considérable. On a bien besoin de cet argent pour soulager le régime de l'assurance-chômage et pour établir la maîtrise de la Sécurité sociale.
GILLES BORNSTEIN
Parallèlement à l'Assemblée se discute le projet sur les fraudes sociales et fiscales. Pourquoi faites-vous davantage la chasse aux fraudes sociales, c'est-à-dire les indemnités indues – ce n'est pas très bien, mais bon – alors que la fraude fiscale est considérée comme beaucoup plus coûteuse pour les finances de l'État ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
J'en ai corrigé peut-être votre expression. Dans la fraude sociale, moi, c'est celle-là que je gère. L'effort principal, il est sur les entreprises qui fraudent, il n'est pas sur les personnes. Dans les entreprises qui fraudent, vous avez deux grands motifs. Vous avez le motif historique, toujours là, du travail dissimulé, où les entreprises ne paient pas les cotisations.
GILLES BORNSTEIN
Donc des entreprises qui emploient des gens au noir.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Au noir, exactement. Ils n'en déclarent pas assez ou pas assez d'heures., une manière de tricher. C'est très très important, parce que ça prive la Sécurité sociale des cotisations. Les cotisations, c'est ça qui permet de payer les retraites, de rembourser les gens quand ils sont malades. Donc c'est très très important. Et on a des instruments nouveaux dans cette loi qui nous permettront d'être plus efficaces. Et puis une nouvelle forme de fraude, c'est la fraude à la formation, qui est d'ailleurs doublement critiquable. Critiquable puisqu'elle triche sur l'agent public. Plus grave, elle fait des mauvaises formations pour les jeunes qui, à l'issue de leur formation, n'ont pas leur diplôme et n'arrivent pas à s'insérer dans la vie professionnelle. Moi, j'ai déjà décidé de fermer un centre de formation d'apprentis en région parisienne. On va en fermer d'autres s'il le faut. Et là encore, cette loi nous permettra d'éviter cette fraude, je vous dis, doublement critiquable, fraude à l'argent public et sur le dos des jeunes.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 avril 2026