Texte intégral
ADRIEN GINDRE
Bonjour Jean-Pierre FARANDOU.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bonjour.
ADRIEN GINDRE
Vous présentez effectivement aujourd'hui un plan de réduction des arrêts maladie. L'objectif, c'est de réduire quoi, de combien ? Le nombre d'arrêts ? Les sommes dépensées ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
D'abord, il faut poser le problème. C'est devenu un gros problème en France, effectivement, les arrêts maladie, parce qu'il y en a beaucoup. Il y en a plus de 9 millions par an, ça fait 30 000 par jour, ça augmente, ça coûte très cher à la Sécurité sociale, ça coûte 18 milliards d'Euros et ça prend 1 milliard par an dont les enjeux sont considérables. Puis enfin, il y a la désorganisation des entreprises. C'est votre reportage qui le dit. Les arrêts maladie, ce sont des équipes qui ne sont pas complètes au dernier moment et les entreprises se trouvent dans la difficulté pour assurer la production de leur service.
ADRIEN GINDRE
Mais quand on dit qu'il faut réduire, ça veut dire qu'on considère aujourd'hui qu'il y en a trop, qu'on est au-delà du raisonnable.
JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est-à-dire que quand vous avez comme ça un dérapage de ces chiffres qui sont quand même astronomiques, il faut regarder le sujet en face. Il faut donc agir. Donc d'abord, il ne faut pas dénier le problème. Si la grande majorité des gens, quand ils sont malades, ils sont vraiment malades. Il ne faut quand même pas dénier tout ça.
ADRIEN GINDRE
Alors comment vous allez établir la quantité de réduction qu'est la quantité souhaitable ? Puisque c'est un plan de réduction. A quoi on veut arriver ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors d'abord, en termes d'action, quand vous voulez vous attaquer à la maladie, la meilleure des choses à faire, c'est la prévention. Donc on va beaucoup travailler sur la prévention d'ailleurs avec les entreprises, en s'attaquant particulièrement aux accidents du travail, qui sont aussi une cause d'arrêt maladie importante. Et on va aider les entreprises à mieux faire leur plan de prévention pour être plus efficaces.
ADRIEN GINDRE
Ce n'est pas fait ça aujourd'hui ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On le fait, mais il faut le faire encore mieux pour permettre aux entreprises de bien s'adapter. Il y a aussi les conditions de travail, l'amélioration des postes de travail. Donc c'est très important. Deuxièmement aussi, on a ce qui coûte le plus cher à la Sécurité sociale, ce sont les arrêts longs. Il y a un certain nombre de pathologies ou par une intensité plus grande des soins, on peut réduire l'absentéisme dû à la maladie. Je pense aux troubles musculo squelettiques. Vous savez, quand vous êtes un peu mâché avec des courbatures, vous avez le corps endolori par certaines positions de travail. On peut vraiment travailler là-dessus. Et c'est pour les salariés parce que rester deux ou trois ans sans travailler, ce n'est pas une bonne chose.
ADRIEN GINDRE
Et donc là, ce que vous nous décrivez, ce sont des mesures très structurelles, fondamentales. Est-ce qu'il y aura des mesures plus proches de ce qu'on a vu par le passé sur les indemnisations, les jours de carence avant d'être indemnisés, les contrôles ? Est-ce que ce sont encore des outils qui sont adaptés de votre point de vue ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui. Alors peut-être sur les contrôles, et on terminera par les jours de carence, ce qui semble plus structurel. Sur les contrôles, on va les renforcer bien évidemment. Et par exemple, on ne va pas dévoiler toutes les annonces qu'on a faites en début d'après-midi sur le plan mais on va mettre à disposition des entreprises deux choses. D'abord, sur la prévention, un kit prévention pour les aider beaucoup plus rapidement à bâtir leur plan de prévention qui sera accessible dès demain sur le site du ministère du Travail. Et puis un bouton d'alerte en cas de situation douteuse sur l'absentéisme d'un salarié. Un chef d'entreprise, c'est le cas aujourd'hui mais ça sera plus facile et plus direct, pourra solliciter la Caisse nationale d'assurance maladie pour déclencher des contrôles. Ça reste une politique…
ADRIEN GINDRE
Ça veut dire quoi bouton d'alerte ? Ça sera où ce bouton d'alerte ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est sur le site toujours, c'est sur le même site. Finalement on marche sur deux jambes, vous avez la jambe de la prévention pour aider les entreprises à bâtir les plans de prévention pour réduire les maladies et notamment les maladies au travail. Et deuxièmement, vous avez l'angle effectivement de lutter contre les abus, parce que cela existe malheureusement aussi avec un bouton d'alerte qui permettra de déclencher des contrôles plus rapides par la Caisse nationale de l'assurance maladie.
ADRIEN GINDRE
Pardon, je me mets à la place du chef d'entreprise. Comment est-ce qu'il sait si l'arrêt est abusif, à quel moment il appuie sur ce bouton d'alerte ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est une situation qui existe aujourd'hui. Parfois vous avez des choses qui peuvent paraître curieuses, mais cela arrive. Vous avez des salariés en arrêt maladie qui postent leur séjour au bord de la mer, de l'autre côté de la Méditerranée. Vous avez des choses un peu douteuses.
ADRIEN GINDRE
Donc on pourrait demander à l'entrepreneur de fliquer ses salariés, d'aller checker sur les réseaux sociaux s'il y a des choses anormales.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, ils le font déjà. Vous savez, ils le font déjà. Il y a des collègues qui voient des choses, qui voient des situations. Enfin ce sont des notions qui existent déjà. Et le chef d'entreprise a déjà le droit aujourd'hui de déclencher des contrôles. Il faut que les choses soient plus rapides et on va donner cette possibilité, par ce bouton d'alerte, d'accélérer une procédure, une capacité qu'a déjà le chef d'entreprise.
ADRIEN GINDRE
Vous disiez, le kit de prévention, c'est en ligne demain. Le bouton d'alerte sera opérationnel à partir de quand ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Le bouton d'alerte sera en place avant la fin de l'année.
ADRIEN GINDRE
Avant la fin de l'année. Et vous en espérez quels effets, quel volume sur les arrêts maladie qui pourraient évoluer ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors ce qu'on veut, c'est endiguer déjà, on va inverser la tendance. Vous avez bien compris que la tendance est à la hausse régulière et forte chaque année.
ADRIEN GINDRE
Donc faire une réduction sans savoir quelle réduction on peut espérer, si je comprends bien.
JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est-à-dire il faut déployer les moyens et en attendre mes effets. Voilà, je crois que c'est clair. Je le redis encore, il y a des causes qui sont structurelles, c'est-à-dire on ne pourra pas y faire grand-chose, le fait que nos salariés vieillissent et tant mieux puisqu'on veut mettre davantage de seniors au travail. Mais quand on vieillit, on peut être exposés à davantage de maladies. Vous avez une cause qui est en train de monter aussi très fort, c'est tout ce qui est lié à la santé mentale. D'ailleurs, moi, quand j'étais président de la SNCF, juste avant de partir il y a quelques mois, j'avais mis en place une mission santé mentale pour regarder de face ce sujet qui arrive dans toutes les entreprises, des nouvelles pathologies qui arrivent. Vous savez, on dit que les adolescents ont beaucoup souffert pendant le Covid. Il y en a un sur quatre qui a connu des troubles dépressifs post Covid. Ils avaient 14 ans en 2020, ils ont maintenant 20 ans. Ils commencent à arriver dans les entreprises et c'est vrai qu'on a un tissu de santé mentale qui est un peu affecté. Les entreprises doivent le regarder en face.
ADRIEN GINDRE
Là, pour le coup, on ne va pas le régler en quelques semaines, ce problème de santé mentale, ni en quelques mois. Là, ce que vous décrivez, c'est un chantier titanesque.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bien sûr, il y a des choses qui peuvent aller vite, il y a des choses qui demandent du temps. Bien évidemment, il faut regarder les choses en face. Les sujets de fond, les sujets lourds, il faut les regarder, il faut les traiter. Peut-être pour terminer, ce que vous avez évoqué aussi sur les délais de carence. Donc ça, ce sont des choses qui doivent être discutées par les partenaires sociaux. Vous savez qu'en ce moment on a une conférence travail, emploi, retraites où les partenaires sociaux, à la fois patronaux et syndicats, sont autour de la table. On va évoquer ce sujet de l'absence au travail. Il y a un certain nombre de sujets…
ADRIEN GINDRE
Ça veut dire que vous n'excluez pas, qu'il y ait davantage de jours de carence, c'est-à-dire des jours où on n'est pas indemnisé avant que l'indemnisation entre en vigueur ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est-à-dire que toutes les pistes pour travailler de manière plus structurelle, sur la manière dont les choses sont organisées, sont ouvertes. Il n'y a pas de tabou, mais il faut passer par le dialogue social. C'est très important. Ce ne sont pas des choses que le Gouvernement décidera tout seul. Cela passera d'abord par les partenaires sociaux.
BRUCE TOUSSAINT
Et vous avez au moins une préconisation ? Si vous me permettez. Vous avez au moins une préconisation ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, mais il faut regarder ce qui se passe aussi dans d'autres pays européens.
BRUCE TOUSSAINT
Alors quel est le modèle qui vous paraît intéressant ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Je pense qu'il faut trouver un modèle adapté à notre situation française. Vous avez des pays, par exemple, qui font un peu à l'envers de nous. C'est-à -dire qu'ils protègent davantage des arrêts courts. Par contre, ils protègent moins les arrêts longs. Nous, on a aussi une protection des arrêts longs qui est très importante. Tout cela doit être débattu. Il y a aussi des situations qui paraissent un peu curieuses dans le Code du travail. Je ne sais pas si vous le savez, mais moi, je l'ai appris tout récemment et cela peut heurter un peu le bon sens. Vous pouvez très bien être en arrêt du travail et travailler ailleurs. Ça peut être possible au plan légal. On voit que là, il y a des choses aussi à préciser, à corriger. Travailler sur le Code du travail, peut-être ouvrir le débat sur les carences, travailler sur la structure de protection. Ça, ce sont des choses qui doivent se faire par les partenaires sociaux.
ADRIEN GINDRE
Deux petits mots très rapidement, un arrêt, s'il est prescrit, c'est qu'un médecin l'a signé. Est-ce que vous demandez aux médecins de moins prescrire ? Est-ce qu'ils prescrivent trop, est-ce qu'ils prescrivent mal les arrêts maladie aujourd'hui ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors ça, ils font bien leur travail. Quand ils constatent une pathologie, une maladie, ils doivent, ils peuvent l'accompagner par les arrêts du travail. C'est normal. Après, il peut y avoir des doubles avis. On va aussi travailler sur la capacité peut-être à compléter un premier avis médical par un second, surtout pour les arrêts longs. Les arrêts courts, cela va très vite. Les arrêts longs, cela peut justifier parfois que des spécialistes peuvent intervenir sur un certain nombre de sujets. Mais ça, non, il faut avoir confiance aux médecins comme on a confiance aux salariés, comme on a confiance aux employeurs. Il faut quand même préciser, améliorer et renforcer des dispositifs pour endiguer ce phénomène qui coûte très cher à la Sécurité sociale et qui désorganise les entreprises.
ADRIEN GINDRE
Une toute dernière précision. Vous êtes ministre du Travail. On attend, pour les Français qui travaillent et qui ont besoin de leur voiture, soit dans le cadre du travail, soit pour aller travailler, des annonces du Gouvernement. Ça fait plusieurs jours qu'elles sont annoncées mais qu'elles n'ont pas lieu. Est-ce que vous pouvez nous dire quand on les aura ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Je crois que d'abord, vous avez vu la situation, à quel point elle est volatile. Je veux dire, la vérité d'hier n'est pas celle d'aujourd'hui. Même parfois, dans la journée, il se passe des choses. Bon, là-dessus, on constate les choses, les déclarations de monsieur TRUMP.
ADRIEN GINDRE
Donc ce n'est toujours pas fixé.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Voilà. Ce n'est pas fixé. Je rappelle que la philosophie, c'est d'être ciblé, ciblé sur les secteurs qui consomment le plus de carburant. Et quand on aide les entreprises, quand vous aidez les entreprises, vous aidez les salariés. Voilà. Je crois que c'est très important. C'est la politique qui est suivie et surtout un suivi au quotidien. Une cellule de crise est active tous les jours au ministère de l'Économie. Le ministre du Travail y participe aussi. On s'adapte à une situation très volatile.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 avril 2026